Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

lundi

Sapée comme jamais


Alors que j'entame depuis hier la lente agonie vers mes cinquante ans l'an prochain ("horreur ! malheur !"), je songe aux fraises enrobées de chocolat que m'a livrées Noé, en compagnie de Joëlle (lien), en bas de l'immeuble, hier. Du haut de ses 5 ans, Noé m'appelle "Petit Laurent" et claque sur ma joue barbue une bise d'anniversaire. C'est chou. Je songe aussi —l'activité creuse est propice aux voyages intérieurs, à la contemplation des passants mal fagotés— à l'anecdote que m'a racontée ma moitié. À propos d'une dame endimanchée. Sapée comme jamais.

C'est drôle parce que c'est aussi le jour où je postais sur les réseaux la photo d'une dame (de dos car je respecte son anonymat*) apprêtée. Elle longeait avec son toutou les grilles du Palais Longchamp, faisant claquer les talons de ses chaussures rouges. Je me dis alors que tout n'est pas perdu. Que tout le monde ne s'affiche pas en survêtements noirs et claquettes-chaussettes ou claquettes-moumoute. 

Dans le tram, mon mec est fasciné par le spectacle d'une dame —bravo à la gent féminine qui sauve l'honneur et l'élégance— bien habillée. Très bien habillée, la cinquantaine, un peu plus, tout chez elle est coordonné, le joli chapeau, les vêtements, les lunettes de soleil, les chaussures, les bijoux, le sac à main. Pas tape-à-l'œil. La classe à Marseille. C'est plus fort que lui, il faut qu'il le lui dise. Arrivés tous deux à destination, la même, il s'approche d'elle mais s'efforce de ne pas paraître pressant :

– Bonjour, madame. Si tout le monde s'habillait comme vous, avec autant de classe, on n'en serait pas là.

– Oh comme c'est gentil ! On ne m'a pas fait d'aussi beau compliment depuis bien longtemps ! 

– Bonne soirée, madame.

– Vous aussi, merci, dit-elle, arborant un sourire à faire rougir un champs de tomates.

 

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J'ai emprunté le titre de ce billet à l'artiste qui refuse qu'on lui souhaite son anniversaire (une polémique en carton de ce début d'année). Le lien vers le décryptage (très drôle) des paroles de la chanson ↪ ici !

*J'ai également préservé l'anonymat du papa et de l'enfant qu'a croisés la dame 😉

Comme un lundi

 

Pendant que je photographiais cette fleur des champs des villes, que je rouméguais contre le crétin qui a arraché une branche à cet arbre qui n'a pour se défendre que sa verticale indifférence, la pochette contenant mon ordinateur portable (ou plutôt celui de mon employeur) criait dans le tram arrivé à son terminus et vidé de ses usagers : pourquoi m'as-tu abandonné ? 

J'avise d'autres herbes folles et songe à cette autre photo que j'aurais pu faire si je n'avais pas été en retard. Je badge à l'entrée, j'arrive au bureau, dis bonjour au collègue et soudain, l'absence de la poignée de la mallette dans le creux de ma main produit un vent de panique. Je dis au revoir au collègue et retourne sur mes pas. J'échafaude un plan, une alerte à mes supérieurs, avec mes plus confuses excuses, j'imagine la journée à configurer un nouveau poste de travail. 

Mais je dois épuiser mes chances de retrouver la pochette, si chances il y a. J'allonge le pas jusqu'à Arenc, le terminus de la ligne 2, je parle à la préposée au guichet qui me suggère d'appeler un numéro. Je préfère aller toquer à la porte de la cabine du chauffeur du tram qui s'apprête à partir en direction de la Blancarde. Là, je vous avoue, je n'y crois plus mais je veux y croire. J'expose mon cas, je déroule avec lui le trajet de ma sacoche qui a peut-être, dans mes rêves les plus fous, échappé au larcin et poursuivi sa course, toute seule. Le chauffeur du tram qui m'a déposé à Euromed-Gantès a fait sa boucle au dépôt, il est reparti pour un tour en direction de La Blancarde. Je suis, fébrile, la conversation entre les deux chauffeurs. Ma sacoche a été remise par une inconnue (bénie soit-elle) au conducteur qui va la laisser à mon intention à la Blancarde, si je veux bien me rendre jusque-là. Un peu mon neveu, que je veux. 

Pendant le trajet qui m'emmène au-delà de mon point de départ le matin, au pied du Palais Longchamp, jusqu'à Sakakini, je me dis encore que l'échange entre les deux chauffeurs est une hallucination auditive. Trop beau pour être vrai. Arrivé à bon port, la contrôleuse me remet pourtant la sacoche convoitée et je bredouille :

– Vous n'imaginez pas mon soulagement !

– On se met à votre place. On est professionnels... mais n'oubliez pas de jouer au loto, me dit Cathy, ou Audrey ou Odile (dans l'euphorie mêlée de gratitude bredouillée, je ne me souviens plus de son prénom).  

Merci Cathy ou Audrey ou Odile, merci l'inconnue dans le tramway, merci le premier chauffeur, merci le deuxième chauffeur, Ludo, merci la RTM. 

Ne cherchez pas pourquoi on m'appelait Laurent la lune, à la maternelle. Ni d'où je tiens l'idée de baptiser ma compagnie de théâtre "tête en l'air".

 

mardi

Bye bye Régine

Encore un peu de légèreté. Les billets légers, je sais faire. Légers sans être creux, j'espère. 

J'ai déjà raconté ici et là mes rencontres furtives avec des vedettes, des artistes, des stars parfois. Habiter Paris facilite les choses. Travailler dans l'hôtellerie aussi. Allez, un peu de name-dropping. J'ai papoté avec Petula Clark, Tilda Swinton, Jessica Lange, Paris Hilton, Robert Hossein, Elsa Zylberstein, Audrey Tautou, Pierre Etaix. J'ai tenu la jambe à Philippe Caubère. J'ai joué la doublure main de Jean Alesi mais sans le croiser. J'ai taté des œufs dans Amélie Poulain, rue Lepic.

C'est en 2014. Un lundi de mai. Le tout-Paris est convié au Balajo, dancing mythique de la rue de Lappe, à Bastille, pour une soirée guingette sous la houlette de la reine des nuits parisiennes, Régine. Un verre de vin blanc à la main pour me donner une contenance, car je n'ai jamais été à l'aise dans les soirées people, j'approche de l'interprète de La grande Zoa, je veux lui dire merci pour l'invitation et bravo pour sa carrière :

– Bonsoir, je...

Armée de sa gouaille légendaire, elle m'interrompt et dit :

– Je vais faire pipi. 


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Régine est morte le 1er mai 2022 à l'âge de 92 ans. (Télérama)

Un vieux billet sur le même thème : j'ai un cœur de midinette 

Et en tête de gondole : une nonnette au miel des petites choses

 

 


lundi

Le parallélépipède bouton d'or

 

 

Une légende irlandaise raconte qu'au bout de l'arc-en-ciel l'on trouve un chaudron rempli d'or. Et que seul un cœur pur peut s'en emparer. 

Le bout de mon arc-en-ciel métaphorique, c'est le carré bouton d'or que j'avais photographié (billet). Piqué par la curiosité et armé de mon caddie de courses, je me rends au supermarché en rez-de-chaussée dudit carré jaune et fais un petit détour par la résidence seulement accessible aux habitants des immeubles fraîchement sortis de terre. Ne disposant pas du code magique me permettant d'ouvrir le portail, je me faufile derrière une habitante et monte les marches pour photographier l'objet de ma convoitise.

Le soleil n'est finalement ni carré, ni cubique. C'est plutôt un parallélépipède (ou parallélipipède) si mes vagues souvenirs de géométrie (quand j'étais adolescent 😬) sont bons.

Aller au bout de l'arc-en-ciel pour trouver un trésor. Aller au bout du rayon de soleil qui éclate sur la façade de l'immeuble pour découvrir une école élémentaire. Et pour filer –et conclure ici– la métaphore, c'est l'école, l'enfance, la marelle dessinée à la craie, chat perché et un, deux, trois, soleil, qui décrochent le pompon de la pomponnette, la queue de Mickey, le chaudron rempli d'or.

 

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Conseil du jour 📻 L'émission Barbatruc de Dorothée Barba sur France Inter, S'émerveiller, ça s'apprend ? Éveiller le regard des enfants --> c'est ici.

 

jeudi

Un soleil carré et des voitures empilées


Billet sans queue ni tête, comme d'habitude. 

7h30. Je m'apprête à prendre le tram et fais un crochet par la rue Espérandieu pour capturer l'image qui m'interpelle tous les matins, cet immeuble jaune bouton d'or et les voitures qui semblent empilés les unes sur les autres. Est-ce qu'à l'instar du bouton d'or, la fleur que j'approchais, enfant, du cou de mes camarades de jeux pour savoir s'ils aimaient le beurre, l'approche de l'immeuble te révèle que tu préfères le beurre salé ou le beurre doux ? Une motte de beurre carrée posée dans la ville. Ou un soleil cubique et des voitures empilées, ma façon de voir les choses. 

J'ai dans les oreilles la voix de Laure Calamy interviewée par Antoine de Caunes (émission). Sa joie est communicative. Elle irradie de vérité dans le film de Cécile Ducrocq, Une femme du monde (disponible en VOD). Nous l'avions adorée dans Antoinette dans les Cévennes, film pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice en 2021. Sans grande surprise, nous l'avons adorée dans Une femme du monde. 

Et du coq à l'âne : avant la VOD, il y avait les vidéoclubs*. J'enfourchais mon vélo pour me rendre à la boutique du village. A la recherche de la nouveauté en version originale, une denrée rare, j'errais dans les rayons, fasciné par un choix qui me semblait prolifique mais ridicule aujourd'hui face à l'offre internet. Le vidéoclub, voire les distributeurs de cassettes VHS sur le parking désert de l'hypermarché en périphérie des villes un dimanche soir, c'était ma VOD de l'époque. 

J'ai fait les boutiques hier, les boutchiques (avec l'accent marseillais). J'ai acheté pour une amie des séparateurs d'orteils en forme de fraises pour pédicure.

Aujourd'hui, penser à souhaiter bonne fête à toutes les Valérie qui m'appellent, si elles m'appellent. 

C'est tout.

 

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* Un vidéoclub, vidéo-club ou club vidéo, est une boutique de services permettant la location de films (ou plus rarement d'autres productions audiovisuelles telles que des séries télévisées) sur support vidéo (essentiellement cassettes VHS puis DVD, ou plus récemment HD DVD et Blu-ray) afin de les visionner à son domicile, sur son téléviseur, avant de les rapporter. (source Wikipedia

mercredi

Le week-end de cinq jours

C'est à Callelongue - Marseille 8e

C'est aussi à Callelongue - Marseille 8e
 

Le "week-end" de cinq jours a commencé par un raté, dérisoire, puis une étreinte, essentielle.

Jeudi soir. Quichenettes, tatziki, mousse de tomates séchées. Tout maison. Bon, disons net que tout est maison, je vous épargnerai des répétitions à tire-larigot.

Vendredi. Un petit jaune dans le Panier avec Annie. Bœuf bourguignon sensationnel qui a mijoté cinq heures et dix minutes. Crumble. 

L'amie Élodie Jauneau s'est fendue assez vite d'une carte postale sur les réseaux qui m'a beaucoup plu (parce qu'elle renvoie à l'enfance). Elle a envoyé un cliché de Callelongue, le bout du bout de Marseille, où nous l'avons emmenée en autopartage (réussi, cette fois-ci). Elle a écrit :

Ici, tout va bien, il fait beau. Les monos sont gentils, je dors bien et la cantoche est super bonne. Il y a aussi un petit chien très mignon. Bisous.

Elle nous a offert une carte ornée d'un zizi coloré. "Prenez le kiki sans poils, avait suggéré le caissier de la boutique du Mucem, il est plus rigolo que le kiki avec poils," une bouteille de rouge, un joli plateau design jaune éclatant barré du slogan "happy". 

Happy, comme nous, en somme.

Happy de partager des moments de joie simple. Happy de contempler la mer depuis la Calanque de Saména, d'admirer le parterre de griffes de sorcière en fleur, de respirer l'air du large, fenêtres de l'auto partagée ouvertes, sur la route qui serpente entre les Goudes et Callelongue où nous avons trinqué à l'amitié. Happy de pouffer comme des enfants lorsqu'on remarque un monsieur tout nu, au loin. Mais non, il a un string, dit mon mec. Pfff, c'est un pli de gras que tu vois, rétorque l'amie, méticuleuse. De fredonner une chanson de Henri Salvador qui reste dans la tête (les vocalises, surtout).

Samedi midi. Œufs mollets, velouté de petits pois, noisettes et lardons. Samedi soir. Camembert rôti sur écrasé de pommes de terre aux lardons et épices.

Dimanche midi. Sandwiches et bières. Soir, trois pizzas, une blanche (crème fraîche), deux classiques (sauce tomate et quatre fromages et olives noires sans gluconate ferreux).

A Fontaine-de-Vaucluse, charmant village où la Sorgue jaillit d'un impressionnant gouffre, nous nous sommes joints aux badauds pour dépenser une dizaine de kilocalories au mieux. Sans dépenser un centime chez les attrape-touristes avec leurs babioles moches et ou misogynes (sculptures sur bois "Fanny, tu la tires ou tu la pointes" 🤮), nous nous sommes posés sur les chaises Luxembourg couleur miel du restaurant Philip, à l'heure du chocolat liégois et des fraises melba. Une voisine de tablée qui faisait chut toutes les 27 secondes à son chien aboyant toutes les 27 secondes nous a sortis de notre rêverie. Taquin, mon mec s'est joint au duo de la dame et son chien en faisant chut à son tour toutes les 27 secondes. J'ai fait chut à mon mec. On a ri. 

Sur la route du retour, les petits ont dormi pendant que je conduisais. C'est aussi ça, le bonheur. 

Lundi midi. Poulet fermier et ses pommes de terre en cocotte. Le classique du dimanche mais un lundi. Îles flottantes.

Puis sous l'œil goguenard des gabians passant par là, nous avons flotté à l'horizontale sur nos canapés respectifs jusqu'au départ de l'amie.

Telle la Reine Mère, elle a agité la main et salué la foule de Saint-Charles et Notre-Dame-de-la-Garde au loin. Elle est partie avec le soleil, le plein de navettes et de tendresse.  


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L'amie a écrit sa version ici 👈


vendredi

Élodie Jauneau attend toujours son chauffeur

 


Je pratique l'autopartage depuis quelques semaines maintenant. Plus écologique et économique que l'achat d'une voiture, option qui avait mes faveurs il y a pas si longtemps. Puis j'ai testé Citiz. Avec quelques cafouillages qui sont plus le fait d'utilisateurs peu respectueux (doux euphémisme) que du service en soi. L'abonnement, les formalités, la prise en main, le retour, tout le tremblement est un peu complexe au début mais avec un peu de patience et de jugeote, on en vient à bout.

Comme je change radicalement de rythme —j'ai désormais toutes mes soirées, tous mes week-ends—, je peux sillonner la région, conduire mon mec, le petit et l'amie aux confins de Marseille (les Goudes, la Baie des Singes, Callelongue), envisager un pique-nique dans l'arrière-pays, les Alpilles ou les Cévennes, sans vendre un rein, un testicule, ou faire l'hypothèque d'un patrimoine que je n'ai pas. 

Anecdote pas piquée des hannetons. 

20h15. Une Fiat 500 Hybrid m'attend en bas de chez nous. Pas loin en tout cas. Je tique quand je vois toutes les bugnes qui la "décorent" et entame une inspection de la carrosserie. J'applique mon pass de métro sur le pare-brise pour déverrouiller le véhicule. Ça clignote orange. Je clignote d'agacement. J'suis nouille. C'est pas la Fiat mais la Clio, juste derrière, que j'ai réservée. Je recommence le même cirque. Pour enfin m'asseoir, tourner le bouton de la radio, choisir une station qui apaise mon humeur, chercher le bip qui va soulever l'arceau sous la voiture et empêcher les automobilistes du quartier de me chiper mon emplacement pour le retour. Je me contorsionne pour trouver ce fichu bip. Où est cette abomination de bip ?!?!? 

J'appelle l'assistance. On me rassure. Si, lors de la restitution, la place est occupée, je peux me garer dans un rayon de 300 mètres. Euh... J'ai plus de chance de boire une Suze avec Madonna sur le Vieux-Port que de décrocher une place de parking le soir à Marseille. On annule. Il m'indique la marche à suivre. Me propose un autre véhicule, la fameuse Fiat 500 juste devant que je couvais des yeux plus tôt. Ok, si elle contient le fameux bip, fonce Alphonse.

Je démarre la pitchoune, me mets en double file, appuie sur le boîtier pour remonter l'arceau. Et là... le sésame métallique tente une remontée sous la Clio précédemment testée. 🤯 Épisode neigeux dans mon cerveau. J'inspire. J'expire. Je tente de soulever le machin censé protéger ma place. Peine perdue. L'emplacement ne sera pas davantage gardé puisqu'il ne peut être déclenché que par le bip retenu contre son gré dans la poche du cornichon qui a conduit la Clio avant moi. 

Vous n'avez pas tout compris ? Rassurez-vous. L'interlocuteur de Citiz (le deuxième que j'épuise de la soirée) s'est fait, lui aussi, des nœuds au cerveau avant de saisir qu'en plus du précieux bitogno manquant, les clients précedents avaient joué aux chaises musicales. Bref, il est déjà 20h45 et comme j'ai d'autres chats à fouetter et l'amie qui fait le pied de grue à Saint-Charles, j'annule tout, je marche d'un pas vengeur jusqu'à la station levélo (le Vélib marseillais) la plus proche, enfourche l'engin et dévale en danseuse les deux kilomètres qui me séparent de la gare. 

Ouf. 

C'était un billet multi-modal : après 1 TGV Paris-Marseille pour Élodie, 2 véhicules en carafe et 1 vélo pour moi, nous empruntons alors bras dessus dessous le métro marseillais pour regagner le maison-doux-maison où nous attendent le petit, mon mec et des quichenettes maison accompagnées d'un coteaux d'Aix de derrière les fagots.

mercredi

Allô Tokyo ?

 

Un billet bisounours, très très court, très très bisou. Qui ne raconte pas grand chose, comme d'habitude. Si ce n'est l'échange visiophonique entre le petit Tokyo, bientôt quatre mois, et son deuxième papa, votre serviteur. C'est vrai que je ne vous l'avais pas présenté. Et lorsque je lui demande un bisou, il lèche le téléphone. C'est-i-pas choupi ? C'est tout.

mardi

La poule à facettes

 


Ne cherchez pas d'où je tiens ce goût des choses simples (illustration). De ma mère. De mon père aussi (billet). 

Et comme d'habitude, je tricote un billet de blog de traviole. Je ne vous parlerai pas de politique, ça s'écharpe assez sur les réseaux, les plateaux et dans la vraie vie. Ou si, juste la réponse pépite de Jérôme Kerviel à Valérie Pécresse qui est dans le rouge : "Je suis endetté à hauteur de 5 milliards, ça va bien se passer, tu vas voir !" A part ça, quelles nouvelles ? Ma maman chouchoute ses fraisiers et couve d'un œil protecteur ses petits pois et ses poules pondeuses, je galope, à 6 heures du mat, dans la cour de l'immeuble pour atteindre l'impasse où le petit peut faire sa crotte tranquille, mon mec fait encore des rêves bizarres où il me voit chanter sur la scène du Silo, en lieu et place et voix de Juliette Armanet, boule à facettes disco humaine, la foule est en folie. Pour ma part, je compte modestement le nombre d'appels, 16 pour le moment, pris aujourd'hui et note les deux détails qui m'ont fait sourire :

– Je ferme les ongles, me dit une dame en évoquant les onglets qu'elle diminue ou fait disparaître de son écran d'ordinateur.

– Pouvez-vous m'installer Tinderbird ? me demande une autre dame.

– Thunderbird, plutôt, non ? Tinder, c'est un autre outil de messagerie 😉


vendredi

Je danse avec Mia


En vrai, non. Je ne danse pas avec Mia. Je me réjouis à l'idée que Mia* (photo ci-dessus) ait trouvé son adoptante. Je danse donc en pensée avec Mia, et sa nouvelle famille. 

Ce blog est en mode canin. Depuis le décès de Kimberley (lien), nous avons assez vite choisi d'inviter un nouveau colocataire dans notre foyer marseillais. Et le hasard ou plutôt un joli concours de circonstances nous a mis sur le chemin d'une association** (lien). Je reviendrai longuement sur la venue de Tokyo, de la Réunion. Aujourd'hui, je souhaite bloguer léger, vous dire que mon nouveau boulot me plaît, que mon mec me fait rire. Sa réponse à la pédégère qui exigeait l'intervention immédiate et physique d'un technicien alors qu'une résolution à distance était possible est savoureuse : 

— Madame, je n'ai hélas pas de technicien avec des petites ailes dans le dos.


* Mia, 5 ans, devait être euthanasiée. Le vétérinaire qui a refusé de mettre fin à ses jours a contacté une famille d'accueil de la Tribu des Crocs Mignons à la Réunion. Mia a pris l'avion et vit désormais sous les tropiques des Bouches-du-Rhône. 

** Pour sauver les toutous des îles, les aider à rejoindre une famille d'accueil à la Réunion (coucou Sabine), ou dans les Bouches-du-Rhône (coucou Sandra, Nathalie, Patricia), faites un don ici 💰 

Le site de la Tribu des Crocs Mignons 🐶

mardi

Bye bye Kimberley

Kimberley nous a quittés brutalement et nos cœurs sont en petits morceaux. On dit qu'un seul être vous manque et tout est dépeuplé. C'est vrai. Chaque recoin de l'appartement nous rappelle à elle. La clochette qui tintait lorsqu'elle accourait vers nous ou que lui venait son quart d'heure de folie, s'est éteinte. Mon mec et moi commentions ses accès de folie : "elle nous fait Mariah Carey". Ne cherchez pas le lien avec la plantureuse diva. Hormis son prénom américain, Kimberley, et ses dehors de vedette. Elle a illustré une tripotée de billets de blog ou encore les timbres qui ornent mon courrier. Son sourire ravageur. Sa joie inébranlable et communicative. Le soleil inonde le parquet du salon et elle n'est plus là, stoïque, à attendre qu'on déplace son dodo au gré des rayons.

Gourmande comme ses maîtres, elle ne rechignait jamais devant une friandise. Joëlle et Joseph qui tenaient l'épicerie en bas de chez nous lui gardaient les tomates cerises à peine abîmées. Je ne peux vous raconter toutes les anecdotes qui ont émaillé notre quotidien. Ça serait vous faire entrer dans une sorte de caverne d'Ali Baba où chaque jour de ces presque quinze années à ses côtés (et souvent à quatre pattes) serait un coffre à trésors, à jouets, à joies et peines mais tellement plus de joies que de peines. 

Qu'on la sorte pour satisfaire ses besoins ou pour la promener, qu'on lui donne sa part de croquettes ou un bout de banane, qu'on prenne quelques minutes de notre temps si précieux pour jouer avec elle, elle exprimait une joie pure et sans pareille. Je me dis souvent que le monde gagnerait à exprimer son contentement, comme notre petite Kimberley, pour les choses les plus simples du quotidien.

Jetez enfin un œil au bandeau de ce blog. On la voit tenter d'hypnotiser une framboise. Ou plutôt penser "finis donc ta photo et file-moi cette merveille !" Ma pougnette, je pense tout le temps à toi. Je te donne ce billet de blog, toute ma tendresse et une palette de fraises.

 

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Voici deux billets avec Kimberley en vedette américaine comme on disait à la télé au siècle dernier :

- Véritables préludes flasques pour un chien

- Le rêve loufoque de mon mec

 

dimanche

Qui va à la chasse perd sa place


Un préambule s'impose. Je m'apprête à vous raconter ce qui est d'ordinaire inracontable, un fou rire. Le fou rire qui nous a secoués hier soir, notre voisin-propriétaire, mon mec et moi-même. Je ne suis pas certain de réussir mais j'essaie quand même car ça vaut son pesant de cacahuètes, comme on dit. Nous disposons d'un emplacement de parking que nous n'utilisons qu'occasionnellement. Le reste du temps, il est occupé par le véhicule du voisin-propriétaire que nous nommerons VP. Nous avons créé un groupe Whatsapp dédié à l'organisation de l'occupation de l'emplacement. Où s'entremêlent emojis, requêtes diverses et variées.

Novembre. Nous rentrons d'un long week-end dans les Cévennes et garons en sous-sol la voiture de location que je retourne à l'agence le lendemain matin. Et je me prélasse dans les nimbes des dernières heures de mes vacances. Rangement, Facebook, lessives, Twitter, repassage, Instagram, autant d'activités morcelées dans lesquelles je dissous les cinq-cents kilomètres parcourus. 

Message de VP à 20h35 :

— Bonsoir, la place est-elle occupée cette nuit ? 

— Elle est libre.

— Cool, merci. 

Message paniqué de VP à 22h03 :

— Bon... Elle n'est pas libre... Tant pis... (une photo du véhicule illustre le message)

Agacé, je réponds : 

— Quel abruti nous a pris la place ? Je vais mettre un mot 😱

— Je m'en charge si tu veux.

— Tu veux bien ? Merci beaucoup. 

Si vous avez suivi, vous aurez compris que j'ai eu une sacrée absence et que je suis l'abruti cité plus haut. La situation : je montre à mon mec la photo de la Toyota Yaris blanche appartenant à Europcar, je peste contre l'inconnu. J'ai autour du cou une écharpe (je m'apprêtais à me rendre vite fait bien fait au sous-sol) et sous le bras une feuille blanche et un marqueur. Puis, je réalise. Je n'ose répondre à VP. C'est ma moitié qui l'appelle pour dissiper le quiproquo. Et pendant l'appel, me voilà secoué d'un rire irrépressible, j'en pleure littéralement de rire.

Le lendemain, j'envoie un message à D. :

— Cette fois-ci, la place est libre 😁😉


samedi

Tranche de rire

 

Comme l'actualité est un peu anxiogène* tout est propice à un peu de légèreté. Je ne** dis pas qu'à l'instar de Claire (billet), je ne** pense pas au sort des populations déplacées et/ou terrorisées ou de la planète que la pression d'un bouton peut atomiser. Oui, nos minuscules joies, les fictions qui alimentent nos imaginaires, les routines dérisoires qui rythment notre quotidien, sont peu de choses. Je continue pourtant de m'abîmer dans la contemplation des nuages, dans l'assemblage de mots et de sons pour faire sens. Je me nourris de la simplicité des choses et des gens qui réparent le monde, du rire aussi et encore heureux. Rire de soi. 

Je retrouve la publication d'une courte vidéo illustrée par une de ces musiques idiotes qui polluent presque tous les tutoriels consacrés à la cuisine. Je filmais mon mec qui en un tournemain transformait un ananas en tranches. L'objet est utile. L'usage qu'on en a fait l'est beaucoup moins. Quelle lubie nous a pris de croire à ces régimes faciles ? Se nourrir d'ananas et rien d'autre. La tête de la nana. Qui nous voit passer avec notre caddie plein d'ananas. 2 par jour et par personne que multiplie une semaine, ça fait 28. Passons l'émerveillement de l'ustensile qui tranche presque par magie. Passons le poignet qui fatigue de tourner et n'en peut plus. Passons la satisfaction et l'étonnement du poids perdu. Parlons plutôt de la surprise au bout de 2 jours. Mon mec roule des yeux stupéfaits quand il remarque sur mes lèvres un filet de sang. On se tire la langue, anormalement gonflée, râpeuse, douloureuse. Nous crachons le sang. Horreur malheur. On décide de stopper net la routine, on comprend vite que les ananas mûrs ne le sont que par le truchement de procédés pas catholiques. On est hilares, on se tape le cul par terre de rire, tant on se trouve ridicules d'avoir mordu à l'hameçon et cru au Père Noël. Une bonne tranche (d'ananas) de rire ! 

 

*doux euphémisme 

**double négation, je me suis fait des nœuds à la comprenette

Mise à jour

Dimanche matin, Marie éclaire ma lanterne : l'ananas, ce fruit mangeur de viande.

Brest à l'est


mon "bonjour. café." en Charente dans de la faïence de Lorraine (manufacture de Luneville - KG)

Nous dînons autour de la grande table en chêne massif. Ma mère regarde la télé dans le vaisselier. Dans la vitre du vaisselier qui lui rend le reflet du feuilleton qu'elle commente à voix haute. La télévision est dans le coin salon à l'autre bout de la pièce. Une poutre et le garde-corps de l'escalier en bois empêchent la scène larmoyante entre Elsa* et Bruno Putzulu de parvenir directement à ma téléspectatrice de mère. Elle ne veut pas se poser dans le canapé qui fait face à l'écran, elle perdrait la chaleur et la proximité, surtout, du poêle à bois. Et elle veut manger à la table, avec moi. Regarder la télé dans la vitre du vaisselier ne la dérange pas. Il faudrait repenser tout l'agencement de la pièce et l'idée nous fatigue, elle comme moi. Déplacer la cheminée ou l'enchevêtrement de câbles, la box, la télé. L'un ou l'autre est impossible**. Alors nous commentons ensemble l'intrigue rocambolesque (et mal jouée mais pas pire que Les Mystères de l'amour***) puis la météo dans la vitre du vaisselier. Je vois pour la première fois la météo sous un autre angle, la Lorraine à l'ouest et Brest à l'est.

 

* T'en va pas. Si tu l'aimes, t'en va pas-ah-ah.

** J'attends avec délectation les twittos qui déclareront "mais si, il faut... t'as qu'à..." Je leur délivre volontiers les plans de la maison et leur envoie la facture. 

*** Je me rappelle avec émotion du fou rire qui nous avait saisi mon mec et moi lorsqu'un des protagonistes sortait un flingue et déclarait, la voix grave et le clin d'œil appuyé :  "Je connais hyper bien un gars qui travaille pour la CIA."

mercredi

J'ai pris un arbre dans mes bras




 

J'écris ce billet bercé par la danse des flammes dans le poêle à bois qui chauffe la maison de ma mère en Charente. Le craquement sous la chaleur des plaques en fonte. La chatte aux premières loges, stoïque et bienheureuse. Le pépiement des mésanges dehors. Un monde ignorant tout de la vanité des hommes et des polémiques en papier toilette qui agitent les plateaux télé et les réseaux sociaux. L'oubli, l'abandon, la paix. Un petit bonheur parmi d'autres. Parmi ceux que Tiphaine 🐧 Touzeil convoque sur Twitter. En plus de fabriquer des gifs qui confinent à l'art, parce qu'elle découpe, anime et exalte des bouts d'Art, qu'elle y met son talent et son cœur, elle organise un défi qui souffle sa cinquième bougie, le #JeNeChougnePasChallenge. Il s'agit de ne pas chougner (râler, rouméguer, grommeler, chouiner) ou plutôt de moins chougner, de ralentir ou arrêter la petite dynamo qui alimente les pensées qui noircissent le verbe, qui salissent un tableau déjà pas tout rose. Mon explication est un peu schématique, incomplète. Tout le monde participe. Comme et quand il veut ou peut. L'exercice est plus complexe qu'il n'y paraît. Mais je vais vous la faire simple. Avec une courte liste de Trukafer auxquels je me suis adonné :

- J'ai dit "et" plutôt que "mais"

- J'ai pensé à des pinguoins qui jouaient au tennis chaque fois que montait l'envie de vomir mon agacement sur les réseaux sociaux ou dans ma rue

- J'ai fait rire ma mère avec une anecdote pas piquée des hannetons

- J'ai regardé deux épisodes de Ted Lasso (et je conseille chaudement)

- J'ai souri à chaque personne croisée, toute une journée

- J'ai dansé sur ma chanson préférée

- J'ai pris un arbre dans mes bras. Celui-là même qui illustre ce billet. 

Valise déployée. Déjeuner avec ma mère, arrosé d'un Bergerac, des dernières nouvelles de la famille et d'un beau soleil d'hiver. Marcher un peu. Les gravillons qui crissent sous les pas sur la petite route de campagne. L'herbe mouillée qui souille le genou quand je me contorsionne sous la clôture qui délimite un pré immense et vert, malgré l'hiver. Les choux en rang d'oignon dans le pré d'à côté. Les chardonnerets. Une tortue trépassée qui a perdu son chemin. Des monticules de terre qui témoignent de galeries creusées par une taupe cherchant le sien. Un arbre que je photographie puis approche puis étreint. Longuement. Yeux clos. Inspire. Expire. Inspire. Respire le vent qui agite le lierre qui étreint à son tour l'arbre témoin d'une émotion inattendue. Je suis vivant.