Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi

Sur le quai de la gare, j’attends le train de la suite de ma vie.


des morceaux ramassés au pied d’un mur de mosaïque séparant les luxueuses résidences en bord de mer du township voisin | près de Port Nolloth, Afrique du Sud | mai 2009


Sur le quai de la gare, j’attends le train de la suite de ma vie. Il faut du temps pour réparer, soigner, reconstruire. Bien plus que l’on le souhaiterait, que l’on nous l’accorderait, aussi. J’ai été soutenu bien plus que je ne l’aurais imaginé. Quand on a la chance comme moi d’avoir des parents qui aiment, aident, écoutent et jamais ne jugent. A tout le moins, ne jugent pas leur progéniture. Le nid est toujours là, douillette la chambre de l’adolescent que je fus, réparateur le feu de cheminée et les bons plats, toutes choses semées, cultivées, arrosées, cueillies, cuisinées avec le cœur et les saisons. On parle peu dans la famille. L’amour filial ne s’embarrasse pas de mots, il s’est manifesté jour après jour en actes, en don de soi. Non, je n’idéalise pas mes parents, ma famille. Je les aime avec leurs non-dits, leurs maladresses.

J’ignore le tournant qu’aurait pris ma vie s’ils n’avaient pas été là, à mes côtés, lorsqu’il y a bientôt deux ans j’envoyai tout promener, violemment et sans préavis, pour partir en voyage. Un voyage intérieur. Un voyage au bout du monde dont il me reste encore d’extraordinaires morceaux au tréfonds de l’âme. Quand on sonde son être, avec l’honnêteté dont on est parfois capable, on découvre de drôles de choses. J’ai scruté droit dans les yeux ma part d’ombre. Ça, c’est fait. Au large, perdu sur les eaux partageant l’Océan Atlantique et l’Océan Indien, j’ai vu les requins, la beauté du monde, et j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Des inconnus m’ont ouvert leur porte, leur cœur.

Rentré au pays, j’ai grandi, réparé les jouets qu’il m’était donné de réparer. J’ai de nouveau pris part au jeu social et professionnel, payé mes dettes, découvert en moi des trésors d’énergie insoupçonnée. De joie. Des bienfaiteurs ont pansé mes plaies à coup de vêtements, de voyages, de livres, de repas, de cadeaux, de jazz, de virées en scooter, de clés ouvrant sur un champ de possibles. Un jour j’écrirai pour ces hommes et ces femmes qui sont allés au guichet de leur banque et, un sourire candide accroché aux lèvres, m’ont tendu une liasse de billets. Donné. Avec pour seule contrepartie un merci.

Puis évaporés, ailleurs, ces gens. Je suis immensément reconnaissant envers ces êtres, anges qui ont traversé ma vie, et mon père, ma mère, ma sœur, mon amie que j’ai abandonnée. Sur le quai de la gare, j’attends le train de la suite de ma vie.

23 commentaires:

  1. Pfiou.
    Ah oui mais j'ai pas grand-chose en magasin, il est inondé de larmes là.

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  2. disparus, ces gens ? j'espère bien que non !
    effacés ? oui, un peu, c'est ça : passés au second plan, celui des anges gardiens

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  3. Zette : Attention aux larmes, avec ce froid de canard. Quoique. Si elle sont salées, tu peux monnayer ce sel auprès des autorités compétentes qui en manquent cruellement. | tilly : Disparus, façon de parler.

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  4. Joli texte...
    Je te souhaite plein de bonheurs pour la suite de ta vie ;-)

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  5. Dieu que ces quelques phrases sont belles, d'une triste réalité pourtant mais d'un enseignement tellement riche.
    Je n'en retiendrais cependant que l'immense gratitude et l'espoir qui s'en dégagent.
    Tous mes voeux vous accompagnent pour la suite du parcours mais, nul doute qu'avec cette sensibilité et cette clairvoyance, tous les espoirs vont sont permis.

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  6. waouh !
    quelle émotion en te lisant ce midi ...
    voici un bien beau message !
    Que ce train soit le plus beau train du monde Laurent !!!!
    sophie(des grigris)

    PS : moi qui ai eu l'occasion de parler avec ta maman l'an passé je confirme tes propos j'ai été séduite par cette maman aimante, bienveillante et tolérante ....

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  7. MHF : Merci. Au plaisir de partager un verre, un concert avec toi. | Anne : Doux-amer, aigre-doux, tendre et douloureux, mais toujours : aimant, sensible, gourmand, vivant. Merci de votre visite, Anne. | Sophie : J'aime les trains. Beaux, moches. Ils sont une belle métaphore de l'importance du chemin plutôt que de la destination.

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  8. La vie, tout simplement. Merci à toi Laurent d'être cet humain là et de le partager avec nous.

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  9. Quel beau message, plein d'émotion et de sensibilité. Merci de l'avoir posté.

    Sophie

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  10. Voilà le début de ton roman...

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  11. voilà sans doute dans toute son authenticité ce que l' on appelle la beauté intérieure!

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  12. Eric : Pas facile de partager des choses aussi personnelles. Mais au diable l'avarice. Et à 1 de ces 4 par chez-toi en colonie de vacances ! | SophieB : Merci à toi d'avoir insisté pour que je publie ce morceau de moi. | deef : Certes. | orfeenix : Merci de votre visite. Belle soirée à vous.

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  13. Tu as écouté ton être, ce qu'il y a de plus profond en toi et cela t'a apporté des joies, des rencontres extraordinaires ! Ton texte est émouvant... je souhaite que ce train t'emmène encore vers du bonheur !

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  14. Je t'ai suivi étape après étape dans ce voyage du bout du monde, avant, pendant , après....

    puis te sentant avancer positivement , t'ai laissé un peu en cours de route

    ce post m'émeut infiniment, tu es si brillant et riche en toi Laurent ...

    soigner,réparer, reconstruire... je le fais comme je peux...mais comme toi, si bien entourée

    tendresses pour cette fin d'année avec un énorme saladier de fraiss !

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  15. Nath : Merci et bienvenue "chez moi" :) | NanouB973 : Merci pour ces jolies choses que tu m'écris. De tendres et joyeuses fêtes à toi.

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  16. Ce billet est juste merveilleux..je me souviens quand je t avais retrouve au bout du monde... Je te souhaite beaucoup de bonheur pour la suite tu le mérites

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  17. Virginie B : Ecrit avec le cœur. Maintenant que nous nous connaissons en chair et en os, nous nous suivrons l'un l'autre. Que 2011 te soit douce à toi et tes petits.

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  18. Cet article me touche par sa poésie, une invitation au voyage... Merci.

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  19. un chemin d'acceptation de soi : Bienvenue par ici. Et un petit tour chez vous.

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  20. C 'est beau Laurent , que ton train soit à l heure et bon .

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  21. Eau Sauvage : Merci. Pour le moment, il n'est pas en retard. Et s'il l'était, je patienterais.

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  22. Ricochet...
    J'imagine que ç'a été très dur de partir et tout ça... tu m'en as déjà dit un petit bout.
    Mais je continue à penser que je connais peu de gens qui auraient eu le courage, ou la rage, ou la force de partir comme ça. Je continue à penser qu'il en faut.
    Aller voir ailleurs au lieu de rester là à végéter, refuser de vivre mal et exiger mieux. Je ne suis pas sûre que ce soit si répandu...
    En tout cas je continue à y penser, et parfois ça m'aide, alors merci...
    Et euh... "bonne continuation" ! ça sonne guindé et formel, cette expression, mais j'aime bien les mots;

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  23. Jooles : ça, c'est sûr, j'ai bougé, j'ai essayé ailleurs, j'ai surtout et de façon irréfléchie envoyé tout promener, y compris le bon, le doux, l'irremplaçable. Faire ce choix, si tant est qu'on puisse appeler cela un choix, n'est pas sans conséquences. Il vient un temps où il faut assumer. Je persiste à penser que le courage que tu évoques est le versant d'une seule et même pièce. Courage et lâcheté vont de pair.
    Merci pour ta fidélité et belle continuation à toi aussi, J.

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