Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi

Je m'en tamponne le fondement avec un bras de grimpoteuthis femelle


Bébé grimpoteuthis* (abusivement appelé poulpe dumbo) nageant gaiement vers sa maman


Si j’avais de l’argent à jeter par les fenêtres, j’achèterais un brouilleur de téléphones portables et l’ajouterais à la parfaite panoplie du Parisien qui veut emmerder les emmerdeurs.

L’achat de cette bête est autorisé, son usage, en revanche, est règlementé voire interdit.

Avant, je fixais ces malappris qui, au mépris des règles de bien-vivre les plus élémentaires, racontaient leur trépidante vie en bus, en métro, au resto. Évoquant qui la nouvelle couleur de cheveux, qui le rendez-vous galant ayant mal tourné, qui le débrief d’une conf call aussi ennuyeuse qu’elle ne nous regarde pas, et j’en passe des vertes et des je m'en tamponne le fondement avec un bras de grimpoteuthis* femelle. À force de les fixer benoîtement, je ne parvenais à récolter qu’un vague sourcil interrogateur : mais qu’est-ce qu’il a c'ui-là, il veut ma photo ?

Désormais, le brouilleur en poche, je darderais un œil narquois sur mes futures victimes et actionnerais l’engin, créant les interférences utiles pour lire mon livre en paix. Je me nourrirais de l’expression interdite du quidam, de ses multiples et vaines tentatives pour renouer avec le patron chéri qu’il avait au bout du fil, puis de l’ennui mortel qui soudain le saisirait parce qu’il ne saurait plus quoi faire de son trajet, de ses dix doigts, de son temps, de sa vie. L’abîme.

Le prof malicieux ne soupçonnera plus ses élèves de SMS ou d'échanges via Snapchat.
Le voyageur fera une sieste peinarde sans sonneries ou conversations intempestives.
Le rêveur ne sera plus dérangé dans son rêve ouaté de silence. 

Et cœtera.


D’aucuns rêvent du don d’ubiquité, de se voir téléporté, de lire dans les pensées, de regarder sous les jupes des filles ou les kilts des garçons, moi je rêve par exemple d’un monde où les ordures jetées par la fenêtre de la voiture reviendraient dans la face du conducteur indélicat ou dans le lit douillet de son domicile, je rêve aussi d’un espace public où la promiscuité interdirait les conversations téléphoniques.

Et l’on s’entendrait enfin penser.


31 commentaires:

  1. Une fois encore, si vrai !
    Cela m'a rappelé un moment semblable : une jeune femme racontait, je suppose à une amie, comment son mec l'avait largué la veille juste après un moment coquin... Prise dans sa détresse, elle ne se rendait plus compte qu'elle avait un auditoire...
    Je me suis approché et lui et posé cette question : "Vraiment ?".
    Elle aé raccroché aussi vite.

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    1. J'ai oublié de signer : Ben.

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    2. CQFD ^^
      bon jeudi, week-end ou bonnes vacances Ben :)

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  2. ah ce serait le rêve ! je ne supporte plus non plus, d'ailleurs, quand c'est possible, je ne prends plus les transports en commun pour avoir la paix , il y avait un truc super, les ID TGV avec des zones de silence, personne ne parlait fort, ne téléphonait, ne racontait sa vie au voisin et pas de gosses pour hurler, c'était génial, tellement génial que la Senecefe les suppriment
    bisous pour toi

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    1. Dans tous les trains, il est d'usage de passer ses appels depuis les plateformes et je ne manque pas de le rappeler à mes voisins assez régulièrement hélas, quitte à passer pour le vieux con. Je me souviens de la dame qui n'avait pas supporté ma remarque et m'avait apostrophé d'un : "je vous souhaite un très mauvais Noël et tous les suivants." Elle n'avait pas supporté que je lui parle d'éducation, de savoir-vivre, du b.a ba quoi, devant sa fille.

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  3. Anecdote : Mon ex-beau-père avait, dans un train, dit à un malotru qui avait partagé avec tout le compartiment sa conversation avec sa maîtresse en parlant très fort : "J'espère qu'elle a de belles cuisses !" ; Le malpoli n'avait pas aimé ! ^^

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    1. Nous ne saurons pas si elle avait de belles cuisses mais elle avait de la conversation ^^

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  4. Je vis pas en région parisienne — heureux homme je suis —, et c'est pourquoi j’apprécie la possibilité d’utiliser ma voiture pour la plupart de mes déplacements. Bien sûr, je pourrais emprunter les autobus de ma ville pour les courts trajets urbains que je suis amené à faire, mais je préfère circuler dans le petit espace douillet de ma voiture, assis sur un siège idéalement réglé à mes mesures, en écoutant de la musique dont j’ai soigneusement choisi les morceaux.
    Je n’ai rien, a priori, contre les transports en commun. Ce que je peux leur reprocher, c’est de m’exposer aux goujats de l’espèce dont vous avez si bien parlé dans ce billet d’humeur, c’est aussi de me voir imposer leur conception tout à fait personnelle de l’hygiène.

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    1. Les goujats nous obligent alors à nous retrancher en solitaire ?
      Merci pour votre passage par ici et votre participation. L'air y est d'habitude plus cordial, plus doux, plus optimiste :-)

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    2. Mais je le sais bien... Je suis un « visiteur » régulier, assidu, et toujours ravi de ce que j'y trouve.

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  5. Tu aurais, je crois, beaucoup de mal à tamponner quoi que ce soit avec un "bras" de grimpoteuthis — mâle ou femelle, peu importe ; c'est tout mou. Et puis, il faudrait auparavant que tu plonges dans les abysses pour ramener un spécimen à Paris, que tu le trimballes dans un aquarium de poche afin de le sortir au moment opportun, lui arracher délicatement un tentacule à l'aide duquel tu bigornerais ton séant avec une élégance hautaine et néanmoins parfaitement urbaine. Outre le fait que que tacherais ton joli costume tous les jours, à un endroit tout à fait embarrassant, tu serais sans coup férir désigné à la vindicte de Brigitte Bardot pour avoir torturé un grimpoteuthis femelle. Et nul doute qu'il vaut mieux s'accommoder de la goujaterie moderne de nos concitoyens dénués de vergogne qu'essuyer la fureur de Brigitte. Pauvre petit grimpoteuthis femelle. Oui, pauv'ti pou.

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    1. T'es en forme, toi :p
      Optons donc plutôt pour une pelle à tarte, tamponnons-nous le coquillard avec une pelle à tarte. Ça ne porte censément atteinte à aucune espèce animale, sauf au biotope qui a été éradiqué pour l'emplacement d'une usine à pelles à tarte.

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  6. Vous me faites rire ;)
    Ce qui m'insupporte c'est de voir des gens "ensemble" mais sur leurs téléphones... Quelle tristesse :(
    Bises et bonne journée

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    1. Il faut rire de nos travers :) même si, comme toi, voir tant de gens "ensemble" mais absorbés, séparés, absents, me plonge dans un abîme de désabusement. Bises itou :)

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  7. Christine - Le Théâtre Côté Coeur7 avril 2017 à 10:13

    Joli détournement de mon expression préférée (je fais souvent référence au coquillard et à sa rencontre avec le tiboa d'une alligator femelle). Pour le reste, sur mon long trajet quotidien je privilégie un bus de ligne au train de banlieue. Les voyageurs fatigués de lzur journée à venir ou passée y apprécient une ambiance feutrée (sauf si le chauffeur a décidé d'écouter RMC ) et ni sonneries ni conversation sous peinz de lynchage verbal immédiat et collectif. On pourrait aussi parler du téléphone au théâtre mais là c'est un autre débat. Belle journée à toi

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    1. J'aime m'amuser à reprendre les expressions imagées à ma sauce. Je me souviens d'un car Air France (ligne qui a depuis changé de nom) où une passagère a essuyé les remontrances d'une autre passagère et puis je m'y suis mis. Nous étions les vieux cons qui lui apprenions la vie et elle n'a pas apprécié, du tout du tout du tout.

      Au théâtre c'est insupportable et les spectateurs indélicats doivent être mis dehors, manu militari.

      Bon wikène :)

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  8. Hé hé ..Je me fend d'un coucou, puisque je ne peux plus te croiser sur fb ! Tu as toujours la prose aussi alerte et tes démêlés avec les utilisateurs des transports en commun m'amuse toujours autant ! ! Bises :) (kadel sur fb )

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    1. Coucou itou Tarmine-Kadel :) je ne suis plus sur FB mais j'ai repris une petite page FB pour ce blog, on peut y partager mes démêlés et on peut même y deviser --> https://www.facebook.com/Des-fraises-et-de-la-tendresse-1998940613666470/ Bises :)

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  9. [suite]

    Vais-je finalement compter parmi les usagers pour qui les bavardages intempestifs, les conversations intimes délivrées à qui mieux mieux, sont entrées dans l’ordre des choses, le c’est-comme-ça-on-n’y-peut-rien ?

    Passablement agacé par la voyageuse qui dit à son interlocutrice au bout du fil « je suis stressée » et raconte le pourquoi du comment, je ne cesse de la dévisager. Au point qu’elle finit par me demander :
    - Vous avez un problème ?
    - Non, non, je vous écoute, ça m’intéresse.
    Je vous passe le dialogue de sourds durant lequel je lui assène le fond de ma pensée. Aucun voisin ne cille.
    - Je vais m’énerver, menace-t-elle.
    - Allez-y, énervez-vous, que l’on s’amuse.
    - …
    L’œil bovin, elle choisit de conclure par un :
    - Je vous emmerde !

    Un court instant plus tard, c’est au tour de ma voisine d’à côté de causer bruyamment dans son téléphone. Je lui décoche un œil torve. Mais c’est une autre passagère, celle d’en face qui, prise de sympathie pour le pauvre gars qui pisse dans une pelle à tarte (moi), m’interpelle gentiment. Un sourire las accroché aux lèvres, elle me dit d’une voix douce :
    - Ne faites pas attention, ça ne mérite pas que vous gâchiez votre soirée.
    - …
    - Et puis ça ne sert à rien.
    - Vous avez raison, hélas.

    Les sages conseils de ma voisine sont restées lettres mortes car je me suis "cogné" un dernier usager avant de regagner mes pénates. Sur le quai d’une correspondance, un homme dans la cinquantaine s’égosille dans une conversation téléphonique. Qu’est-ce que je fais, je vous le donne dans le mille, je lui lance un regard appuyé puis un deuxième puis un troisième. C’est alors qu’il se lève, s’avance et me demande :
    - Qu’y a-t-il ? Qu’avez-vous à me regarder ?
    - Je vous écoute.
    - Et alors ?
    - Ça ne m’intéresse pas.
    Interloqué une fraction de seconde, il me propose d’aller voir ailleurs si j’y suis. Je me suis bien gardé de lui obéir.

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  10. Ah Ah Ah vous êtes au top ! J'adore vos anecdotes à tous. Cela me rappelle la joie d'arriver sur une plage presque déserte. Imaginez une plage très longue, très peu de personnes sont installées, alors vous jaugez la situation et décidez de vous installer à équidistance des deux parasols plantés assez loin dans le sable brûlant. Vous vous fabriquez un coussin de sable que vous recouvrez de votre serviette de plage et vous vous étalez de toute votre longueur. Mais alors que vous somnolez au soleil bercé par le doux remous des vaguelettes...quelqu'un vient se poser juste au ras de votre serviette et passe son temps à se plaindre au téléphone ! GRRR...

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    1. Tu n'as pas essayé de secouer ta serviette juste sur elle et te poser ailleurs ? C'est au minimum ce que j'aurais fait.

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  11. Merci pour ton billet! Je me sens moins seule.
    Je rêve depuis des lustres de posséder un brouilleur! Encore hier, deux péronnelles m'ont abreuvée de leur conversation dans le bus. J'étais en stéréo entre les deux et c'était insupportable. j'ai fini par descendre avant ma station. Quelqu'un a-t-il connaissance du moyen de se procurer l'outil miracle, que tous ces sans-gênes claironnants nous fichent enfin la paix?

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    1. Oh on est nombreux tu sais mais hélas on ne fait pas beaucoup de bruit avec notre sieste ou notre lecture.
      Cherche brouilleur téléphone portable sur internet, ça coûte minimum 150€ voire beaucoup plus selon la qualité.

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  12. Non mais là c'est le pompom ! On ne peut plus rien faire sans être filmé, pris en photo et devinez quoi...je reviens sur ma serviette de plage. Toujours en ayant pris soin d'aller le plus loin possible. Les pêcheurs, les blokaus et moi.
    Le sandwich englouti, je décidai de faire un petit cluquet et là le bruit d'un gros moustique arrive à mes oreilles...non ce n'est pas ça, ce sont deux drones qui vrombissent au-dessus de ma tête, je me lève et là je me retrouve face à une gars qui filme le paysage... évidemment je suis dans le champ ! J'ai pensé à vous... si vous connaissez un lien pour télécharger un brouilleur de drone moi aussi je veux jouer. Bises à tous

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    1. Tu n'as décidément pas de chance :) et pour dissiper les drones il n'y a que le lance-roquettes :p
      Bises du jour :)

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  13. Laurent, apprends-moi le regard qui brouille les bavardages et le savoir-vivre... Tu m'as fait rire, merci !

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    1. Ce regard-là est incommode et épuisant. Il faut t'incruster dans la conversation (de la même façon qu'elle s'incruste bruyamment dans ton espace vital) et bombarder mentalement le malotru de "ta gueule, ta gueule et ta gueule !".
      À ton service :)

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  14. Maudit téléphone et son lot d'ncultes sans savoir vivre. Chez moi le brouilleur c'est la cuillère en bois prête à exploser l'ailfone.. de la fille si par malheur il venait à troubler nos blabla pendant le repas dominical.. elle le sait et s'en méfie comme de la peste, sachant que sa Mamoune n'hésiterait pas à s'en servir.. blague à part ce téléphone est devenu un envahisseur. Avec mon mari nous sommes allés dîner en ville.. il y a quelques jours.A côté de nous, un jeune couple nous a laissé dubitatifs, il a passé son repas, chacun sur son écran sans même regarder le contenu des assiettes, englouti l'oeil fixé sur le maudit portable.. incroyable, un moment convivial pour ce jeune couple c'est transformé en une sorte de monologue virtuel avec un petit appareil de 12cm de long.. Ton post sur le manque de respect pour l'autre, est le reflet de ce que nous sommes beaucoup à dénoncer sans vraiment arriver à nous faire entendre.. quel dommage. Toujours un plaisir de lire tes analyses qui tapent au bon endroit. 🌼💕🌸

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    1. Ce couple que tu racontes s'est peut-être envoyé quelques sms de joyeuses retrouvailles ou alors de séparation :)

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  15. Si je plussoie bien sûr ton billet (j'en suis actuellement témoin puisque je suis installé côté zen dans mon TGV nord-sud dans une voiture où les gens respectent le calme, ton billet m'a surtout fait découvrir la variété grimpoteuthis que je ne connaissais point et dont je suis désormais officiellement amoureux ;-)
    Bon weekend pascal. Jeff

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    1. Je suis ravi que dis-je enchanté de me savoir à l'origine d'une si jolie histoire d'amour :-)
      Bon week-end à toi également, Pascal, euh, Jeff.
      #jaiavaléuneblaguecarambar

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