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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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samedi

Les larmes de Gérald Darmanin


Le chien me promène gentiment en quête du parfum de ses congénères lorsque je tombe sur cet autocollant. Je n'ai pas mon téléphone en poche, je ne peux pas l'immortaliser et encore moins le partager sur les réseaux. Je choisis donc de priver les promeneurs de cette supplique pour le moins cocasse et la décolle délicatement du mur décati contre lequel le chien lève la patte. 

J'offre à la postérité ce fragment de poésie urbaine. Par les voies impénétrables d'internet, il atteindra peut-être un jour l'ex-ministre, son destinataire. 


Un mot pour un autre

 

Agrandissez et lisez ! Un mot pour un autre de Jean Tardieu, première page où il est question d'une curieuse épidémie

Comme l'inspiration est partie en biberine, je recycle et re-façonne ici mes tweets. Ceux où j'évoquais nos petits dérapages lexicaux. L'emploi d'un mot pour un autre. Le dentifrice à la place du savon liquide, la crème à raser en lieu et place du déodorant, les lunettes de soleil rangées dans le bac à légumes du frigo.

Kim Glow (de son vrai prénom Sophie), 1.3 millions d'abonnés sur Snapchat, déclare, la lèvre supérieure épatée, qu'elle n'a pas souffert du décollage horaire. 

Un mot pour un autre 🤣 

Ce matin, mon mec m'alerte : 

– y a plus de cochons d'Inde ?

Il voulait dire cotons-tiges. Un cochon d'Inde, ça ne rentre pas dans le creux de l'oreille. 

J'ai emprunté le titre de ce billet au théâtre de l'absurde de Jean Tardieu. Un mot pour un autre est sa pièce la plus connue. 

Sans rapport avec la biberine mais un peu quand même. J'aime jouer avec les mots et avec les contenants. Le recueil des pièces de Jean Tardieu, Théâtre de Chambre, est rangé dans la chambre à coucher. Dans la même logique, A Year in the merde, le roman de Stephen Clarke a trouvé sa place dans la pièce que vous devinez facilement. 

Un mot pour un autre 🤣 

À l'accueil de l'ANPE, actuel Pôle Emploi et futur France Travail, mon mec assurait l'accueil des usagers. Un jour, au lieu de dire "montrez-moi" vos papiers, il dit : 

– Montrez-moi vos pieds. 

– C'est un peu haut, rétorque la dame en désignant le guichet. 

Les deux ont partagé un long fou rire. 

 

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Un jour, le poète et dramaturge René de Obaldia me raconte qu'on l'a pris pour l'autre poète et dramaturge Jean Tardieu, il ne veut pas contrarier l'admirateur étourdi, ne le contredit pas. Il prend congé et s’empresse d’appeler Tardieu pour lui narrer l’anecdote. Et tous les deux se gondolent. 

¡ Hasta pronto René de Obaldia !

mercredi

La dame avec une chiffonnade de plastique sur la tête

Une pensée dans ma rue, Paris

Mon humeur paresseuse butine les bribes d'un tableau démesuré, sombre et chatoyant à la fois, la poésie de minuscules instants volés. Au détour d'une impasse, un plant de persil partage l'asphalte avec un mégot qui a poussé là par l'opération du Saint-Esprit. Vagabonde, une boule plumeuse de pissenlit vole au vent, se poserait presque sur l'épaule de la dame couronnée d'une extravagante chiffonnade de plastique, rue Bréa. Au lieu d'attendre au salon de coiffure que la chimie n'opère, la dame sirote un verre de cidre à la terrasse de la crêperie attenante. Je parcours deux petits kilomètres à vélo jusqu'à la rue Mouffetard, je me laisse porter jusqu'à la boutique de vrais-faux souvenirs parisiens fabriqués en Chine, la bien-nommée Obj'ai trouvé. Je trace encore ma route et chine un je t'aime sur un mur défraîchi de la rue de Sévigné. Je glane un C'est l'été, j'en d'août écrit à la craie bleue sur un trottoir de la rue Lamarck. J'attends des amis et j'observe mes voisins de tablée. Il lit Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, elle lit France-Dimanche. En couverture Johnny Hallyday refuse de s'alimenter. Je me serais peut-être abîmé dans l'empathie si mes amis n'avaient brusquement paru. Nous buvons la bouteille de vin blanc de l'amitié. Elle porte en bandoulière le soleil pour sourire et un sac brodé de fleurs et d'une maxime naïve comme je les aime : La vie est belle. En rose, évidemment.

La vie est belle, par Danielle