Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

samedi

Un café au Belleville/mer


Un billet de blog à la terrasse d'un café au soleil. Ou plutôt son brouillon. 

Une amie m'interrogeait récemment : c'est quoi l'intérêt des tes "bonjour. café" sur les réseaux ? Je répondais le plus simplement du monde à sa question aussi honnête que candide : aucun. Ni plus ni moins d'intérêt que les publications affichant chatons ou minots, pâquerettes ou blanquettes de veau. 

C'est aujourd'hui un bonjour. café. en direct du Belleville/Mer après ma petite vingtaine de longueurs à la piscine voisine. Je bois le soleil et mon café. J'ai chaussé mes lunettes et un bonnet (malgré les 16° affichés, on est encore en hiver et peu de cheveux me protègent des conditions climatiques). Je déclenche l'obturateur de mon téléphone-appareil-photo-radio-téléviseur-console-de-contrôle-de-l'aspirateur. Sur le selfie, je floute le visage de la dame qui me regarde, j'ajoute un phylactère qui lui fait dire "bonjour. café." Je ne triche pas beaucoup car elle porte à ses lèvres une tasse de café identique à la mienne. Elle lit la presse quotidienne. Sur la devanture rouge, le nom du café, Belleville/Mer. Pas faux non plus car la mer n'est qu'à 4 kilomètres de distance. Ciel bleu et platanes dénudés. 

Mes voisins de tablée commandent des chocolatines pour agrémenter leur boisson chaude. 

Un appel m'arrache à ma prise de notes. Un 06 que ne connaît pas mon appareil. Je décroche malgré tout. Au fond sonore, au timbre de voix blasée, je devine un démarchage. 

— Bonjour, enchanté (pas autant que moi) blablabla. Vous êtes propriétaire d'une maison dans le 24. (non) et nous vous proposons de faire des économies sur votre facture d'électricité (et mon cul c'est du poulet).

— Je vous arrête tout de suite, je suis millionnaire alors vos économies de bouts de chandelle...

Sur le chemin du retour, je marche sur un bonhomme tracé à la craie bleue et j'aperçois un autocollant qui proclame en majuscules jaune bouton d'or : AIOLI 'N' RICARD. Pas de doute, on est bien à Marseille. 


mardi

Les cheveux abîmés de Mylène Farmer


Internet est une source inépuisable d'étonnement pour ne pas dire de perplexité. Et de barres de rire, aussi.

J'ai remis la main sur une capture d'écran que mon mec avait faite d'un commentaire d'une coiffeuse professionnelle et néanmoins anonyme qui avait donné son avis en ligne sur la coiffure de Mylène Farmer. Je vous le livre tel quel. C'est pépite.

Le 13 mai 2018 à 13:00, Carole (appelons-la Carole) écrit sur Mylene.net :

Je suis coiffeuse professionnelle et je peux vous affirmer que Mylène est très mal conseillée pour ses choix de coiffure. Ses cheveux sont abîmés. Regardez, il y a plein de fourches. Si elle vient dans mon salon, je lui ferai une coupe plus adaptée à son âge et à l'époque. Par exemple une coupe pixie, très court sur un côté et dans la nuque et une mèche longue qui couvre les yeux. Avec quelques mèches rouges et roses pour changer un peu de cette éternelle couleur qu'elle arbore depuis plus de 30 ans et qui n'est plus tendance. 


---

Si Mylène n'est pas passée dans le salon de Carole, elle nous a néanmoins gratifiés de sa visite en septembre 2020 : Mi-laine microfibre*.  

Pour l'équipe premier degré : ça n'est pas Mylène qui illustre ce billet mais Barbie Bizarre sous les traits de Kate McKinnon. 


jeudi

Less béton

 


Je marche le nez en l'air, je papillonne, je scrute la poésie parmi le tout-venant, le coquelicot qui surgit au milieu des mégots de cigarettes, la pensée végétale qui appelle la pensée humaine, le tag immonde qui couvre l'œuvre d'art, le tag étonnant ou cocasse. 

Comme j'aime les jeux de mots, celui qui illustre ce billet ne m'a pas échappé. Dès que je l'ai vu, je me suis interrogé :

— Le passant en connaît-il tous les méandres* ? 

— Le tag est-il lié à un mouvement, au tag que j'ai photographié la semaine dernière** :

Moins de béton, plus d'arbres - accompagné d'un arbre dessiné à la va-vite et du même x*** fluo. 

Ce qui m'a amusé plus que la revendication, c'est le commentaire d'une autre tagueur : 

— Oui et moins de tags svp (écrit-il en ajoutant "un tag de plus").


---

* Pas pu m'empêcher de les démêler et de les expliquer à mon mec qui m'a répondu "bah ouais, j'ai compris le jeu de mots" : laisse béton (réf. à la chanson de Renaud et à l'expression en verlan) + less, moins en anglais. Moins de béton, laisse tomber le béton, donc. 

** Après vérification, il s'agit de slogans posés par extinction rebellion dans le viseur des guignols qui nous gouvernent : mouvement international de désobéissance civile en lutte contre l'effondrement écologique et le dérèglement climatique.

*** Créé en 2011 par un artiste basé à Londres, un certain Goldfrog ESP, le «symbole de l'extinction» est constitué d'un sablier inséré dans un cercle, ce dernier représentant la Terre. Le message est clair : le temps presse pour empêcher les espèces de disparaître à cause du changement climatique.

vendredi

Pédale, pouce !


Il y a une équipe de cornichons qui a "réfléchi" puis proposé le fonctionnement tout pété du service de vélos partagés à Marseille puis il y a une autre équipe de concombres à la Métropole (coucou Martine) qui a dit oui oui c'est génial, on n'a pas testé mais c'est génial, on s'auto-congratule, on y va, on finance (coucou les contribuables), on construit, on communique, on déploie une appli en carton.

Allez au pif parmi une tripotée de mauvaises idées mises en circulation :

Pas d'autre choix que de sélectionner le premier vélo de la file du centipède. Impossible de vérifier si la batterie est à bloc ou permet à tout le moins de faire un trajet raisonnable. Au bout de quelques mètres pédalés, je m'aperçois sur l'appli (connectée en bluetooth) que je ne dispose que de 4% de batterie. Mauvaise pioche. Le trajet va s'avérer poussif (euphémisme).

Résolu à porter ma petite pierre au service, à la communauté, je choisis de le signaler et le stationne à une borne dédiée. Tiens, encore une idée toute pétée des concepteurs : il faut obligatoirement ajouter une photo, même si elle n'apporte strictement rien au schmilblick. Je suis à deux doigts de joindre un cliché de mon fondement ou une photo d'aubergine. Bon. Pas sûr que ça les aide. 

J'ai beau avoir rendu le vélo, la course reste affichée "en cours". 

J'ai de la chance, il est 8h, la hotline vient d'ouvrir, j'appelle. Après deux ou trois clics, l'opératrice m'annonce que je ne suis pas facturé. Je me mords les gencives pour ne pas rire ou l'envoyer cueillir des pâquerettes dans le désert d'Atacama. Toujours armé de mon indéfectible optimisme, je demande s'il est possible de prendre le vélo d'à côté, disponible, et de reprendre ma course. Que je suis naïf ! Réponse de la dame : ah bah non, il faut attendre trente minutes. Je rétorque qu'elle est bien bonne celle-là, elle me répond qu'elle comprend, qu'elle est désolée, bliblablou. 

Je raccroche et poursuis mon chemin à pied en souhaitant à Martine, ses amis de la Métropole et les prestataires d'enfourcher la monture de vingt-cinq kilos et de pédaler, en tenue de Bozo le clown et sans assistance électrique, les vingt-quatre kilomètres qui séparent l'Estaque des Goudes !


jeudi

Etutaf

 


Je sillonnais les petites routes de Gironde lorsque mon œil a frisé à la vue d'un repère sur la carte routière (celle de G**gle Maps — capture en illustration). Sur la carte : Etutaf. Définitivement fermé. Tu ne taffes plus, tu vas toquer à la porte de l'agence France Travail la plus proche, prenant toutefois soin de ne pas tomber en pâmoison devant le tout nouveau logo qu'aurait pu commettre n'importe quel minot de maternelle, la poésie en plus.

***

Si ça vous intéresse, voici ce que dit un communiqué officiel à propos du logo, commis par 14 graphistes 😮 :  

Ce logo porte l’image d’un service public de l’emploi rénové. La composition de points et de couleurs, déclinée sous une forme pouvant rappeler celle d’un hexagone, illustre le maillage et l’ancrage territorial de l’opérateur public de l’emploi à l’échelle de la France. Les cercles de couleurs et de tailles différentes représentent à la fois la pluralité des publics de l’établissement, celle des hommes et des femmes qui le composent, de son réseau de partenaires, des territoires où il agit et des services qu’il propose. L’imbrication de ces cercles suggère, au-delà de la diversité, l’idée d’un maillage et d’une rencontre (LOL) entre les demandeurs d’emploi, les entreprises et les différents acteurs de l’emploi. Ils évoquent aussi les différents territoires et la dynamique humaine et économique qui s’y joue partout en France. Les formes circulaires évoquent enfin l’accompagnement global des personnes dans toutes ses composantes sociales et professionnelles, mission première de France Travail et de ses partenaires du réseau pour l’emploi.

Vincent Van Gogh sous le bras


— Certains des anciens élèves que je revoie m'appelle madame, me vouvoie, dit Françoise. 

On se tutoie, on s'appelle par nos prénoms. Un verre de Graves à la main, on parle, on échange, on se confie, on s'interroge. Sur le cours de nos vies, sur l'état du monde, sur les gens qui baissent le regard dans sa rue pour ne pas répondre à son bonjour. Des fois qu'ils attraperaient la gale ou seraient foudroyés d'un sourire. 

Je me revois, élève de collège, encore chevelu et pas encore binoclard, l'appeler maman en classe, rouge de honte. C'est elle qui m'a donné le goût de l'anglais, des films en version originale. On avait appris avec elle les paroles d'une chanson de Sting, on avait décrypté le sens de Russians

Dans la voiture qui nous conduit chez elle, nous fredonnons elle et moi i don't subscribe to this point of view, i think the Russians love their children too. Je dis, mon copain, me reprends et dis mon mari. C'est une des rares personnes à m'avoir proposé un cadeau pour notre mariage, spontanément. Ça m'a touché. Elle peint des copies de grands maîtres, avec talent. Pour moi, pour nous, elle s'est frottée pour la première fois aux coups de pinceaux de Van Gogh. 

La vie prend des tournants aussi surprenants qu'imprévisibles. C'est ce qui en fait le sel. Et le poivre.

Qui eût cru qu'un jour je me marierais en toute légalité. Qui eût cru qu'un jour je m'en ouvrirais auprès de ma professeur d'anglais d'alors. Qui eût cru qu'un jour je m'installerais à Marseille. Qui eût cru qu'un jour je repartirais de Bordeaux avec une copie très réussie du Champ de blé sous un ciel orageux de Vincent Van Gogh sous le bras. 

 

 

dimanche

La vendeuse et la chocolatine

– Vous êtes journaliste ?

La vendeuse pensait que je photographiais les prix des viennoiseries. Je lui explique que non, je taquine les gens sur les réseaux qui décrètent : il faut dire pain au chocolat et jamais, malheur ! jamais, chocolatine, gnagnagna. Je réplique que le mot chocolatine figure dans Le Robert, c'est un régionalisme. Comme la quiche est à la Lorraine et les tripes à la mode de Caen. La langue est assez riche pour tout le monde et les cochons sont bien gardés ou les torchons et les serviettes, bref. Je lui signale qu'à Biarritz il y a une boulangerie qui vend des chocolatines et des pains au chocolat "pour les Parisiens", dixit la vendeuse biarrote. Je n'ai pas vraiment dit tout ça, enfin, presque. On a taillé une bavette un dimanche matin à sept heures et des miettes. On a conclu elle et moi que l'important c'était la qualité de la chocolatine, pas les chamailleries, pas les polémiques stériles.

samedi

Tom et Louise ne demandent pas la lune

 


Tandis que les hurlants balancent détritus et injures à la face des voisins, malmènent enfants et animal de compagnie bien mal tombés, Tom et Louise tendent le bras pour cueillir l'humanité recroquevillée dans une cité toulousaine, un bavardage avec "la mamie de l'angle", une branche de mimosa, une prune, une promenade canine ou tout simplement, ce faisant, l'espoir d'un quotidien apaisé.

 

Tom et Louise et les hurlants de la rue Edmond Rostand, de Michelle Brun. Grégoire Delacourt en parle mieux que moi 👉 ici 

Pour commander le tome 1, 2 ou 3 ou les 3 : 📧

 

mardi

Trois lieus noirs sous la couette

 

on n'est pas mieux sous la couette ?

Avertissement ! Le billet qui suit est tiré par les couettes, pas les miennes, en tout cas. Pourquoi cette illustration ? (On n'explique jamais une blague. Expliquer une blague, c'est pas drôle. Bah, je le fais quand même.) J'ai quitté l'autre cornichon d'Elon pour Bluesky et Threads. Sur le nouveau mais pas vraiment nouveau réseau de Mark Z., j'échange avec Mélina. Elle réagit à ma photo postée à 7h. Mon cliché représente la ville encore ensommeillée et les lignes du Massif Saint-Cyr dans le lointain que je contemple en sirotant un café fumant. Mélina ne dit pas glagla mais pas loin : "on est lieux sous la couette." Lieux au lieu de mieux. Ni une ni deux, armé de mon téléphone et déjà dans le tram, je fabrique une réponse avec des lieus noirs sous une couette, j'ajoute un plateau gourmand et je publie ça pour la postérité. Je n'ai pas grandi...

J'ai grandi : je rédige aujourd'hui ma demande d'apostasie. 

Si on me demande pourquoi je veux que l'Église me débaptise, je rétorque : 330 000 victimes estimées depuis 1950 par le rapport final de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Église (Ciase), publié en octobre 2021. 330 000 ! en France seulement. Sur ce sujet comme sur d'autres thèmes brûlants collant à la religion comme autant d'infâmies, je vous laisse avec un extrait de L'Anomalie, roman de Hervé Le Tellier. L'extrait illustre parfaitement mon rapport à la religion, à toutes les religions :

Lors de l'entretien qui devait lui ouvrir les portes du département des PsyOps, la responsable du recrutement avait demandé à Jamy sa religion, et la psychologue avait répondu : "Je n'en ai pas." La femme avait insisté : "Donc, vous êtes athée", jouant de son stylo comme si elle avait eu une case à remplir sur un questionnaire imaginaire. Jamy Pudlowski avait haussé les épaules : "Je m'en fous, Dieu, pour moi, c'est comme le bridge : je n'y pense jamais. Donc, je ne me définis pas par le fait que je me fous du bridge, et je ne me réunis pas non plus avec des gens qui discutent du fait qu'ils se foutent eux aussi du bridge."

 

À toutes fins utiles, voici un lien : apostasiepourtous.fr

mercredi

Plus belle la vitre

 

boutique bien-nommée Plus Belle la Vitre*

Au BMDP (bureau municipal de proximité), sur la vitre percée de trous de l'un des cinq guichets, un papier scotché sur lequel est écrit au marqueur noir : VITRE, accompagné d'un ⚠️

J'imagine les gens qui s'y sont cognés. Je me demande aussi pourquoi les autres guichets n'ont pas affiché la même alerte. L'employée du guichet B est-elle la seule à se soucier du bien-être des administrés qui lui rendent visite ? C'est un mystère que je m'empresse d'élucider. Car le hasard a bien voulu me faire appeler à la guérite de Marie-France. 

Nous ne nous connaissons pas. J'ai simplement remarqué un post-it scotché** sur un des appareils homologués. Y figurent ses nom, prénom et mot de passe pour un quelconque logiciel. Tandis qu'elle s'affaire à préparer mon dossier pour la future carte d'identité qui portera pour des décennies ma tronche renfrognée, j'observe son plan de travail, les fournitures méticuleusement alignées et perpendiculaires au clavier, ses doigts manucurés, ses ongles vernis de noir, une bague ornée d'un cœur en diamant. J'écoute les conversations des collègues joviales. Je me lance :

— Le panneau VITRE seulement sur votre guichet, c'est parce que vos collègues ne déplorent aucune victime ? 

— Oh non, il est en angle, les gens sont engoncés et, surtout, l'été, avec le soleil, les gens ne la voient pas et s'y cognent.

— Ils sont éblouis par ta beauté, glousse sa collègue de droite. 

On papote deux minutes, on se donne rendez-vous pour la remise du précieux sésame dans un mois environ, on se dit au revoir et bonne journée.



* Photo prise cet été et recyclée pour la gloire 🤭 vous avez compris le jeu de mots de la boutique ? La Bonne-Mère sur l'enseigne donne un indice aux circonspects.

** Je soupçonne les fabricants de petits papiers colorés et autocollants d'être de mèche avec la filière scotch: 

— On va faire en sorte qu'ils ne collent pas trop. Un peu mais pas trop. Ils vont s'équiper de scotch pour fixer nos post-it. C'est bon pour les affaires.


jeudi

Les réseaux sociaux saynul

 

à l'angle des rues Lepic et Robert Planquette - Paris 18e

Tandis que je réponds au mail de Placide Bertrand (ça plane pour moi hou hou hou hou*) qui a un souci de VPN, je papote avec mon mec qui, en télétravail, ouvre le colis qui m'est adressé.

– Oooooh, dit-il moqueur, un mug. C'est vrai qu'on n'en avait pas assez.

On ne critchique** pas mes cadeaux. Surtout quand ils viennent des réseaux.

Les réseaux, les blogs, c'est nul, disent, écrivent, chouinent beaucoup d'éditocrates. Bah non. Pas que. Chouettes, souvent. Sources de rencontres, de bavardages, d'échanges, d'émerveillement parfois. Si si. Il faut juste ouvrir sa comprenette, ses mirettes et tourner sept fois sa souris sur son tapis avant de cliquer-envoyer son avis scientifique ou géopolitique. 

Mais je m'égare, Edgar.

Station Simone, la web radio m'a offert un joli mug à son effigie. Anne m'a envoyé le roman d'un auteur britannique et contributeur à Charlie Hebdo qu'elle a la chance de connaître. tilly me tend ses chroniques à propos du jazzman Marcel Zanini. Fanny a dessiné le joli sac qui illustre ma Nonnette au miel des petites choses. Élodie un plateau happy, un mug bonjour chaton et une belle amitié. Ervé dont j'ai fait la connaissance lors de mon périple parisien me confiait avoir rencontré 112 humains grâce à internet. Je ne suis pas loin du compte, même si, nous sommes d'accord, c'est la qualité qui importe. Et les cadeaux sont aussi immatériels : un verre de jaja, un dîner, une toile, un concert, des moments de partage, des idées qui fusent, des réflexions qui chamboulent, des rires à gorge déployée. Et des étreintes en veux-tu en voilà lors de mon récent séjour parisien.


---

* Vous avez la réf ? L'utilisateur que je dépanne porte presque le même nom que l'interprète de la chanson variétés punk. Roger Marie François Jouret dit Plastic Bertrand a confié ne pas être l'interprète du titre avant de revenir sur ses propos. 

** Les Marseillais mettent des tch à presque tous les t.

mercredi

Les yeux en couilles d'hirondelle


Ce que je préfère dans cette photo, c'est la grande fenêtre en bas à droite au travers de laquelle perce la lumière d'une cuisine peut-être. Les yeux en couilles d'hirondelle, la voisine a appuyé sur l'interrupteur quelques minutes avant que je saisisse l'instant avec l'objectif de mon téléphone. Mue par son pilote automatique, elle joue aux auto-tamponneuses avec la porte du frigo qu'elle a oublié de refermer après avoir confondu jus de fruits et gaspacho, elle marmonne un pardon à la gamelle du chat qu'elle manque de renverser, elle s'empare du percolateur, y loge sa dose de café moulu, croit-elle, fait couler la boisson, s'approche de la fenêtre, porte à ses lèvres le mug sur lequel est écrit en gros caractères "bonjour chaton", elle se dit que le café a un goût un peu dégueu mais le boit quand même, elle se demande qui est l'endive en face qui la prend en photo, se retourne et fait savoir à son ami ou conjoint ou colocataire que son café a un drôle de goût. Il rétorque :

— Tu as confondu le café moulu avec le marc de café. 


---

À propos du titre de ce billet, Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste, spécialiste du marseillais et inventeur du jeu Motchus m'apprend l'expression : les yeux en pachole de fourmi. J'aime et j'adopte.

lundi

It's Madonna, bitch !

Photo prise lors de la 2e date par Matoo © publiée ici avec son aimable autorisation


Excité comme une punaise de lit, j'écoute en mode aléatoire la discographie monumentale de Madonna, 14 albums, 3 bandes originales de film, une tripotée de compilations (les 400 millions de disques vendus dans le monde la placent en 4e position derrière les Beatles, Elvis Presley et Michael Jackson), je lis la presse, je glousse à la lecture du papier qui raconte l'histoire de Maurice* qui aimerait que sa cousine Madonna lui rende visite dans la Sarthe, remarquez, elle n'est qu'à 2h47 de route de Saint-Cosme-en-Vairais, en admettant qu'elle passe par Dreux (itinéraire sans péage), je réponds aux sms d'amis qui se réjouissent pour moi, j'apprends qu'une navette emmène les fans vers une after pour continuer la fête autour de la star, j'énumère les concerts auxquels j'ai assisté : à l'Olympia en 2012, au Grand Rex en 2020 et tant d'autres, je réalise que j'écris ce soir le 6e billet de mon séminaire parisien, pour citer Sacripanne, une coupe de champagne à la main, je trinque à la folle carrière de la reine de la pop, je trépigne dans les travées de l'arena et m'amuse à estimer l'âge des fans, 20 ans et +++, je photographie les looks les plus excentriques.

Je la fais courte, plus courte que les retards qui lui collent à la peau : pour une fois, je n'y suis pour rien, a-t-elle plaisanté. Si vous me connaissez un peu, vous aurez compris que je lui pardonne ces trivialités. Les gens acceptent parfois sans broncher de piétiner d'interminables heures** pour des expos fadasses, des adresses attrape-nigauds, alors une heure ou deux pour Madonna, quand on est fan, c'est de l'ordre du supportable, même si comme moi, vous avez cassé votre tirelire ou que vous avez raté le dernier métro. 😉 

Je vais l'écrire en adjectifs, substantifs et quelques superlatifs taillés pour Madonna. Tour à tour rock, effervescent, émouvant, militant, sexy, courageux, unapologetic***, grand spectacle, guerrière, superbe, artistique, magnifique et poignant hommage aux victimes du sida, libre, irrévérent, family affair, queen, bitch, drôle, flamboyant, 2h20, 20 300 personnes x 4 soirs à guichets fermés pour son meilleur concert. Absolument fabuleux !

Et pour la citer, la chose la plus controversée qu'elle ait faite, c'est d'être encore là.


* C'est dans la Dépêche

** Marseillais, même d'adoption, j'ai le sens de l'emphase

*** L'adjectif est fait pour elle : pas la moindre intention de s'excuser, jamais

📰 L'article le plus fidèle est sur France Info

📷 La photo qui illustre ce billet a été prise par le président des pédéblogueurs, Matoo. Publiée ici avec son aimable autorisation. J'ai hâte de lire son billet sur, dit-il, le meilleur concert de sa vie.

dimanche

je titille tilly

 


— Tu vois, dit tilly, c'est bien les lunettes, ça cache les cernes.

— C'est aussi pour ça que je les porte, dis-je.

— Bon, moi, il me faudrait une barbe.

— Si tu veux, je nous pixellise... 

Voilà la petite histoire de l'illustration du billet. En clignant* des yeux, vous reconnaitrez ma barbe poivre et sel (que jalouse l'amie blogueuse), le joli pull rose qu'a mis tilly pour donner un peu de couleur à la grisaille de ce dimanche, nos lunettes et les deux tasses de café fumant.

Nous avons pris des nouvelles l'un de l'autre, parlé théâtre, Paris, voyages, littérature et avons surtout rempli nos cabas respectifs de conseils et d'idées. tilly a promis qu'elle nous raconterait sa brève rencontre avec le romancier Douglas Kennedy sur l'île grecque de Kastellórizo.

 

* Ne me dites pas que vous avez cligné des yeux ! c'était une blague !

tilly donne envie de lire 👉 son blog


samedi

Monsieur Fraises chez Madame Fruits rouges


👉 Point viennoiseries. Je ne vais pas vous taquiner avec mon goût pour les chocolatines. Plutôt pour le pain aux raisins. C'est quand même pas sorcier de faire un pain aux raisins à la fois croustillant, crémeux, moelleux, goûteux et à un prix raisonnable. 1,40€ aux Petits Mitrons. Quand il frôle les 3€ quasiment partout à Paris, il n'est pas meilleur pour autant. Je le disais au tenancier de la tarterie : tant que vous êtes là, la rue Lepic n'est pas totalement fichue. On résiste, on résiste, a-t-il répliqué. J'ai le souvenir, quand j'étais parisien, des tartes aux fruits aussi séduisantes que délicieuses, et ça n'était pas un effet de lumière. 

Renseignements pris auprès de la patronne, la boutique a 40 ans et tout est maison. 

⌚️ Ouvert tous les jours sauf le mercredi. De 7:30 à 19:45 

🧭 26 rue Lepic 7518 Paris - 01 46 06 10 29


👉 Point fruits rouges. J'ai déjeuné au 27 Madame, accueilli par un chaleureux et tonitruant "Monsieur Fraises !" (mon pseudo sur les réseaux). Étonnant, rigolo, c'est mon amie Danielle qui a peut-être vendu la mèche. Ou pas. Une coupe de champagne offerte par la maison et un jeu qui m'a beaucoup amusé. Madame, aka Alexandrine, m'a appelé Monsieur framboises, groseilles, myrtilles, tous les fruits rouges y sont passés. Le temps du déjeuner, entrée, plat, dessert et café. Romain et Alexandrine m'ont avoué, presque coupables (comme ils étaient mignons) qu'ils avaient joué à mes dépens. Je les ai vite rassurés, comme je n'ai pas beaucoup grandi, j'ai joué avec eux. Mais pour parler casseroles et revenir à nos cochons (réf à mon plat principal), la qualité du service, des produits, la gentillesse, la passion qui anime l'équipe du 27 Madame m'oblige à vous recommander l'adresse. C'est facile, 27 rue Madame, Paris 6e. Appelez de la part de Monsieur Cerises 🍒 

⌚️ Ouvert tous les jours sauf le lundi. Midi et soir, sauf le dimanche, midi seulement

🧭 27 rue Madame, 75006 Paris - 01 45 48 69 57

---

Tant que vous êtes là :

– Jour 1, j'ai cassé ma tirelire pour Madonna

– Jour 2, Frozen

Mark Rothko ou Lapin ?