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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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samedi

Tom et Louise ne demandent pas la lune

 


Tandis que les hurlants balancent détritus et injures à la face des voisins, malmènent enfants et animal de compagnie bien mal tombés, Tom et Louise tendent le bras pour cueillir l'humanité recroquevillée dans une cité toulousaine, un bavardage avec "la mamie de l'angle", une branche de mimosa, une prune, une promenade canine ou tout simplement, ce faisant, l'espoir d'un quotidien apaisé.

 

Tom et Louise et les hurlants de la rue Edmond Rostand, de Michelle Brun. Grégoire Delacourt en parle mieux que moi 👉 ici 

Pour commander le tome 1, 2 ou 3 ou les 3 : 📧

 

jeudi

Si Sarah Jessica l'a lu


Les bandeaux font-ils vendre ? En tout cas, ils ne lassent pas de m'étonner. S'agissant de l'ouvrage de Sally Rooney, je prends le bandeau bouton d'or au mot : si Sarah Jessica Parker l'a lu en une journée, je peux le faire. Je n'ai pas lu de romans depuis l'été dernier, je n'arrive pas à me concentrer. Tel le papillon de lumière de Cindy Sanders, mon esprit est souvent accaparé par des pensées qui n'ont aucun rapport avec ce que je lis. Le papillon va se heurter à un mot, une phrase, une idée, l'action d'un personnage. Tout peut m'expulser dans un vortex, un tourbillon dont je peine à m'extirper. Exemple, imaginons une scène de roman qui se déroule en Islande, au hasard. L'autrice Bidule déploie avec talent un décor sombre et enveloppant. Et brusquement : OH, je rêverais de voyager en Islande ! Et pof, je ne suis plus dans le roman. Je m'interroge déjà : dans quelles circonstances, quand, quoi, comment pourrais-je arpenter le pays de Bjork ? En quelle saison, en voiture de location ou à dos d'âne, que sais-je.

Mais revenons à nos moutons... irlandais, pour le coup. Car Sally Rooney est irlandaise.

Si Sarah a lu Conversations entre amis en une journée, point d'exclamation, c'est aussi peut-être parce qu'elle n'avait pas d'autres chats à fouetter ou de corvées parce qu'elle a le personnel pour s'en charger à sa place. Elle lit beaucoup, si l'on en croit ses publications sur son compte Instagram. Elle le fait savoir et elle a bien raison. La littérature a besoin de tous les talents, de poètes comme de têtes de gondole ou d'influenceuses.

Perdu dans l'océan de livres que propose la librairie centenaire Maupetit, je stoppe net devant le dernier Paul Auster sorti en poche chez Babel. Ça fait mille ans que je n'ai pas lu l'auteur de la Trilogie new-yorkaise, Léviathan ou Moon Palace. Je suis tiraillé entre l'envie de me replonger dans l'univers de l'auteur et l'effroi face au nombre de pages, 1200. La libraire a pourtant glissé sous un trombonne un petit cœur rouge sombre sur lequel est écrit Génial ! L'invite est trop laconique à mon goût. J'ai envie de dire : développez, argumentez...

Pour revenir et conclure avec Sarah Jessica, elle n'était pas très loquace non plus. Parce que je suis têtu (tordu ?), j'ai retrouvé la source du bandeau, la verve originelle (non non, n'essayez pas de trouver une contrepéterie), un avis en 3 lignes posté à ses 8,6 millions de followers :

This book. Ce livre.

I read it in one day. Je l'ai lu en un jour.

I hear I'm not alone. Je comprends que je ne suis pas seule.

X, sj

Posté il y a 250 semaines. Bon, j'ai un peu de retard. Hop, je m'y mets.  

 

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🛒 Mon choix s'est porté sur des œuvres plus légères (en poids et en pages) que le roman de Paul Auster. Dans mon panier, des livres format poche, Conversations entre amis et Normal People de Sally Rooney, La maison de mes pères de Jørn Riel, Bon rétablissement de Marie-Sabine Roger (j'avais beaucoup aimé ses Bracassées) et enfin Tant que le café est encore chaud de Toshikazu Kawaguchi pour lequel la libraire-caissière de chez Maupetit m'a convaincu en me gratifiant d'un sourire et d'un pouce en l'air, signe d'approbation : 👍🏻

Vous avez lu (en un jour, dix jours ou plusieurs semaines) et aimé un de ces romans ? 


vendredi

Ervé dans Marianne

Cliquez sur l'image pour lire l'article

 

Je n'ai pas écrit de billet pour le livre d'Ervé qui a l'amitié de lire ce blog. Je me rattrape en partageant l'excellent papier d'Ève Charrin dans Marianne et vous conseille chaudement l'achat de Écritures carnassières, éd. Maurice Nadeau. La plume d'Ervé est acérée, sans concession, poétique, bouleversante, nécessaire.

dimanche

Coups de casque

 

Je ne lis généralement pas les livres politiques, qu'ils soient sous la forme d'essai, de confession ou de panégyrique. Armé de mon indéfectible curiosité, je me suis pourtant jeté dans la lecture de l'ouvrage de l'ami Boris Faure. Ce livre en deux parties est à la fois un témoignage honnête et détaillé de son engagement en politique, de l'agression* dont il a été victime et qui l'a plongé dans le coma, une thérapie par l'écrit qu'il maîtrise avec bonhomie, pas mal d'humour et beaucoup d'érudition. C'est aussi un profond questionnement sur la brutalité décomplexée en politique. Dans la deuxième partie de son ouvrage, il convoque des personnalités du champ politique qu'il a côtoyées, qu'il interroge sur des sujets comme l'extrême-droite, les violences faites aux femmes, le communautarisme, l'éducation, etc. 

Ce préambule pour donner une seconde vie au fil (thread) très personnel, ludique autour de ma lecture. 

Jetez-moi ici ! 

👉Critique très-à-peu-près. Page 13, Boris Faure joue à la balle en mousse avec son psychanalyste Gilberto Gil. 

👉Page 14, l'auteur, être polychromatique, possède dans sa salle de bain un canard (jaune ?) en plastique à l'effigie de Freud. 

👉Page 15, point Amélie Poulain 

👉 "Je n'ai même pas songé à en vouloir à mon agresseur. C'est ce qui me frappe* aujourd'hui. Avec quatre ans de recul." J'imagine la douce ironie de l'auteur qui utilise le verbe *frapper au sens figuré comme au sens propre.

👉 Page 51 apparaît le tristement célèbre Aziz Zemouri (déjà peu soucieux de recouper ses infos) chez Le Point. Il se repaît des propos de l'agresseur 😱 AZ qui "ira même jusqu'à regretter que je n'ai pas retourné ses appels pour réagir aux accusations. (...) C'est la preuve que je l'ai insulté non, puisque je ne me défends pas ? Je suis simplement occupé à ne pas mourir dans les mains des chirurgiens qui m'ouvrent le crâne comme une boîte de conserve. C'est sûrement un détail. Mais ce journaliste s'en soucie-t-il ?"

👉 Page 63. Pour une fois, j'ai la réf. quand l'auteur compare Macron au joueur de flûte de Hamelin 😉 Boris a échappé de justesse au charme zozotant du ministre Macron...

👉 #livetweet et #analyseencarton du livre de Boris Faure. Page 101 je n'avais pas vu venir Kaa ou plutôt si, page 63, et là page 101 l'agresseur et/ou la peur, les yeux hypnotiques de Kaa. Seul l'auteur comprendra mes tweets, qu'il me pardonne leur légèreté 😉

👉 "Ce qui ne te tue pas, te rend plus faible, t'amoche, te mutile, t'amoindrit, te rend vulnérable."

👉 Point imparfait du subjonctif page 108 🥰 "Comme s'il se fût agi d'un collier de perles ou une parure de diamants."

👉 Où l'on lit, page 159, que le journaliste Aziz Zemouri commet souvent des papiers moisis. Venimeux, pour reprendre le terme de l'auteur.


👉 "Le papier ne refuse pas l'encre." – Alice, la grand-mère de l'auteur. "Tant que les électeurs ne sanctionneront pas sévèrement les baratineurs, la démocratie continuera à héberger des branquignoles en nombre."

👉 Page 214 je constate que l'auteur aime beaucoup l'expression "au diable Vauvert". 3e ou 4e emploi sur 200, c'est raisonnable.

👉 Le petit Tokyo, 6 mois et 1/2, donne son avis sur la page 242

👉 Page 268 Où l'auteur fait son #autopromo 🙃 mais on n'est pas hors-sujet, loin de là. Balthazar sans gilet jaune (cliquez sur la couverture du livre). Lu et validé par votre serviteur, d'ailleurs.

👉 Réflexion que je me fais à la lecture de la 2e partie. La violence peut être expliquée (pas excusée ou justifiée) par la réponse au mépris affiché par le pouvoir, le manque flagrant d'exemplarité, les affaires, les Benalla et j'en passe, les phrases insultantes de Macron etc Les intérêts personnels en lieu et place des intérêts collectifs, l'impunité des élus voyous, la langue de bois que ne supporte plus le citoyen lambda, les éditocrates qui soufflent sur les braises tels des rapaces, etc. 

Boris apporte des réponses étayées un peu plus loin dans l'essai.

👉 Page 275, l'auteur me rappelle ce moment magique de Juppé qui a la super pêche en 2016 (lien).

👉 Page 286. Boris interroge Benjamin Sire qui évoque l'usage des réseaux sociaux pour augmenter la crédibilité des femmes et des hommes politiques... Moue dubitative de votre serviteur. Leur popularité peut-être, leur crédibilité, j'ai un gros gros gros doute. Exemples : Castex sur la chaîne Twitch de Samuel Etienne, un fiasco. Le tiktok de Djebbari, une foire à la rigolade. Idem pour Marlène Schiappa.

👉 Dans son essai (2e partie de l'ouvrage), l'auteur évoque bien entendu le chapitre violences sexistes et sexuelles en politique. Et page 300, il invite l'amie Élodie Jauneau à "poser ses couilles sur la table." Qu'on me pardonne la provocation, le sujet du sexisme ordinaire soulevé par ce type d'expressions et tant d'autres est bel et bien évoqué.

👉 Boris invite Michael Vincent @0Vinz , économiste, essayiste, animateur radio à échanger autour de l'extrême-droite, de la débâcle du Brexit. Page 332, il évoque ce principe de fenêtre d'Overton, fenêtre non seulement grand ouverte mais défoncée. 

Lire ce papier de Nicolas Galita que je partage très volontiers : Il ne faut jamais débattre avec l’extrême-droite

👉 Maintenant que le RN est entré en masse à l'Assemblée, c'est un peu râpé.

👉 Alerte imparfait du subjonctif page 345 🥰 merci Boris & Pierre Juston 

👉 The end. C'était un fil personnel, un peu farfelu et carrément pas exhaustif de ma lecture de l'ouvrage de Boris Faure que je vous recommande. Disponible chez votre libraire 📚 👉 via Place des Libraires, vous pouvez le trouver en stock ou le commander. 


* L'agresseur, l'ex-député M'jid El Guerrab, a été condamné en 1ère instance le 12 mai 2022 à 1 an de prison ferme et 2 ans d'inéligibilité. 

👉 Boris interrogé par France Info

lundi

Ceci n'est pas une critique littéraire


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 46. Je reprends le chemin du travail ce vendredi, pour trois jours seulement. Novembre a été chômé. Je chausserai mes souliers de réceptionniste pour une portion congrue du mois de décembre. Une petite partie de l'équipe aura assuré à ma place la permanence de l'hôtel rouvert depuis le 30/11. Semaine de Noël, nous refermons les volets car les réservations ne suffisent pas, ne motivent pas économiquement l'ouverture. Il faudra que je songe sérieusement à une porte de sortie, une reconversion, quand l'hôtellerie prend déjà des airs sinistrés. Soupir. Que faire pendant le deuxième confinement qui n'en a que le nom ? J'ai pour ma part choisi de m'évader en littérature. Et je n'ai jamais autant lu. 7 romans m'ont diverti, interrogé, agacé ou passionné. 

Je viens de terminer la lecture de l'Anomalie de Hervé Le Tellier, Goncourt 2020, et reste coi devant le tour de force. Il faut énormément de talent pour rendre plausible l'histoire qu'il nous tend. Elle est incroyable et l'auteur en maîtrise tous les aspects, évoque toutes les questions que le lecteur incrédule pourrait se poser. Je n'en dirai pas davantage car je finirais par déflorer l'intrigue. Ce matin, j'entretiens le plaisir de l'après-lecture, je tire sur le chewing-gum pour en prolonger la durée et le goût, je lis un entretien puis une critique qui, fatalement, racontent et gâchent la surprise. Vous me direz que je suis un peu particulier chiant et vous aurez raison. Je n'aime pas qu'on me mâche le travail, qu'on sabote mon étonnement. Je ne lis donc jamais aucun quatrième de couverture, aucune critique littéraire. Pas plus que je ne regarde la bande-annonce promouvant le film ou la série que j'ai l'intention de regarder. Je fonctionne au bouche à oreille, à la curiosité. 

J'ai lu : 

* Hervé Le Tellier, L'Anomalie ⭐⭐⭐⭐⭐
* Serge Joncour, Nature humaine ⭐⭐⭐⭐⭐
* Tiffany McDaniel, Betty ⭐⭐⭐⭐
* Faïza Guène, La Discrétion ⭐⭐⭐
* Faïza Guène, Kiffe kiffe demain ⭐⭐⭐
* Philippe Djian, 2030 ⭐⭐
* Amélie Nothomb, La Soif ⭐

Mes ⭐ sont totalement subjectives.