Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

Journal tendre d'un confiné

1. Le vieil homme qui promenait son chien avec des gants Mapa verts 2. Cueillir des pâquerettes et fermer boutique 3. Confiné et caféiné 4. Les yeux bleus du gros cochon à la craie 5. Les madeleines de Shajan 6. Bas les masques ! 7. Champagne sur paillasson 8. Véritables préludes flasques pour un chien 9. Fiction, la vraie vie ou le dragon culturiste 10. Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux 11. Petite échappée dérogatoire 12. Avanie et Framboise 13. La cour de ré craie 14. Tendresses radicales 15. Allumer la plante ! 16. La Ballade des Gens heureux 17. Ton thé t'a-t-il ôté ta toux, Tonton ? 18. L'autruche est en RTT 19. Masque Singer 20. Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable 21. Ce sont les petits riens qui font toujours du bien 22. Pour le meilleur et le sou(pire) 23. La vie (confinée) en rose 24. Un peu d'R 25. Navets, cannelés et polenta ! 26. Kiki et les Tic Tac

Le vieil homme qui promenait son chien avec des gants Mapa verts

Un papa et ses deux petits profitent du premier lundi sans école et sans crèche. 

J'avais délaissé ce blog pour pleins de bonnes et de mauvaises raisons. Je n'aurai désormais plus l'excuse du manque de temps ni de matière à écrire. La situation inédite que nous connaissons actuellement devrait me fournir à la fois le temps et la matière. Chacun sa façon d'alimenter un blog. Cela va du journal de bord aux tutoriels, du journal intime aux chroniques littéraires. On peut partager, échanger, interroger. Les blogs qu'on disait moribonds devraient refleurir. Et j'en suis le premier ravi. À charge pour chacun de séparer le bon grain de l'ivraie, les nouvelles des fake news, les bienfaiteurs des fossoyeurs, les goûts et les couleurs.

Journal de bord. J1 avant confinement.

Scène en bas de chez nous. La pharmacienne montre l'exemple.

— Bonjour Messieurs Dames, pour des raisons de sécurité, ce sera une seule personne dans la pharmacie à la fois. Je ne touche pas vos cartes vitales ni vos cartes de mutuelles, vous les présentez simplement en les tenant. C'est pour notre sécurité à toutes et à tous et vous respectez 2 mètres de distance entre chaque personne. Tout devrait bien se passer, merci.

On annonce le confinement pour bientôt. Pour le moment, c'est pour moi un jour de repos presque comme un autre. L'hôtel où j'échange du temps et des sourires contre de l'argent fait encore partie des établissements dont l'ouverture est autorisée. Ma moitié est assignée à résidence pour cause de panne informatique majeure pour laquelle il n'est pas encore réquisitionné.

Sortie prudente jusqu'au pressing à Cinq Avenues, les deux employées munies de gants et de masques nous remettent le colis déposé chez elles. Elles affichent une mine inquiète ; ça n'est que le début de leur journée. Nous croisons un vieil homme qui promène son chien avec des gants Mapa verts.

De retour à la maison, je mets mentalement à jour une liste de choses à faire :
→ Écrire quotidiennement (c'est chose faite avec ce premier billet de blog).
→ Compenser la suppression de l'exercice physique (les déplacements vers et depuis le lieu de travail et les 8 000 pas que nous faisons en moyenne par jour) par des séances de Ring Fit (de la gym via une console de jeux, pour la faire simple).
→ Créer une liste Whatsapp famille pour renouer un lien distendu.
→ Conjurer ma phobie du téléphone et appeler les proches. Régulièrement.

J'absorbe le soleil sur le balcon et je contemple la ville qui se confine ou pas, qui angoisse ou pas contre un ennemi invisible qui chamboule tout. En bas, le jardin de la résidence voisine est en friche, les bancs n'ont pas connu d'humains assis sur leurs planches en bois décrépit depuis belle lurette. En presque trois ans que nous habitons ici, je n'ai pas vu une seule âme assise sur ces bancs. Ce matin c'est un papa et ses deux gamins qui s'y sont posés. Ils ne sont occupés ni à jouer au ballon ni à enfourcher les vélos qui mordent la poussière un peu plus loin. Le papa tient ses petits serrés contre lui. Il se penche et dépose un baiser sur la tête de chacun de ses garçons de 3 et 5 ans, j'imagine.

C'est l'instant de chaleur humaine que je souhaite partager aujourd'hui avec vous.


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Cueillir des pâquerettes et fermer boutique

Prenez soin de vous !

Les pensées et les émotions se bousculent. Je veux les trier, les décortiquer. Mais pas les occulter. Chaque jour suffit sa peine et son lot d'inquiétudes. Écrire que je ne suis pas inquiet serait mentir. Inquiet mais à peu près serein pour mes proches que je sais confinés. Ma mère à la campagne ne reçoit aucune visite. Elle me dit : ne te fais pas de soucis, j'ai mon jardin, j'ai l'oie, mes poules, j'ai de quoi faire dans cette immense maison. Ma sœur occupe ses filles d'une main de maîtresse, agile, bienveillante, pédagogue. Toute la petite famille déguste les navettes marseillaises qu'a préparées Lucie, 13 ans, suite à la recette que j'ai partagée avec elle (recette de JustInCooking). Je mesure la chance qu'elles ont d'avoir de la compagnie, et de la bonne compagnie, quand on pense à toutes les personnes isolées et fragiles, orphelines ou mal accompagnées. Je suis avec émotion les actions spontanées qu'envisagent les bonnes âmes ici et là, partout : proposer de faire des courses et les déposer sur le palier des voisins très âgés et diminués. L'humain d'abord !

D'un point de vue personnel et pragmatique, il faut que j'écrive à la main une première attestation sur l'honneur transmise par les autorités, par SMS, dans la nuit. Au boulot, j'en imprimerai un bon peu. L'hôtel ne figure plus dans les établissements habilités à ouvrir, mais il faut fermer boutique. Peut-être sera-t-il réquisitionné dans les prochaines semaines pour héberger personnel soignant ou malades. S'y préparer. Aider dans les démarches urgentes, répondre aux mails, au téléphone, procéder aux remboursements, faire les sauvegardes informatiques utiles, organiser le suivi à domicile par mon directeur, dire au revoir aux derniers clients, fermer les volets.

Achevant le tour du pâté d'immeubles pour aérer la petite (et lui permettre, peuchère, qu'elle soulage ses besoins), je constate que les pelouses de la résidence ont été fraîchement tondues et me réjouis à l'idée d'avoir cueilli une brassée de pâquerettes hier.

Pas tranquille, comme on dit par ici, je parle à la petite :
— Kimberley, tu te rends compte que j'ai rempli un formulaire pour t'autoriser à faire caca ?


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Confiné et caféiné

Confiné et caféiné. 

Je poursuis l'écriture quotidienne de ce journal de bord. Le périmètre géographique et physique que j'observe se cantonne à un petit kilomètre carré, "dans le cadre de l'accompagnement des besoins naturels du chien" pour citer le Ministre de l'Intérieur. Une sortie le matin. Ma moitié se charge de la sortie le soir.

Il est huit heures trente. La petite Kimberley a fait ce qu'il fallait, elle me ramène en bas de l'immeuble où les clients stoïques font la file devant la pharmacie. Je croise Shajan, notre voisine du 8e. Nous respectons le mètre de distanciation sociale —au fil de la plume, je m'aperçois de la couleur dystopique qu'adoptent bon an mal an nos vies.

— Comment vous remercier pour les attestations ? me demande Shajan.
— Oh, ce n'est rien. Un sourire suffira.

J'étais à l'hôtel hier pour aider mon directeur à fermer boutique, répondre aux mails, faire chauffer le terminal de paiement - avec mes gants - pour les remboursements de toutes les réservations non-annulables déjà encaissées, faire les sauvegardes nécessaires, voir la collègue qui, gantée elle aussi, se gratte l'oeil, et soupirer. Imprimer les fameuses attestations de déplacement dérogatoire. Pour Joëlle et Julia, nos voisines et amies de palier. Pour ma moitié désormais en télétravail, pour Shajan, qui a un jour eu la bonne idée de toquer à notre porte pour nous offrir des pâtisseries maison, alors que nous ne la connaissions ni d'Ève ni d'Adam.

— Vous aimez les cannelés ? me demande-t-elle. J'opine du chef. Elle me répond, un sourire aux coins des yeux :
— Je vous ferai des cannelés. Je les poserai sur votre palier.


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Les yeux bleus du gros cochon à la craie

Journal de bord confiné, J4.

J'ai en poche l'attestation de déplacement dérogatoire datée et signée sur laquelle j'ai coché la case "achats de première nécessité", j'actionne avec le coude le bouton de l'ascenseur, avec la clé le bouton de la porte, je me contorsionne pour tirer avec le pied la porte de l'immeuble et me retrouve à l'air libre. Une coccinelle s'est posée sur le rabattant en toile cirée rouge du caddie qui arbore des fruits stressés qui crient "Poussez pas ! Vous êtes pressés ou quoi ?" L'insecte à pois, le pigeon qui trottine plus loin, les andouilles qui se moquent des consignes officielles, n'ont pas conscience du danger invisible qui bouleverse le monde.

Je traîne dans mon sillage le caddie à roulettes et croise peu de passants. Les grilles du Parc Longchamp sont closes. Le médecin généraliste d'à côté a condamné sa salle d'attente : "il est demandé aux patients de ne pas stationner dans le hall de l'immeuble mais à l'extérieur, sur le trottoir à l'air libre." Il précise qu'il ne dispose pas de masques pour ses patients. Au supermarché, les clients se toisent, se contournent et sursautent quand une toux sèche se fait entendre. À la caisse, une plaque transparente en plexiglas sépare l'employée du client qui peut postillonner à loisir.

De retour à la maison, je m'efforce de contenir les aboiements de la chienne, en vain. Sa joie de vivre inonde la visioconférence que tient mon homme en télétravail avec ses collègues. Je m'éclipse et range en silence les achats de première nécessité ou presque : des chips, des cacahuètes et des bières pour l'apéro de ce soir. Un apéro via webcam entre amis éparpillés, chacun chez soi, à Marseille, à Arcachon, à Biscarosse, pour conjurer nos solitudes, nos inquiétudes, pour lever un verre à l'amitié, penser aux personnels soignants, à tous ceux qui sont en première ligne, aux proches orphelins, aux morts sans cérémonie.

Dans la cour de l'immeuble, une fillette, casquette vissée sur la tête, joue à la corde à sauter. Son petit frère finit de dessiner à la craie une énorme tête de cochon qu'éclairent deux yeux bleus ronds comme des billes.


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Les madeleines de Shajan

Je n'ai jamais mangé d'aussi bonnes madeleines !

SMS de Shajan, notre voisine du 8e qui nous avait si gentiment promis des cannelés (billet) :
Bonjour, vous avez des madeleines bien chaudes derrière la porte.

Dans un sachet, des madeleines et un mot manuscrit (que je publie avec son accord) :
Bonjour à vous,
Nous sommes le 20 mars et nous fêtons le Nouvel an persan. Donc commençons la journée avec quelques madeleines qui viennent tout juste de sortir du four et vous attendent derrière la porte.
Bonne année et bisous à vous deux. Câlin aussi à la petite demoiselle Kimberley.
Nous sommes en 1399, pour info.
Shajan

P.S. la boîte est restée ouverte pour garder le côté croquant.

Une peu plus tard dans la journée, la sonnette de l'entrée retentit. Kimberley joue son rôle d'alarme sur pattes et s'égosille. Shajan se tient à distance, elle nous tend une assiette de cannelés puis regagne son logis. Je l'appelle pour la remercier, lui demander la recette. On tisse pudiquement un lien, on papote.

Je n'ai jamais mangé d'aussi bons cannelés !


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Bas les masques !


Chaque sortie possible est pour moi source d'étonnement. Armé de ma liste de courses manuscrite au dos de mon attestation de déplacement dérogatoire dûment datée et signée, je fais la file devant la supérette du quartier. Les gens se tiennent à distance et se parlent. De la pluie, du beau temps, de leurs inquiétudes surtout. Une dame devant moi me dit qu'elle n'a pas pris l'air depuis une semaine, qu'habituellement elle marche beaucoup, qu'elle n'aime pas le quartier, qu'elle est descendue acheter de la farine et des œufs. Je n'ai heureusement pas le temps d'écouter les salades complotistes que débite le gars derrière moi car c'est mon tour d'entrer dans la supérette.

Face au tapis de caisse où j'étale mes achats, les messages défilent sur un écran d'environ 1 mètre sur 50 centimètres. Ce ne sont pas les promotions en cours, non. Mais les consignes officielles. En majuscules rouges sur fond blanc : MERCI DE RESPECTER 1 MÈTRE DE DISTANCE DE SÉCURITÉ SANITAIRE AVEC NOTRE PERSONNEL.

Derrière un écran de plexiglas, Lilith répond au client qui lui demande comment ça va : — Ça va. I'm still standing. C'est une chanson d'Elton John, précise-t-elle.
À mon tour d'échanger avec elle :
— Ils vous ont donné des masques, c'est bien.
— C'est un client qui nous les a donnés.

Va savoir où ce quidam les a trouvés. Peut-être chez la pharmacienne du quartier de Noailles qui les revendait sous le manteau à l'unité.


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Champagne sur paillasson

Champagne sur paillasson

C'est une escapade que nous avions planifiée de longue date. Voiture louée, budget calculé et partagé, maison de campagne à une petite heure à l'ouest de Valence où Joëlle notre voisine de palier et néanmoins amie avait convié famille et amis pour un week-end de réjouissances. Bien entendu, la crise actuelle a chamboulé nos projets et nous avons tout annulé. Tout annulé sauf l'idée de lui souhaiter un joyeux anniversaire. L'an dernier, nous lui avions remis un paquet cadeau qui contenait des barres chocolatées, vingt-et-un Mars le vingt-et-un mars. Cette année, hier, ce furent des bulles de champagne, une carte et deux ballons, déposés sur son palier.

À l'heure conspirée par Julia, sa fille, mon homme et moi, nous déclenchons la surprise par visioconférence. Chacun chez soi, sur deux canapés que séparent une pièce, notre cuisine, un mur mitoyen, puis leur cuisine, nous levons nos verres à l'anniversée, toute joie sur l'écran de notre tablette, dans notre salon. Nous trinquons à l'amitié, à la vie que nous espérons vite débarrassée de cette saloperie de Covid-19, nous échangeons à propos des petits riens qui animent nos quotidiens confinés, nous nous enquérons des proches éloignés, du télétravail des uns et des autres, des études que Julia poursuit à distance. Nous partageons deux petites heures douces et chaudes comme un feu de cheminée dans la maison de campagne où nous n'avons pas été.


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Véritables préludes flasques pour un chien

Une coccinelle en peluche s'est égarée sur le perron de l'immeuble

La coccinelle en peluche qui s'est égarée sur le perron de l'immeuble n'a rien à voir avec ce qui suit. Enfin, un peu quand même. Car elle a croisé mon chemin tout à l'heure, à la faveur de la courte promenade matinale de la petite Kimberley.

Troisième café de la journée. Dans la pièce qui fait office de bureau ou de chambre d'amis, j'écoute les Avant-dernières Pensées, œuvre pour piano d'Erik Satie en trois mouvements. J'ai pour me tenir compagnie, en vrac, le roman d'Adeline Dieudonné que je dévore, un cahier que je noircis de brouillons, des photos de famille, un flacon de gel hydro-alcoolique, une crème pour les mains, mon homme qui télé-travaille dans le salon, un papillon jaune qui danse sur l'enveloppe remise par Shajan avant-hier. J'ai aussi, en ces temps agités, des questions sans réponses qui jouent aux auto-tamponneuses dans ma tête. Je les balaie d'un revers de main. La radio joue les 52 secondes des "Véritables Préludes flasques (pour un chien) : on joue". Comme un fait exprès, la petite Kimberley pousse la porte, elle s'ennuie, elle veut jouer.

On n'a pas d'enfant à la maison mais c'est tout comme.

— Tu veux jouer ?
— ... (couplet canin exprimant la joie)
— Va chercher Vavache !

Elle galope jusqu'au coffre d'où jaillissent autant de jouets que de semaines dans l'année et s'empare de Vavache. Course poursuite autour de la table basse. Je lui subtilise la peluche et la jette à l'autre bout de l'appartement, elle l'attrape à la volée et trottine jusqu'à moi pour que je ferraille avec elle, la lui arrache, la fasse de nouveau valser.

Elle ignore tout des modalités du télétravail ou du chômage de ses maîtres. Ce qu'elle sait, en revanche, c'est qu'elle nous a à demeure, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

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* Erik Satie a composé un morceau qui est étonnamment de circonstance : Véritables Préludes flasques pour un chien : Seul à la maison. Seul à la maison :)


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Fiction, la vraie vie ou le dragon culturiste



Et hop une petite liste à ma façon de choses faites, lues, vues ou entendues.

- Commencé à écrire à la main les attestations de déplacement dérogatoire qui vont servir à soulager les besoins de la petite Kimberley. 382 mots (sans compter les nom, prénom, adresse, ville, date, heure, signature) pour chaque sortie que multiplie, par exemple, 2 (besoins du matin et du soir), par 7 par 4 semaines restantes de confinement estimé = 21 392 mots. On me chuchote dans l'oreillette qu'il me suffit de recopier uniquement les raisons utiles. Ouf.

- Partagé les âneries du jour via Telegram, Whatsapp, Twitter.

- Contemplé l'arbre de Judée qui offre aux habitants du pâté d'immeubles l'avoisinant un feu d'artifice rose pourpre vif.

- Fini la lecture de La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné, aux éditions L'Iconoclaste. Roman initiatique que je ne suis pas près d'oublier, tant par la terrible histoire qu'il raconte que par la plume acide, drôle, percutante. Fiction. Et je songe à la réalité de toutes ces femmes et ces enfants mal accompagnés, pour qui le confinement est synonyme de peur au ventre, de violences.

- Pratiqué de la poterie en enchaînant des squats (un des nombreux exercices de fitness que propose Ring Fit Adventure de Nintendo).

- Combattu un dragon culturiste, pulvérisé des caisses au canon à air.

- Lu et partagé le billet frappé au coin du bon sens de Zette sur le télétravail.

- Inspiré un peu Élodie dans son billet Confinement, épisode 6, la colère.

- Me suis étonné de l'emploi de "exode rural" par le Secrétaire d'État chargé aux transports à propos des gens qui ont quitté la ville pour se mettre au vert. Une âme charitable peut expliquer à Jean-Baptiste Djebarri qu'exode rural signifie l'inverse ?

- Découvert le mot grelinette. L'Outil, inventé par André Grelin, permet à ma mère de soulever la terre sans effort. Le motoculteur reste pour le moment confiné dans l'abri de jardin.

- Papoté (de loin) avec Joëlle et Joseph, mes épiciers préférés.

- Appris le prénom des caissières de la supérette en bas de l'immeuble : Lilith, Gisèle, Fetta.


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Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux1



Comme le tournesol qui suit, imperturbable, la course du soleil, je me poste côté jardin le matin puis côté rue l'après-midi. Il est dix heures et j'observe, depuis l'ombre, le soleil qui baigne les baies vitrées de l'immeuble en face. 1, 2, 3, 4e étage, une dame sirote son café, elle alterne entre les touches de son clavier d'ordinateur et la cigarette qui patiente sur une soucoupe. Un grillage tendu de gauche à droite et de haut en bas empêche les pigeons d'aller souiller son balcon. C'est du moins, j'imagine, la raison d'être du grillage. Une perruche passe devant elle et ricane. Qui de la dame ou de l'oiseau est en cage pour une fois ?

C'est côté rue que je jauge la file d'attente à la supérette d'en bas, que je contemple le bout de mer qu'il m'est donné de voir, l'Estaque, les viaducs que je devine, un bateau de croisière à quai, en carafe.

À droite de la dame confinée derrière les mailles de son grillage, l'appartement mitoyen a cloisonné son balcon de baies vitrées, une jeune femme y fait un brin de ménage, point de rideau pour cacher sa tenue, un t-shirt ample, une culotte fuschia. À droite encore, le monsieur en robe de chambre chocolat porte à son tour ses lèvres à son café. Ses étendoirs sont vides de linge, pas une plante pas une fantaisie. Il a peut-être réservé sa main verte à la façade côté mer qui m'est cachée, qui sait. Au-dessus de lui, une dame blonde au pull rouge à pois blancs se démanche le cou pour distinguer l'hélicoptère qui vrombit au loin.

Les absents au balcon dorment encore, télé-travaillent, étudient à distance ou s'emploient là où ils doivent, là où ils peuvent.

De mon côté, rue ou jardin, je lis, j'écris, je réfléchis, je joue avec Louise, 9 ans, qui me propose à l'instant et à 600 kilomètres de distance à vol d'oiseau une partie de bataille navale. Touché, coulé.

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1Note : Le titre fait référence à la chanson de Pierre Perret (lien)


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Petite échappée dérogatoire

Le Palais Longchamp, au ras des pissenlits, derrière les grilles. Marseille à 14h18
Je soussigné : Laurent des fraises et de la tendresse
Né le : 22 mai
À : Bergerac (24)
Demeurant à : Marseille
Certifie que mon déplacement est lié au motif suivant (un chouia modifié), autorisé par l’article 3 du décret du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales dérisoires pour faire face à l’épidémie de Covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire et du confinement bricolé à la petite semaine :

[x] Déplacement avoisinant une vingtaine de minutes, conjuguant courses alimentaires et détour par le Palais Longchamp à 450 mètres du domicile pour me ravitailler de belles choses, d'architecture et de fleurs de pissenlits.

Je déclare sur l'honneur m'être tenu à bonne distance du chihuahua promenant son maître le long du parc Chien Saucisse ainsi que de l'homme dévalant sur sa planche à roulettes le boulevard Montricher.

Fait à : Marseille, le vendredi 27 mars 2020 à 14h30
Laurent des fraises et de la tendresse

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Merci Élodie pour l'inspiration.


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Avanie et Framboise


Les parents télé-travaillent. Leurs filles, Alice, Lucie et Louise télé-apprennent. Pour ma part, je télé-joue. À touché-coulé jeudi avec Louise. Au baccalauréat avec Louise et Lucie, vendredi. Je dirige au hasard la pointe de mes ciseaux (pas l'ustensile le plus adéquat mais celui qui est à portée de main) sur des lettres dans mon Petit Robert et j'énonce A de Avanie et F de Framboise* pour ne pas confondre avec le "S de Sophie" et déclenche les rires de mes nièces qui trouvent à chacune des lettres de l'alphabet dictée l'exemple qu'elles écrivent scrupuleusement dans la colonne des prénoms, des fruits ou des légumes. Et sans rapport avec la choucroute, je récolte 10 centimes à chaque fois que j'entends le tic de langage "du coup". C'est le début de la fortune.

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* Chanson de Boby Lapointe : Avanie et Framboise.


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La cour de ré craie



Je ne me lasse pas d'observer mes voisins confinés côté rue. Ou côté jardin. À main gauche, l'immeuble mitoyen qui a vue sur l'espace vert en jachère où se disputent trois bancs esseulés. Au quatrième étage, une dame brune, élancée, qui s'époumone sur son petit balcon. Sur une table en teck à sa droite trônent de jolies primevères rouge sombre ainsi qu'un aérosol dégrippant. Le rameur sur lequel elle s'escrime ne couine plus. Les bras de son appareil vont et viennent. La sportive du dimanche scrute le jardin à ses pieds, le paysage ne défile pas. Dans son dos, sur l'étendoir blanc, trois masques chirurgicaux font une pause au soleil.

Les cloches de l'église des Chartreux sonnent 11 heures.

Un enchevêtrement d'immeubles aveuglés par le soleil. En arrière des Calanques, le Massif de Saint-Cyr qui borde Marseille, ouaté de pollution mêlée de remontées maritimes. Oiseau métallique de mauvais augure, un hélicoptère jaune se pose sur l'Hôpital de la Timone.

Les pies sautillent sur le gravier du toit de la bâtisse en face.

Sous les pins parasol, en bas, une fillette, poupée sous le bras, grimpe la murette qui sépare la promenade bétonnée des pelouses habituellement interdites. Ni elle ni sa maman ne savent qu'elle tutoie de ses pieds le carré d'herbe où la mouette dépeçait hier un pigeon malade. Telle une funambule, sa sœur aînée chemine à pas comptés le long du trait à la craie bleu que d'autres enfants ont tracé. Tout au bout du trait bleu, on a dessiné un citron, une orange, une pastèque, un cœur.

C'est un dimanche matin pas tout à fait comme les autres.


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Tendresses radicales

dans ma rue...

On n'a décidément pas le cul sorti des ronces, me dis-je en croisant deux gars qui se saluent en entrechoquant leurs poings. Les sujets prompts à désespérer du genre humain ne manquent pas. Qu'on lise ici ou là à propos de la pandémie de bêtise ou de criminalité —qu'elle soit le fait de cornichons vendant sur internet des respirateurs volés à la collectivité ou de cols blancs profitant de la misère ou encore de communicants irresponsables (coucou Sibeth), je me pique* aux maigres bonnes nouvelles, je me confine dans la simplicité des petites choses. Je plonge dans la contemplation des bourgeons et des gourmands que produit le lilas rapporté du jardin de mes parents en Charente et qui n'a, depuis trois ans, toujours pas fleuri. En indécrottable optimiste, je garde espoir. Comme je nourris l'espoir de l'éclosion de ces tendresses radicales que j'ai photographiées ce matin dans la limite du kilomètre autorisé.

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* Écoutons Le tango stupéfiant par Marie Dubas

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Allumer la plante !


Mon humeur confinée n'a pas grand chose à écrire aujourd'hui mais je tiens peu ou prou le rythme que je me suis imposé. Comme certains s'efforcent de maintenir une routine quotidienne, je fais ma gymnastique ordinaire, je conjugue des idées, des choses vues, lues ou entendues. Je réfléchis aussi au jeu* que je vais proposer à mes nièces demain par le truchement des caméras de nos tablettes respectives. Je mesure d'ailleurs la chance que nous avons d'avoir la fibre quand tant de gens sont soit en zones blanches soit carrément coupés d'internet.

Transition toute trouvée pour mon court billet du jour.

J'ai épousé un informaticien. D'une patience d'ange, il cherche, il farfouille, il compare, il dépanne (c'est son métier). Démonter un ordinateur ne l'effraie pas. Il y cherche l'ivresse des sommets et se grise de trouver l'astuce qui fera croire à Windows que blanc c'est bleu ou que Mac c'est PC. Joueur, il a programmé des commandes vocales pour allumer lumières et appareils. Des guirlandes de leds derrière le canapé, Ambilight par ici, d'autres loupiotes par là, dans une plante ou autour d'une tringle à rideaux. Ça n'est pas Las Vegas mais c'est Noël tous les jours, et en ces temps confinés, un peu de douceur de vivre ne nuit pas. Et je m'amuse de l'entendre parfois demander : « Ok. Google, allume la plante ».

Enfin, je ne résiste pas à l'envie de vous rappeler le dépannage téléphonique qu'il m'avait raconté :
« Madame, pourriez-vous faire une photo de votre bureau et me l'envoyer ? » Elle lui fait parvenir une photo du bureau (Ikea ou Lenovo) où posent, tout sourire, les deux collègues de la dame.

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* Je vais leur demander de livrer face caméra et à l'heure dite 20 objets d'une couleur donnée et 20 autres objets commençant par une lettre dite. Elles s'aideront de leurs téléphones pour photographier les articles qu'elles ne pourront pas déplacer. En un temps chronométré.


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La Ballade des Gens heureux

Le promeneur sur le Pont des Arts - Sempé
Confiné et chômeur, je navigue entre banalité confondante et voyages intérieurs, en silence ou avec FIP ou France Musique. J'ouvre Sempé, 100 dessins pour la liberté de la presse paru en juin 2019, j'admire ses dessins de foules ou de solitudes, ses personnages à bicyclette ou cet homme qui promène son chien sur le Pont des Arts. J'aime l'élégance, la mélancolie, l'innocence dans les dessins de Sempé.

Jetant un regard rêveur sur ce promeneur solitaire, mains dans les poches, je me suis souvenu de ce texte écrit un jour de marché, rue Daguerre, à Paris — la ville doit être bien singulière ces temps-ci.

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Les ravioles à trottinette sur un air d’orgue de Barbarie À la Maison de la Pâte rue Daguerre, les ravioles enfarinées contemplent la file de clients. La baguette droite comme un i s’est vue grignoter le quignon par un couple endimanché. Dépassant du sac à dos du badaud, la botte de poireaux prend l’air de midi trente. La trottinette verte emporte la fillette aux collants mauves ornés de papillons. Une jeune femme se dandine une banane à la main. Tirant sur sa laisse bleue, le bouledogue français promène son maître. Et les dames à l’orgue de Barbarie chantent La Ballade des Gens heureux*.

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* La Ballade des Gens heureux, chanson composée et interprétée par Gérard Lenorman, sur des paroles de Pierre Delanoë (1975)


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Ton thé t'a-t-il ôté ta toux, Tonton ?


Le titre n'a rien à voir avec le billet. Quoique. Sans chercher bien loin, je joue dans le titre (comme les chèvres jouent dans le gif) et dans ce qui suit.

Le confinement ne me tape pas encore sur le système. Les bruits de marteau dehors depuis vingt minutes, si. Je ferme donc la fenêtre et me concentre sur le jeu que j'ai proposé à mes nièces Louise et Lucie. Alice, l'aînée, a passé l'âge mais pas moi. Emoji clin d'œil. Attendant l'heure de fin de cours de maths que Lucie suit en visioconférence, je découpe des bouts de papier. J'y inscris des lettres de l'alphabet, des couleurs, ou des durées. 5 minutes, 10, 15, 20, 25, ou 30 pour trouver dans la maison 10 objets de la couleur qui sera tirée au sort et 10 objets commençant par la lettre qui sera désignée. C'est le ticket 5 minutes que le hasard donne aujourd'hui au jeu d'intérieur. D comme Diplodocus et Rouge comme la fraise gariguette. C'est parti mon kiki. J'imagine la course dans la maison à 600 kilomètres à vol d'oiseau. Et les rires d'excitation quand l'une ou l'autre prend en photo l'élément du canapé ou les chaussettes, rouges, ou tout ce qui commençait par la lettre D, déo, douche, dentifrice ou doudou. Et les dents de Louise que je reçois en photo sur Whatsapp. Emoji larmes de rire au coin des yeux.

Et vous ? Vous jouez à quoi ?
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Ton thé t'a-t-il ôté ta toux (chanson interprétée par Jean Constantin)


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L'autruche est en RTT

Confiné. Je fais l'autruche. 
Le gouvernement nous prépare pour lundi une attestation à télécharger, une procédure qui générera un QR code contenant on ne sait quoi encore comme données personnelles. Et une liberté individuelle rabotée de plus, une. Moi qui ne voulais pas parler politique ici, c'est raté. Tout est politique, et plus encore en ce moment. Tandis que nombre d'andouilles se lavent les mains (métaphoriquement) des consignes essentielles, j'horodate et je signe le papier qui m'autorise à faire le tour du pâté d'immeubles à la petite Kimberley, bientôt 13 ans.

À mesure que j'avance, elle renifle les traces de ses congénères et je hume l'air frais du matin.

J'absorbe le soleil au coin de la rue. Des gens ont accroché des calicots de couleurs où ils ont écrit au marqueur « merci à nos soignants ». D'autres ont fixé à leur balcon une pancarte : « Nous ne reviendrons pas à la normalité car la normalité, c'est le problème ». Une dame que je ne connais pas me fait coucou de la main. La petite me promène jusqu'au bout de l'impasse, une entrée du parc réservée aux personnels des espaces verts.

Je franchis en pensée les grilles qui en empêchent l'accès jusqu'à nouvel ordre. La nature domestiquée ne croise aucun humain depuis presque trois semaines. Les oiseaux pépient et se répondent. Personne pour les déranger, personne pour faire tourner le manège qui trône sans joie à l'entrée. À la buvette à côté, les chaises sont vides, la cahute a baissé son rideau de fer. C'est une extension du Parc Longchamp qui a longtemps abrité un zoo. Des répliques en fibre de verre aux couleurs tape-à-l'œil ont remplacé les animaux sauvages. Derrière les barreaux d'une des ménageries, on a depuis longtemps volé la fausse autruche qui s'y trouvait. Au-dessus, un message sibyllin en majuscules sombres barre le mur de la cage abandonnée : « L'autruche est en RTT, revenez plus tard !»

C'est entendu, je reviens plus tard.


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Masque Singer


Un coup c'est blanc, un coup c'est noir, un coup c'est oui, non, faites pas ci, faites pas ça, faites ce que je dis mais pas ce que je fais, oui mais non, et en même temps, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu.

En bon citoyen, j'accorde parfois un poil de grenouille* de crédit à nos gouvernants sauf Castaner, Blanquer, Darmanin, Le Maire et quelques dizaines d'autres, je me dis qu'en effet les masques faits maison ne sont pas utiles, je me moque gentiment de toutes les petites mains qui s'affairent à coudre à la maison, pour la collectivité. Elles fournissent gratuitement les bonnes âmes en patrons, en tutoriels. Elles ne passent pas leurs journées derrière leurs écrans à chouiner, elles agissent. Alors je me renseigne, je revois ma copie, j'entends d'autres sons de cloches dignes d'être entendus. Urgentistes, soignants, médecins, des gens sérieux expliquent pourquoi ces masques en tissus (avec filtre amovible) ne sont pas inutiles.

Toutes les injonctions contradictoires, les revirements, les "je réévalue notre doctrine" du Ministre de la santé aujourd'hui, les discussions prématurées et irresponsables autour de la fin du confinement, créent défiance et hésitations. Et génèrent à la maison, hier soir, une situation assez lunaire. Où trouver ces masques en rupture partout ? Comment s'équiper lorsqu'il va falloir retourner au travail ? Combien en faut-il ? Et pourquoi pas les coudre nous-mêmes ?

Telles deux poules devant un timbre poste, nous admirons la dextérité d'une couturière face caméra, nous envisageons de reproduire les étapes, les gestes précis. Nous nous égarons dans les tutoriels, nous commentons : « j'aime bien celle-ci, elle a une voix douce », « je peux les coudre à la main, non ? », « elle a l'air bien sa machine » et j'en passe des vertes et des « mais ça va pas bien la tête ? » Comme réveillés d'un mauvais rêve, nous nous ressaisissons, fermons toutes les fenêtres qui nous vantaient des machines à coudre performantes et pas chères et retournons à nos moutons, à notre confinement, à la petite Kimberley qui se voyait déjà dans son joli manteau mi-saison cousu avec mérite par ses deux papas.

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* un peu, point trop n'en faut !


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Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable

Je paraphrase Martin Winckler : tout ce que fait Clémentine Mélois me met en joie. 

Aujourd'hui, j'emprunte le Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable de la plasticienne Clémentine Mélois dont je suis le travail décalé et délicieusement érudit (ses couvertures d'œuvres littéraires à sa façon sont une source inépuisable d'émerveillement et de sourires). Je vous propose donc ce bon pour réflexion et pour illustrer le billet superficiel et léger qui suit.

Comme presque 7 millions de salariés, je perçois 85% de mon salaire pour rester à la maison, indéfiniment. Tant que l'argent magique (qui n'existait pas) continuera de couler à flots. Pourvu que ça dure (ou pas). Je suis payé pour :

- Contempler chaque jour ce bout de mer Méditerranée qu'il m'est donné d'apercevoir au loin
- Écrire à la craie des messages sur mon ardoise d'écolier
- Participer aux brèves de bistro entre copains sur Twitter
- Arroser le camélia
- Me couper les ongles en épiant une procession de fourmis
- Pousser les portes de la Comédie-Française depuis mon canapé
- Prendre des nouvelles des 4 rangs de petits pois semés par ma mère
- Lire Le 1 en long, en large et en travers
- Jeter Vavache pour distraire Kimberley
- Construire des châteaux en Espagne
- Rester informé mais pas dupe
- Scruter la cime des pins parasols
- Observer mes voisins en cage
- Nettoyer les plinthes de l'appartement en compagnie d'Alain Souchon
- Ne pas faire de jogging même si j'en ai la brusque lubie
- Lire, apprendre, réfléchir, me cultiver ou me tourner les pouces
- Écouter la minute confinée quotidienne de Pascale Clark
- Jouer à Pictionary avec mes nièces et rire de mes dessins aussi tartes que loupés
- Penser aux soignants, aux aidants, aux précaires, à ceux qui font tourner le pays bon an mal an, aux sans-logis, aux mal-accompagnés, aux anciens, confinés dans leurs chambres comme punis sans dessert d'avoir trop longtemps vécu

Et toujours la main gauche malicieuse de Clémentine Mélois. 
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* Ses images sont des gestes barrières contre l’angoisse (article du Nouvel Obs)
* Suivre Clémentine Mélois sur Instagram, Facebook, Twitter


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Ce sont les petits riens qui font toujours du bien


Quand je me pique d'écrire à mes abonnés, je sors ma boîte à outils (sendinblue) et j'improvise une infolettre. Elle n'est ni automatique, ni régulière. Je l'adresse aux quelques 200 confinés qui ont renseigné leur adresse électronique dans le formulaire "s'abonner" puis validé la procédure en bonne et due forme (en bonnet difforme, comme je l'ai lu un jour sur un forum). Au fil du temps aujourd'hui élastique, des messages, des échanges, des questions, des remerciements. Pas encore de troll, dieu merci, mais je saurai leur dire d'aller voir ailleurs si j'y suis et d'y rester. J'ai récemment interrogé ces 200 lecteurs. En ces temps inquiets, quel est votre petit bonheur ou réconfort quotidien ?

Voici six réponses que j'ai choisi de publier :

Je suis confinée seule chez moi à Bordeaux centre, près de la place de la Victoire. Une des choses que j'aime en ce temps particulier est : réfléchir au menu du jour en fonction de ce dont je dispose, de mes envies, préparer le repas et, pour finir, me régaler.  — Chantal

Mes petits bonheurs du jour : Lire ton billet ;) Dîner avec mes garçons (19 et 22 ans) + leurs deux amis (18 et 22 ans) et je leur demande de me raconter leur journée. On parle lecture, jeux videos, bêtises vues sur les réseaux sociaux, et j’essaie de les motiver à faire du sport dans le jardin ! — Marie-Hélène

J'habite au centre ville un appart avec une petite terrasse qui donne sur des jardins. Chaque matin au lever, j'ouvre la porte-fenêtre et j'écoute le chant des oiseaux dans les haies et les arbres. Il y a des moineaux, des merles, des mésanges, des pinsons, des rouge-gorges.
— Ben

Ce qui me fait plaisir chaque soir, c'est ce moment de vie à 20h sur les balcons pour applaudir, taper sur des casseroles, crier bravo à tous ceux, soignants et travailleurs en première ligne. Je vis ce moment également comme une façon entre voisins de se dire « on est là, toujours vivant ». Il y a aussi l'écriture, le yoga, les Skypéros ;)
— Laure

J'aime quand la chienne chahute dans sa cabane parce qu'elle est contente.
— Laurent

Avoir mon appart tout propre, un peu comme si je prenais ma revanche sur le virus que je ne peux contrôler. Je contrôle la propreté de ma maison. C'est un peu idiot comme réconfort, mais c'est la réalité. Ce qui me fait du bien, ce sont les concerts de M en live sur Instagram tous les jeudis. J'oublie pendant 1h ce qui me tracasse et je chante à pleins poumons !
— Fanny

Et comme le chantait Pauline Ester,
« Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Qui font toujours du bien 
Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Sans lesquels on est rien ». 

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* Les petits riens (paroles : Pauline Ester - musique : Frédéric Loizeau), extrait de l'album Le monde est fou (1990). À moins de détenir physiquement l'album, vous ne pourrez écouter en ligne la chanson mentionnée dans le billet. Je vous propose néanmoins d'écouter Il fait chaud, chanson pour laquelle j'ai une tendresse.




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Pour le meilleur et le sou(pire)


Je m'étais déjà penché sur la gymnastique mentale qui m'oblige à ne pas m'attarder sur les raisons, minuscules ou pas, qui font que le monde ne tourne pas rond, ou plutôt à remplacer chaque bouffée négative, chaque nom d'oiseau ravalé, par une pensée positive, poétique, bienveillante. La triste période que nous traversons ne donne pas à voir le meilleur en l'humain et c'est un doux euphémisme. Me courent sur le haricot, les éditocrates confits d'arrogance qui disent ce qu'il faut penser, ce qu'il faut faire sans s'être mis deux minutes dans la peau des gens qu'ils jugent ou conseillent. Me hérissent le poil, les ministres, les apôtres du capitalisme, les conseillers, autant de poulets sans tête qui continuent de galoper dans la basse-cour, de radoter des éléments de langage, des doctrines absurdes. Pauvre quidam obéissant, je renseigne scrupuleusement mes attestations de sortie dérogatoire pour satisfaire les besoins naturels de la petite, matin et soir ; je respecte scrupuleusement le confinement, je ferme les yeux sur la vingtaine de promeneurs que je croise en cinq minutes un lundi après-midi de Pâques, sur leurs raisons probablement fondées, qu'en sais-je ; sur les rues environnantes jonchées de déchets, de déjections canines, de canapé défoncé, de frigo disloqué. Je me dis que non je n'ai pas entendu ce gars qui se vantait au téléphone d'un apéro clandestin chez ses potes, je ne dis rien à l'ami qui a bravé l'interdit pour faire du tourisme, je soupire, je ne veux pas entendre ses arguments en carton. Les raisons de s'agacer, de désespérer, sont multiples. Celles d'être optimistes ne se sont pourtant pas évaporées. À ce tableau peu ragoûtant et incomplet, il manque, c'est certain, toutes les bonnes actions, les solidarités qui ne font pas de bruit, les actes civiques qui ne se voient pas, l'altruisme sans fanfare.

À ma philosophie positive bricolée à la petite semaine, il manque les coquelicots que j'ai pris tout à l'heure en photo, alerté par l'incongruité des fleurs parmi les détritus, et que la petite Kimberley a reniflés, attirée par l'odeur laissée par un de ses collègues à quatre pattes.


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La vie (confinée) en rose

Je le porterai à l'hôtel avec une cravate verte

La gentille voisine, Shajan, qui nous avait offert des cannelés et des madeleines maison, a cousu pour ses enfants, des amis, ses voisins, des masques en tissus mais aux normes Afnor, suivant scrupuleusement les patrons proposés par quelque site expert en la matière. Nous n'attendrons pas que les autorités nous fournissent en "masque grand public" pour répandre nos probables miasmes et braver le risque dans les transports en commun ou au supermarché. Ma moitié télétravaille du lundi au vendredi, je chôme partiellement du lundi au lundi, je lis, j'écris, je tourne en rond, je sors la petite, les poubelles et de moi-même. Je continue d'observer mes pairs, le voisin du quatrième qui déambule le matin de 8h à 9h, parcourt le labyrinthe que dessinent les plates-bandes, va et vient, imperturbable tel le hamster dans sa roue, bute contre la murette en fin de course, croise la voisine du troisième qui agite ses bâtons de marche, clic-clic clic-clic sur le bitume, clic-clic clic-clic en écho dans le virage, clic-clic clic-clic rien ne l'arrête. Elle songe aux livres qu'elle a sortis des cartons pour les mettre à disposition du voisinage sur les boîtes aux lettres dans l'entrée. Je sais que c'est elle, la dame du sixième me l'a dit. L'affiche qu'elle a placardée propose de tuer le temps long en prenant un roman sentimental pour chez soi. Quelqu'un y a posé son commentaire "super idée" assorti d'un cœur. Quelqu'un d'autre s'est piqué de dessiner un cercle à la craie rose autour des déjections canines au pied de l'immeuble. Un coup de craie vengeur mais rose, accompagné d'un point d'interrogation, inquisiteur mais rose.


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Un peu d'R


Un temps de Parisien enveloppe Marseille d'une ouate épaisse et grise. Ça change des 300 jours d'ensoleillement par an dont on se vante par ici. Il faut arroser le peu d'espaces verts que compte la ville, tremper le massif des Calanques qui respire un peu, sans humains, doucher l'empressement des promeneurs, remiser temporairement shorts et sandales. Mes deux voisines de l'immeuble d'à côté, au troisième, côté rue, côté soleil habituellement, n'exposent plus leurs rondeurs constellées de tatouages. Devant la supérette en bas de chez nous, on fait crisser sur le bitume détrempé ses claquettes-chaussettes, on ne s'embarrasse pas d'élégance, on s'emmitoufle dans sa couverture ornée de Mickeys, on tire sur sa laisse, on attend sa maîtresse, on picore des miettes de pain, on esquive les coups de pieds, on bat des ailes. La petite m'emmène dans l'impasse, elle aboie après le chat qui nous observe, imperturbable. Pendant qu'elle cherche l'inspiration, j'aperçois un bout de câble enroulé autour d'une ligne électrique, j'y vois un R majuscule auquel je peux accrocher les restes des mots ribambelle, ravigotant, remue-méninges, retrouvailles, rigolo, roudoudou. Ou rêver.


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Navets, cannelés et polenta !

L'ombre du R qui illustre le billet précédent
Dimanche. 14h et des poussières de pollen. C'est un jour presque comme un autre. Accoudé au balcon côté jardin, je poursuis l'observation paresseuse de mes voisins. Assise sur un coin de murette, une mère a posé une ribambelle de sacs, des bouteilles, un gros camion jaune en plastique et un tube de bulles de savon dans lequel elle puise de quoi émerveiller le plus petit de ses enfants. Sur l'immense terrasse en béton de l'immeuble d'à côté, une table de ping-pong résonne du silence des balles qui n'ont pas heurté sa surface depuis belle lurette.
En attendant la fin du confinement pour jouer avec ses invités éparpillés, la jeune locataire se dore la pilule sur une serviette de plage rose ornée de flamants jaunes.

41 jours de confinement, 4 romans dont 2 coups de poing (La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné, Né d'aucune femme de Franck Bouysse), une multitude de films et de séries (Unorthodox, À Couteaux tirés, This is us, Deux moi, Tales from the Loop) et beaucoup de navets (Mon inconnue, Mon chien stupide, The Dead Don't Die duquel je sauve les apparitions de Iggy Pop « Café ! » ou de Carol Kane « Chardonnay ! »). 41 jours que j'ai regardés passer comme la vache regarde défiler les trains, stoïque. Je n'ai vu du pays que dans mes lectures et les films que j'ai vus. Je me suis souvent frappé le front d'effarement devant la pandémie de bêtise, qu'elle soit le fait de puissants ou de badauds. J'ai préféré me noyer dans l'admiration béate de mon homme qui agrémente ou invente des recettes, muffins salés de polenta aux olives et au thon ou cannelés à la feta. Qui replante les barbes de poireaux pour en faire de nouveaux. Qui bouture à foison. Qui dépanne en douze minutes et à distance une collègue quand une équipe de techniciens met deux heures pour échouer.

De mon côté, je fais les courses, je sors les poubelles, j'écris « entrez bonne compagnie » aux craies de couleur sur une ardoise, je jette Vavache à Kimberley et je baye aux corneilles.


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Kiki et les Tic Tac


49 secondes de campagne

C'est un instant de campagne que je partage aujourd'hui avec vous (vidéo ci-dessus). Un grillon que ma sœur Sophie a enregistré chez ma mère. Quarante-neuf secondes qui me sortent du confinement et m'emportent en enfance. Quand, chaussé de mes bottes en plastique vert caca d'oie, j'arpentais les fossés humides en quête de faune et de flore, de têtards à mettre en bocal. Des amphibiens qui échappaient fatalement à mon observation — on ne m'appelait pas Laurent-la-lune pour rien —, qui devenaient crapauds hors du bocal, à la fraîche sous les plants de haricots verts et de pieds de tomates plantés par mon père.

Le parfum des feuilles de tomates ou le chant du grillon sont mes madeleines de Proust.

Au-delà de la ferme où l'on se ravitaillait en lait frais, une route interdite que je traversais malgré tout. De l'autre côté, mon Far West, un sous-bois, un tunnel qui serpentait sous le village, une maison abandonnée où je cherchais des trésors, et une petite route qui descendait à pic et longeait la Dordogne. Sur le bas-côté, je coupais à pleines mains de belles brassées d'herbe pour nourrir mon cochon d'Inde Kiki.

Je me revois offrir à ma voisine des Tic Tac au chocolat. J'avais fourré les crottes de Kiki dans une boîte de Tic Tac vide. Oh l'expression sur le visage de ma voisine ! Perplexe. Puis furieuse quand je lui ai avoué mon forfait.

C'est fou ce que le chant d'un grillon et le confinement peuvent produire comme souvenirs : un cochon d'Inde et des bonbecs aussi saugrenus qu'immangeables.


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Note : L'émission du chant est réalisée en soulevant obliquement les deux élytres. L'élytre droit, qui porte sur sa face inférieure la râpe stridulante ou archet (alignement de dents lamellaires), recouvre toujours l'élytre gauche pour frotter son grattoir ou chanterelle. Deux zones membraneuses, la harpe et le miroir, amplifient les sons émis. Le grillon est ainsi droitier, à l'inverse de la sauterelle. Les grillons désensibilisent leur système auditif pour ne pas être assourdis par leur propre chant.
(Source : Wikipédia)

6 commentaires:

  1. Je suis déçue d'avoir perdu du coup .Louise

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    1. Ça n'est que partie remise. Du coup, il nous reste à terminer les 2 manches du baccalauréat :) Tonton Lolo.

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  2. Merci pour ces petits billets gourmands pour notre cerveau confiné :) Nous jouons au pictionary et au petit bac comme vous.

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    1. Suis ravi de pouvoir donner un peu à sourire en cette période sombre. S'agissant de jeux, je réfléchis à d'autres jeux sympas faisables en visio. Merci de votre visite.

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  3. Coucou, je viens de me faire une petite demie heure de lecture sur tes posts de confinement.. Quel plaisir de découvrir un peu de votre vie👍 J'ai aimé imaginer la course de Kimberley quand tu lui lances Vavache, j'ai eu envie de douceurs sucrées en imaginant les madeleines et les cannelés de votre gentille voisine.. Les galopades de tes nièces cherchant les objets de la couleur que tu as choisie.. Tu as vraiment un ton particulier qui nous fait entrer de plein pieds dans tes écrits. Un peu de votre vie marseillaise entre chez moi. J'aime beaucoup. Ici aujourd'hui c'est indolence au programme 😉 j'ai coupé, cousu des masques pour famille et amis (es) ce vendredi je bade, feuillette les journaux, range, mais à petits pas comptés.. Ça fait du bien de passer une journée à faire presque rien.. 😂😂 Je vous souhaite à tous les 3 un très bon week-end.
    Prenez soin de vous 😘

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    1. Je suis ravi que le récit de mes petits riens t’ait accompagnée une petite demi-heure. J’aimerais pouvoir ajouter à mes modestes voyages un peu de la mer et des Calanques qui sont à portée de pas et pourtant trop loin pour un déplacement dérogatoire. À mon tour de te souhaiter un doux week-end.

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