Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi

les films de Pierre Etaix enfin libres !




Si j’avais été parisien, ce lundi, j’aurais été des happy few, des spectateurs émerveillés devant le retour d’un très grand clown de cinéma, dessinateur, un temps gagman de Jacques Tati, auteur, bref… l’artiste Pierre Etaix. Ca se passait au Cirque d’Hiver. 800 personnes étaient attendues. On célébrait en grande pompe (comme il se doit) la libération des films de Pierre Etaix.

Je dois à mon amie Nicole Hibert de m’être intéressé au personnage. Lorsque très modestement elle et moi adaptions Alexandre Vialatte pour la scène, qu’elle me faisait accoucher d’un clown tendre et cruel à la fois, elle me répétait à l’envi : renseigne-toi, découvre, cherche, inspire-toi de Pierre Etaix. Qui ça ? Et je découvrais effectivement l’immense artiste qu’une sombre histoire de droits d’auteur avait mis au placard. Impossible de voir ses films. Je lisais ici et là le souvenir ému de spectateurs qui se souvenaient encore, vingt ans après, de leur "rencontre" cinématographique avec Etaix. Et je devenais une des dizaines de milliers de volontés promptes à faire circuler la bonne parole, à signer la pétition, à suivre le procès, etc etc etc.

(Faut aérer, là, mon grand, tes lecteurs se font la malle. J'aère donc.)

Dans mes instants de pensées magiques, je songe à la fée Internet qui s’est penchée sur mon cas, se disant : ce gars-là, faut lui secouer les puces, faut lui glisser quelques indices, éclairer ses neurones flétris. Une pétition signée. Un premier contact avec Etaix. Une traduction d’un article australien dithyrambique. Une minuscule participation à un dossier de presse destiné à alerter le grand public en France, en Amérique et sur Pluton, partout. Puis un ouvrage acheté ici, une affiche glanée là. Une rencontre cybernétique puis réelle avec la blogueuse Tilly (bière, jazz, Nabe, et délicieux impromptus). Tilly qui parle des gens qu'elle aime qui font des choses, et des gens qui font des choses qu'elle aime. Qui m’invita un soir de juin au Petit Journal de Saint-Michel pour écouter Marcel Zanini et sa joyeuse clique. Qui m’offrit livres et douceurs, me sustenta, m'entretint presque.

Me tendit le Texte et textes Etaix de Pierre Etaix qu’il me signa, puisque le hasard avait décidé qu’il fût1 ami de Zanini, fidèle d’entre les fidèles, assistant au concert ce soir-là. Première rencontre avec ce monsieur dont le regard trahissait la grâce clownesque qui l’a frappé un soir de lune éméchée. C'est bien connu, la Lune ne suce pas que de la glace. Disons le tout net, la lune picole. Puis je me jetai sur le téléphone quand j’appris qu’il remontait sur scène avec un émouvant bric-à-brac music-hall-esque. Réservé des places. Menacé l’ouvreuse de représailles si elle ne me mettait pas de côté l’affiche du spectacle.

Appelé mes amis bordelais. Il fallait qu’ils voient de leurs yeux vus, qu’ils débusquent leur part d’enfance pour découvrir bouché bée le clown et son admirable double, le jeune Hadrien Trigance. A peine marseillais, je remerciais le ciel de croiser de nouveau le regard d’Etaix, je lui achetais encore ses Textes et textes Etaix pour les lui faire signer et les offrir à Hélène que j’avais embarquée avec moi. Qui embrassait le clown, le spectateur son voisin, l’ouvreuse, l’ami de sa fille, la plante verte. Oui oui. Aucun rapport avec la bouillabaisse, je digresse, Inès ? J’abrège, Nadège. Tout ça pour remercier Etaix, Tilly, Nicole et leurs anges, mes anges et la fée Internet. Et vous supplier d’aller voir ou revoir les films de Pierre Etaix (dont un court métrage oscarisé en 1963). Demandez le programme au programmateur, l’horaire à votre horodateur, courez trouver la fraîcheur des salles de cinéma parisiennes : l’Arlequin, le Nouveau Latina, le Max Linder. Et faites le pied de grue au domicile de votre sous-préfet2 jusqu’au décret officialisant la projection des films3 de Pierre Etaix dans le cinéma de sa ville, dans le champ de la voisine.

Suppléments de lecture :
Ici : le bel article de J.-L. Douin dans Le Monde.
Là : le verbatim de l'émission d'Yves Calvi sur
France Inter qui recevait longuement Pierre Etaix (entretien retranscrit par Tilly à qui j'ai emprunté le titre de ce billet)
Là-bas : un dossier complet (article, liens, filmographie) chez Critikat.com
Ou encore ici : Miklos nous livre le pourquoi du comment Etaix s'est fait haïr par la critique puis de la société à laquelle il a tendu un miroir peu ragoûtant.

1 Mazette ! J'y crois pas. Je rêve ou j'ai vraiment utilisé l'imparfait du subjonctif ?
2 Immodeste emprunt au
grand4 Alexandre Vialatte.
3 L'intégralité des films d’Étaix sera disponible en DVD à la rentrée !
4 Désolé d'invoquer aujourd'hui la mère Superlatif mais il faut appeler un chat un chat et un Etaix, un grand clown, un Vialatte, un grand auteur.


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7 commentaires:

  1. L'écriture de ce billet fût excellent ! Mais Alexandre Vialatte avait une mère-grand superlascive ?
    G ren comprit ! ^^

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  2. ... Et bien que les transmissions fussent lentes à atteindre nos intoxiquées couches d'oxygène, la Gazette plutonienne confirma que les dextres textes de l'Étaix firent se gausser jusqu'aux nuages de méthane...

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  3. jeandelaxr : « Que serait la vie sans l'imparfait du subjonctif... ? » C'est Alexandre qui le dit. Où ai-je mis mes Vialatte ? | deef : Un joli commentaire aérien qui ne déplairait pas à Pierre Etaix.

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  4. La lecture de ton extatique billet est un baptême de choix pour ma connexion adsl nouvelle née de ce matin...
    Enfin... le baptême d'une marraine (moi), athée qui plus est, ça va devenir nébuleux, jeandelaxr va se plaindre...
    Me trompe-je : tu as oublié d'associer le cher Obaldia à ton pot-pas-pourri de fleurs estivales ?
    Ce billet est un passage obligé, merci Laurent !

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  5. Je ne sais pas ce que tu as fumé pour écrire ça mais j'en veux !
    Et pour une bonne nouvelle, c'est une sacrée vache de bonne nouvelle !

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  6. tilly : Merci. Je ne l'ai pas oublié, non. C'est qu'il entrait moins dans ce billet Etaixien. Comme Alexandre évoquait René dans ses chroniques, il ne serait pas étonnant que Pierre connût René. J'ai d'ailleurs envoyé ce billet à Alain qui murmure à l'oreille de Pierre. | Eric : Fumé ? J'ai échappé de peu à l'auto-combustion, car je brûlais d'écrire un billet sur le sujet. Depuis un bon moment déjà. Mais je vais mieux, je te remercie.

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