Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

lundi

Des fraises Taga-dents

 


Chez la dentiste, je ferme les yeux et je voyage intérieurement. Je m'efforce de ne pas penser aux bruits que font les ustensiles dans ma bouche. Généralement, je songe aux choses qu'il me reste à faire, aux courses que je mémorise par ordre alphabétique et repasse en revue. Aujourd'hui, je me transporte jusqu'à ces chaises de jardin blanches que j'ai photographiées hier lors d'une promenade sur une petite portion des 57 kilomètres de littoral que compte Marseille. Ces chaises de jardin vides que je rêvais d'occuper car leur assise offrait une vue panoramique sur la baie.

La sonnerie du téléphone interrompt l'ouvrage de la dame. Elle envoie son assistante vêtue d'une blouse rose ornée de cœurs et de dents qui sourient signer le bordereau de livraison qui attend à l'entrée. Elle s'excuse encore de m'avoir oublié en salle d'attente un peu plus tôt.

– ... (j'émets des borborygmes pour dire "pas de problème")

Elle revient à sa tâche et plonge l'aspirateur à salive dans ma bouche bée. 

Je retourne mentalement aux préparatifs qui m'occupaient ce matin. Dans ma hotte, des petits cadeaux pour ma famille et les amis qui vont m'accueillir une nuit en Gironde, deux nuits en Dordogne, le reste en Charente. J'ai troqué la bouteille de Pastis contre des produits moins emblématiques, moins alcoolisés. Une bouteille de Pac citron, des douceurs du Luberon, des fraises Tagada. 

À propos de fraises, la dentiste ramène la sienne, de fraise, dans ma bouche. 

Sans rapport avec ma carie, ou un peu peut-être, Haribo a beau être une marque allemande (elle tient son nom de son inventeur et de sa ville d'origine : Hans Riegel Bonn), Marseille héberge une usine française. Et si vous cherchez à déchiffrer l'emballage des bonbons, vous trouverez, en plus de toutes les cochonneries qu'ils contiennent, l'adresse marseillaise, dans le 14e arrondissement.

Alors que la dentiste achève le pansement obstruant la carie, je repense à ces chaises de jardin en plastique blanc au premier étage d'une maison que j'évoquais plus haut. Il y avait aussi, un pâté de maisons plus bas, des tabourets de bar installés sur une modeste terrasse. Chaises ou tabourets d'où l'on contemple le couchant, armé d'un p'tit jaune ou d'une limonade. La douceur d'un quartier populaire mais prisé, où le linge sèche face à la mer, où les griffes de sorcières prospèrent sans la main de l'homme, où un castor de deux mètres de haut trône chemin du Mauvais pas, où le panneau "interdit aux extraterrestres" fait face à la Cabane Georgina où l'on lit qu' "il est plus probable d'être suivi en étant devant que derrière."

– C'est terminé, m'annonce la dentiste. 

Je reviens sur le plancher des vaches, échange quelques banalités à propos de ma dent de sagesse, me déleste d'une somme forfaitaire et souhaite de bonnes vacances à l'assistante à la blouse rose ornée de cœurs et de dents qui sourient. 

 

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Pour vous prouver que le castor de deux mètres n'est pas le fruit de mon imagination ou de mon anesthésie chez la dentiste, je vous propose de cliquer sur ce lien pour 20 clichés de ma promenade, réelle, à la Madrague de Montredon, Marseille 8e.  

Légendes des photos en cliquant sur le petit i de infos (tout dépend de votre navigateur).

dimanche

Coups de casque

 

Je ne lis généralement pas les livres politiques, qu'ils soient sous la forme d'essai, de confession ou de panégyrique. Armé de mon indéfectible curiosité, je me suis pourtant jeté dans la lecture de l'ouvrage de l'ami Boris Faure. Ce livre en deux parties est à la fois un témoignage honnête et détaillé de son engagement en politique, de l'agression* dont il a été victime et qui l'a plongé dans le coma, une thérapie par l'écrit qu'il maîtrise avec bonhomie, pas mal d'humour et beaucoup d'érudition. C'est aussi un profond questionnement sur la brutalité décomplexée en politique. Dans la deuxième partie de son ouvrage, il convoque des personnalités du champ politique qu'il a côtoyées, qu'il interroge sur des sujets comme l'extrême-droite, les violences faites aux femmes, le communautarisme, l'éducation, etc. 

Ce préambule pour donner une seconde vie au fil (thread) très personnel, ludique autour de ma lecture. 

Jetez-moi ici ! 

👉Critique très-à-peu-près. Page 13, Boris Faure joue à la balle en mousse avec son psychanalyste Gilberto Gil. 

👉Page 14, l'auteur, être polychromatique, possède dans sa salle de bain un canard (jaune ?) en plastique à l'effigie de Freud. 

👉Page 15, point Amélie Poulain 

👉 "Je n'ai même pas songé à en vouloir à mon agresseur. C'est ce qui me frappe* aujourd'hui. Avec quatre ans de recul." J'imagine la douce ironie de l'auteur qui utilise le verbe *frapper au sens figuré comme au sens propre.

👉 Page 51 apparaît le tristement célèbre Aziz Zemouri (déjà peu soucieux de recouper ses infos) chez Le Point. Il se repaît des propos de l'agresseur 😱 AZ qui "ira même jusqu'à regretter que je n'ai pas retourné ses appels pour réagir aux accusations. (...) C'est la preuve que je l'ai insulté non, puisque je ne me défends pas ? Je suis simplement occupé à ne pas mourir dans les mains des chirurgiens qui m'ouvrent le crâne comme une boîte de conserve. C'est sûrement un détail. Mais ce journaliste s'en soucie-t-il ?"

👉 Page 63. Pour une fois, j'ai la réf. quand l'auteur compare Macron au joueur de flûte de Hamelin 😉 Boris a échappé de justesse au charme zozotant du ministre Macron...

👉 #livetweet et #analyseencarton du livre de Boris Faure. Page 101 je n'avais pas vu venir Kaa ou plutôt si, page 63, et là page 101 l'agresseur et/ou la peur, les yeux hypnotiques de Kaa. Seul l'auteur comprendra mes tweets, qu'il me pardonne leur légèreté 😉

👉 "Ce qui ne te tue pas, te rend plus faible, t'amoche, te mutile, t'amoindrit, te rend vulnérable."

👉 Point imparfait du subjonctif page 108 🥰 "Comme s'il se fût agi d'un collier de perles ou une parure de diamants."

👉 Où l'on lit, page 159, que le journaliste Aziz Zemouri commet souvent des papiers moisis. Venimeux, pour reprendre le terme de l'auteur.


👉 "Le papier ne refuse pas l'encre." – Alice, la grand-mère de l'auteur. "Tant que les électeurs ne sanctionneront pas sévèrement les baratineurs, la démocratie continuera à héberger des branquignoles en nombre."

👉 Page 214 je constate que l'auteur aime beaucoup l'expression "au diable Vauvert". 3e ou 4e emploi sur 200, c'est raisonnable.

👉 Le petit Tokyo, 6 mois et 1/2, donne son avis sur la page 242

👉 Page 268 Où l'auteur fait son #autopromo 🙃 mais on n'est pas hors-sujet, loin de là. Balthazar sans gilet jaune (cliquez sur la couverture du livre). Lu et validé par votre serviteur, d'ailleurs.

👉 Réflexion que je me fais à la lecture de la 2e partie. La violence peut être expliquée (pas excusée ou justifiée) par la réponse au mépris affiché par le pouvoir, le manque flagrant d'exemplarité, les affaires, les Benalla et j'en passe, les phrases insultantes de Macron etc Les intérêts personnels en lieu et place des intérêts collectifs, l'impunité des élus voyous, la langue de bois que ne supporte plus le citoyen lambda, les éditocrates qui soufflent sur les braises tels des rapaces, etc. 

Boris apporte des réponses étayées un peu plus loin dans l'essai.

👉 Page 275, l'auteur me rappelle ce moment magique de Juppé qui a la super pêche en 2016 (lien).

👉 Page 286. Boris interroge Benjamin Sire qui évoque l'usage des réseaux sociaux pour augmenter la crédibilité des femmes et des hommes politiques... Moue dubitative de votre serviteur. Leur popularité peut-être, leur crédibilité, j'ai un gros gros gros doute. Exemples : Castex sur la chaîne Twitch de Samuel Etienne, un fiasco. Le tiktok de Djebbari, une foire à la rigolade. Idem pour Marlène Schiappa.

👉 Dans son essai (2e partie de l'ouvrage), l'auteur évoque bien entendu le chapitre violences sexistes et sexuelles en politique. Et page 300, il invite l'amie Élodie Jauneau à "poser ses couilles sur la table." Qu'on me pardonne la provocation, le sujet du sexisme ordinaire soulevé par ce type d'expressions et tant d'autres est bel et bien évoqué.

👉 Boris invite Michael Vincent @0Vinz , économiste, essayiste, animateur radio à échanger autour de l'extrême-droite, de la débâcle du Brexit. Page 332, il évoque ce principe de fenêtre d'Overton, fenêtre non seulement grand ouverte mais défoncée. 

Lire ce papier de Nicolas Galita que je partage très volontiers : Il ne faut jamais débattre avec l’extrême-droite

👉 Maintenant que le RN est entré en masse à l'Assemblée, c'est un peu râpé.

👉 Alerte imparfait du subjonctif page 345 🥰 merci Boris & Pierre Juston 

👉 The end. C'était un fil personnel, un peu farfelu et carrément pas exhaustif de ma lecture de l'ouvrage de Boris Faure que je vous recommande. Disponible chez votre libraire 📚 👉 via Place des Libraires, vous pouvez le trouver en stock ou le commander. 


* L'agresseur, l'ex-député M'jid El Guerrab, a été condamné en 1ère instance le 12 mai 2022 à 1 an de prison ferme et 2 ans d'inéligibilité. 

👉 Boris interrogé par France Info

samedi

Chou comme un chinchilla


Comme je suis très bavard sur la plateforme à l'oiseau bleu, je recycle et développe ici mes pensées. Je les assemble au gré de mon inspiration, les bouscule puis les recrache en chapitres sans queue ni tête. 

C'est parti, mon kiki. "ON NE DIT PAS C'EST QUI QUI !" s'insurge Bérénice Béjo dans le génial Coupez ! de Michel Hazanavicius. Elle dit aussi d'autres horreurs (irrésistibles) que je vous épargne.

Au boulot, mon mec a échangé avec un dénommé Chinchilla. Ça m'a fait la journée. Je lui ai demandé s'il avait une voix de... chinchilla. En vrai, ce monsieur était chou. Comme un chinchilla. Monsieur Roger Chinchilla. 

Les propriétaires ne sont pas tous de méchants bourgeois capitalistes (caricature 😉). Les nôtres nous prêtent leur voiture pendant qu'ils sillonnent le pays dans leur van familial. Deux semaines que nous faisons des sauts de puce dans le Luberon (sans accent !), à La Ciotat ou chez Auch*n pour les courses volumineuses. Eux aussi sont chou (sans x ; l'adjectif est invariable ; le légume et la pâtisserie, en revanche s'accordent au pluriel).

Sans transition. 

"Caroline, productrice d'œufs Label Rouge nous parle de ses poules pondeuses élevées en plein air dont les œufs servent à fabriquer nos Egg McMuffins." Fin de la pub McD*nald's. Moue dubitative. J'y crois moyen. La propension qu'a la publicité de nous prendre pour des jambons (avec nitrites) depuis des décennies, sans jamais dévier, m'épate, que dis-je, m'époustoufle. 

Sans rapport avec le jambon, j'observe la jeune femme joliment apprêtée, sur le chemin vers le tram. Lorsque je la vois jeter d'un geste désinvolte, son mégot sur la voie publique, je la trouve soudain moche. (billet : qu'est-ce que t'es laide !)

I love you coiffure new creation bonjour. 

Je me suis promis d'accueillir une utilisatrice avec cette annonce farfelue (extraite du fameux sketch de Muriel Robin). Je l'ai fait. Triché un peu, car je savais qui j'avais au bout du fil. Elle a ri. Elle est bon public, elle rit à toutes mes blagues. Puis, lorsqu'elle a appelé le lendemain, je me suis amusé à prendre la voix d'un robot coincé dans les années 70, quand il n'y avait ni Simone Hérault pour annoncer les trains, ni Alexa, ni Siri, ni Ok Google. Un message saucissonné à l'excès. 

— Ser-vice in-for-ma-tchique1 So-cié-té Bi-dule bon-jour. 

J'entends des gloussements au bout du fil. 

— Ta-pez sur 1. 

— Je tape sur 1 ? 

— Ta-pez sur 1. 

J'entends un bip. Elle a visiblement tapé sur 1. 

— Rien ne se passe. 

— Ba-na-ne ! C'est nor-mal. Je ne suis pas un ro-bot. 


C'est tout.  


1 j'ai donné un accent marseillais à ma voix de robot

vendredi

50 nuances de grès

Je n'ai pas compté mais à la louche y a quand même plus de cinquante blocs de grès...

Ceci n'est pas une critique de cinéma. 

Mon mec et moi ironisons à propos de l'intrigue du film Certain Women. La critique est dithyrambique. Mon mec s'ennuie. Moi aussi, un peu, j'avoue. C'est vrai que le rythme est lent, très lent, certaines scènes redondantes, la photographie est imparfaite, moche diront certains. La réalisatrice a souhaité filmer sur pellicule. Je tends à mon mec la carte joker : c'est un film d'auteur 😉 je veux voir où nous emmène Kelly Reichardt (qui a reçu pour First Cow le Carrosse d'or à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, cette année), je verrai le dernier tiers de Certain Women seul. Mon mec attend avec impatience mon verdict.

Adapté de trois nouvelles de Maile Meloy, le film raconte la destinée de quatre femmes dans une petite ville du Montana. Dans le deuxième chapitre du film (pas le plus palpitant), Gina (pas la plus sympathique), l'épouse de Ryan (l'amant de Laura, avocate jouée par Laura Dern, que j'adore depuis que je l'ai vue dans la série géniale du regretté Jean-Marc Vallée, Big Little Lies) s'attache à récupérer le monticule de pierres présentes sur le terrain d'un vieux voisin. Pierres de grès, d'où le titre pété de ce billet 🤣 Le chapitre se clôt sur le regard échangé entre Gina et le vieil homme. On ne saura pas si le grès a été vendu ou donné (de plein gré). Enfin, si. Plus tard car nous coupons. 

La solitude, thème commun aux quatre portraits. Dans la routine de chacune surgit un événement, minuscule ou pas, tout est question de perspective. J'aime ces histoires ordinaires de gens ordinaires, toi, moi, ma tante Janine ou la cowgirl du film de Kelly Reichardt. Ma chère tante Janine ne détonnerait pas dans un film de Ken Loach s'il était assisté de Robert Guédiguian, en admettant que le duo se délocalise en Dordogne. Mais ma tante n'est pas une actrice.

L'histoire qui m'a le plus touché, c'est celle de la palefrenière qui s'enquiert de la femme qui a chamboulé son quotidien, au hasard d'un cours de droit scolaire pour lequel elle n'était pas inscrite. L'excellente Lily Gladstone a vu la lumière, elle est entrée. La simplicité biblique des plans qui racontent son histoire est troublante. Les retrouvailles, le retour à la routine, la sortie de route, tout est bouleversant, je trouve.

Les Cahiers du Cinéma ont classé le film 3e sur ses 10 films incontournables de 2017. Mon mec se moque parfois de moi et me surnomme "Les Cahiers du Cinéma" (isn't it ironic) quand j'argumente : regarde cette scène, on n'a pas un champ contre champ plan-plan, le cadrage, c'est un vrai tableau, la caméra est figée sur l'amant qui se rhabille, et la réaction de Laura Dern dans le coin de ce miroir. C'est beau, ça signifie quelque chose. C'est un fragment parmi d'autres du portrait de cette femme.

Au cinéma, je laisse volontiers des pièces manquantes au puzzle, j'apprécie un voyage, même flou, même inabouti. Et pour conclure cette critique qui n'en est pas une, j'offre à mon mec l'image du monticule de pierres qui a changé de camp, illustration ci-haut et justification du titre pété de ce billet.

 

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Le film Certain Women est visible sur Canal+ & OCS ou en location VOD à 2,99€. Essayez en vo, le doublage donne un côté un peu niais, je trouve. Suis curieux d'avoir vos impressions en commentaires sous ce billet et sur les réseaux. 

Vu récemment et aimé :

Coupez ! de Michel Hazanavicius avec Bérénice Béjo, Romain Duris (au ciné)

Incroyable mais vrai de Quentin Dupieux avec Alain Chabat, Léa Drucker, Benoît Magimel (au ciné)

Us (sur Netflix) de Jordan Peele

Pretend it's a City - Fran Lebowicz (sur Netflix) réalisé par Martin Scorcese

Tellement content de m'en tenir à mon motto : lire le moins possible à propos d'un film, ne pas regarder les bandes-annonces. À propos des 3 premiers films cités plus haut, la surprise a été totale et géniale. Pour Coupez ! Il faut passer les 30 premières minutes déroutantes mais indispensables. 

Bises à Janine. 

dimanche

Zou !

 

Le chauffeur du car ZOU ! attend. Deux gabians stoïques contemplent les allers et venues sur le boulevard. Ils font mine de ne pas entendre les coups de klaxon répétés du chauffeur empêché de faire sa manœuvre par un cornichon garé en double-file sur le trottoir d'en face.

À quoi pensent ces deux goélands et que se disent-ils ?

Tels Statler et Waldorf, les deux vieux acariâtres du Muppet Show, nos deux volatiles ironisent peut-être sur la piètre qualité du spectacle joué par les humains quelques mètres sous eux. 

 

 

vendredi

Tête de gondole


Accédez au compte officiel Instagram de Madame Connasse en cliquant sur l'image.

La boutade de Madame Connasse m'a fait rire. Et m'a rappelé une anecdote similaire (moins drôle peut-être) lorsque j'étais caissier chez Auchan. Hôte de service, en fait. Comme je la racontais à l'amie Élodie, je me suis dit, hop un p'tit billet.

J'ai travaillé quelques années pour la famille Mulliez, la vie la vraie, mouais. Armé d'un casque et d'un talkie, décoré d'un badge, d'une cravate à rayures rouges et vertes sur une chemise blanche, j'arpentais les rayons à la recherche du prix perdu. Je cueillais les produits laissés en caisse par les clients indécis, en jetais la plupart dans ce qui s'appelait (et s'appelle probablement encore la démarque inconnue), des chariots remplis à ras-bords, tous les jours. Je papotais aussi avec mes caissières préférées, je faisais volontiers leurs pauses, ça me reposait. Dans l'immensité des magasins Meriadeck à Bordeaux puis La Défense à Puteaux, les clients m'abordaient et m'interrogeaient sur l'emplacement ou la rupture de tel ou tel produit. Je ne compte pas le nombre de fois où l'on m'a demandé : vous êtes du magasin ? 

Un matin, j'ai craqué. J'ai répondu : non non, j'ai juste très mauvais goût pour m'habiller. Et la dame, premier degré, a passé son chemin.

 

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Ne partez pas ! J'ai trois tranches de vie que j'ai déstockées pour vous :

1. Mémoires d'un caissier

2. Sourire, bonjour, au revoir, merci

3. Le caissier et la dame à la violette

Hop, une 4e, avec en vedette américaine (comme on disait autrefois), l'amie Anne-Laure :

4. Aubergine interdite

Bonne lecture  📖📚📒

 

mercredi

Qu'est-ce que t'es laide !

Rentrant du boulot, je croise le chemin de la dame qui illustre le billet Sapée comme jamais. Dans ce papier léger et optimiste, j'évoquais en creux l'élégance comme rempart contre la morosité. La nécessité du beau. Et malgré l'épisode furtif que je vais vous narrer, je persiste à penser que le beau, le bon, le généreux réparent le monde. Mais le beau n'est pas nécessairement bon. 

Démonstration.

Cette dame probablement au crépuscule de ses soixante-dix ans descend la rue Montricher tandis que je la remonte. Elle allonge le bras et me presse l'épaule avec sa main. Que veut-elle ? J'ai beau l'avoir croisée quelques fois, je ne connais que son air apprêté, sa garde-robe bariolée et le toutou au bout de sa laisse. Un rictus de dégoût déforme son visage. Elle désigne du doigt la jolie jeune femme en robe à fleurs flottante en bas de la rue. 

– Non mais regardez. Ce cul énorme, ces cuisses, c'est horrible, non ? 

Je suis tellement estomaqué que je n'ai pour réponse qu'un pathétique :

– Elle fait comme elle peut.

Je ramasse encore mes bras de stupéfaction et m'en veux de lui avoir dit ça.

Si j'avais la possibilité de rembobiner la cassette de mon chemin et croiser l'ignoble trace de cette harpie, je lui répondrais :

– Vous êtes très élégante... mais pourrie de l'intérieur. 


Irène

J'évoquais succintement mon nouveau boulot dans mon dernier billet tartiné d'huile solaire. Aux antipodes du métier que j'ai exercé pendant une quinzaine d'années, avec plus ou moins de bonheur et une foultitude d'anecdotes que j'ai glissées parmi les 344 billets que compte ce blog. Ma nouvelle occupation contre salaire me plonge dans l'univers informatique ground zero. Au contact des utilisateurs. Par téléphone et par mail. Je traduis en termes techniques les problématiques quotidiennes rencontrées par le quidam pour un employeur que je nommerai la Firme. Et c'est souvent savoureux. Jamais je ne me moque. Je dis à la personne qui m'appelle pour la secourir et qui s'excuse de ne pas trouver les mots ou les références : 

– Chacun ses talents, madame. Donnez-moi l'adresse IP de votre poste. Passez votre souris sur l'icône bleu en bas à droite, à gauche de la date et l'heure.

– Vous parlez de l'émoticone Teamviewer ? 

L'émoticone. C'est tellement mignon que je me le note pour plus tard, sans relever l'erreur auprès de mon interlocutrice. C'est sa façon à elle de désigner des outils qu'elle ne maîtrise pas et ça me va. Nouvel appel :

– J'ai besoin de vous, me dit une dame que je devine très très souriante.

Nous échangeons à propos de son urgence. Je prends la main sur son poste. Je lui demande de se déconnecter de sa session puis de se reconnecter à nouveau. Du temps (comme on dit ici), on papote. 

– De quoi voulez-vous qu'on discute ? 

– Eh bien, par exemple, je peux vous dire que je connais désormais une Irène sympa. 

Je l'entends rougir :

– Oh, merci ! Mais pourquoi ? Qu'a donc la Irène pas sympa que vous connaissez ? 

– C'est le genre aigri. À ne sourire que si elle se coince les doigts dans la porte. 

On rit. Je parviens à la dépanner. Elle se confond en remerciements, on se dit que la vie n'est pas si moche après tout.




lundi

Un lundi sans chemise, sans pantalon



L'illustration : le petit, le cul dans la mer, au Frioul, c'est un peu moi dans le nouveau chapitre de ma vie. 

Comme un lundi pas désagréable à la maison, alternant tâches ménagères et mails urgents ou pas pour le boulot. Je comprends le triste Elon Musk qui souhaite éradiquer partie ou totalité des télétravailleurs, ou plutôt les renvoyer au bureau (source) parce que c'est bien connu, chez soi, on enfile des perles, on confectionne des colliers de nouilles avec l'argent de l'employeur. Bouh le méchant employé ! 

Aaaaah ! le plaisir à travailler chez soi, avec des pauses choisies par soi, chaque fois que la charge de travail est accomplie, par vaguelettes, comme celle qui masse les bijoux de famille du petit en illustration. Pas de réveil deux ou trois heures avant d'enfourcher un vélo, prendre un tram, un métro, conduire une voiture. Finies les odeurs d'aisselle ou conversations téléphoniques importunes. Elon voudrait rationnaliser, supprimer ces plages accordées à la vie perso pendant les horaires de boulot. Il faudrait que chaque minute soit utilisée pour le boulot et rien que pour le boulot. Revenez au bureau ou démissionnez !

Bah non, Elon 😉

Saviez-vous qu'il a baptisé son fils X Æ A-12 ? Imaginez la maîtresse (si toutefois son milliardaire de père l'envoie à l'école) : "X Æ A-12, au tableau !" Pour être précis, la loi interdisant de donner à son enfant un nombre, il l'a appelé X Æ A-XII, X-Deux-Barres 🤣 frère de Exa Dark Sideræl 😱

Je réponds présentement aux mails des usagers en écoutant FIP. En bermuda et en tongues. La ritournelle de Blur et Françoise Hardy To the end que j'ai tant écoutée berce mon humeur oisive. Une trentaine de mails et quelques centaines de clics plus tard, je m'en vais découper le pain cuit dans la nuit, suivi du petit qui me mordille le mollet.

Je me suis amusé à compter le nombre hallucinant de clics que requérait telle ou telle tâche rébarbative (pléonasme), des allers-retours par mail, interminables, absurdes, je (mon employeur) participe à la surchauffe des serveurs. Pour être honnête, ce billet, mes tweets épaississent eux aussi mon empreinte carbone. Soit je dérègle le climat en actionnant la clim au bureau ou je l'abîme moins en actionnant la clim maison : volets baissés et courants d'air, et en télétravaillant.

Parce qu'il faut bien conclure ce billet échevelé, je déclare ma flamme à la personne qui a inventé le copier-coller. Des milliers de Ctrl+C Ctrl+V qui me font gagner un temps fou, temps gagné pour bailler aux corneilles, donner formes aux nuages, voir un épisode de HPI, faire des bisous au chien, cueillir les graines de belles de nuit sur la terrasse, me servir un café, écouter le chant des cigales, appuyer sur le bouton publier et attendre que ça morde, que la lectrice, le lecteur, s'échouent alanguis sur la plage de ce billet. 

Je vous souhaite une douce semaine, qu'elle soit chômée, télétravaillée ou RTTée.


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Titre inspiré par Rika Zarai (lien).

Sapée comme jamais


Alors que j'entame depuis hier la lente agonie vers mes cinquante ans l'an prochain ("horreur ! malheur !"), je songe aux fraises enrobées de chocolat que m'a livrées Noé, en compagnie de Joëlle (lien), en bas de l'immeuble, hier. Du haut de ses 5 ans, Noé m'appelle "Petit Laurent" et claque sur ma joue barbue une bise d'anniversaire. C'est chou. Je songe aussi —l'activité creuse est propice aux voyages intérieurs, à la contemplation des passants mal fagotés— à l'anecdote que m'a racontée ma moitié. À propos d'une dame endimanchée. Sapée comme jamais.

C'est drôle parce que c'est aussi le jour où je postais sur les réseaux la photo d'une dame (de dos car je respecte son anonymat*) apprêtée. Elle longeait avec son toutou les grilles du Palais Longchamp, faisant claquer les talons de ses chaussures rouges. Je me dis alors que tout n'est pas perdu. Que tout le monde ne s'affiche pas en survêtements noirs et claquettes-chaussettes ou claquettes-moumoute. 

Dans le tram, mon mec est fasciné par le spectacle d'une dame —bravo à la gent féminine qui sauve l'honneur et l'élégance— bien habillée. Très bien habillée, la cinquantaine, un peu plus, tout chez elle est coordonné, le joli chapeau, les vêtements, les lunettes de soleil, les chaussures, les bijoux, le sac à main. Pas tape-à-l'œil. La classe à Marseille. C'est plus fort que lui, il faut qu'il le lui dise. Arrivés tous deux à destination, la même, il s'approche d'elle mais s'efforce de ne pas paraître pressant :

– Bonjour, madame. Si tout le monde s'habillait comme vous, avec autant de classe, on n'en serait pas là.

– Oh comme c'est gentil ! On ne m'a pas fait d'aussi beau compliment depuis bien longtemps ! 

– Bonne soirée, madame.

– Vous aussi, merci, dit-elle, arborant un sourire à faire rougir un champs de tomates.

 

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J'ai emprunté le titre de ce billet à l'artiste qui refuse qu'on lui souhaite son anniversaire (une polémique en carton de ce début d'année). Le lien vers le décryptage (très drôle) des paroles de la chanson ↪ ici !

*J'ai également préservé l'anonymat du papa et de l'enfant qu'a croisés la dame 😉

Comme un lundi

 

Pendant que je photographiais cette fleur des champs des villes, que je rouméguais contre le crétin qui a arraché une branche à cet arbre qui n'a pour se défendre que sa verticale indifférence, la pochette contenant mon ordinateur portable (ou plutôt celui de mon employeur) criait dans le tram arrivé à son terminus et vidé de ses usagers : pourquoi m'as-tu abandonné ? 

J'avise d'autres herbes folles et songe à cette autre photo que j'aurais pu faire si je n'avais pas été en retard. Je badge à l'entrée, j'arrive au bureau, dis bonjour au collègue et soudain, l'absence de la poignée de la mallette dans le creux de ma main produit un vent de panique. Je dis au revoir au collègue et retourne sur mes pas. J'échafaude un plan, une alerte à mes supérieurs, avec mes plus confuses excuses, j'imagine la journée à configurer un nouveau poste de travail. 

Mais je dois épuiser mes chances de retrouver la pochette, si chances il y a. J'allonge le pas jusqu'à Arenc, le terminus de la ligne 2, je parle à la préposée au guichet qui me suggère d'appeler un numéro. Je préfère aller toquer à la porte de la cabine du chauffeur du tram qui s'apprête à partir en direction de la Blancarde. Là, je vous avoue, je n'y crois plus mais je veux y croire. J'expose mon cas, je déroule avec lui le trajet de ma sacoche qui a peut-être, dans mes rêves les plus fous, échappé au larcin et poursuivi sa course, toute seule. Le chauffeur du tram qui m'a déposé à Euromed-Gantès a fait sa boucle au dépôt, il est reparti pour un tour en direction de La Blancarde. Je suis, fébrile, la conversation entre les deux chauffeurs. Ma sacoche a été remise par une inconnue (bénie soit-elle) au conducteur qui va la laisser à mon intention à la Blancarde, si je veux bien me rendre jusque-là. Un peu mon neveu, que je veux. 

Pendant le trajet qui m'emmène au-delà de mon point de départ le matin, au pied du Palais Longchamp, jusqu'à Sakakini, je me dis encore que l'échange entre les deux chauffeurs est une hallucination auditive. Trop beau pour être vrai. Arrivé à bon port, la contrôleuse me remet pourtant la sacoche convoitée et je bredouille :

– Vous n'imaginez pas mon soulagement !

– On se met à votre place. On est professionnels... mais n'oubliez pas de jouer au loto, me dit Cathy, ou Audrey ou Odile (dans l'euphorie mêlée de gratitude bredouillée, je ne me souviens plus de son prénom).  

Merci Cathy ou Audrey ou Odile, merci l'inconnue dans le tramway, merci le premier chauffeur, merci le deuxième chauffeur, Ludo, merci la RTM. 

Ne cherchez pas pourquoi on m'appelait Laurent la lune, à la maternelle. Ni d'où je tiens l'idée de baptiser ma compagnie de théâtre "tête en l'air".

 

mardi

Bye bye Régine

Encore un peu de légèreté. Les billets légers, je sais faire. Légers sans être creux, j'espère. 

J'ai déjà raconté ici et là mes rencontres furtives avec des vedettes, des artistes, des stars parfois. Habiter Paris facilite les choses. Travailler dans l'hôtellerie aussi. Allez, un peu de name-dropping. J'ai papoté avec Petula Clark, Tilda Swinton, Jessica Lange, Paris Hilton, Robert Hossein, Elsa Zylberstein, Audrey Tautou, Pierre Etaix. J'ai tenu la jambe à Philippe Caubère. J'ai joué la doublure main de Jean Alesi mais sans le croiser. J'ai taté des œufs dans Amélie Poulain, rue Lepic.

C'est en 2014. Un lundi de mai. Le tout-Paris est convié au Balajo, dancing mythique de la rue de Lappe, à Bastille, pour une soirée guingette sous la houlette de la reine des nuits parisiennes, Régine. Un verre de vin blanc à la main pour me donner une contenance, car je n'ai jamais été à l'aise dans les soirées people, j'approche de l'interprète de La grande Zoa, je veux lui dire merci pour l'invitation et bravo pour sa carrière :

– Bonsoir, je...

Armée de sa gouaille légendaire, elle m'interrompt et dit :

– Je vais faire pipi. 


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Régine est morte le 1er mai 2022 à l'âge de 92 ans. (Télérama)

Un vieux billet sur le même thème : j'ai un cœur de midinette 

Et en tête de gondole : une nonnette au miel des petites choses

 

 


lundi

Le parallélépipède bouton d'or

 

 

Une légende irlandaise raconte qu'au bout de l'arc-en-ciel l'on trouve un chaudron rempli d'or. Et que seul un cœur pur peut s'en emparer. 

Le bout de mon arc-en-ciel métaphorique, c'est le carré bouton d'or que j'avais photographié (billet). Piqué par la curiosité et armé de mon caddie de courses, je me rends au supermarché en rez-de-chaussée dudit carré jaune et fais un petit détour par la résidence seulement accessible aux habitants des immeubles fraîchement sortis de terre. Ne disposant pas du code magique me permettant d'ouvrir le portail, je me faufile derrière une habitante et monte les marches pour photographier l'objet de ma convoitise.

Le soleil n'est finalement ni carré, ni cubique. C'est plutôt un parallélépipède (ou parallélipipède) si mes vagues souvenirs de géométrie (quand j'étais adolescent 😬) sont bons.

Aller au bout de l'arc-en-ciel pour trouver un trésor. Aller au bout du rayon de soleil qui éclate sur la façade de l'immeuble pour découvrir une école élémentaire. Et pour filer –et conclure ici– la métaphore, c'est l'école, l'enfance, la marelle dessinée à la craie, chat perché et un, deux, trois, soleil, qui décrochent le pompon de la pomponnette, la queue de Mickey, le chaudron rempli d'or.

 

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Conseil du jour 📻 L'émission Barbatruc de Dorothée Barba sur France Inter, S'émerveiller, ça s'apprend ? Éveiller le regard des enfants --> c'est ici.

 

jeudi

Un soleil carré et des voitures empilées


Billet sans queue ni tête, comme d'habitude. 

7h30. Je m'apprête à prendre le tram et fais un crochet par la rue Espérandieu pour capturer l'image qui m'interpelle tous les matins, cet immeuble jaune bouton d'or et les voitures qui semblent empilés les unes sur les autres. Est-ce qu'à l'instar du bouton d'or, la fleur que j'approchais, enfant, du cou de mes camarades de jeux pour savoir s'ils aimaient le beurre, l'approche de l'immeuble te révèle que tu préfères le beurre salé ou le beurre doux ? Une motte de beurre carrée posée dans la ville. Ou un soleil cubique et des voitures empilées, ma façon de voir les choses. 

J'ai dans les oreilles la voix de Laure Calamy interviewée par Antoine de Caunes (émission). Sa joie est communicative. Elle irradie de vérité dans le film de Cécile Ducrocq, Une femme du monde (disponible en VOD). Nous l'avions adorée dans Antoinette dans les Cévennes, film pour lequel elle a reçu le César de la meilleure actrice en 2021. Sans grande surprise, nous l'avons adorée dans Une femme du monde. 

Et du coq à l'âne : avant la VOD, il y avait les vidéoclubs*. J'enfourchais mon vélo pour me rendre à la boutique du village. A la recherche de la nouveauté en version originale, une denrée rare, j'errais dans les rayons, fasciné par un choix qui me semblait prolifique mais ridicule aujourd'hui face à l'offre internet. Le vidéoclub, voire les distributeurs de cassettes VHS sur le parking désert de l'hypermarché en périphérie des villes un dimanche soir, c'était ma VOD de l'époque. 

J'ai fait les boutiques hier, les boutchiques (avec l'accent marseillais). J'ai acheté pour une amie des séparateurs d'orteils en forme de fraises pour pédicure.

Aujourd'hui, penser à souhaiter bonne fête à toutes les Valérie qui m'appellent, si elles m'appellent. 

C'est tout.

 

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* Un vidéoclub, vidéo-club ou club vidéo, est une boutique de services permettant la location de films (ou plus rarement d'autres productions audiovisuelles telles que des séries télévisées) sur support vidéo (essentiellement cassettes VHS puis DVD, ou plus récemment HD DVD et Blu-ray) afin de les visionner à son domicile, sur son téléviseur, avant de les rapporter. (source Wikipedia

mercredi

Le week-end de cinq jours

C'est à Callelongue - Marseille 8e

C'est aussi à Callelongue - Marseille 8e
 

Le "week-end" de cinq jours a commencé par un raté, dérisoire, puis une étreinte, essentielle.

Jeudi soir. Quichenettes, tatziki, mousse de tomates séchées. Tout maison. Bon, disons net que tout est maison, je vous épargnerai des répétitions à tire-larigot.

Vendredi. Un petit jaune dans le Panier avec Annie. Bœuf bourguignon sensationnel qui a mijoté cinq heures et dix minutes. Crumble. 

L'amie Élodie Jauneau s'est fendue assez vite d'une carte postale sur les réseaux qui m'a beaucoup plu (parce qu'elle renvoie à l'enfance). Elle a envoyé un cliché de Callelongue, le bout du bout de Marseille, où nous l'avons emmenée en autopartage (réussi, cette fois-ci). Elle a écrit :

Ici, tout va bien, il fait beau. Les monos sont gentils, je dors bien et la cantoche est super bonne. Il y a aussi un petit chien très mignon. Bisous.

Elle nous a offert une carte ornée d'un zizi coloré. "Prenez le kiki sans poils, avait suggéré le caissier de la boutique du Mucem, il est plus rigolo que le kiki avec poils," une bouteille de rouge, un joli plateau design jaune éclatant barré du slogan "happy". 

Happy, comme nous, en somme.

Happy de partager des moments de joie simple. Happy de contempler la mer depuis la Calanque de Saména, d'admirer le parterre de griffes de sorcière en fleur, de respirer l'air du large, fenêtres de l'auto partagée ouvertes, sur la route qui serpente entre les Goudes et Callelongue où nous avons trinqué à l'amitié. Happy de pouffer comme des enfants lorsqu'on remarque un monsieur tout nu, au loin. Mais non, il a un string, dit mon mec. Pfff, c'est un pli de gras que tu vois, rétorque l'amie, méticuleuse. De fredonner une chanson de Henri Salvador qui reste dans la tête (les vocalises, surtout).

Samedi midi. Œufs mollets, velouté de petits pois, noisettes et lardons. Samedi soir. Camembert rôti sur écrasé de pommes de terre aux lardons et épices.

Dimanche midi. Sandwiches et bières. Soir, trois pizzas, une blanche (crème fraîche), deux classiques (sauce tomate et quatre fromages et olives noires sans gluconate ferreux).

A Fontaine-de-Vaucluse, charmant village où la Sorgue jaillit d'un impressionnant gouffre, nous nous sommes joints aux badauds pour dépenser une dizaine de kilocalories au mieux. Sans dépenser un centime chez les attrape-touristes avec leurs babioles moches et ou misogynes (sculptures sur bois "Fanny, tu la tires ou tu la pointes" 🤮), nous nous sommes posés sur les chaises Luxembourg couleur miel du restaurant Philip, à l'heure du chocolat liégois et des fraises melba. Une voisine de tablée qui faisait chut toutes les 27 secondes à son chien aboyant toutes les 27 secondes nous a sortis de notre rêverie. Taquin, mon mec s'est joint au duo de la dame et son chien en faisant chut à son tour toutes les 27 secondes. J'ai fait chut à mon mec. On a ri. 

Sur la route du retour, les petits ont dormi pendant que je conduisais. C'est aussi ça, le bonheur. 

Lundi midi. Poulet fermier et ses pommes de terre en cocotte. Le classique du dimanche mais un lundi. Îles flottantes.

Puis sous l'œil goguenard des gabians passant par là, nous avons flotté à l'horizontale sur nos canapés respectifs jusqu'au départ de l'amie.

Telle la Reine Mère, elle a agité la main et salué la foule de Saint-Charles et Notre-Dame-de-la-Garde au loin. Elle est partie avec le soleil, le plein de navettes et de tendresse.  


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L'amie a écrit sa version ici 👈

Mise à jour 2.06.2022

Après trois petits mois d'essai, j'avoue être très déçu par Citiz. Je mettais les cafouillages, les ratés, sur le compte de la malchance et d'utilisateurs peu respectueux. Je vous épargne les détails et la littérature peu amène de la directrice de Citiz Provence qui nous menace et nous assimile aux sagouins qui détériorent son service. Oserais-je lui suggérer de reprendre les modules "accueil", "relation client" et "gestion de litige" qu'elle a omis d'étudier pour d'obscures raisons ? Bref, nous avons résilié notre abonnement.