Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

lundi

Il épluche les nouvelles sportives au coin du parc Chien Saucisse

Le joli portique1 à l'effigie de Saucisse 

C'est entre chien et loup, il fait un temps de saison, gris, humide, en un mot comme en mille, moche, même à Marseille. Il a plu, la chaussée est glissante. Pas assez d'obscurité pour déclencher l'éclairage public et trop sombre pour lire sans l'aide d'un lampadaire au-dessus de soi. Adossé à un poteau métallique barrant le passage piétons aux voitures, au coin du parc Chien Saucisse2, un vieux monsieur a chaussé ses lunettes et déplié le journal l'Équipe. Il pointe sur sa lecture une lampe torche de poche qu'il a calée en sa mâchoire. Cheveux gris pas coiffés, imperturbable, il saisit parfois sa lampe entre le pouce et l'index pour éplucher de plus près les nouvelles sportives. Soudain un gamin glisse cul par terre sur le revêtement blanc bosselé censé empêcher les glissades. Son cartable sur le dos a fait son office de pare-choc. Le vieux monsieur lit encore, il n'a pas remarqué la chute de l'enfant. Il n'a pas davantage vu le trio de pékinois trottant au rythme de leur maître, ni le cycliste ahanant dans la montée, ni votre serviteur qui l'observe avec curiosité. Il est presque dix-huit heures. Perdu dans mes pensées vagabondes, je sirote un chocolat chaud au Belleville sur mer et j'attends mon homme pour lui offrir des fleurs.


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1Le portique à l'effigie de Saucisse, une œuvre du sculpteur forgeron Ray Lubrano Del Amor

2Saviez-vous que Saucisse, avait fréquenté les plateaux télé et s'était présenté aux élections municipales ? (Papier de Dominique Milherou pour Tourisme Marseille, carte interactive et blog d'exploration)

18 commentaires:

  1. En attendant la Chat-Croquettes ! ^^

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  2. Le monsieur aux lunettes et à la lampe torche ne serait il pas mieux chez lui à lire son Équipe 🤔 il faut être de Marseille pour lire dans la rue quand la nuit chasse le jour 🤭 Kimberley doit très vite mener l'enquête pour retrouver le chien Saucisse.
    Délicieuse petite lecture de ta chronique sucrée-salée en sirotant mon petit café d'après déjeuner. 🙋🏻‍♀️😘

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    1. S'il était resté chez lui, il serait resté au sec mais je n'aurais pas eu la queue du début de ce billet :)
      À propos d'enquête, j'ai modifié un poil le billet : le portique que je pensais disparu a en fait été déplacé vers la nouvelle et seule entrée, l'entrée initiale ayant été condamnée.
      Ravi d'avoir accompagné ton café ^^

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  3. Quel joli billet, merci. Et ce détail, "une lampe torche de poche qu'il a calée en sa mâchoire", il faut l'avoir vu pour y croire.
    Pippo.

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    1. Je l'ai bel et bien vu. C'est ce qui, d'ailleurs, a attisé ma curiosité et l'inspiration qui irrigue parfois ce blog. Merci Pippo pour ta lecture avisée :)

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  4. Marseille est magique à ce qu'on dit de l'autre côté de notre Sud. Mais avec toi, il l'est encore plus!

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    1. Merci Zette-qui-a-repris-le-chemin-des-blogs. Je constate que tu as survécu à ton périple en avion ^^
      La magie est partout, il faut avoir l'oeil ouvert et le bon :-*

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  5. Tous ces petits détails d’un instantané de vie en pleine rue me fait penser à l’univers de jean Pierre Jeunet , le cinéaste....c’est comme un plan dans un film, c’est ton billet précédent qui m’y a fait penser....avec le colis perdu

    Mille bibis

    J’adore appuyer sur le bouton saucisse.

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    1. J'aime beaucoup l'univers de Jean-Pierre Jeunet ! Merciiiiiiii pour l'adorable comparaison.
      Quant au bouton saucisse, via mon infolettre, j'ai voulu changer : en lieu et place de couleur, j'ai écrit saucisse hihihi. Je n'ai pas beaucoup grandi, hein.
      Des bises marseillaises chère Martine :)

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  6. Merci, Laurent, pour ce billet qui, une fois encore, touche à l'essentiel de la vie quotidienne.
    L'utilité du cartable comme pare-choc ne m'était jamais apparue aussi évidente qu'avec ce gamin qui a chu.
    Belle fin de journée et bisous de Bruxelles.
    Ben

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    1. Je ne sais pas raconter autre chose et je vois que ces toutes petites choses trouvent ici une plage où s'échouer et des glaneurs comme toi pour les apprécier. Merci de ta fidélité. Bonne semaine à toi également. Bisous de Marseille.

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  7. Chien moche chaussée déclencher chaussé torche poche mâchoire cheveux éplucher empêcher pare-chocs chute chocolat, ma foi tu filais donc le parfait amour avec le fruit une allitérafion (euh tion, tion !)
    Blague à part, cholie déscripchion 😁😘

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    1. Tu oublies la chauchiche 😁
      Merci ma belle de ta visite <3

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    2. Voyons ! Le nom de ce parc est bien trop extraordinaire pour que quiconconque ne l'écorche !
      (j'aurais aimé utiliser l'imparfait du subjonctif mais la grammaire me l'interdit :/)

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    3. Qui concon que ah ah je te le pique. Écorche ! encore un CH ^^
      La conconcordance des temps t'empêCHent d'écrire "que j'écorchasse" :)

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  8. J'adore ces billets où tu trouves ton inspiration en regardant les gens :-)

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    1. Ça me rappelle quand j'étais parisien et que j'éclusais les terrasses de cafés et faisais de la même manière le plein de matière à écrire. J'aime savoir que les petits riens que je raconte trouvent preneurs ^^ Merci de ta visite :-)

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