Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

samedi

La vie, c’est beau comme une promo impromptue


Photo de Böhringer Friedrich (sous licence Creative Commons)

Au fin fond de la campagne, tandis que les clients fortunés dorment du sommeil du juste, je traîne mes guêtres au château. Un boulot pas très passionnant mais une source d'inspiration, un cadre sublime, un modeste salaire tous les premiers du mois. Deux heures du mat, bercé par le chant nocturne de la nature qui entre par la fenêtre, je mets de côté les 179 copies quotidiennes, la clôture informatique et comptable, les innombrables tickets à vérifier et revérifier, pour grimper dans la golfette (photo) et gagner l'autre bout du domaine. Une requête farfelue. Quand on travaille dans un quatre étoiles, on ne juge pas, on sert le client, le lord ou le vicomte qui a expressément besoin d'ouvrir son coffre-fort au beau milieu de la nuit mais ne le peut pas parce que la pile de l'engin a rendu l'âme. Que ce soit pour actionner une poignée récalcitrante ou pour remettre un fax, je ne me lasse jamais de conduire cette golfette, de respirer l'air de la nuit, de me sentir vivant et heureux lorsque je croise un lapin, une grenouille, une hirondelle.

J'avais sûrement l'air nigaud lorsqu'âgé de 10 ans, je répétais inlassablement à mes camarades de classe « quand je serai grand, j'habiterai un château. » J'en étais persuadé. Je m'en persuadais. Eh bien, 27 ans plus tard, fermant les accès du château à l'aide de l'épais trousseau de clés, je me dis que j'ai réalisé sans le savoir un rêve de gamin. Pas tout à fait comme je l'avais rêvé, mais avec les rêves, on ne fait pas la fine bouche.

Au petit matin, le vicomte anglais de la chambre 124 sort de son portefeuille un billet de 500 euros. Il souhaite de la monnaie. L'espace d'un court instant, je suis comme une poule devant un timbre poste. Mille pensées se bousculent dans ma tête de citoyen de basse extraction : 500 que multiplie 6,55957 = ? ; est-ce un faux ? où est le détecteur ? vais-je avoir assez de billets pour lui ? putain ! 500 euros ... et quand il en laisse 20 de pourboires à partager entre la réception, je le trouve tout de suite moins emmerdant, le gentleman.

[Avertissement : ceux qui font une allergie aux clichés, sautez ce paragraphe :
Depuis que j'évolue dans ce cadre "idyllique" où l'on arrive parfois en hélicoptère pour l'apéro, où ma vieille 205 rouge toute rouillée côtoie Porsche et Aston Martin, je pense souvent à ce film de Robert Altman, Gosford Park, réjouissants portraits croisés d'aristocrates et de domestiques. Désolé pour le cliché [dont je constate tous les jours la vérité, mais à nuancer, évidemment] : les riches jouent au golf, au bridge, organisent des rallyes. Vous avez déjà vu, vous, des rallyes permettant à la jeunesse RMIste d'éviter de se mêler aux franges privilégiées de la population ? Selon l'envie, lisez Le quai de Ouistreham de Florence Aubenas ou les pages Immobilier du Figaro, vous noterez la différence. ]

Au pressing le moins cher de la ville, je laisse mes 3 pantalons, ma veste de costume et ma cravate aux armes du château. Sans le savoir, je bénéficie d'une promo, le 3ème pantalon à 1 euro (au lieu de 4,60). Pas fait exprès d’apporter 3 pantalons. La vie, c’est beau comme une promo impromptue au pressing.

Pas plus tard qu'hier, une dame habituée au luxe vient chercher conseil auprès des pauvres qui la servent. Dans une enveloppe prête à être oblitérée, elle a inséré un relevé d'identité bancaire, son ticket de caisse de chez Leclerc et le joli autocollant fluo donnant droit à 2 euros de remboursement. « Non, madame, ça n'est pas la peine de signer le RIB. » Elle regagne sa chambre à 330 euros la nuit, heureuse. Son compte sera bientôt crédité de ces 2 euros providentiels...

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18 commentaires:

  1. Et t'arrives à dormir la nuit, en cachette ???

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  2. Ah non, j'oubliais : ils pètent et ils rotent tous ces bourges !!!

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  3. C'est un régal à lire cette charmante chronique.

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  4. Les plus riches sont souvent les plus radins. C'est d'ailleurs peut-être pour ça qu'ils sont riches.

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  5. Minijupe : Tu confonds bourges et aristos, c'est pas pareil. Nous sommes effectivement tous égaux devant les expressions du corps. Mais pour reprendre le trait d'esprit d'un humoriste célèbre, certains sont plus égaux que d'autres. Songe que sans les riches, nous n'aurions pas l'expression "péter dans la soie". | Olivier : Merci ! | deef : Peut-être oui... Et les riches sont parfois fauchés.

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  6. C'est un plaisir d'avoir ces "clichés" de ton travail... ;-)

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  7. C'est un joli "portrait" de ton travail :) Les hommes ne sont que les hommes, finalement....

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  8. Salut, je trouve ton blog jouissif ! Bravo - tu écris bien, t'es léger sans être superficiel, tu ne te prends pas au sérieux et ton regard sur tes riches clients est presque attendri. Sympa, vraiment.

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  9. SeeMee : Vous ici ! Tu te fais discrète dans les commentaires. Un plaisir de partager ces "clichés". | Océane : Comme pour SeeMee, tu te fais désirer ! Toi, la vedette du blogging ! Alors ? c'est pour quand cet IRL ? | Luca : Bienvenue et merci pour les compliments ! Il faut avoir une certaine tendresse pour les gens avant de les dézinguer. Face aux collègues qui ont la râlerie facile, je défends souvent ces riches emmerdeurs qui ont l'avantage de remplir l'hôtel et donc de générer des salaires. Un de ces très riches clients (grands magnats des années 70) est venu me taper la causette. Et la discussion était riche d'enseignements. Une richesse que je glane avec joie.

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  10. moi aussi je me suis régalée en te lisant !
    sophie (des grigris)

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  11. je passe dire au reoir parce que je m'en vais pour de bon pour sauver ma peua des méchants des blogs, alors je passe voir ceux que j'zimais et je me régale en lisant ce délicieux post : Laurent ne perd jamais tes rêves c'est la seule chose qu'a envie de te dire une personne à l'âme très jeune qui ne sait plus ou se situer dns ce monde mais qui ^rêve tjs grâce à ses 6 petits enfants

    je t'aimais bien Missing, laurent fraise ...

    bye bye j'aimerai tant que tu me mettes juste un petit au revoir à garder sur mon dernie joli post plein d'amour !!!
    bisous énormes

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  12. Grand merci pour ce joli-feuille de vie Laurent. On pourrait peut-être faire une typologie des riches ? Ceux du terroir et un peu cachés (comme les tiens apparemment) et ceux de la côte d'azur qui vivent au grand jour et si possible assez dénudés (comme les miens). Tu ne parles pas du "dress-code" et du bistouri esthétique chez tes riches Ici, c'est déterminant ! Pour les femmes comme pour les hommes. Aussi important que le porte-feuille... L'apparence Monsieur ! l'apparence !

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  13. Vanité... Qu'ils en profitent, mais y'a des claques qui se perdent... A-t-on déjà vu un coffre-fort suivre un corbillard ?

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  14. ton recit me fait pensee a une dame de ma ville qui ne se deplace jamais sans ces chapeaux enormes,genre je vais a la course hipique,avec une voiture enorme,genre bateau en sortant d une maison immense avec 3 garages pour se rendre au Lidl et faire la poussiere avec son chale qui glisse regulierement de ses epaules sur les tas de marchandises vendues directement sur les palettes...

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  15. LE HASARD,
    conduit nos doigts de touches en touches,
    VERS, des surprises bien sympas...
    je me suis régalée de votre billet...
    MERCI....
    BONNE CONTINUATION,
    et a bientot.....

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  16. Tu sais, deef a raison : c'est parfois pour ça qu'ils sont riches ;-)
    Tu as raison quant à toi de ne pas "dire du mal". Parce que c'est trop facile ; et donc un peu vulgaire. Tu as une autre classe il me semble. Et une certaine intelligence aussi, je dirais.
    Et puis finalement, comme disait la chanson "on choisit pas ses parents on choisit pas sa famille"; ça vaut pour toutes les classes sociales, quand on y pense ! Ahah
    Et non, je ne vis pas dans un château, MHF peut témoigner ;-)))

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  17. Sophie : Merci de promener tes grigris par ici. | Nadine : Dommage que tu donnes la part belle aux "méchants" en te faisant la malle. Bon vent à toi. Te souhaite le meilleur. | Cathy : Ici les rats des champs ne disposent pas de cabinets de chirurgie esthétique comme chez toi. Encore que. J'en sais rien. Je n'ai pas cherché. Eric : Au grand jeu du Monopoly, je leur laisse la Rue de la Paix, le Fb St. Honoré. | Nefertiti : Elle rêve secrètement de devenir pauvre. Ou bien c'est une gueuse déguisée en riche. Va savoir. | Claire : Bonjour, bienvenue, faites comme chez vous. Un thé ? Une infusion ? Un whisky ? | isatagada : Je tourne 7 fois ma souris sur son tapis avant de sortir un "Saletés de riches !" Mais je suis un sans-culotte qui ne peut s'empêcher de préférer les divans moelleux à la paille de la grange.

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