Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

samedi

L'hôte Autolib' lit Goldoni


L'hôte Autolib' lit Goldoni

Mon samedi matin dans le 14e arrondissement de Paris. Soleil. Café. Courses qui attendent depuis les calendes grecques. Agence commerciale RATP où je crains de perdre ma matinée*. Mais l'humeur guillerette (et de quoi lire, écrire puis nager), je traverse les allées du cimetière Montparnasse. Armé de mon téléphone, je photographie tombes et détails, coin de lumière sur une stèle esseulée. Je n'ai encore trouvé ni la sépulture de Gainsbourg ni celle de Baudelaire. Je connais et j'admire celle où trône un sublime Baiser de Brancusi. Découvre pantois un poisson de deux mètres de long orné d'un sourire, de seins, de la mention : il fait son choix d'anchois et dîne d'une sardine. Le Poisson-sirène. Sculpture en bronze à patine mordorée signée Berdal.

Une douzaine de clichés plus tard, je retourne chez les vivants. Je croise une poissonnière puis un bonimenteur puis des caddies des sacs des baise-en-ville. Marché le long du terre-plein central, boulevard Edgar Quinet. Des cèpes d'Aurillac à 39,80€ le kilo. Une maraîchère chinoise qui, le geste généreux, asperge laitues et passants. Le gars qui chantonne "elle est bonne ma choucroute" me gratifie d'un sourire goguenard.


Et pour achever ma promenade samedinicale, je tape une brève bavette avec l'hôte Autolib' qui lit. Un savoureux accent slave accroché à son verbe, il me propose une documentation. Je m'enquiers plutôt de ce qui l'occupe, en attendant le chaland. Il lit La Locandiera de Goldoni.

Le théâtre ou la poésie ne sont jamais où l'on croit qu'ils sont. Ils se logent en une cahute souterraine de la RATP, en un coin de lumière sur un tombeau délaissé, en une goutte d'eau qui loupe sa verte destinataire, en la captivité de quatre arrosoirs en plastique.

 



----------
* Le bonheur de jeter la salle d'attente aux orties, de sourire aux contrepèteries que m'offre l'agent RATP, de babiller deux minutes, et prendre congé, mon nouveau Passe Navigo en poche. Deux heures perdues autrefois, je les gagne à me promener et rêvasser.

 

10 commentaires:

  1. Belle matinée, tu dois être à la piscine maintenant...quoique puisque tu as écrit ce billet !
    Bref, c'est chouette les balades...
    Ici c'est prépa de gâteaux et bonbons en attendant les copains de mon petit pour un anniversaire thème cinéma !

    RépondreSupprimer
  2. et oui la poésie est partout, il suffit d'ouvrir grand ses noeils....ravie de lire ce billet!! :-))

    RépondreSupprimer
  3. Quoi, il s'affiche pas mon comm ???

    RépondreSupprimer
  4. Alors, je recommence : pouf pouf...

    Tu nous fais de jolies photos, mon Lolo.

    Je t'embrasse et te souhaite bon dimanche ;o)

    RépondreSupprimer
  5. Incroyable, ce poisson. Il y en a qui ont de l'humour jusqu'au bout...

    RépondreSupprimer
  6. J'adore ! Merci twitter

    RépondreSupprimer
  7. MHF : J'ai concocté ce billet en nageant puis voilà :p J'ai vu le beau gâteau cinéma !
    Fannoche : Pas toujours d'humeur à les ouvrir, mais le plus souvent possible, oui.
    Minijupe : Merki. Toizossi. Bizoo
    Deef : Tomber par hasard sur un poisson de 2 mètres de long dans un cimetière, ça fait son effet.
    MarieShani : Merci :) Bienvenue par chez-moi. Une p'tite prune, une grenadine, des ca'huètes ?

    RépondreSupprimer
  8. Enchaînés dans des conditions abominables, à la vue du public, c'est insoutenable. Merci de dénoncer le scandale de la traite des arrosoirs en plastique !
    :)

    RépondreSupprimer
  9. Très joli ton billet pèle mêle des choses de la vie qu'on ne sait pas toujours voir !

    RépondreSupprimer
  10. J'ai suivi toutes les instructions, j'ai cliqué sur "publier", mais je ne vois pas mon commentaire.Si jamais il reaparaît, tu effaceras le doublon.

    Je disais que j'aurais aimé voir une photo du Baiser de Brancusi et que l'hôte Autolib' m'a fait penser à "L'élégance du hérisson".
    Et aussi que c'est ainsi que j'aimerais découvrir Paris, sans guide, juste en m'y perdant dans une balade insolite comme la tienne.

    RépondreSupprimer

Un commentaire, ce peut être un coucou, une amabilité, un point de vue divergent, un trait d'esprit, un signe de votre passage.

Pour celles et ceux qui n'osent pas (je ne mords pas) ou n'y parviennent pas, c'est tout simple :

1) Tapotez votre bonjour dans le formulaire de saisie ci-dessous
2) Sous Choisir une identité, cochez Nom/URL
3) Saisissez votre nom (ou pseudonyme ou si vous êtes timide le nom de votre cousine) après l'intitulé Nom
4) L'URL ne désigne pas l'Uto-Rhino-Laryngologie mais bien le lien d'un blog ou de n'importe quoi d'autre que vous jugerez bon d'accrocher à votre identité, la page Wikipedia de Sheila par exemple ; ou rien.
5) Cliquez sur Publier commentaire

Et le tour est joué. Elle est pas belle, la vie ?