Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples. (Blog garanti sans écriture inclusive)

vendredi

La vieille dame qui déambule au Bikini Café


La frange du store bleu pétrole joue à la balançoire avec le petit vent d'est. Les feuilles des pieds de tomates cerises Solanum lycopersicom que nous avons semés sur le balcon* il y a deux mois se gargarisent du soleil de Marseille. Les doigts de pieds en éventail, je suis le lézard qui lézarde, la fourmi qui fourmille, le songeur qui songe et façonne les billets que je destine à la publication : s'y croisent Amélia, Sarah, Rodica, Amandine, Irina et la caissière qui toussait sur mes panais, rue Daguerre. S'y mêlent aussi et surtout les anonymes que mon regard saisit au vol.

Hier la dame, la soixante-dizaine. Assise sur la murette qui longe la route où descendent à tombeau ouvert les automobilistes, elle joue aux mots fléchés. Il est 13h32. Le temps est au beau fixe. Une petite serviette éponge orange la préserve des saletés. Le tohu-bohu ambiant ne l'atteint pas, elle est absorbée par son activité. Lové dans son giron, un teckel âgé jette un oeil curieux sur les humains qui s'invectivent au volant de leur tacot. Discrètement, je dégaine mon téléphone portable pour prendre un cliché de la vieille dame et son chien, de loin. Davantage pour me rappeler les détails de la scène que pour illustrer ce billet. Par la fenêtre d'une des chambres de l'hôtel où j'échange du temps contre de l'argent, Awa fait de grands gestes. Me voyant fourrager dans mon sac pour en extraire mon téléphone, elle veut m'envoyer un clin d'oeil par SMS puis choisit plutôt d'agiter la main, d'agrémenter son hou! hou! d'un sourire empreint de soleil.

Aujourd'hui la dame, la quatre-vingtaine. Entre le Bikini Café et le buraliste, elle a posé ses fesses sur l'assise de son déambulateur. Oublieuse de ses vingt ans et de la circulation qui embouteille ce début de la belle route de la Corniche, elle observe et contemple la plage des Catalans, songe ou se détache, absorbe le soleil de ce midi, immobile et sereine face aux coups de klaxon des automobilistes pressés d'atteindre son âge.




* à partir de quelle superficie appelle-t-on un balcon une terrasse ?





11 commentaires:

  1. Laurence @ Prigonrieux25 mai 2018 à 13:36

    C'est drôle, pour moi la TERRasse touche terre, voilà.

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  2. Pas du tout. On peut avoir des terrasses à l'état ou sur un sous-sol.

    Wikipedia" À la différence d'un balcon, une terrasse se trouve sur l'avancée de l'étage inférieur, ou du sol même en rez-de-chaussée."

    Cela étant, beau billet comme d'hab.

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    1. Merci de ton passage ^^ ça s'arrose :)

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  3. Comme les jardins (ou les saynètes de Lolo des fraises), il y a des terrasses suspendues ^_^

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    1. Toi qui connais notre "jardin suspendu", tu dirais balcon ou terrasse ?

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    2. Balcon. Pour moi, une terrasse, même "suspendue", c'est plus grand.

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  4. Tarmine /kadel27 mai 2018 à 09:36

    Une fois n'est pas costume, un coucou d'une de tes fidèles lectrices ;)

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    1. Une fois n'est pas costume de plage, je te remercie pour ta fidélité !!!

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  5. Une terrasse ⬇ vers la terre
    un balcon ⬆ vers la cime des conifères 🌲
    c'est un peu tire par les cheveux je te l'accorde 😂
    J'aime l'idée de la petite mamie assise sur sa serviette orange pour préserver sa robe fleurie, des poussières de la murette. J'espère que de ta plage 🏖👦 tu n'entends pas le bruit des voitures et de leur klaxon intempestifs. Mignonne chronique que ton blog nous relate encore une fois. Excellente journée 😘

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    1. Aujourd'hui, j'entendais davantage le petit ressac des vagues que le bruits des humains.
      Belle journée à toi également.

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