Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

jeudi

Astérix *

 



C'est jeudix* jeudi avec un astérisque qui ne renvoie nulle part. J'emprunte l'expression à Pascale Clark et vous livre le petit rien du jour (après mes petits riens d'hier).  

À la faveur d'une discussion avec Matoo, je vais sur Wikipédia car il m'embrouille la comprenette. Un coup il prétend qu'astérisque est féminin, un coup qu'il est masculin. Astérisque est peut-être cisgenre, qui sait 😋 Mais comme le doute m'habite, je vérifie souvent des mots dont le genre ou l'orthographe me semblent a priori évidents. Astérisque est bel et bien masculin. Ouf. Mais ce qui motive en fait ce billet, c'est la mention "ne doit pas être confondu avec Astérix" (illustration) et ça, ça fait ma journée !

Ne doit pas être confondu avec Astérix 😂

Il semble que beaucoup de gens disent Astérix au lieu d'astérisque, motivant ainsi l'avertissement de Wikipédia. Je ne serais donc pas étonné de lire "ne pas confondre avec Obélix" à l'entrée Obélisque. Ça me fait penser à Capharnaüm que j'avais vu écrit sur un forum quelconque "cafardnaom" (en référence probablement aux cafards** qui pullulaient en la cité antique). 

** ironie !

mardi

Le protège-cahier rose bonbon


Un billet, chez moi, ça part de rien. D'un protège-cahier rose bonbon plastifié que je trouve dans la niche sous les boîtes aux lettres, là où s'amoncellent généralement les prospectus vantant réclames et prétendues merveilles. De minuscules choses qui donnent à la vie un peu d'éclat, de fraîcheur. Qui surprennent, un peu. Comme hier, lorsque j'ai salué Isaac, le réceptionniste de nuit prenant la relève à vingt-trois heures. Je lui trouve la mine grise, absente. En guise de bonsoir, j'offre un coude à son coude, car rappelez-vous, il n'est plus question de bises ou de poignées de main fraternelles. Coude gauche contre coude gauche. J'enchaîne et le surprend, son coude droit répond à mon coude droit. Je lève le genou vers son genou. Il éclate de rire et joue le jeu, cogne son autre genou contre mon autre genou. Quel est le rapport, me direz-vous ? Eh bien, il faut étonner, surprendre, bousculer gentiment. La routine, les consignes à passer entre collègues, les banalités, étaient brusquement plus enjouées, sympathiques, souriantes. Même derrière le masque. Aujourd'hui, ce protège-cahier rose me fait le même effet. Je pense à la dame du troisième qui fourrage dans ses affaires à la cave et se dit, tiens, aujourd'hui, je vais offrir à mes voisins, à qui veut, un cahier de musique vierge, un roman à l'eau de rose, un protège-cahier rose bonbon. J'ignore si la vieille dame aux reflets rouges dans ses cheveux attend quelque chose en retour, un échange ou un merci à ses offrandes. Je vais de ce pas envoyer un SMS à notre voisine du dessous pour lui demander le nom de sa copine, Amélie Poulain en herbe, afin que je glisse ce billet de blog dans sa boîte aux lettres. 
 
Et comme le chantait Pauline Ester,
« Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Qui font toujours du bien 
Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Sans lesquels on est rien ». 

dimanche

Graff !


Comme je n'aime pas garder pour moi seul les belles choses, je vous livre quelques clichés de graffs que j'ai récemment capturés. Il y en a pour tous les goûts. D'abord un tout frais d'aujourd'hui en trois photos, Marseille 4e arrondissement. 



Puis une magnifique méduse qui déploie ses tentacules sur une façade dans la rue des Trois Rois, à deux pas du Cours Julien. 
 

Enfin un renard et un paon qui offraient leurs couleurs chatoyantes avant qu'on les recouvre d'autres animaux ou motifs. Art éphémère ! Il ne reste du renard et du paon que le souvenir, la photo qui suit. Les passants gourmands de street art les ont certainement immortalisés.


Et vous, comment allez-vous ? Quelles sont les couleurs de votre dimanche ?

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Si les artistes (ou collectifs) ayant commis les graffs cités dans ce billet voient ici leurs œuvres, qu'ils se dénoncent 😉 dans les commentaires, je les mentionnerai, bien entendu. 

L'album photos est 👉ici !

jeudi

J'imagine un café sur les hauteurs de la ville


Voilà belle lurette que je n'ai posé aucune pensée, aucune histoire ou rencontre sur ce blog. Chercher les raisons de la sécheresse de mon inspiration n'est pas follement utile. Je préfère soigner le mal par une petite improvisation. Écrire ce billet sans autre but que d'écrire et mettre à jour cet espace. Donner des nouvelles à la faveur d'une journée chômée. Faire ce que je sais faire : produire un billet foutraque où je sème à la volée des bouts d'idées, de réflexions, d'émotions. 

Donner à imaginer la volupté du parfum du mimosa en fleur qui m'a enveloppé alors que je portais mon vélo à bout de bras sur la traverse des Amoureux. Cette ruelle que j'empruntais hier sans savoir qu'elle n'était faite que de marches empilées à perte de vue. M'enquérir d'un palier où poser ma monture  pour photographier un citronnier sur les hauteurs de la ville. Caresser le romarin, rue des Tartares. Explorer des morceaux inconnus d'une cité immense. Plus attiré par les beaux quartiers que les arrondissements laissés à la décrépitude, je songe aux quelques 105km2 de superficie de Paris que j'ai parcourus en long en large et en travers, barbe au vent et regard perdu dans la grisaille. Je songe au tiers, au moins, des 240km2 de Marseille où je ne mettrai jamais les pieds, je suis réaliste. Je choisis de porter mon humeur vagabonde sur les hauteurs plutôt cossues où essaiment les bâtisses de guingois, des orangers lourds de fruits au fond du jardin, à une encablure de la route de la Corniche longeant la mer. 

Je me suis assis sur un coin d'escalier, j'ai bu le soleil d'une après-midi de février, j'ai photographié mentalement la maman qui tente en vain d'empêcher sa petite fille de sauter à pieds joints, j'ai dessiné l'idée d'un café sur cette table en fer bleu où personne ne contemple l'immensité de la ville côté sud. 

Au diable l'oisiveté, temporairement, car je reprends demain le chemin du travail. Oui, il faut bien payer les croquettes de la chienne, le loyer de ses maîtres et la connexion qui m'a permis aujourd'hui de vous souhaiter une belle journée. 


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Des photos de l'escapade ▶ ici ou en meilleure définition et détaillées ▶ 

dimanche

Team chaussons



Le thème de la charentaise se prête assez aux longues soirées d'hiver et tous les clichés qui s'y agrègent. Bière ou tisane ou les deux. Tricot au coin du feu en attendant Champs-Elysées (pardon, je me trompe d'époque). Ajoutez à cela le couvre-feu qui oblige ceux qui ne travaillent pas ou qui ont regagné leurs pénates à rester chez eux et les sans abris à rester sans abri. C'est en charentaises et armé d'un Pastis (j'adopte vite les habitudes d'ici) hier que j'ai rejoint virtuellement les amis du KDB (apéro qui se tenait autrefois à la Comète, Kremlin-Bicêtre, France, et réunissait la crème des blogueurs politiques et sympathisants ou curieux, même de droite hihi, je me souviens en avoir croisé un et avoir échangé avec lui si si). J'arborais 2 paires de charentaises made in Périgord offerts par ma môman et nos évoquions entre un scoop politique et Serge Lama, la triste fin de la charentaise charentaise (l'article de La Dépêche relate la fermeture de la dernière usine en 2019). Voilà.

Bah voui. C'était un billet de feignasse. Avec des liens comme à la grande époque du classement Wikio (classement des blogs par catégorie). Vivement qu'on rouvre les bistrots pour entrechoquer tant nos verres que nos fines analyses politiques.

 

 

jeudi

Un cake au camembert





Aujourd'hui, entre deux cornichons, une andouille au téléphone et une quiche en informatique, mon homme a préparé un cake au camembert (recette inventée et offerte à vos papilles). À ma question "mais pourquoi il est rond", le chef rétorque : parce qu'un cake, contrairement à ce qu'on croit n'est pas nécessairement rond. Ah bon. 

Vous voulez la recette ? Coucou la voilà !

Prenez un grand saladier en verre. Cassez-y six œufs, ajoutez 2 cuillères à soupe de farine, 4 tranches de jambon coupées en petits dés, des épices (du curry, du poivre, du persil). Ne salez surtout pas. Ajoutez 1 poignée de fromage râpé. Posez le camembert entier sur la préparation, couvrez de film plastique. Cuisez au bain marie pendant 20 minutes (au cuit vapeur ou à la cocotte). Servez chaud avec une laitue ou du mesclun arrosé d'une vinaigrette maison. Bon appétit. 

Si vous avez des questions, les commentaires sont ouverts 😘

lundi

L'armée des douze petits bonheurs

Un cadeau personnalisé pour bien commencer 2021. Merci Fanny


J'ai lu le billet de l'amie MHF qui relate 12 bonheurs qui ont marqué son année 2020. Parce qu'il faut aussi rappeler que TOUT n'est ni noir ni gris ni complètement perdu ou désespéré. Quand les nouvelles sont d'abord et obligatoirement mauvaises, à la télé et sur les réseaux, parce que ça génère plus de clics, plus d'audience qu'une simple bonne nouvelle. Quand le malheur des gens nous oblige à la décence, à la discrétion voire à l'auto-censure. Bref. Je persiste et signe et vous invite, depuis mon modeste poste d'observation, à chérir les petites choses du quotidien. 

Le sac qui illustre ce billet porte le titre du recueil que j'ai fini par livrer à la volée, à l'internaute : Une nonnette au miel des petites choses. Merci Fanny pour ce 🎁 qui a transformé ma boîte aux lettres en caverne d'Ali Baba. 

Mes 12 bonheurs de 2020, en vrac :

→ Le concert de Madonna au Grand Rex fin février avant qu'on n'annule tout (version longue, orchestre 7e rang, un grand moment) 

→ Le calme, le silence, le pépiement des oiseaux, les herbes folles, au cœur de la ville, pendant le 1er confinement

→ Mon incursion dans la fiction avec le récit de Paul Dindon, personnage créé à la faveur de l'Auberge des Blogueurs, formidable aventure collective qui m'a occupé de juin à septembre

→ Les jeux à distance avec mes nièces qui explorent leur maison en quête de mots commençant par une lettre ou une couleur tirée au sort 

→ Les gentillesses échangées avec mes voisines sur le balcon ou le pas de la porte

→ Le chant du grillon que m'envoie ma sœur par une belle journée de printemps (billet)

→ La compagnie des livres, la lecture de romans fascinants : La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné, Né d'aucune femme de Franck Bouysse, Betty de Tiffany McDaniel 

→ Observer mes voisins en cage, y chercher un peu de poésie, de drôlerie parfois

→ Écouter de nouveau la voix de Pascale Clark sur les ondes radiophoniques

→ La joie de la petite Kimberley qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige

→ Le pique-nique sur l'Archipel du Frioul lorsqu'on nous a autorisés à sortir de notre kilomètre carré

→ Mon mec qui m'offre de lécher la louche pleine de chantilly maison. Les bons petits plats toute l'année. Les "Tiens, choisis ce que tu veux dans ce livre de recettes, je te le fais."


mardi

Les amoureux de la Plage des Catalans

Les amoureux de la Plage des Catalans 

J'enfourche mon vélo et m'en vais voir la mer. Quinze minutes montre en main pour atteindre la première plage, les Catalans. Je respire à pleins poumons et sans masque l'air du large, photographie un couple s'enlaçant, j'ai froid pour la dame qui va de long en large l'eau jusqu'aux cuisses nues. Je pousse un peu plus loin mon exploration. Tout au bout de la rue sans issue, Notre-Dame des Grâces, la mer encore, à perte de vue. J'embrasse l'immensité du regard. De gauche à droite, la Baie des Singes qui marque le commencement des Calanques, les Goudes, la Pointe Rouge, l'Escale Borély, la route de la Corniche, Malmousque où j'ai posé mon humeur rêveuse. En bas des petites marches, le spot rêvé pour l'apéro ou un plouf depuis les rochers de juin à octobre. Au large, l'Archipel du Frioul à vingt minutes de bateau toute l'année. Un promeneur me dit bonjour, deux dames me dépassent galettes de chaises molletonnées à la main, un couple crie coucou à l'ami qui les attend avec des bières en bas sur les rochers, un cycliste avec qui j'ai partagé mon avant-poste me dit c'est une belle journée puis au revoir monsieur. 


Au large, l'Archipel du Frioul et le Château d'If, vue depuis Malmousque

En bas des petites marches, Malmousque

j'ai froid pour la dame qui va de long en large l'eau jusqu'aux cuisses nues





jeudi

Le pén*s inopiné ;-p


Bonjour, 

J'ai reçu un MMS par mail d'un numéro inconnu contenant une image pornographique. Voir pièce jointe. C'est pas un problème mais je voulais quand même vous le signaler. 

Bien à vous, 

Jean-Luc J-C.
Chef du Service Truc

Je ne sais pas ce que je préfère : imaginer la tête du gars qui a reçu le pénis inopiné ou la mention "voir pièce jointe" dans le message qui alerte le service pour lequel travaille mon mec. Ils n'ont pas osé répondre à ce monsieur que s'il avait reçu cette photo c'est qu'il avait dû traîner là où il ne fallait pas avec son adresse mail professionnelle. Y a pas de fumée sans feu ou plutôt, pas de bite sans navigation douteuse. 

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J'ai compilé les autres perles 👉 ici !

Florilège


Chers lecteurs, 

Vous avez la gentillesse de suivre mes pas sur les chemins tortueux de l'écriture. Vous m'avez lu et très souvent encouragé. Certains d'entre vous me répétez inlassablement : imprime ton manuscrit et nous l'offrirons autour de nous ! La chose n'est pas faite par les voies classiques. La chose existe aujourd'hui sur une page dédiée que je vous invite à partager. J'ai choisi 36 billets, les ai relus, corrigés, remaniés, agencés en un florilège sous un titre hommage à mon père : une nonnette au miel des petites choses. En ces temps moroses, offrez un 🎁 cadeau immatériel, des fragments de chaleur humaine, des friandises littéraires, mon bouquet de rencontres, ces 36 billets que je pose aujourd'hui au pied de votre sapin 🎄

Pour lire et partager le florilège, gratuitement, c'est là ➡️ une nonnette au miel des petites choses.

Je vous souhaite une fin d'année tendre et solidaire,

Amicalement, Laurent 

P.S. si vous souhaitez une version PDF, je vous l'envoie volontiers. Il vous suffit de m'envoyer un mail à desfraisesetdelatendresse@gmail.com ✉️

lundi

Ceci n'est pas une critique littéraire


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 46. Je reprends le chemin du travail ce vendredi, pour trois jours seulement. Novembre a été chômé. Je chausserai mes souliers de réceptionniste pour une portion congrue du mois de décembre. Une petite partie de l'équipe aura assuré à ma place la permanence de l'hôtel rouvert depuis le 30/11. Semaine de Noël, nous refermons les volets car les réservations ne suffisent pas, ne motivent pas économiquement l'ouverture. Il faudra que je songe sérieusement à une porte de sortie, une reconversion, quand l'hôtellerie prend déjà des airs sinistrés. Soupir. Que faire pendant le deuxième confinement qui n'en a que le nom ? J'ai pour ma part choisi de m'évader en littérature. Et je n'ai jamais autant lu. 7 romans m'ont diverti, interrogé, agacé ou passionné. 

Je viens de terminer la lecture de l'Anomalie de Hervé Le Tellier, Goncourt 2020, et reste coi devant le tour de force. Il faut énormément de talent pour rendre plausible l'histoire qu'il nous tend. Elle est incroyable et l'auteur en maîtrise tous les aspects, évoque toutes les questions que le lecteur incrédule pourrait se poser. Je n'en dirai pas davantage car je finirais par déflorer l'intrigue. Ce matin, j'entretiens le plaisir de l'après-lecture, je tire sur le chewing-gum pour en prolonger la durée et le goût, je lis un entretien puis une critique qui, fatalement, racontent et gâchent la surprise. Vous me direz que je suis un peu particulier chiant et vous aurez raison. Je n'aime pas qu'on me mâche le travail, qu'on sabote mon étonnement. Je ne lis donc jamais aucun quatrième de couverture, aucune critique littéraire. Pas plus que je ne regarde la bande-annonce promouvant le film ou la série que j'ai l'intention de regarder. Je fonctionne au bouche à oreille, à la curiosité. 

J'ai lu : 

* Hervé Le Tellier, L'Anomalie ⭐⭐⭐⭐⭐
* Serge Joncour, Nature humaine ⭐⭐⭐⭐⭐
* Tiffany McDaniel, Betty ⭐⭐⭐⭐
* Faïza Guène, La Discrétion ⭐⭐⭐
* Faïza Guène, Kiffe kiffe demain ⭐⭐⭐
* Philippe Djian, 2030 ⭐⭐
* Amélie Nothomb, La Soif ⭐

Mes ⭐ sont totalement subjectives.

mercredi

Blablalab


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 41. Même si je m'agace contre l'incompétence du service d'impression de photos et produits dérivés Lalalab* (ils me cherchent, ils me trouvent), je n'ai pas complètement perdu ma journée : j'ai appris le mot petrichor et l'existence d'une page Wikipedia consacrée à la pratique de l'hélicobite


* Vous qui avez demandé à votre moteur de recherche préféré ce que vaut Lalalab, voici mon retour d'expérience : dans mon panier du 14 novembre, des calendriers personnalisés à mettre sous le sapin de mes proches. Je crois encore au Père Noël. 3 semaines passent sans que ma commande ne change de statut. "En cours d'impression" : ils attendent probablement que l'encre sèche, me dis-je benêt. J'alerte le service client à propos de l'anomalie. On me rétorque que ma commande aurait en effet dû me parvenir fin novembre (tu m'étonnes Elton) et qu'on allait créditer mon compte client du montant de la commande ratée. En somme, on m'offre de passer une nouvelle commande chez eux, ce même fournisseur qui a perdu ma confiance. Renouveler la mauvaise expérience. Soit ils ont bu, soit ils ont vu Bernadette Soubirous apparaître en dessous chics dans leur navigateur, soit les deux. Comme j'ai été bien élevé, je dis merci mais non. Et je file chez la concurrence, sans oublier de leur rendre la monnaie de leur pièce, ce billet bien senti. En tout cas, j'attends de pied ferme le remboursement. Lalalab est incompétent mais peut-être pas malhonnête. Wait and see. 

vendredi

La vieille dame et son masque Da Vinci


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 36. Une fois n'est pas coutume, le ciel est gris foncé à Marseille. J'occupe aujourd'hui mon temps chômé pour aller faire quelques courses et traîne dans mon sillage un caddie rouge orné de fruits hilares qui crient « Vous êtes pressés ou quoi ? Ne poussez pas ! » En chemin, je salue mes chers épiciers (illustration) qui ferment boutique après quarante ans de bons et loyaux services. À l'intérieur, Joseph inscrit les mentions utiles pour les habitués, clients, voisins, amis, anonymes qui venaient pour une course ou pour chercher un colis. À l'extérieur, sa sœur Joëlle lui fait des signes quand les lettres qu'il trace partent dans le mauvais sens —il écrit à l'envers pour que ce soit lu à l'endroit. Je sors mon téléphone pour faire une photo et la leur envoyer. Nous passerons mon mec et moi demain pour leur offrir un petit cadeau d'au revoir, des fleurs, une boîte de chocolats. 

Sur le chemin du retour, la montée de la rue de la clinique est pénibl
e pour tout riverain, qu'il soit encombré ou pas. Marseille, c'est pas San Francisco mais pas loin. Une vieille dame tire sur son caddie plein d'emplettes. Main gauche, le chariot noir, main droite un sac de courses. Je lui offre mon aide, qu'elle refuse. J'insiste, elle refuse encore, poliment. À la troisième tentative, elle accepte que je lui porte son sac d'où dépassent une forêt vierge d'orchidées et de plantes. On papote le temps de la montée jusque tout en haut. Elle rouspète quand les voitures nous obligent à nous rabattre sur ce qui tient lieu de maigre trottoir : 

— Oh mais c'est comme sur la Canebière ! Oh la la, en plus, ils avancent comme des chiques !

Je plaisante en lui disant que ça lui fait son sport quotidien. Elle sourit derrière son masque à l'effigie de la Joconde.

— J'ai l'habitude, j'habite ici depuis 1956.

Avant de nous quitter, elle me déconseille de vieillir.

— C'est pas possible, lui dis-je. 

Au-dessus de ses yeux rieurs, un serre-tête en forme d'oreilles de chat serti de strass lui donne un air espiègle.

— Si nous ne vieillissions pas, il y aurait trop de monde, lui dis-je. 
— Nous sommes combien sur Terre ? 7 milliards ? Vous vous rendez compte ! Allez, bon bout d'an, comme on dit en Provence.
— À vous aussi, madame. 

À l'angle de la rue, tout en haut, je souffle comme un âne, récompensé par l'arc-en-ciel qui fend l'horizon gris souris et le sentiment d'avoir gagné cinq minutes de chaleur humaine. 

mardi

Les envahisseurs




Confinement Saison 2 — jour 33. PastaChiche a dessiné les contours d'un nuage* que j'ai photographié ce matin (illustration retouchée par ses soins). Elle m'a ouvert les yeux. Ils sont là. 😂 (j'ai ajouté un emoji qui rit aux larmes pour signifier à l'équipe premier degré qui passerait par là que je suis ironique). Lorsqu'au mois de juin, je lui ai envoyé un sachet de bulbilles** provenant des kalanchoés qui prospèrent sur nos balcons ensoleillés, je ne pensais pas à autre chose qu'à partager nos aliens, les implanter dans son biotope. Ma modeste participation à La guerre des Mondes de H.G. Wells.


* Quand je donne des formes connues (objets, animaux ou visages) aux nuages, je "souffre" de paréidolie. Un phénomène psychologique (que pour ma part, j'approcherais de la poésie, hein) dont souffre également l'ami Matoo (symptômes lisibles sur son blog)

** Les bulbilles ou propagules (image) se forment au niveau des feuilles du kalanchoé daigremontiana. Un coup de vent les projette facilement sur un coin de terrasse où ils peuvent devenir plantule sur un amas de poussières et de poils de la petite Kimberley. 

dimanche

Viens, on va voir la mer


 

Confinement Saison 2 — jour 31. J'ignore encore si mon mois de décembre va être chômé ou travaillé. En attendant, je suis oisif, lent, improductif et ça ne me pose aucun problème. Je choisis d'occuper mon temps de la façon la plus agréable qui soit et demande à ma moitié : Viens, on va voir la mer !

Le morceau de littoral le plus chouette se trouvant à 4 kilomètres du domicile, je peux désormais me prélasser légalement 2 heures et trente minutes* aux Catalans ou mieux, un peu plus loin sur la Corniche, dans un coin de Marseille que j'apprécie particulièrement, Malmousque, un livre en poche et mon regard tour à tour perdu dans le roman en cours de lecture et dans la beauté de l'eau s'étirant sur l'immensité. 

Aujourd'hui, nous avons enfourché nos vélos pour longer la côte jusqu'à l'Anse de la Vieille Chapelle où la courte vidéo ci-dessus a été prise. Je vous laisse imaginer les badauds trinquant à un bout de liberté retrouvée, d'autres jouant à la pétanque sur un bout de plage gravillonnée. Siroter un p'tit jaune et taquiner le cochonnet avec une vue sur la Méditerranée, avouez qu'il y a pire destin dans la vie.


* Les trente minutes légales restantes sont dédiées au trajet aller et retour à bicyclette