Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

lundi

Pou paix russe



J'ai déjà raconté quelques perles de ma vie de réceptionniste ici, , ou encore . Je persiste et signe avec une anecdote narrée hier soir sur le petit oiseau bleu. Voici la version non expurgée.

20h. 

Mes clients sont étonnamment sympas. Sauf le couple de Russes arrivés hier soir dans leur voiture clinquante. Tape-à-l'œil, pénibles. Tout était négociation avec eux. Ou plutôt avec lui, fier comme un pou. Car elle se contentait de darder sur moi ses cils de biche botoxée et marmonnait, dans sa langue, forcément. Négociaient à propos du véhicule qu'ils tardaient à déplacer — l'emplacement était réservé par d'autres clients. À propos du masque qu'ils portaient au coude. Vautré dans le canapé qui me fait face, monsieur s'agace car je l'oblige à mettre le masque. C'est obligatoire. Ce n'est pas moi qui dicte les lois. Regardez, dis-je, prenant à partie d'autres clients qui, placides, le portent correctement. Il souffle et finit par s'exécuter. Mal aimable, il demande un taxi. Lassé de négocier en anglais, je mime à madame : masque, bouche, nez, merci. Puis j'appelle le standard des Taxis marseillais. Qui m'annonce une attente de dix minutes. 

20h15. Dmitri et Youlia prennent congé. 

M'ont mis les nerfs. Comme je peux être plus con qu'eux, je me penche sur la console qui contrôle la clim dans les chambres et bascule la leur sur le mode chauffage. 28° demandés. Never mess with the receptionist, n'emmerdez pas le réceptionniste. 

Mais que vois-je sur la tablette près du canapé ? Un portefeuille qui vomit papiers et cartes bancaires de Dmitri. Et j'imagine le mélodrame. Arrivés à destination, ils n'ont pas de quoi payer le taxi, ils reviennent chercher le portefeuille puis retournent à leur bamboche. Paieront trois fois la course. Cheh ! Mais pour le moment, je me fais un film car mes amis russes sont peut-être encore sur la Corniche. 

20h20. C'est un chauffeur de taxi qui s'avance à la réception. Je comprends vite qu'il s'agit de la course que j'avais commandée. Dmitri et Youlia, impatients, avaient en fait attrapé un autre véhicule que celui que je leur avais commandé. Et ne m'avaient pas prévenu. Normal, me direz-vous, pour des gens mal élevés. 

Le chauffeur ne s'agace pas longtemps quand je lui confie qu'il a échappé à une paire de joyeux emmerdeurs. Je lui raconte le sketch du portefeuille oublié et de la course qu'ils paieront probablement trois fois et il rit de bon cœur. 

20h45. Mais qui vois-je arriver, doux comme un agneau, et masqué ? Dmitri. Soulagé de retrouver son portefeuille et sa dignité auprès de madame, il me remercie et repart, en paix. Bon prince, ou faible, je coupe le chauffage et actionne la clim dans leur chambre. 

23h. Épilogue. Reviennent de dîner. Monsieur est masqué de polypropylène bleu ciel. Madame me demande, gentiment 😱, si j'ai un masque à lui donner. J'avale ma stupeur devant tant de courtoisie, m'inquièterais presque de la présence d'une caméra cachée pour me piéger, et lui tends une boîte en carton de laquelle elle extirpe l'objet de convoitise. Sourires, remerciements et, incroyable : pourboire 😱

12h30, le lendemain. Tout se transforme, se recycle. Même l'entêtement de deux clients mal embouchés métamorphosés en bisounours. Leur confortable pourboire devient ce transat que j'ai réservé pour la journée de demain. Un instant de langueur les pieds dans l'eau arraché à la mocheté ambiante. Et l'anecdote devient un billet de blog. Hier, la rencontre impromptue de mon mec et d'une dame autour du pipi de la petite. Aujourd'hui, Dmitri et Youlia, apprivoisés. Je recycle ici les petites aigreurs de la vie pour remplir ma bonbonne de friandises acidulées. 



dimanche

💉 Cas con tact



Il paraît qu'on est toujours le con de quelqu'un. Illustration tôt ce matin, alors que mon mec sort la petite. Il traverse un passage qui perce l'immeuble pour accéder côté jardin, passage pour lequel il faut avoir un bip. Il entend taper à la porte vitrée, il ne se retourne pas, il est déjà trop loin pour aller ouvrir à l'inconnue qui tape énergiquement. La petite fait son affaire dans le caniveau d'une rue voisine. Puis une dame interpelle mon mec : 

— Merci pour la porte, aboie-t-elle.
— Pardon ?
— Vous auriez pu m'ouvrir.
— Pas de bip, pas d'accès.
— Allez encore un con de vacciné !
— Je n'ai reçu que la première dose. Alors imaginez quand j'aurai la 2e. Je vous souhaite une bonne journée.


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2 billets que je vous recommande :
- Mutatis Mutandis chez l'ami Matoo
- Un billet sur les variants pour les nuls par Jean Ruaud 


***autopromo***

Pour les nouveaux qui passent par là et si ce que vous lisez vous plaît :
- 🎁 Offrez-vous une heure de douceur : une nonnette au miel des petites choses - un florilège de 36 billets.
- Le journal de bord où j'ai croqué mes voisins de confinement.

mercredi

bonjour. café. liberté.

 

Vous l'aurez compris, ça n'est pas "masque ?" que Dr. Louise Banks a inscrit sur son panneau. Le film Arrival (Premier Contact) réalisé par le Québécois Denis Villeneuve est gé-nial ! Si vous ne l'avez pas vu, regardez-le sur Netflix (ou sur toutes les autres plateformes, en location) et dites-m'en des nouvelles.

Mandieu, je n'ai pas blogué depuis deux mois, jour pour jour. Et ça n'est pas ce billet de feignasse qui va me rattraper. Qu'est-ce qui motive mon retour, me demanderez-vous, curieux ? Ça n'est pas par jalousie de voir les amies Élodie ou Claire reprendre la plume, non. 

C'est un post remarqué sur Twitter qui m'a fait dire publiquement : "Génie ! Vite une traduction !" Et puis mon cerveau ramolli par la chaleur et un an et demi de pandémie et de cafouillages s'est souvenu que j'avais été traducteur littéraire il y a quelques lunes. Voici ma modeste version de cette publication virale, la source, en fin de billet. 

Avertissement à l'équipe premier degré : armez-vous d'ironie avant de lire ou commenter ce billet ! Et je réponds à qui je veux* car je fais ce que je veux avec mes cheveux

Liberté de ne pas porter de masque 

Bienvenue au Café Liberté ! 
C’est votre choix de ne pas porter le masque. Et sur le même principe des libertés individuelles, nous permettons à notre personnel de faire ses propres choix sur les procédures sanitaires lorsqu’il s’agit de vous préparer puis servir vos plats. 
Nous incitons nos employés à se laver les mains après avoir été aux toilettes, mais sachez qu’il y a des gens allergiques à certains savons ou qui préfèrent simplement ne pas se laver les mains. Ça n’est pas notre rôle de leur dire ce qu’il faut faire. 
Nous comprenons que vous puissiez être habitués au poulet cuit à 165° Nous devons respecter que certains de nos chefs aient pu voir un mème ou une vidéo sur YouTube prétendant que 100° c’est aussi bien ; nous refusons d’empiéter sur leurs croyances. 
Il se peut que certains serveurs souhaitent toucher votre nourriture telle qu’ils la servent. Il n’y a pas de raison pour qu’une personne en bonne santé et aux mains propres ne puisse pas toucher à votre nourriture. Vous les croirez sur parole s’ils vous disent qu’ils sont en bonne santé et propres. 
La température de l’eau et le détergent sont des choix très personnels et nous laissons notre personnel à la plonge décider de comment ils préfèrent laver les couverts que vous porterez à votre bouche. 
Il se peut que certains tombent malades mais presque tous survivront à une intoxication alimentaire. Vous serez d’accord pour dire c’est un modeste prix à payer pour jouir de la liberté de faire comme bon vous semble – et encore moins une raison (idiote) pour préserver la santé d’inconnus.


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Sources : 
Tweet de @summer_said 
Fil Twitter originel de @libbyjones715
* Astérisque utile pour mes futures réponses en commentaires ;-)


vendredi

Le gâteau à l'ananas

Le gâteau que n'a pas préparé mon mec cette nuit


Quand mes horaires de boulot me tiennent debout jusqu'à pas d'heure, je veille tandis que mon homme dort déjà à poings fermés. Je traîne sur Twitter, je relis, ému, Quand la distance nous rapproche, compte-rendu de l'amie Élodie, récemment déconfinée à Marseille, j'appaire casque et tablette pour ne pas réveiller ma moitié avec des éclats de voix surgissant d'extraits vidéo, de stories sur Instagram, d'âneries glanés ici et là. Quand soudain j'entends une voix à l'autre bout de l'appartement :

— Lolo ? Lolo ! Tu peux mettre le gâteau à l'ananas au frais ?

Il est 1 heure du matin. Je cherche dans la cuisine le gâteau qu'il aurait fait dans la soirée et qui aurait échappé à ma vigilance. Je scrute le four, rien. Le plan de travail, rien. J'ouvre même le frigo, pas de gâteau à l'ananas et fruits confits en vue. 

Mon mec cuisine dans son sommeil.


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Il a rêvé de :

Kimberley partie au Commissariat central de Noailles, Marseille (billet)

Mylène Farmer venue faire le ménage à la maison (billet)

Noémie ou la limace

Capture d'écran d'un article paru dans Le Monde 🤦 Merci Noémie (qui souhaite garder l'anonymat, tu m'étonnes) et testée positive, de retour du Brésil et va peut-être contaminer pépouze ses voisins dans le train qui la conduit à Marseille. (Cliquez pour agrandir)



Avertissement : le billet qui suit est assaisonné d'un soupçon d'ironie, d'un gramme de désespoir et d'une lichette d'humour noir. En gros, ne pas prendre tout ce qui suit au pied de la lettre. Mais un peu quand même. 

Je vous épargne le récit des cornichons qui ont gâché ma journée d'hier : en vrac, un client refusant de payer la taxe de séjour — il finira par se délester d'un euro et soixante-cinq centimes. Bon, puisque vous insistez, je vous raconte : comme je déteste qu'on me prenne pour un abricot sec, j'insiste, j'explique, je finis par empêcher l'abruti de sortir, il me menace, il prévient « laissez-moi partir ou je casse votre porte ». Je me retiens de lui envoyer dans les gencives : « Qu'est-ce qui cloche chez vous pour que vous fassiez un scandale pour 1.65€ ? Que votre bêtise vous patafiole* ! » Mais face au culot mêlé d'agressivité du resquilleur, je m'entête et appelle la police. Cinq longues, très longues minutes s'écoulent avant que mon directeur et le propriétaire arrivant à l'improviste s'interposent et l'obligent à payer. Fin du mélodrame, crois-je. Trois fonctionnaires de police débarquent. Je me confonds en excuses, pas eu le temps de rappeler pour leur éviter le déplacement. Je leur offre, penaud, un café, qu'ils refusent, une bouteille d'eau qu'ils refusent, un Carambar ? qu'ils acceptent, ouf. Voilà que la BAC débarque à son tour, trois autres agents en civil. Je continue de distribuer mes excuses en carton et des bonbons à tous ces gentils policiers venus à mon secours. 

Même matinée. Une batavia défraîchie refuse de payer son accès au SPA, on ne l'aurait pas prévenue du tarif, c'est sa parole contre celle de mes collègues, que je défends, ça vocifère, ça se vexe, ça part sans payer. Soupir excédé. 

Même matinée. La gouvernante me signale deux peignoirs manquants en chambre. Bien entendu, la carte bancaire prise en garantie est invalide. Bien entendu, le client indélicat m'insulte au téléphone quand je lui dis qu'il a "omis" de régler les deux peignoirs. « Je suis venu avec une pute, je suis parti à quatre heures du mat'. Vos peignoirs, je m'en cogne. »

Épuisé par ces gens qui n'ont pas beaucoup d'empathie dans le citron, j'enfourche mon vélo et me dépêche de retrouver ma petite Kimberley, mon "maison-doux-maison", mon mec qui nous prépare un pain aux trois fromages. Dans l'évier, je remarque soudain une limace qui a survécu à mon essorage de laitue. Elle glisse son élégante silhouette le long de la paroi et pointe ses antennes à la recherche de la sortie. Je bougonne : « sauvez l'espèce humaine ? Pfff. Sauvons plutôt la p'tite limace !» J'improvise alors un parachute avec un bout de laitue, enveloppe le gastéropode et le jette du septième étage. Je vérifie que mon arion hortensis tombe pile sur le coin de pelouse où elle pourra peut-être continuer sa petite vie de limace sans masque. 
 
 
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* j'ai emprunté l'expression à Lyse :-)


samedi

Fidélité à la carte


Comme mon anecdote dépassait les 280 caractères par tweet, j'ai choisi de la raconter ici. 

Mon mec et la petite m'attendent sur le seuil de la grande surface où je fais quatre emplettes pour l'apéro chez l'amie et voisine de palier. Il jette un regard perplexe sur une boutique fermée (chaussures non essentielles, paraît-il) ou sur une autre, ouverte, où une dame contemple dans le miroir la silhouette que lui fait la robe qu'elle va peut-être acheter... chez sa coiffeuse. Car la coiffeuse vend aussi du prêt-à-porter (non essentiel, paraît-il) en vente libre grâce à ses petits arrangements avec la loi.   

Avant de régler mes achats, je tends ma carte de fidélité et pose la question qui m'accorde toujours des euros chez les enseignes concurrentes. La caissière que je choisis toujours pour son côté fantasque et humain me répond, penaude :

 Ah, je suis désolée, vous n'avez rien cagnotté. 

 Je ne vous en veux pas, lui dis-je.

 Depuis l'épidémie, la carte du magasin fonctionne plutôt pour les promotions mais pas pour cagnotter.

 C'est sûr, dis-je, ironique, Monoprix ne fait plus de marges arrières. 

La dame se penche et m'accorde une confidence accompagnée d'un clin d'œil :

 Vous savez, je réponds bêtement ce qu'on me dit de dire aux clients. 



lundi

Une paume, une fleur

 

Je vous offre cette fleur de camélia* tombée dans ma paume ce matin. Dans le langage des fleurs, elle symbolise la longévité, la fidélité, le bonheur. Nous célébrons aujourd'hui les Gwladys (ex. : Gladys Knight, "impératrice de la soul" déguisée en abeille pour l'émission américaine The Masked Singer en 2019). Le soleil s'est levé alors que je m'échouais sur les rives de rêves idiots et se couchera tandis que des clients payant indirectement les croquettes de la chienne me demanderont des couverts pour leur dîner en chambre. La durée d'ensoleillement, à Marseille surtout 😉, est de 12 heures et 42 minutes. Enfin, nous sommes à J-3 des éléments de langage de Jean Castex et célébrons l'anniversaire de la naissance de Marcel Aymé et de Jacqueline Joubert. Johnny Johnny de Jeanne Mas atteignait la première place du Top50 il y a 36 ans. 

Dicton du jour : à la Sainte Gladys, mange une saucisse.   


*espèce à fleurs doubles

dimanche

d'égout et des couleurs


Après Kimberley chienne flic, je vous propose Kimberley dénicheuse de talents (illustrations ©️ votre serviteur).

@LesTrottoirs rehausse, repimp, enjolive le quotidien en coloriant les plaques d'égouts ❤ À ce jour, si j'en juge par l'énumération sur le compte Instagram de l'artiste, ce sont surtout des plaques parisiennes et lyonnaises qui ont été coloriées. Moi qui aime dénicher le merveilleux dans le quotidien, je ne pouvais pas ne pas remarquer la plaque coloriée sous mes pas, Boulevard Longchamp. Sur @LesTrottoirs, ce sont 1078 publications regroupant plaques et œuvres de comparses piqués de bitume. 



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P.S. Le titre (comme celui du billet précédent), dégoté par mon mec. Il vous épargne donc mon titre de blog moisi 👀. Grâce lui soit rendue. 

mercredi

Un soutien-gorge dans le persil

Autoportrait saisi le 17 mars à 10 heures par 20° si si ! (balcon protégé du vent et ensoleillé 300 matinées dans l'année)

Je passe par le parc. J'ai en mains un bout de papier sur lequel j'ai noté la succession des tâches à accomplir en un temps imparti — rentrer du boulot, embrasser mon mec puis la chienne (ça, ça n'était pas sur la liste), achever d'emballer deux paquets, distinguer ceux qui vont au point 1, 2 ou 3 dans la boucle que je m'apprête à faire dans le quartier avant l'heure fatidique du couvre-feu. Dans le week-end, mon mec et moi avons trié les vêtements destinés à la vente sur une appli d'affaires de seconde main. Plier, photographier, mettre en scène un peu, répertorier, cliquer, répondre aux messages d'acheteurs potentiels, refuser de marchander quand l'autre est discourtois, accepter parfois, vendre, chercher les emballages de tailles diverses et variées, imprimer, scotcher, repousser le chienne qui ne comprend pas qu'on joue (à la marchande) sans elle. 

Mylène dans les oreilles, je marche et renifle l'effigie de mon t-shirt, une panthère rose au parfum de chewing-gum. La bandoulière du grand sac bleu pétrole me cisaille l'épaule. Dans mon escarcelle, cinq paquets à déposer auprès des trois enseignes que mon périple m'oblige à visiter. Plus l'on diversifie, plus on augmente ses chances de vente, plus la difficulté augmente. U PS, Chronopost, Mondial Relay, Relais Colis etc ou le labyrinthe des expéditions plus ou moins heureuses.

Je passe par le parc. Un papa, me semble-t-il, assis sur un tourniquet, pousse le sol de ses pieds pour faire tourner le manège et contenter son petit, hilare, agrippé à ses genoux. Devant le théâtre de la Girafe, sans girafe (majestueuse statue en fibre de verre) depuis que celle-ci a été décapitée par des vandales s'amusant de leur destruction par une nuit stupide, cinq adultes sous un platane centenaire, les mains sur les épaules, font des moulinets avec leurs coudes et papotent. Une jeune femme au chandail élimé, les yeux clos, adopte la position du lotus. Le mistral qui secoue la ville depuis hier ne paraît pas perturber sa méditation.

Point 1. J'ai fait chou blanc hier. La préposée a refusé mes colis, avec force excuses et contorsions, vous comprenez le lundi, mes sacs sont pleins dès le matin, venez demain, promis je prendrai vos paquets. Obligée, peuchère, d'agiter ses dix bras et ses quatre jambes entre la caisse du magasin, le comptoir estampillé La Poste (service public qui s'est barrée en sucette) et le local où s'amoncellent les colis. Elle scanne plus vite que son ombre, m'adresse un sourire sincère. Ça me rappelle Amélia

À l'angle du Boulevard du Jardin zoologique, deux fleurs de pissenlits mêlés aux brins du persil enraciné au pied du perron d'un immeuble décati côtoient furtivement un soutif blanc passant par là, échappé d'on ne sait quel tancarville. 

Point 2. La petite boutique qui vante des parfums à vapoter, glace à la menthe et pépite chocolat, tarte citron meringué, sorbet framboise. 3€ l'unité de 10ml. Je tends au vendeur un colis destiné à la Corse et le débarrasse de celui contenant mon t-shirt Mickey (illustration) venant de San Mauro Torinese, Italie. Je m'inquiète de son bras en écharpe. Bah, rien de grave, me dit-il, un souci de décalcification à l'épaule.

Au détour d'un rond-point, je fais le décompte de mes paquets et prends en photo mentalement les inscriptions taguées sur le contrefort qui soutient une parcelle du Parc Longchamp : un cœur vert surplombe les mots "bras cassés". Un message subliminal envoyé à ceux qui nous gouvernent ? 

Point 3. La superette a changé de propriétaires mais a conservé une partie du fonds de commerce. Je remets un paquet à la vendeuse guillerette et lui dis : un donné pour un rendu ! Elle trottine jusqu'à l'arrière-boutique pour saisir l'ultime colis de mon périple et me le tend, non sans une boutade : vous me faites un autographe ? On sait jamais, je peux le revendre, plus tard. Sur l'étal au-dessus d'elle, imperturbables, les aubergines attendent le chaland.  

Je dépasse un toutou attaché à la sortie de la boulangerie voisine. Ebouriffé par les rafales de vent, il peine à tenir debout, il attend sa maîtresse et le quignon de baguette pour lui faire pardonner l'abandon momentané. Les automobilistes en file indienne s'impatientent eux aussi, ils actionnent leur klaxon, ils veulent, j'imagine naïvement, rentrer chez eux avant le couvre-feu. Renversée par le Mistral, une grosse poubelle offre à la passagère qui a déroulé sa vitre sa gueule béante et placide.

Point 4. Je m'enquiers de comprimés pour le rhume de ma moitié. La pharmacienne me délivre ses conseils, me souhaite une bonne soirée de sa voix flûtée. 


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🎁 Offrez une heure de douceur, un florilège* de 36 billets réunis ici ▶ Une nonnette au miel des petites choses

*gratuit

jeudi

Un café face à la mer ou les deux daurades rescapées

Vue depuis la Corniche JFK, au fond l'archipel du Frioul, à droite l'Anse de la Fausse Monnaie - cliquez sur l'image panoramique pour l'agrandir
© votre serviteur 

Où se retrouver quand les troquets sont fermés ? En novembre, Claire et moi nous posions sur un banc public place Sébastopol à deviser littérature et actualités. Aujourd'hui, nous nous donnons rendez-vous sur un banc, de pierre, cette fois-ci. Mais face à la mer, Anse d'Oriol sur la fameuse route de la Corniche où cohabitent bon an, mal an, voitures, vélos, coureurs et promeneurs. Avant, nous aurions investi une table en terrasse, à savourer un plat du jour arrosé d'un verre de vin au Sunset. Il faut désormais déjouer le sort pour réinventer la convivialité en un temps où règnent masques et sociopathie. Le soleil est encore trop timide pour improviser un pique-nique. Comme nous ignorions si le café du coin pourvoyait les boissons à emporter, Claire a prévu une Thermos de café et moi les tasses, le sucre et les agitateurs. 14 heures, nous chaussons nos lunettes de soleil, et nous perdons dans la contemplation de la mer étale.  


Nous trinquons aux conversations improvisées sur un banc face à la belle Bleue. Nous parlons de l'utilité de passer le permis bateau pour attendre quinze ans pour décrocher un emplacement, d'une voile au nom à coucher sous les ponts, d'amis expatriés en Birmanie pour qui Claire s'inquiète à juste titre. Elle me raconte les deux daurades encore frétillantes qu'elle a achetées au marché aux poissons sur le Vieux-Port pour les rendre à la mer. La tête de la poissonnière ! Gageons qu'elles n'étaient pas trop amochées par l'hameçon et ont continué leur vie de daurades marseillaises. 


Avant d'enfourcher mon vélo parisien, j'attends le 83 qui conduira mon amie jusqu'au Vieux-Port. Nous bavons d'envie devant les glaces artisanales proposées par le Glacier de la Corniche. Une mission pour la prochaine expédition Anse d'Oriol : choisir parmi les 75 parfums bios (vantés par une pancarte plus à jour). Mais il est temps de rentrer car Monsieur Déconfinement-Raté va parler pour ne rien dire, encore. 

Astérix *

 



C'est jeudix* jeudi avec un astérisque qui ne renvoie nulle part. J'emprunte l'expression à Pascale Clark et vous livre le petit rien du jour (après mes petits riens d'hier).  

À la faveur d'une discussion avec Matoo, je vais sur Wikipédia car il m'embrouille la comprenette. Un coup il prétend qu'astérisque est féminin, un coup qu'il est masculin. Astérisque est peut-être cisgenre, qui sait 😋 Mais comme le doute m'habite, je vérifie souvent des mots dont le genre ou l'orthographe me semblent a priori évidents. Astérisque est bel et bien masculin. Ouf. Mais ce qui motive en fait ce billet, c'est la mention "ne doit pas être confondu avec Astérix" (illustration) et ça, ça fait ma journée !

Ne doit pas être confondu avec Astérix 😂

Il semble que beaucoup de gens disent Astérix au lieu d'astérisque, motivant ainsi l'avertissement de Wikipédia. Je ne serais donc pas étonné de lire "ne pas confondre avec Obélix" à l'entrée Obélisque. Ça me fait penser à Capharnaüm que j'avais vu écrit sur un forum quelconque "cafardnaom" (en référence probablement aux cafards** qui pullulaient en la cité antique). 

** ironie !

mardi

Le protège-cahier rose bonbon


Un billet, chez moi, ça part de rien. D'un protège-cahier rose bonbon plastifié que je trouve dans la niche sous les boîtes aux lettres, là où s'amoncellent généralement les prospectus vantant réclames et prétendues merveilles. De minuscules choses qui donnent à la vie un peu d'éclat, de fraîcheur. Qui surprennent, un peu. Comme hier, lorsque j'ai salué Isaac, le réceptionniste de nuit prenant la relève à vingt-trois heures. Je lui trouve la mine grise, absente. En guise de bonsoir, j'offre un coude à son coude, car rappelez-vous, il n'est plus question de bises ou de poignées de main fraternelles. Coude gauche contre coude gauche. J'enchaîne et le surprend, son coude droit répond à mon coude droit. Je lève le genou vers son genou. Il éclate de rire et joue le jeu, cogne son autre genou contre mon autre genou. Quel est le rapport, me direz-vous ? Eh bien, il faut étonner, surprendre, bousculer gentiment. La routine, les consignes à passer entre collègues, les banalités, étaient brusquement plus enjouées, sympathiques, souriantes. Même derrière le masque. Aujourd'hui, ce protège-cahier rose me fait le même effet. Je pense à la dame du troisième qui fourrage dans ses affaires à la cave et se dit, tiens, aujourd'hui, je vais offrir à mes voisins, à qui veut, un cahier de musique vierge, un roman à l'eau de rose, un protège-cahier rose bonbon. J'ignore si la vieille dame aux reflets rouges dans ses cheveux attend quelque chose en retour, un échange ou un merci à ses offrandes. Je vais de ce pas envoyer un SMS à notre voisine du dessous pour lui demander le nom de sa copine, Amélie Poulain en herbe, afin que je glisse ce billet de blog dans sa boîte aux lettres. 
 
Et comme le chantait Pauline Ester,
« Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Qui font toujours du bien 
Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Sans lesquels on est rien ». 

dimanche

Graff !


Comme je n'aime pas garder pour moi seul les belles choses, je vous livre quelques clichés de graffs que j'ai récemment capturés. Il y en a pour tous les goûts. D'abord un tout frais d'aujourd'hui en trois photos, Marseille 4e arrondissement. 



Puis une magnifique méduse qui déploie ses tentacules sur une façade dans la rue des Trois Rois, à deux pas du Cours Julien. 
 

Enfin un renard et un paon qui offraient leurs couleurs chatoyantes avant qu'on les recouvre d'autres animaux ou motifs. Art éphémère ! Il ne reste du renard et du paon que le souvenir, la photo qui suit. Les passants gourmands de street art les ont certainement immortalisés.


Et vous, comment allez-vous ? Quelles sont les couleurs de votre dimanche ?

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Si les artistes (ou collectifs) ayant commis les graffs cités dans ce billet voient ici leurs œuvres, qu'ils se dénoncent 😉 dans les commentaires, je les mentionnerai, bien entendu. 

L'album photos est 👉ici !

jeudi

J'imagine un café sur les hauteurs de la ville


Voilà belle lurette que je n'ai posé aucune pensée, aucune histoire ou rencontre sur ce blog. Chercher les raisons de la sécheresse de mon inspiration n'est pas follement utile. Je préfère soigner le mal par une petite improvisation. Écrire ce billet sans autre but que d'écrire et mettre à jour cet espace. Donner des nouvelles à la faveur d'une journée chômée. Faire ce que je sais faire : produire un billet foutraque où je sème à la volée des bouts d'idées, de réflexions, d'émotions. 

Donner à imaginer la volupté du parfum du mimosa en fleur qui m'a enveloppé alors que je portais mon vélo à bout de bras sur la traverse des Amoureux. Cette ruelle que j'empruntais hier sans savoir qu'elle n'était faite que de marches empilées à perte de vue. M'enquérir d'un palier où poser ma monture  pour photographier un citronnier sur les hauteurs de la ville. Caresser le romarin, rue des Tartares. Explorer des morceaux inconnus d'une cité immense. Plus attiré par les beaux quartiers que les arrondissements laissés à la décrépitude, je songe aux quelques 105km2 de superficie de Paris que j'ai parcourus en long en large et en travers, barbe au vent et regard perdu dans la grisaille. Je songe au tiers, au moins, des 240km2 de Marseille où je ne mettrai jamais les pieds, je suis réaliste. Je choisis de porter mon humeur vagabonde sur les hauteurs plutôt cossues où essaiment les bâtisses de guingois, des orangers lourds de fruits au fond du jardin, à une encablure de la route de la Corniche longeant la mer. 

Je me suis assis sur un coin d'escalier, j'ai bu le soleil d'une après-midi de février, j'ai photographié mentalement la maman qui tente en vain d'empêcher sa petite fille de sauter à pieds joints, j'ai dessiné l'idée d'un café sur cette table en fer bleu où personne ne contemple l'immensité de la ville côté sud. 

Au diable l'oisiveté, temporairement, car je reprends demain le chemin du travail. Oui, il faut bien payer les croquettes de la chienne, le loyer de ses maîtres et la connexion qui m'a permis aujourd'hui de vous souhaiter une belle journée. 


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Des photos de l'escapade ▶ ici ou en meilleure définition et détaillées ▶ 

dimanche

Team chaussons



Le thème de la charentaise se prête assez aux longues soirées d'hiver et tous les clichés qui s'y agrègent. Bière ou tisane ou les deux. Tricot au coin du feu en attendant Champs-Elysées (pardon, je me trompe d'époque). Ajoutez à cela le couvre-feu qui oblige ceux qui ne travaillent pas ou qui ont regagné leurs pénates à rester chez eux et les sans abris à rester sans abri. C'est en charentaises et armé d'un Pastis (j'adopte vite les habitudes d'ici) hier que j'ai rejoint virtuellement les amis du KDB (apéro qui se tenait autrefois à la Comète, Kremlin-Bicêtre, France, et réunissait la crème des blogueurs politiques et sympathisants ou curieux, même de droite hihi, je me souviens en avoir croisé un et avoir échangé avec lui si si). J'arborais 2 paires de charentaises made in Périgord offerts par ma môman et nos évoquions entre un scoop politique et Serge Lama, la triste fin de la charentaise charentaise (l'article de La Dépêche relate la fermeture de la dernière usine en 2019). Voilà.

Bah voui. C'était un billet de feignasse. Avec des liens comme à la grande époque du classement Wikio (classement des blogs par catégorie). Vivement qu'on rouvre les bistrots pour entrechoquer tant nos verres que nos fines analyses politiques.