Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

mardi

L'inconnue à la parka framboise


C'est un temps à ne pas mettre un orteil hors de la couette, il pleut il vente il giboule je descends la rue Émile Richard qui perce le cimetière du Montparnasse pour atteindre le métro Raspail, la ligne 6 subit une nouvelle avarie, j'appelle pour signaler mon retard à mes collègues, je me plonge dans un roman pour fuir ce tableau peu ragoûtant.

Renfrogné dans mon costume trois pièces, je sens un timide tapotement sur mon épaule droite. Ma voisine s'enquiert de ma lecture. Je ne sais pas rabrouer la curiosité d'une inconnue, je réponds aux questions de la dame.

- Combien ça coûte ? dit-elle en désignant ma liseuse.
- 100€ environ.
- Ça fait 1000 dirhams.
- Vous voulez vous acheter une tablette ou une liseuse ? Ça c'est plutôt pour lire des romans, par exemple.
- Ma fille travaille bien, je veux lui offrir quelque chose de bien, quelque chose d'utile.
- Quel âge a votre fille ?
- 19 ans.

Tandis que le métro nous véhicule sous un Paris morne et tranquille, la conversation impromptue nous emmène au Maroc dont la dame emmitouflée dans sa parka framboise évoque les saveurs, les couleurs.

- Les gens y sont gentils. Bon... c'est comme partout, à Paris ou à Maroc, y a des voleurs partout.

Je sens dans ses propos qu'elle compose avec les clichés dont sont victimes ses compatriotes. Elle s'excuse d'ailleurs des portes ouvertes qu'elle enfonce. Que j'enfonce avec elle.

Comme elle a trouvé un compagnon de voyage plutôt disposé à parler, le temps des quatre arrêts qu'il nous reste à combler, elle me dit qu'elle a voyagé, commencé par changer les draps dans les hôtels, puis s'occuper des petits-déjeuners, a commencé tout en bas avant d'acheter son petit hôtel puis d'aller rejoindre son fils à Boston en Amérique. Puis elle est revenue à ses premiers amours, Paris.

Il est temps de nous dire au revoir. Elle me remercie d'avoir papoté avec elle, les gens ne se parlent plus, dit-elle, mais si mais si, je réponds. Au revoir madame. Au revoir monsieur, dit-elle en refermant sa main sur mon bras comme pour me garder encore un peu avec elle.

Sur le chemin me conduisant au boulot, sous le déluge des giboulées de mars, je garde au chaud le sourire ardent de l'inconnue.


25 commentaires:

  1. Jolie chronique, tout en fraîcheur (narrative) et légèreté.

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  2. J'ai tout comprendu ! Donc, lorsque — après avoir gagner au loto — tu sera patron du Negresco, elle sera impératrice des cuisines ! Valà ! C'est ça hein ?

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    1. La dame est à la retraite mais je vais probablement suivre ton conseil et jouer au loto :-)

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  3. Une histoire comme "on" aimerait en entendre plus souvent.
    Je ne sais pas pourquoi (enfin si je sais) ça me fait penser à "Moi Daniel Blake" de Ken Loach
    Belle journée
    :-)

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    1. Je n'ai pas vu ce film de Loach mais je me le note dans mes FAV (films à voir) ^^
      J'aime beaucoup l'univers (pas toujours gai mais éminemment humaniste).
      Merci pour ta visite et le compliment :-)

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  4. je devrai prendre le métro plus souvent moi au lieu de marcher où de prendre le 54où les dames sans parkas framboise se crêpent le chignon régulièrement, mais elles ne sont pas du Maroc ! :)
    bisous

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    1. Les voyages en bus où les dames se crêpent le chignon ça donne de la matière aussi :) Je suis certain que ton blog en ferait son miel. Bisous ma poule.

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  5. Une jolie note qui nous autorise à penser qu'on peut encore parler, échanger, que nous ne sommes pas fermé à l'autre et ça c'est super rassurant. Tout n'est donc pas perdu dans ce temps triste, monotone et où on nous fait croire que l'étranger prend plus qu'il n'apporte. Cette conversation pour toi comme pour la dame à la parka framboise restera un petit moment privilégié et vous y repenserez avec douceur j'en suis persuadée. Belle soirée.

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    1. Il ne faut jamais désespérer Mamzelle Laroulotte :-) Merci de ta lecture avisée. Belle nuit à toi.

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  6. Joli moment!
    Joli voyage!
    Merci Laurent 😊

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    1. Le voyage se poursuit ici :-) Merci à toi de ta fidélité :-*

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  7. Finalement merci le métro d'être en retard... Jolie rencontre matinale... Et tu lis quoi ?

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    1. Il faut remercier la vétusté du réseau RATP :)
      Je lis Elena Ferrante, l'amie prodigieuse.

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  8. Christine - Le Théâtre Côté Coeur8 mars 2017 à 10:14

    Echanger simplement, ça manque tant et c'est tellement mieux que les regards en chien de faïence. Encore un joli sourire pour égayer un ciel gris. Merci Laurent de faire vivre ces petits instants de bonheur du quotidien. C'est pour quand le livre ?

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    1. Ah ça ! le livre, j'y pense et puis j'oublie ^^ Je me dis que le blog existe et c'est déjà ça :-)
      Merci pour ta lecture :-*

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  9. Quel bonheur de constater qu'il y a encore des personnes qui savent changer le métro coincé en moment de causette...

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    1. Cette dame doit faire collection de bavardages et c'est agréable d'imaginer sa collection ^^
      A tout bientôt pour un café :-)

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  10. C'est toujours bien les instantanés de lolo à Paris (j'attends impatiemment ceux de lolo à Marseille, peuchèèère..)
    bises d'Arcachon. (Benoît)

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    1. Des fraises et de la tendresse à Marseille bientôt, eu un cent-deux, un !
      Bises de Paris, pour le moment :-*

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  11. Il manque un bouton "COEUR" dans ton blog pour ce genre de tranche de vie , sucrée et délicieuseusement légère. Et chapeau à cette dame, penser à "quelque chose d'utile" pour la cervelle de sa fille, c'est adorable.

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    1. Oh ce genre de bouton doit exister mais je ne maîtrise ni les widgets ni le code. Et je préfère contributions et commentaires qui prennent un peu plus que le temps d'un clic "LIKE" <3

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  12. je regrette souvent de n’être pas plus audacieuse avec des inconnus. Il m'arrive souvent de vouloir parler avec quelqu'un, juste parce qu'il lit un livre qui me plait, ou bien parce que je le sens comme ça, dans la gentillesse et le partage. Mais je ne le fais jamais. Trop bizarre parait-il :)

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    1. Trop bizarre, de ne jamais demander ou d'avoir envie de demander ? Pour moi la curiosité est un joli défaut :-) Et si tu nous racontais une fois où tu demandes à ta voisine ce qu'elle lit...

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