Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

mercredi

Jeune homme au pair


cliché pris en juin 1992

Avant d’entrer à Bordeaux III pour y étudier les lettres et civilisations anglophones, j’ai choisi de partir à l’étranger et "vivre" au jour le jour la langue dont j'essaierais plus tard de maîtriser entre autres la phonétique et la linguistique. La solution la plus facile était de devenir jeune homme au pair (beaucoup me demandaient si "ça" existait, un jeune homme au pair, j’en étais la preuve vivante). Les circonstances ont voulu que j’élise domicile en Angleterre plutôt qu’aux Etats-Unis. En fait, les familles américaines affiliées à l’organisme auquel je m’étais adressé n’étaient pas assez ouvertes d’esprit pour accepter l’idée qu’un homme s’occupe de leur maisonnée. J’ai donc vécu dix mois dans le West Yorkshire, dans un petit village dénommé Menston, entre Leeds et Bradford. Je me suis plutôt bien entendu avec la famille. Ils avaient trois enfants (parfois) insupportables [mais c'est un pléonasme]. La nourriture était abominable. Et j’ai failli m’ennuyer à mourir *. Pour salaire, je touchais 40 livres sterling par mois. Pour le babysitting, le repassage et la cuisine. Mon premier essai aux fourneaux était un tel désastre qu’ils ont eu la présence d’esprit de ne plus me demander de mettre la main à la pâte. Pas folle la guêpe.

Si l'on exclue des péripéties dignes des meilleurs bêtisiers [j'avais véritablement deux mains gauches], j’en ai conservé de bons souvenirs. Y figurent mes longues promenades dans les Moors, immenses étendues où je croisais le chemin d'un mouton ici, d'une perdrix là. C’était un paysage à couper le souffle. Le pays de la famille Brontë, le cadre sublimement mélancolique des Hauts de Hurlevent.

cliché pris en mars 1992 : j’ai posé l’appareil photo sur un rocher, déclenché le retardateur, couru couru couru et me suis cassé la binette.


* Les coups de fil anonymes où j'entendais la voix d'une jeune femme me susurrer des mots doux auxquels je ne comprenais goutte ont eu au moins le mérite de me distraire. Aujourd'hui seulement, je réalise qu'il s'agissait peut-être d'un canular. Trouver plus naïf que moi, ça va être difficile.

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8 commentaires:

  1. Et pourquoi pas un jeune homme au Pair ? D'ailleurs c'est une expression masculine en soi, non ? Est-ce qu'on parle de jeune fille à la Mair ?

    Moi, j'avais filé en Amérique, comme prof de français, pour quelques mois : là, la question d'ouverture d'esprit ne se posait pas, heureusement ! Une année dont je garde de bons souvenirs aussi. Surtout, fertile en péripéties !

    Et c'est quoi, cette histoire de coups de fils anonymes (d'une femme !)........? Dévoré de curiosité que tu m'as mis....

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  2. Je ne suis pas surprise par les jeunes hommes au Pair !
    Ma nièce en Allemagne doit pratiquer la parité sans s'en rendre compte, je crois bien qu'elle à eu autant d'étudiants femmes que d'hommes !
    Tu es chanceux d'avoir pu vivre dans une telle région... Je me souviens de Dark angel qui y avait passé une année aussi !
    Les Hauts de Hurlevent est mon livre culte et je ne sais pas si tu connais celui de Jeanne Champion, La Hurlevent ...
    Une biographie remarquable et romancée sur la famille Brontë qui décrit à merveille la vie rude et austère dans cette contrée qui me fait tellement rêver...
    Merci pour les photos !
    Bises et bonne journée !

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  3. en tous les cas c'est une expérience intéressante je trouve, découvrir un pays, une région, une langue...et tes anecdotes sont sympas !

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  4. "j'avais véritablement deux mains gauches"... et visiblement deux pieds pas plus droits — remarque, au pays des gauchers, tu devais être un roi...
    PS. Tes clichés m'ont bien fait rire (moi qui te connais un peu, en vrai) ;-)

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  5. Bonjour. Pas mal ta course contre ton appareil phto, tu as gagné on ne voit que le bout de tes cheveux. j'ai un peu feuilleté ici et là, de bien beaux textes à lire.
    Bonne journée
    Saxounette

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  6. J'aime beaucoup cette image de la lande. J'ai jamais eu le courage de partir seule à l'aventure, j'aurais du...
    Bisous mon Laurent.

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  7. Lancelot : Si j’en crois mon Robert, l’expression « au pair » signifie : en échangeant un travail contre le logement et la nourriture (sans salaire). Travailler, être au pair, jeune fille au pair. M’estimer heureux d’avoir perçu un salaire, aussi maigre fût-il. J’espère un jour découvrir ce pays dont j’ai étudié quelques faits, films, figures. En ce qui concerne les coups de fil anonymes, le mystère reste entier. A l’époque, ma préférence pour les garçons était un secret d’Etat. D’où l’ambiguïté qui m’arrangeait assez.

    Virginie-Zélie : Chanceux, oui. Cela m’a permis de me promener jusqu’à Edimbourg. De connaître et d’apprécier au quotidien les us et coutumes de nos voisins anglais. Non, je ne connais pas la biographie dont tu parles, j’y jetterai un œil. Bises itou.

    Virginie B : Pour moi, essayer d’appréhender un pays, c’est vivre un peu le quotidien de ses habitants.

    deef : Monsieur a l’œil. Et l’esprit vif. Quant au cliché de mars, c’était encore l’époque de l’argentique. J’ai attendu une longue semaine avant de vérifier si oui ou non, l’objectif avait capté ma chute. Hélas, les photos ne sont pas d’une qualité extraordinaire. Imagine un couillon perdu au milieu de nulle part pris d’un fou rire irrépressible, sous l’œil goguenard des moutons vagabonds.


    Saxounette : Bonjour itou. Merci. Eh bien, tu viens te promener par ici quand tu veux.

    Océane : Il est encore temps de partir à l’aventure. Et puis chacun ses aventures. Toi pour qui la littérature est vitale, tu voyages tous les jours et gracieusement. Sans attente interminable à l’aéroport, sans décalage horaire, sans virus. Je te raconterai mon voyage en Afrique du Sud. Là, pour le coup, c’était l’aventure. A la limite de l’inconscience. Bises mon A/0

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  8. Je m'amuse à concevoir un amoureux au pair...

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