Pages

Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
Affichage des articles dont le libellé est René de Obaldia. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est René de Obaldia. Afficher tous les articles

samedi

Un mot pour un autre

 

Agrandissez et lisez ! Un mot pour un autre de Jean Tardieu, première page où il est question d'une curieuse épidémie

Comme l'inspiration est partie en biberine, je recycle et re-façonne ici mes tweets. Ceux où j'évoquais nos petits dérapages lexicaux. L'emploi d'un mot pour un autre. Le dentifrice à la place du savon liquide, la crème à raser en lieu et place du déodorant, les lunettes de soleil rangées dans le bac à légumes du frigo.

Kim Glow (de son vrai prénom Sophie), 1.3 millions d'abonnés sur Snapchat, déclare, la lèvre supérieure épatée, qu'elle n'a pas souffert du décollage horaire. 

Un mot pour un autre 🤣 

Ce matin, mon mec m'alerte : 

– y a plus de cochons d'Inde ?

Il voulait dire cotons-tiges. Un cochon d'Inde, ça ne rentre pas dans le creux de l'oreille. 

J'ai emprunté le titre de ce billet au théâtre de l'absurde de Jean Tardieu. Un mot pour un autre est sa pièce la plus connue. 

Sans rapport avec la biberine mais un peu quand même. J'aime jouer avec les mots et avec les contenants. Le recueil des pièces de Jean Tardieu, Théâtre de Chambre, est rangé dans la chambre à coucher. Dans la même logique, A Year in the merde, le roman de Stephen Clarke a trouvé sa place dans la pièce que vous devinez facilement. 

Un mot pour un autre 🤣 

À l'accueil de l'ANPE, actuel Pôle Emploi et futur France Travail, mon mec assurait l'accueil des usagers. Un jour, au lieu de dire "montrez-moi" vos papiers, il dit : 

– Montrez-moi vos pieds. 

– C'est un peu haut, rétorque la dame en désignant le guichet. 

Les deux ont partagé un long fou rire. 

 

---

Un jour, le poète et dramaturge René de Obaldia me raconte qu'on l'a pris pour l'autre poète et dramaturge Jean Tardieu, il ne veut pas contrarier l'admirateur étourdi, ne le contredit pas. Il prend congé et s’empresse d’appeler Tardieu pour lui narrer l’anecdote. Et tous les deux se gondolent. 

¡ Hasta pronto René de Obaldia !

vendredi

Hasta pronto René de Obaldia !


 

Il est né un 22 octobre 1918 à Hong-Kong. Il a occupé avec brio le fauteuil n°22 de l'Académie française. Il est mort en 22.

Je suis triste. 

René de Obaldia a trépassé. Pour l'avoir connu, je sais qu'il aurait souri de se voir célébré une fois décédé. Il m'avait dit un jour s'amuser de voir que les gens le croyaient mort. Le prenaient aussi pour un autre. Il en jouait. Je me souviens de chaque instant passé à ses côtés. Je me souviens de son regard perçant et espiègle. De sa voix. Quand il m'appelait. On se donnait rendez-vous aux Deux Magots, à Saint-Germain-des-Prés, il disait faire l'école buissonnière de l'Académie française. On papotait. Je me suis souvent demandé quelle mouche l'avait piqué de s'intéresser à moi, même pour de courts moments, de solliciter mon avis sans fard sur la mise en scène d'une de ses pièces à laquelle il m'avait convié. Il était profondément curieux de la vie et de ses pairs qu'il dépeignait pourtant avec une ironie mordante, dans ses pièces de théâtre, jouées dans le monde entier, dans ses poèmes. J'ai aimé ses anecdotes qu'il distillait avec gourmandise. En sa présence, j'ai touché du doigt la poésie, l'éternité. 

Du fond du cœur, cher maître, merci pour ça, pour votre œuvre, pour votre amitié.


---

✎ J'avais raconté ici l'idée folle qui m'avait traversé (une lettre que je lui avais lue) (billet).

✎ Le papier de Fabienne Pascaud publié aujourd'hui dans Télérama (ici).

✎ Lisez ses Innocentines (poèmes pour enfants et quelques adultes), vous m'en direz des nouvelles ! (éd. Grasset) 

✎ Ou encore Génousie, comédie onirique où l'auteur invente une nouvelle langue. Irrésistible ! 

✎ Et mon impromptu favori : Grasse Matinée. C'est selon moi, son plus beau morceau de théâtre. Une sorte d'hommage drôle et poétique au chef-d'œuvre de Beckett : Oh les Beaux Jours.