Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

jeudi

Le pot à lait en fer-blanc

 
Je me promenais sur les blogs amis (non non, les blogs ne sont pas encore moribonds), chez Matoo puis chez Doréus, quand le récit de ce dernier, à propos de boissons gazeuses puis de bouteilles de lait livrées autrefois sur le pas de la porte a déclenché la boîte à souvenirs. 

Je me souviens du pot à lait en fer-blanc vide que je déposais à la ferme. Je traversais le vaste champ bordé de pommiers, aujourd'hui disparu, je tournais la grosse clé rouillée dans la serrure et poussais la porte de l'étable côté autorisé. J'échangeais le pot en fer-blanc vide contre un plein, perdu dans la contemplation des poussins dans la couveuse et du cul crotteux des vaches. J'échangeais quelques mots avec la bien nommée Madame Vacher. Le dimanche, je toquais à sa porte vitrée pour régler notre consommation de lait de la semaine. 

C'était au bord de la grande route que mes parents m'interdisaient de franchir, car très passante. Au-delà, une petite route, une pente raide, des peupliers longeant la Dordogne. Les orties qui me fouettaient les mollets. Et dans le fossé, l'herbe généreuse que je ramassais pour Kiki, mon cochon d'Inde.

À propos de patronymes opportuns* (ou pas), M. & Mme Vacher tenaient une ferme. J'avais une cliente, Mme Vilaine** et néanmoins ravissante, M. Fromage travaillant chez Danone. Et M. Labite.



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* Séverine, sur Twitter, m'apprend l'existence du mot aptonyme :

Un aptonyme (néologisme formé sur apte « approprié », et du suffixe -onyme « nom ») est un nom de famille ou un prénom possédant un sens lié à la personne qui le porte, le plus souvent en relation avec son métier ou ses occupations (Source : Wikipedia). Exemple d'aptonyme :  Jean-Louis Cheminée, volcanologue. Exemple de contraptonyme** : Véronique Sanson, chanteuse. 

mardi

Coup de foudre à Marseille Saint-Charles

Dans le camion, un chapeau et tous les cartons de ma vie parisienne ❤

Écrire des petits bouts même pour ne rien dire, ça me connaît. Parler de choses essentielles, vraiment, je suis un peu, disons, empoté ou discret ou les deux. En publiant, par exemple, ce matin sur le petit oiseau bleu la photo ci-dessus avec un commentaire laconique : il y a 4 ans, je disais au revoir à la rue Daguerre et à Paris pour tracer ma route jusqu'à Marseille où m'attendait l'homme de ma vie. Sur Twitter, Hélène me demande le lien vers le billet racontant notre rencontre. Eh ben y a pas. Comme ma moitié est aussi discrète que je suis loquace, j'ai toujours réservé notre histoire pour le cercle restreint de mes amis. Allez, puisque vous êtes sympas et que le monde manque de mots doux et de belles histoires, je vous donne un air de Kylie Minogue, Love at first sight :

'cause baby when I heard you
For the first time
I knew we were meant to be as one

Parce que bébé, quand je t'ai entendu pour la première fois, j'ai su que nous étions une évidence (traduction au doigt mouillé). 

Enfin pas tout à fait. Il y a eu des likes sur le profil Instagram de l'un puis de l'autre, beaucoup beaucoup de likes. Il m'avait tapé dans l'œil. Nous avons échangé nos 06. Et parce que la vie est trop courte pour s'offrir des fleurs demain, nous avons voulu vérifier le plus tôt possible si l'alchimie qui opérait lorsque nous bavardions au téléphone était réelle. Si sa voix chaude sentait vraiment l'ailleurs dont je rêvais secrètement. 

C'était en 2015. 

Mais les comptes ne sont pas bons, Kévin, me direz-vous. 2015-2021 ça fait cinq doigts de la main gauche et le pouce de la main droite, pas les quatre ans que tu évoques ce matin sur Twitter. Minute, papillon. Les deux ans manquant au compteur, c'est le temps qu'il a fallu pour que je m'installe dans le Sud, que je cherche un emploi, que nous multiplions les allers et retours entre Paris et Marseille pour éprouver notre histoire. 

J'ai débarqué à Marseille pour la première fois de ma vie le 6 septembre 2015, des papillons au ventre lorsque je l'ai vu descendre du Car Treize qui l'a conduit de la ville limitrophe où il habitait jusqu'à la gare de Marseille Saint-Charles. Je me souviens avoir marché des kilomètres avec lui ce jour-là, avoir siroté un Pastis sur le toit du Mucem et m'être dit sans le lui dire, c'est lui. C'est avec lui que j'ai envie de vivre. 

samedi

Bêêêêêêê !

 

La dame de fer parisienne photographiée par mes soins en 2017

6h25 jour pour jour il y a quatre ans. Vue depuis les fenêtres de la rame de métro, côté droit, enjambant la Seine sur le pont de Bir-Hakeim. J'entamais ma dernière semaine de boulot avant de tracer ma route vers le Sud, au volant d'un utilitaire rempli de mes affaires. Les bulots défraîchis fans de thèses complotistes et farfelues (pléonasme) verront dans l'illustration trois belles traînées laissées par des avions, preuves d'épandage de mystérieuses substances chimiques pour aliéner le quidam. Si si, je vous assure, cette légende des chemtrails existe bel et bien et plaît à beaucoup de cornichons (15% de Français adhéreraient à cette théorie complotiste). Joël Giraud actuel Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ruralité avait déposé en novembre 2013 une question écrite au gouvernement sur les chemtrails en expliquant qu’il pourrait s’agir "d’épandage de produits chimiques provoquant des maladies respiratoires". Alors si même un ministre se fait l'écho de pareilles inepties, comment voulez-vous que le citoyen lambda ne répande pas les discours de nigauds comme Lalanne, Bigard, Kim Glow, Florian Philippot, Tartine Wonner et j'en passe des bas de plafond et des "on n'est pas des moutons" et des Mickaël Vendetta qui vante les mérites de la pompe à venin pour aspirer le vaccin 🤦‍♀️ Bêêêêêêê. 



jeudi

Parlons peu, parlons bien

 

Pour évoquer les petites choses essentielles, j'illustre aujourd'hui ce billet avec une jolie boîte fabriquée par Amy Papote (cliquez sur la photo pour découvrir ses créations sur Instagram)

L'amie Élodie ironise à propos de l'abus de citations d'auteurs morts. Commençons donc (pour lui faire plaisir) ce billet timbré mâtiné de quelques mots vulgaires par un titre-citation d'une romancière vivante, Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une. Je ne l'ai pas lu. C'est bien ? Par les temps qui courent et la bêtise qui déferle (des gens attrapent sciemment la Covid-19 pour valider un passe sanitaire dont ils ont besoin ; j'implore votre pardon pour l'expression vulgaire dont je les affuble : sont finis au pipi ou bien ?), il devient utile, que dis-je, essentiel de parler de choses superficielles et légères, d'artisanat (coucou Amy_Papote), de littérature (je me régale de la lecture très très très très lente du roman de l'ami Boris Faure (uniquement disponible sur la plateforme du gars qui est allé dans l'espace dans une fusée en forme de bite), d'idées (voui ! lisez Pour une échelle humaine, manifeste co-écrit par 40 doux-dingues qui ont une haute opinion de la politique (lu et approuvé), de blogs, de temps long, d'amitié. La blogueuse aux deux millions de pages vues et moi-même partageons sur les réseaux des mèmes idiots, des Élodie Poux qui parle à son frigo, des « allez viens, on est bien ». Elle conclut son dernier billet avec la vidéo d'un garçon en short moulant qui gambade dans les champs. Et je songe à la version de Rodica von Buta (lien) que j'ai croisée à plusieurs reprises à Paris, dans le bus 95 passant devant le Louvre, rue Daguerre où j'ai écouté une vieille dame jouant à l'orgue de Barbarie la ballade des gens heureux, où j'ai photographié un passant promenant en laisse un poireau. Parlons peu, parlons bien, parlons des choses et des gens qui font du bien. 


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Quoi ?! Vous n'avez pas cliqué sur tous les liens que je vous ai donnés ?! À quoi ça sert que je me décarcasse ?


lundi

Pou paix russe



J'ai déjà raconté quelques perles de ma vie de réceptionniste ici, , ou encore . Je persiste et signe avec une anecdote narrée hier soir sur le petit oiseau bleu. Voici la version non expurgée.

20h. 

Mes clients sont étonnamment sympas. Sauf le couple de Russes arrivés hier soir dans leur voiture clinquante. Tape-à-l'œil, pénibles. Tout était négociation avec eux. Ou plutôt avec lui, fier comme un pou. Car elle se contentait de darder sur moi ses cils de biche botoxée et marmonnait, dans sa langue, forcément. Négociaient à propos du véhicule qu'ils tardaient à déplacer — l'emplacement était réservé par d'autres clients. À propos du masque qu'ils portaient au coude. Vautré dans le canapé qui me fait face, monsieur s'agace car je l'oblige à mettre le masque. C'est obligatoire. Ce n'est pas moi qui dicte les lois. Regardez, dis-je, prenant à partie d'autres clients qui, placides, le portent correctement. Il souffle et finit par s'exécuter. Mal aimable, il demande un taxi. Lassé de négocier en anglais, je mime à madame : masque, bouche, nez, merci. Puis j'appelle le standard des Taxis marseillais. Qui m'annonce une attente de dix minutes. 

20h15. Dmitri et Youlia prennent congé. 

M'ont mis les nerfs. Comme je peux être plus con qu'eux, je me penche sur la console qui contrôle la clim dans les chambres et bascule la leur sur le mode chauffage. 28° demandés. Never mess with the receptionist, n'emmerdez pas le réceptionniste. 

Mais que vois-je sur la tablette près du canapé ? Un portefeuille qui vomit papiers et cartes bancaires de Dmitri. Et j'imagine le mélodrame. Arrivés à destination, ils n'ont pas de quoi payer le taxi, ils reviennent chercher le portefeuille puis retournent à leur bamboche. Paieront trois fois la course. Cheh ! Mais pour le moment, je me fais un film car mes amis russes sont peut-être encore sur la Corniche. 

20h20. C'est un chauffeur de taxi qui s'avance à la réception. Je comprends vite qu'il s'agit de la course que j'avais commandée. Dmitri et Youlia, impatients, avaient en fait attrapé un autre véhicule que celui que je leur avais commandé. Et ne m'avaient pas prévenu. Normal, me direz-vous, pour des gens mal élevés. 

Le chauffeur ne s'agace pas longtemps quand je lui confie qu'il a échappé à une paire de joyeux emmerdeurs. Je lui raconte le sketch du portefeuille oublié et de la course qu'ils paieront probablement trois fois et il rit de bon cœur. 

20h45. Mais qui vois-je arriver, doux comme un agneau, et masqué ? Dmitri. Soulagé de retrouver son portefeuille et sa dignité auprès de madame, il me remercie et repart, en paix. Bon prince, ou faible, je coupe le chauffage et actionne la clim dans leur chambre. 

23h. Épilogue. Reviennent de dîner. Monsieur est masqué de polypropylène bleu ciel. Madame me demande, gentiment 😱, si j'ai un masque à lui donner. J'avale ma stupeur devant tant de courtoisie, m'inquièterais presque de la présence d'une caméra cachée pour me piéger, et lui tends une boîte en carton de laquelle elle extirpe l'objet de convoitise. Sourires, remerciements et, incroyable : pourboire 😱

12h30, le lendemain. Tout se transforme, se recycle. Même l'entêtement de deux clients mal embouchés métamorphosés en bisounours. Leur confortable pourboire devient ce transat que j'ai réservé pour la journée de demain. Un instant de langueur les pieds dans l'eau arraché à la mocheté ambiante. Et l'anecdote devient un billet de blog. Hier, la rencontre impromptue de mon mec et d'une dame autour du pipi de la petite. Aujourd'hui, Dmitri et Youlia, apprivoisés. Je recycle ici les petites aigreurs de la vie pour remplir ma bonbonne de friandises acidulées. 



dimanche

💉 Cas con tact



Il paraît qu'on est toujours le con de quelqu'un. Illustration tôt ce matin, alors que mon mec sort la petite. Il traverse un passage qui perce l'immeuble pour accéder côté jardin, passage pour lequel il faut avoir un bip. Il entend taper à la porte vitrée, il ne se retourne pas, il est déjà trop loin pour aller ouvrir à l'inconnue qui tape énergiquement. La petite fait son affaire dans le caniveau d'une rue voisine. Puis une dame interpelle mon mec : 

— Merci pour la porte, aboie-t-elle.
— Pardon ?
— Vous auriez pu m'ouvrir.
— Pas de bip, pas d'accès.
— Allez encore un con de vacciné !
— Je n'ai reçu que la première dose. Alors imaginez quand j'aurai la 2e. Je vous souhaite une bonne journée.


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2 billets que je vous recommande :
- Mutatis Mutandis chez l'ami Matoo
- Un billet sur les variants pour les nuls par Jean Ruaud 


***autopromo***

Pour les nouveaux qui passent par là et si ce que vous lisez vous plaît :
- 🎁 Offrez-vous une heure de douceur : une nonnette au miel des petites choses - un florilège de 36 billets.
- Le journal de bord où j'ai croqué mes voisins de confinement.

mercredi

bonjour. café. liberté.

 

Vous l'aurez compris, ça n'est pas "masque ?" que Dr. Louise Banks a inscrit sur son panneau. Le film Arrival (Premier Contact) réalisé par le Québécois Denis Villeneuve est gé-nial ! Si vous ne l'avez pas vu, regardez-le sur Netflix (ou sur toutes les autres plateformes, en location) et dites-m'en des nouvelles.

Mandieu, je n'ai pas blogué depuis deux mois, jour pour jour. Et ça n'est pas ce billet de feignasse qui va me rattraper. Qu'est-ce qui motive mon retour, me demanderez-vous, curieux ? Ça n'est pas par jalousie de voir les amies Élodie ou Claire reprendre la plume, non. 

C'est un post remarqué sur Twitter qui m'a fait dire publiquement : "Génie ! Vite une traduction !" Et puis mon cerveau ramolli par la chaleur et un an et demi de pandémie et de cafouillages s'est souvenu que j'avais été traducteur littéraire il y a quelques lunes. Voici ma modeste version de cette publication virale, la source, en fin de billet. 

Avertissement à l'équipe premier degré : armez-vous d'ironie avant de lire ou commenter ce billet ! Et je réponds à qui je veux* car je fais ce que je veux avec mes cheveux

Liberté de ne pas porter de masque 

Bienvenue au Café Liberté ! 
C’est votre choix de ne pas porter le masque. Et sur le même principe des libertés individuelles, nous permettons à notre personnel de faire ses propres choix sur les procédures sanitaires lorsqu’il s’agit de vous préparer puis servir vos plats. 
Nous incitons nos employés à se laver les mains après avoir été aux toilettes, mais sachez qu’il y a des gens allergiques à certains savons ou qui préfèrent simplement ne pas se laver les mains. Ça n’est pas notre rôle de leur dire ce qu’il faut faire. 
Nous comprenons que vous puissiez être habitués au poulet cuit à 165° Nous devons respecter que certains de nos chefs aient pu voir un mème ou une vidéo sur YouTube prétendant que 100° c’est aussi bien ; nous refusons d’empiéter sur leurs croyances. 
Il se peut que certains serveurs souhaitent toucher votre nourriture telle qu’ils la servent. Il n’y a pas de raison pour qu’une personne en bonne santé et aux mains propres ne puisse pas toucher à votre nourriture. Vous les croirez sur parole s’ils vous disent qu’ils sont en bonne santé et propres. 
La température de l’eau et le détergent sont des choix très personnels et nous laissons notre personnel à la plonge décider de comment ils préfèrent laver les couverts que vous porterez à votre bouche. 
Il se peut que certains tombent malades mais presque tous survivront à une intoxication alimentaire. Vous serez d’accord pour dire c’est un modeste prix à payer pour jouir de la liberté de faire comme bon vous semble – et encore moins une raison (idiote) pour préserver la santé d’inconnus.


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Sources : 
Tweet de @summer_said 
Fil Twitter originel de @libbyjones715
* Astérisque utile pour mes futures réponses en commentaires ;-)


vendredi

Le gâteau à l'ananas

Le gâteau que n'a pas préparé mon mec cette nuit


Quand mes horaires de boulot me tiennent debout jusqu'à pas d'heure, je veille tandis que mon homme dort déjà à poings fermés. Je traîne sur Twitter, je relis, ému, Quand la distance nous rapproche, compte-rendu de l'amie Élodie, récemment déconfinée à Marseille, j'appaire casque et tablette pour ne pas réveiller ma moitié avec des éclats de voix surgissant d'extraits vidéo, de stories sur Instagram, d'âneries glanés ici et là. Quand soudain j'entends une voix à l'autre bout de l'appartement :

— Lolo ? Lolo ! Tu peux mettre le gâteau à l'ananas au frais ?

Il est 1 heure du matin. Je cherche dans la cuisine le gâteau qu'il aurait fait dans la soirée et qui aurait échappé à ma vigilance. Je scrute le four, rien. Le plan de travail, rien. J'ouvre même le frigo, pas de gâteau à l'ananas et fruits confits en vue. 

Mon mec cuisine dans son sommeil.


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Il a rêvé de :

Kimberley partie au Commissariat central de Noailles, Marseille (billet)

Mylène Farmer venue faire le ménage à la maison (billet)

Noémie ou la limace

Capture d'écran d'un article paru dans Le Monde 🤦 Merci Noémie (qui souhaite garder l'anonymat, tu m'étonnes) et testée positive, de retour du Brésil et va peut-être contaminer pépouze ses voisins dans le train qui la conduit à Marseille. (Cliquez pour agrandir)



Avertissement : le billet qui suit est assaisonné d'un soupçon d'ironie, d'un gramme de désespoir et d'une lichette d'humour noir. En gros, ne pas prendre tout ce qui suit au pied de la lettre. Mais un peu quand même. 

Je vous épargne le récit des cornichons qui ont gâché ma journée d'hier : en vrac, un client refusant de payer la taxe de séjour — il finira par se délester d'un euro et soixante-cinq centimes. Bon, puisque vous insistez, je vous raconte : comme je déteste qu'on me prenne pour un abricot sec, j'insiste, j'explique, je finis par empêcher l'abruti de sortir, il me menace, il prévient « laissez-moi partir ou je casse votre porte ». Je me retiens de lui envoyer dans les gencives : « Qu'est-ce qui cloche chez vous pour que vous fassiez un scandale pour 1.65€ ? Que votre bêtise vous patafiole* ! » Mais face au culot mêlé d'agressivité du resquilleur, je m'entête et appelle la police. Cinq longues, très longues minutes s'écoulent avant que mon directeur et le propriétaire arrivant à l'improviste s'interposent et l'obligent à payer. Fin du mélodrame, crois-je. Trois fonctionnaires de police débarquent. Je me confonds en excuses, pas eu le temps de rappeler pour leur éviter le déplacement. Je leur offre, penaud, un café, qu'ils refusent, une bouteille d'eau qu'ils refusent, un Carambar ? qu'ils acceptent, ouf. Voilà que la BAC débarque à son tour, trois autres agents en civil. Je continue de distribuer mes excuses en carton et des bonbons à tous ces gentils policiers venus à mon secours. 

Même matinée. Une batavia défraîchie refuse de payer son accès au SPA, on ne l'aurait pas prévenue du tarif, c'est sa parole contre celle de mes collègues, que je défends, ça vocifère, ça se vexe, ça part sans payer. Soupir excédé. 

Même matinée. La gouvernante me signale deux peignoirs manquants en chambre. Bien entendu, la carte bancaire prise en garantie est invalide. Bien entendu, le client indélicat m'insulte au téléphone quand je lui dis qu'il a "omis" de régler les deux peignoirs. « Je suis venu avec une pute, je suis parti à quatre heures du mat'. Vos peignoirs, je m'en cogne. »

Épuisé par ces gens qui n'ont pas beaucoup d'empathie dans le citron, j'enfourche mon vélo et me dépêche de retrouver ma petite Kimberley, mon "maison-doux-maison", mon mec qui nous prépare un pain aux trois fromages. Dans l'évier, je remarque soudain une limace qui a survécu à mon essorage de laitue. Elle glisse son élégante silhouette le long de la paroi et pointe ses antennes à la recherche de la sortie. Je bougonne : « sauvez l'espèce humaine ? Pfff. Sauvons plutôt la p'tite limace !» J'improvise alors un parachute avec un bout de laitue, enveloppe le gastéropode et le jette du septième étage. Je vérifie que mon arion hortensis tombe pile sur le coin de pelouse où elle pourra peut-être continuer sa petite vie de limace sans masque. 
 
 
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* j'ai emprunté l'expression à Lyse :-)


samedi

Fidélité à la carte


Comme mon anecdote dépassait les 280 caractères par tweet, j'ai choisi de la raconter ici. 

Mon mec et la petite m'attendent sur le seuil de la grande surface où je fais quatre emplettes pour l'apéro chez l'amie et voisine de palier. Il jette un regard perplexe sur une boutique fermée (chaussures non essentielles, paraît-il) ou sur une autre, ouverte, où une dame contemple dans le miroir la silhouette que lui fait la robe qu'elle va peut-être acheter... chez sa coiffeuse. Car la coiffeuse vend aussi du prêt-à-porter (non essentiel, paraît-il) en vente libre grâce à ses petits arrangements avec la loi.   

Avant de régler mes achats, je tends ma carte de fidélité et pose la question qui m'accorde toujours des euros chez les enseignes concurrentes. La caissière que je choisis toujours pour son côté fantasque et humain me répond, penaude :

 Ah, je suis désolée, vous n'avez rien cagnotté. 

 Je ne vous en veux pas, lui dis-je.

 Depuis l'épidémie, la carte du magasin fonctionne plutôt pour les promotions mais pas pour cagnotter.

 C'est sûr, dis-je, ironique, Monoprix ne fait plus de marges arrières. 

La dame se penche et m'accorde une confidence accompagnée d'un clin d'œil :

 Vous savez, je réponds bêtement ce qu'on me dit de dire aux clients. 



lundi

Une paume, une fleur

 

Je vous offre cette fleur de camélia* tombée dans ma paume ce matin. Dans le langage des fleurs, elle symbolise la longévité, la fidélité, le bonheur. Nous célébrons aujourd'hui les Gwladys (ex. : Gladys Knight, "impératrice de la soul" déguisée en abeille pour l'émission américaine The Masked Singer en 2019). Le soleil s'est levé alors que je m'échouais sur les rives de rêves idiots et se couchera tandis que des clients payant indirectement les croquettes de la chienne me demanderont des couverts pour leur dîner en chambre. La durée d'ensoleillement, à Marseille surtout 😉, est de 12 heures et 42 minutes. Enfin, nous sommes à J-3 des éléments de langage de Jean Castex et célébrons l'anniversaire de la naissance de Marcel Aymé et de Jacqueline Joubert. Johnny Johnny de Jeanne Mas atteignait la première place du Top50 il y a 36 ans. 

Dicton du jour : à la Sainte Gladys, mange une saucisse.   


*espèce à fleurs doubles

dimanche

d'égout et des couleurs


Après Kimberley chienne flic, je vous propose Kimberley dénicheuse de talents (illustrations ©️ votre serviteur).

@LesTrottoirs rehausse, repimp, enjolive le quotidien en coloriant les plaques d'égouts ❤ À ce jour, si j'en juge par l'énumération sur le compte Instagram de l'artiste, ce sont surtout des plaques parisiennes et lyonnaises qui ont été coloriées. Moi qui aime dénicher le merveilleux dans le quotidien, je ne pouvais pas ne pas remarquer la plaque coloriée sous mes pas, Boulevard Longchamp. Sur @LesTrottoirs, ce sont 1078 publications regroupant plaques et œuvres de comparses piqués de bitume. 



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P.S. Le titre (comme celui du billet précédent), dégoté par mon mec. Il vous épargne donc mon titre de blog moisi 👀. Grâce lui soit rendue. 

mercredi

Un soutien-gorge dans le persil

Autoportrait saisi le 17 mars à 10 heures par 20° si si ! (balcon protégé du vent et ensoleillé 300 matinées dans l'année)

Je passe par le parc. J'ai en mains un bout de papier sur lequel j'ai noté la succession des tâches à accomplir en un temps imparti — rentrer du boulot, embrasser mon mec puis la chienne (ça, ça n'était pas sur la liste), achever d'emballer deux paquets, distinguer ceux qui vont au point 1, 2 ou 3 dans la boucle que je m'apprête à faire dans le quartier avant l'heure fatidique du couvre-feu. Dans le week-end, mon mec et moi avons trié les vêtements destinés à la vente sur une appli d'affaires de seconde main. Plier, photographier, mettre en scène un peu, répertorier, cliquer, répondre aux messages d'acheteurs potentiels, refuser de marchander quand l'autre est discourtois, accepter parfois, vendre, chercher les emballages de tailles diverses et variées, imprimer, scotcher, repousser le chienne qui ne comprend pas qu'on joue (à la marchande) sans elle. 

Mylène dans les oreilles, je marche et renifle l'effigie de mon t-shirt, une panthère rose au parfum de chewing-gum. La bandoulière du grand sac bleu pétrole me cisaille l'épaule. Dans mon escarcelle, cinq paquets à déposer auprès des trois enseignes que mon périple m'oblige à visiter. Plus l'on diversifie, plus on augmente ses chances de vente, plus la difficulté augmente. U PS, Chronopost, Mondial Relay, Relais Colis etc ou le labyrinthe des expéditions plus ou moins heureuses.

Je passe par le parc. Un papa, me semble-t-il, assis sur un tourniquet, pousse le sol de ses pieds pour faire tourner le manège et contenter son petit, hilare, agrippé à ses genoux. Devant le théâtre de la Girafe, sans girafe (majestueuse statue en fibre de verre) depuis que celle-ci a été décapitée par des vandales s'amusant de leur destruction par une nuit stupide, cinq adultes sous un platane centenaire, les mains sur les épaules, font des moulinets avec leurs coudes et papotent. Une jeune femme au chandail élimé, les yeux clos, adopte la position du lotus. Le mistral qui secoue la ville depuis hier ne paraît pas perturber sa méditation.

Point 1. J'ai fait chou blanc hier. La préposée a refusé mes colis, avec force excuses et contorsions, vous comprenez le lundi, mes sacs sont pleins dès le matin, venez demain, promis je prendrai vos paquets. Obligée, peuchère, d'agiter ses dix bras et ses quatre jambes entre la caisse du magasin, le comptoir estampillé La Poste (service public qui s'est barrée en sucette) et le local où s'amoncellent les colis. Elle scanne plus vite que son ombre, m'adresse un sourire sincère. Ça me rappelle Amélia

À l'angle du Boulevard du Jardin zoologique, deux fleurs de pissenlits mêlés aux brins du persil enraciné au pied du perron d'un immeuble décati côtoient furtivement un soutif blanc passant par là, échappé d'on ne sait quel tancarville. 

Point 2. La petite boutique qui vante des parfums à vapoter, glace à la menthe et pépite chocolat, tarte citron meringué, sorbet framboise. 3€ l'unité de 10ml. Je tends au vendeur un colis destiné à la Corse et le débarrasse de celui contenant mon t-shirt Mickey (illustration) venant de San Mauro Torinese, Italie. Je m'inquiète de son bras en écharpe. Bah, rien de grave, me dit-il, un souci de décalcification à l'épaule.

Au détour d'un rond-point, je fais le décompte de mes paquets et prends en photo mentalement les inscriptions taguées sur le contrefort qui soutient une parcelle du Parc Longchamp : un cœur vert surplombe les mots "bras cassés". Un message subliminal envoyé à ceux qui nous gouvernent ? 

Point 3. La superette a changé de propriétaires mais a conservé une partie du fonds de commerce. Je remets un paquet à la vendeuse guillerette et lui dis : un donné pour un rendu ! Elle trottine jusqu'à l'arrière-boutique pour saisir l'ultime colis de mon périple et me le tend, non sans une boutade : vous me faites un autographe ? On sait jamais, je peux le revendre, plus tard. Sur l'étal au-dessus d'elle, imperturbables, les aubergines attendent le chaland.  

Je dépasse un toutou attaché à la sortie de la boulangerie voisine. Ebouriffé par les rafales de vent, il peine à tenir debout, il attend sa maîtresse et le quignon de baguette pour lui faire pardonner l'abandon momentané. Les automobilistes en file indienne s'impatientent eux aussi, ils actionnent leur klaxon, ils veulent, j'imagine naïvement, rentrer chez eux avant le couvre-feu. Renversée par le Mistral, une grosse poubelle offre à la passagère qui a déroulé sa vitre sa gueule béante et placide.

Point 4. Je m'enquiers de comprimés pour le rhume de ma moitié. La pharmacienne me délivre ses conseils, me souhaite une bonne soirée de sa voix flûtée. 


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*gratuit

jeudi

Un café face à la mer ou les deux daurades rescapées

Vue depuis la Corniche JFK, au fond l'archipel du Frioul, à droite l'Anse de la Fausse Monnaie - cliquez sur l'image panoramique pour l'agrandir
© votre serviteur 

Où se retrouver quand les troquets sont fermés ? En novembre, Claire et moi nous posions sur un banc public place Sébastopol à deviser littérature et actualités. Aujourd'hui, nous nous donnons rendez-vous sur un banc, de pierre, cette fois-ci. Mais face à la mer, Anse d'Oriol sur la fameuse route de la Corniche où cohabitent bon an, mal an, voitures, vélos, coureurs et promeneurs. Avant, nous aurions investi une table en terrasse, à savourer un plat du jour arrosé d'un verre de vin au Sunset. Il faut désormais déjouer le sort pour réinventer la convivialité en un temps où règnent masques et sociopathie. Le soleil est encore trop timide pour improviser un pique-nique. Comme nous ignorions si le café du coin pourvoyait les boissons à emporter, Claire a prévu une Thermos de café et moi les tasses, le sucre et les agitateurs. 14 heures, nous chaussons nos lunettes de soleil, et nous perdons dans la contemplation de la mer étale.  


Nous trinquons aux conversations improvisées sur un banc face à la belle Bleue. Nous parlons de l'utilité de passer le permis bateau pour attendre quinze ans pour décrocher un emplacement, d'une voile au nom à coucher sous les ponts, d'amis expatriés en Birmanie pour qui Claire s'inquiète à juste titre. Elle me raconte les deux daurades encore frétillantes qu'elle a achetées au marché aux poissons sur le Vieux-Port pour les rendre à la mer. La tête de la poissonnière ! Gageons qu'elles n'étaient pas trop amochées par l'hameçon et ont continué leur vie de daurades marseillaises. 


Avant d'enfourcher mon vélo parisien, j'attends le 83 qui conduira mon amie jusqu'au Vieux-Port. Nous bavons d'envie devant les glaces artisanales proposées par le Glacier de la Corniche. Une mission pour la prochaine expédition Anse d'Oriol : choisir parmi les 75 parfums bios (vantés par une pancarte plus à jour). Mais il est temps de rentrer car Monsieur Déconfinement-Raté va parler pour ne rien dire, encore. 

Astérix *

 



C'est jeudix* jeudi avec un astérisque qui ne renvoie nulle part. J'emprunte l'expression à Pascale Clark et vous livre le petit rien du jour (après mes petits riens d'hier).  

À la faveur d'une discussion avec Matoo, je vais sur Wikipédia car il m'embrouille la comprenette. Un coup il prétend qu'astérisque est féminin, un coup qu'il est masculin. Astérisque est peut-être cisgenre, qui sait 😋 Mais comme le doute m'habite, je vérifie souvent des mots dont le genre ou l'orthographe me semblent a priori évidents. Astérisque est bel et bien masculin. Ouf. Mais ce qui motive en fait ce billet, c'est la mention "ne doit pas être confondu avec Astérix" (illustration) et ça, ça fait ma journée !

Ne doit pas être confondu avec Astérix 😂

Il semble que beaucoup de gens disent Astérix au lieu d'astérisque, motivant ainsi l'avertissement de Wikipédia. Je ne serais donc pas étonné de lire "ne pas confondre avec Obélix" à l'entrée Obélisque. Ça me fait penser à Capharnaüm que j'avais vu écrit sur un forum quelconque "cafardnaom" (en référence probablement aux cafards** qui pullulaient en la cité antique). 

** ironie !