
Pages
dimanche
💉 Cas con tact

mercredi
bonjour. café. liberté.
Mandieu, je n'ai pas blogué depuis deux mois, jour pour jour. Et ça n'est pas ce billet de feignasse qui va me rattraper. Qu'est-ce qui motive mon retour, me demanderez-vous, curieux ? Ça n'est pas par jalousie de voir les amies Élodie ou Claire reprendre la plume, non.
C'est un post remarqué sur Twitter qui m'a fait dire publiquement : "Génie ! Vite une traduction !" Et puis mon cerveau ramolli par la chaleur et un an et demi de pandémie et de cafouillages s'est souvenu que j'avais été traducteur littéraire il y a quelques lunes. Voici ma modeste version de cette publication virale, la source, en fin de billet.
Avertissement à l'équipe premier degré : armez-vous d'ironie avant de lire ou commenter ce billet ! Et je réponds à qui je veux* car je fais ce que je veux avec mes cheveux.
Liberté de ne pas porter de masquesamedi
Fidélité à la carte

Comme mon anecdote dépassait les 280 caractères par tweet, j'ai choisi de la raconter ici.
Mon mec et la petite m'attendent sur le seuil de la grande surface où je fais quatre emplettes pour l'apéro chez l'amie et voisine de palier. Il jette un regard perplexe sur une boutique fermée (chaussures non essentielles, paraît-il) ou sur une autre, ouverte, où une dame contemple dans le miroir la silhouette que lui fait la robe qu'elle va peut-être acheter... chez sa coiffeuse. Car la coiffeuse vend aussi du prêt-à-porter (non essentiel, paraît-il) en vente libre grâce à ses petits arrangements avec la loi.
Avant de régler mes achats, je tends ma carte de fidélité et pose la question qui m'accorde toujours des euros chez les enseignes concurrentes. La caissière que je choisis toujours pour son côté fantasque et humain me répond, penaude :
— Ah, je suis désolée, vous n'avez rien cagnotté.
— Je ne vous en veux pas, lui dis-je.
— Depuis l'épidémie, la carte du magasin fonctionne plutôt pour les promotions mais pas pour cagnotter.
— C'est sûr, dis-je, ironique, Monoprix ne fait plus de marges arrières.
La dame se penche et m'accorde une confidence accompagnée d'un clin d'œil :
— Vous savez, je réponds bêtement ce qu'on me dit de dire aux clients.
lundi
Ceci n'est pas une critique littéraire
vendredi
La vieille dame et son masque Da Vinci

Pseudo-confinement Saison 2 — jour 36. Une fois n'est pas coutume, le ciel est gris foncé à Marseille. J'occupe aujourd'hui mon temps chômé pour aller faire quelques courses et traîne dans mon sillage un caddie rouge orné de fruits hilares qui crient « Vous êtes pressés ou quoi ? Ne poussez pas ! » En chemin, je salue mes chers épiciers (illustration) qui ferment boutique après quarante ans de bons et loyaux services. À l'intérieur, Joseph inscrit les mentions utiles pour les habitués, clients, voisins, amis, anonymes qui venaient pour une course ou pour chercher un colis. À l'extérieur, sa sœur Joëlle lui fait des signes quand les lettres qu'il trace partent dans le mauvais sens —il écrit à l'envers pour que ce soit lu à l'endroit. Je sors mon téléphone pour faire une photo et la leur envoyer. Nous passerons mon mec et moi demain pour leur offrir un petit cadeau d'au revoir, des fleurs, une boîte de chocolats.
Sur le chemin du retour, la montée de la rue de la clinique est pénibl
mardi
Les envahisseurs
![]() |
Confinement Saison 2 — jour 33. PastaChiche a dessiné les contours d'un nuage* que j'ai photographié ce matin (illustration retouchée par ses soins). Elle m'a ouvert les yeux. Ils sont là. 😂 (j'ai ajouté un emoji qui rit aux larmes pour signifier à l'équipe premier degré qui passerait par là que je suis ironique). Lorsqu'au mois de juin, je lui ai envoyé un sachet de bulbilles** provenant des kalanchoés qui prospèrent sur nos balcons ensoleillés, je ne pensais pas à autre chose qu'à partager nos aliens, les implanter dans son biotope. Ma modeste participation à La guerre des Mondes de H.G. Wells.
dimanche
Viens, on va voir la mer
mardi
Timbrée
![]() |
| Des timbres-poste à l'effigie de Kimberley |
lundi
La dinde illuminée
![]() |
| Illumination de Noël dessinée par des enfants de Newburgh en Écosse © Poppy McKenzie Smith sur Twitter |
jeudi
Après-midi en absurdie
dimanche
Le coup de langue du pangolin
![]() |
| Une vue depuis mon balcon côté jardin très tôt le matin, Marseille |
Confinement Saison 2 — jour 10. J'ai posté cette photo il y a un an sur les réseaux sociaux. D'un coup de stylet, j'ajoutais un commentaire, un cri du cœur : je ne veux pas aller travailler. Et dans un soupir ensommeillé, trois petits points. Il y a un an peu ou prou, presque simultanément*, un malheureux pangolin léchait des fourmis sur le cadavre d'une chauve-souris infectée dans une grotte. Et de fil en aiguille, de braconnage en exploitation en cuisine ou en pharmacopée, le mammifère pholidote chinois et son coup de langue innocent, tel le battement d'ailes du papillon, m'accordait sans le savoir un an plus tard les vacances que j'appelais de mes vœux. Avec les dommages collatéraux** que l'on sait.
jeudi
Bon pour 1 jour de légèreté bis
![]() |
| J'ai commandé trois exemplaires de l'ouvrage de Clémentine Mélois, chez ma libraire ! |
dimanche
Navets, cannelés et polenta !
![]() |
| L'ombre du R qui illustre le billet précédent |
Dimanche. 14h et des poussières de pollen. C'est presque un jour comme un autre. Accoudé au balcon côté jardin, je poursuis l'observation paresseuse de mes voisins. Assise sur un coin de murette, une mère a posé une ribambelle de sacs, des bouteilles, un gros camion jaune en plastique et un tube de bulles de savon dans lequel elle puise de quoi émerveiller le plus petit de ses enfants. Sur l'immense terrasse en béton de l'immeuble d'à côté, une table de ping-pong résonne du silence des balles qui n'ont pas heurté sa surface depuis belle lurette.
En attendant la fin du confinement pour jouer avec ses invités éparpillés, la jeune locataire se dore la pilule sur une serviette de plage rose ornée de flamants jaunes.
41 jours de confinement, 4 romans dont 2 coups de poing (La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné, Né d'aucune femme de Franck Bouysse), une multitude de films et de séries (Unorthodox, À Couteaux tirés, This is us, Deux moi, Tales from the Loop) et beaucoup de navets (Mon inconnue, Mon chien stupide, The Dead Don't Die duquel je sauve les apparitions de Iggy Pop « Café ! » ou de Carol Kane « Chardonnay ! »). 41 jours que j'ai regardés passer comme la vache regarde défiler les trains, stoïque. Je n'ai vu du pays que dans mes lectures et les films que j'ai vus. Je me suis souvent frappé le front d'effarement devant la pandémie de bêtise, qu'elle soit le fait de puissants ou de badauds. J'ai préféré me noyer dans l'admiration béate de mon homme qui agrémente ou invente des recettes, muffins salés de polenta aux olives et au thon ou cannelés à la feta. Qui replante les barbes de poireaux pour en faire de nouveaux. Qui bouture à foison. Qui dépanne en douze minutes et à distance une collègue quand une équipe de techniciens met deux heures pour échouer.
De mon côté, je fais les courses, je sors les poubelles, j'écris « entrez bonne compagnie » aux craies de couleur sur une ardoise, je jette Vavache à Kimberley et je baye aux corneilles.
-----
Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
mercredi
Un peu d'R
Un temps de Parisien enveloppe Marseille d'une ouate épaisse et grise. Ça change des 300 jours d'ensoleillement par an dont on se vante par ici. Il faut arroser le peu d'espaces verts que compte la ville, tremper le massif des Calanques qui respire un peu, sans humains, doucher l'empressement des promeneurs, remiser temporairement shorts et sandales. Mes deux voisines de l'immeuble d'à côté, au troisième, côté rue, côté soleil habituellement, n'exposent plus leurs rondeurs constellées de tatouages. Devant la supérette en bas de chez nous, on fait crisser sur le bitume détrempé ses claquettes-chaussettes, on ne s'embarrasse pas d'élégance, on s'emmitoufle dans sa couverture ornée de Mickeys, on tire sur sa laisse, on attend sa maîtresse, on picore des miettes de pain, on esquive les coups de pieds, on bat des ailes. La petite m'emmène dans l'impasse, elle aboie après le chat qui nous observe, imperturbable. Pendant qu'elle cherche l'inspiration, j'aperçois un bout de câble enroulé autour d'une ligne électrique, j'y vois un R majuscule auquel je peux accrocher les restes des mots ribambelle, ravigotant, remue-méninges, retrouvailles, rigolo, roudoudou. Ou rêver.
-----
Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
dimanche
La vie (confinée) en rose
![]() |
| Je le porterai à l'hôtel avec une cravate verte |
-----
Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
mardi
Pour le meilleur et le sou(pire)
Je m'étais déjà penché sur la gymnastique mentale qui m'oblige à ne pas m'attarder sur les raisons, minuscules ou pas, qui font que le monde ne tourne pas rond, ou plutôt à remplacer chaque bouffée négative, chaque nom d'oiseau ravalé, par une pensée positive, poétique, bienveillante. La triste période que nous traversons ne donne pas à voir le meilleur en l'humain et c'est un doux euphémisme. Me courent sur le haricot, les éditocrates confits d'arrogance qui disent ce qu'il faut penser, ce qu'il faut faire sans s'être mis deux minutes dans la peau des gens qu'ils jugent ou conseillent. Me hérissent le poil, les ministres, les apôtres du capitalisme, les conseillers, autant de poulets sans tête qui continuent de galoper dans la basse-cour, de radoter des éléments de langage, des doctrines absurdes. Pauvre quidam obéissant, je renseigne scrupuleusement mes attestations de sortie dérogatoire pour satisfaire les besoins naturels de la petite, matin et soir ; je respecte scrupuleusement le confinement, je ferme les yeux sur la vingtaine de promeneurs que je croise en cinq minutes un lundi après-midi de Pâques, sur leurs raisons probablement fondées, qu'en sais-je ; sur les rues environnantes jonchées de déchets, de déjections canines, de canapé défoncé, de frigo disloqué. Je me dis que non je n'ai pas entendu ce gars qui se vantait au téléphone d'un apéro clandestin chez ses potes, je ne dis rien à l'ami qui a bravé l'interdit pour faire du tourisme, je soupire, je ne veux pas entendre ses arguments en carton. Les raisons de s'agacer, de désespérer, sont multiples. Celles d'être optimistes ne se sont pourtant pas évaporées. À ce tableau peu ragoûtant et incomplet, il manque, c'est certain, toutes les bonnes actions, les solidarités qui ne font pas de bruit, les actes civiques qui ne se voient pas, l'altruisme sans fanfare.
À ma philosophie positive bricolée à la petite semaine, il manque les coquelicots que j'ai pris tout à l'heure en photo, alerté par l'incongruité des fleurs parmi les détritus, et que la petite Kimberley a reniflés, attirée par l'odeur laissée par un de ses collègues à quatre pattes.
-----
Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
samedi
Ce sont les petits riens qui font toujours du bien
Quand je me pique d'écrire à mes abonnés, je sors ma boîte à outils (sendinblue) et j'improvise une infolettre. Elle n'est ni automatique, ni régulière. Je l'adresse aux quelques 200 confinés qui ont renseigné leur adresse électronique dans le formulaire "s'abonner" puis validé la procédure en bonne et due forme (en bonnet difforme, comme je l'ai lu un jour sur un forum). Au fil du temps aujourd'hui élastique, des messages, des échanges, des questions, des remerciements. Pas encore de troll, dieu merci, mais je saurai leur dire d'aller voir ailleurs si j'y suis et d'y rester. J'ai récemment interrogé ces 200 lecteurs. En ces temps inquiets, quel est votre petit bonheur ou réconfort quotidien ?
Voici six réponses que j'ai choisi de publier :
Je suis confinée seule chez moi à Bordeaux centre, près de la place de la Victoire. Une des choses que j'aime en ce temps particulier est : réfléchir au menu du jour en fonction de ce dont je dispose, de mes envies, préparer le repas et, pour finir, me régaler. — Chantal
Mes petits bonheurs du jour : Lire ton billet ;) Dîner avec mes garçons (19 et 22 ans) + leurs deux amis (18 et 22 ans) et je leur demande de me raconter leur journée. On parle lecture, jeux videos, bêtises vues sur les réseaux sociaux, et j’essaie de les motiver à faire du sport dans le jardin ! — Marie-Hélène
J'habite au centre ville un appart avec une petite terrasse qui donne sur des jardins. Chaque matin au lever, j'ouvre la porte-fenêtre et j'écoute le chant des oiseaux dans les haies et les arbres. Il y a des moineaux, des merles, des mésanges, des pinsons, des rouge-gorges.
— Ben
Ce qui me fait plaisir chaque soir, c'est ce moment de vie à 20h sur les balcons pour applaudir, taper sur des casseroles, crier bravo à tous ceux, soignants et travailleurs en première ligne. Je vis ce moment également comme une façon entre voisins de se dire « on est là, toujours vivant ». Il y a aussi l'écriture, le yoga, les Skypéros ;)
— Laure
J'aime quand la chienne chahute dans sa cabane parce qu'elle est contente.
— Laurent
Avoir mon appart tout propre, un peu comme si je prenais ma revanche sur le virus que je ne peux contrôler. Je contrôle la propreté de ma maison. C'est un peu idiot comme réconfort, mais c'est la réalité. Ce qui me fait du bien, ce sont les concerts de M en live sur Instagram tous les jeudis. J'oublie pendant 1h ce qui me tracasse et je chante à pleins poumons !
— Fanny
Et comme le chantait Pauline Ester,
« Ce sont les petits petits petits petits petits riens
Qui font toujours du bien
Ce sont les petits petits petits petits petits riens
Sans lesquels on est rien ».
--
* Les petits riens (paroles : Pauline Ester - musique : Frédéric Loizeau), extrait de l'album Le monde est fou (1990). À moins de détenir physiquement l'album, vous ne pourrez écouter en ligne la chanson mentionnée dans le billet. Je vous propose néanmoins d'écouter Il fait chaud, chanson pour laquelle j'ai une tendresse.
* Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
jeudi
Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable
![]() |
| Je paraphrase Martin Winckler : tout ce que fait Clémentine Mélois me met en joie. |
Aujourd'hui, j'emprunte le Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable de la plasticienne Clémentine Mélois dont je suis le travail décalé et délicieusement érudit (ses couvertures d'œuvres littéraires à sa façon sont une source inépuisable d'émerveillement et de sourires). Je vous propose donc ce bon pour réflexion et pour illustrer le billet superficiel et léger qui suit.
Comme presque 7 millions de salariés, je perçois 85% de mon salaire pour rester à la maison, indéfiniment. Tant que l'argent magique (qui n'existait pas) continuera de couler à flots. Pourvu que ça dure (ou pas). Je suis payé pour :
- Contempler chaque jour ce bout de mer Méditerranée qu'il m'est donné d'apercevoir au loin
- Écrire à la craie des messages sur mon ardoise d'écolier
- Participer aux brèves de bistro entre copains sur Twitter
- Arroser le camélia
- Me couper les ongles en épiant une procession de fourmis
- Pousser les portes de la Comédie-Française depuis mon canapé
- Prendre des nouvelles des 4 rangs de petits pois semés par ma mère
- Lire Le 1 en long, en large et en travers
- Jeter Vavache pour distraire Kimberley
- Construire des châteaux en Espagne
- Rester informé mais pas dupe
- Scruter la cime des pins parasols
- Observer mes voisins en cage
- Nettoyer les plinthes de l'appartement en compagnie d'Alain Souchon
- Ne pas faire de jogging même si j'en ai la brusque lubie
- Lire, apprendre, réfléchir, me cultiver ou me tourner les pouces
- Écouter la minute confinée quotidienne de Pascale Clark
- Jouer à Pictionary avec mes nièces et rire de mes dessins aussi tartes que loupés
- Penser aux soignants, aux aidants, aux précaires, à ceux qui font tourner le pays bon an mal an, aux sans-logis, aux mal-accompagnés, aux anciens, confinés dans leurs chambres comme punis sans dessert d'avoir trop longtemps vécu
![]() |
| Et toujours la main gauche malicieuse de Clémentine Mélois. |
--
* Ses images sont des gestes barrières contre l’angoisse (article du Nouvel Obs)
* Suivre Clémentine Mélois sur Instagram, Facebook, Twitter
* Mon immodeste journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné
dimanche
Masque Singer
Un coup c'est blanc, un coup c'est noir, un coup c'est oui, non, faites pas ci, faites pas ça, faites ce que je dis mais pas ce que je fais, oui mais non, et en même temps, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu.
Toutes les injonctions contradictoires, les revirements, les "je réévalue notre doctrine" du Ministre de la santé aujourd'hui, les discussions prématurées et irresponsables autour de la fin du confinement, créent défiance et hésitations. Et génèrent à la maison, hier soir, une situation assez lunaire. Où trouver ces masques en rupture partout ? Comment s'équiper lorsqu'il va falloir retourner au travail ? Combien en faut-il ? Et pourquoi pas les coudre nous-mêmes ?
Telles deux poules devant un timbre poste, nous admirons la dextérité d'une couturière face caméra, nous envisageons de reproduire les étapes, les gestes précis. Nous nous égarons dans les tutoriels, nous commentons : « j'aime bien celle-ci, elle a une voix douce », « je peux les coudre à la main, non ? », « elle a l'air bien sa machine » et j'en passe des vertes et des « mais ça va pas bien la tête ? » Comme réveillés d'un mauvais rêve, nous nous ressaisissons, fermons toutes les fenêtres qui nous vantaient des machines à coudre performantes et pas chères et retournons à nos moutons, à notre confinement, à la petite Kimberley qui se voyait déjà dans son joli manteau mi-saison cousu avec mérite par ses deux papas.
---
* un peu, point trop n'en faut !
samedi
L'autruche est en RTT
![]() |
| Confiné. Je fais l'autruche. |
Le gouvernement nous prépare pour lundi une attestation à télécharger, une procédure qui générera un QR code contenant on ne sait quoi encore comme données personnelles. Et une liberté individuelle rabotée de plus, une. Moi qui ne voulais pas parler politique ici, c'est raté. Tout est politique, et plus encore en ce moment. Tandis que nombre d'andouilles se lavent les mains (métaphoriquement) des consignes essentielles, j'horodate et je signe le papier qui m'autorise à faire le tour du pâté d'immeubles à la petite Kimberley, bientôt 13 ans.
À mesure que j'avance, elle renifle les traces de ses congénères et je hume l'air frais du matin.
J'absorbe le soleil au coin de la rue. Des gens ont accroché des calicots de couleurs où ils ont écrit au marqueur « merci à nos soignants ». D'autres ont fixé à leur balcon une pancarte : « Nous ne reviendrons pas à la normalité car la normalité, c'est le problème ». Une dame que je ne connais pas me fait coucou de la main. La petite me promène jusqu'au bout de l'impasse, une entrée du parc réservée aux personnels des espaces verts.
Je franchis en pensée les grilles qui en empêchent l'accès jusqu'à nouvel ordre. La nature domestiquée ne croise aucun humain depuis presque trois semaines. Les oiseaux pépient et se répondent. Personne pour les déranger, personne pour faire tourner le manège qui trône sans joie à l'entrée. À la buvette à côté, les chaises sont vides, la cahute a baissé son rideau de fer. C'est une extension du Parc Longchamp qui a longtemps abrité un zoo. Des répliques en fibre de verre aux couleurs tape-à-l'œil ont remplacé les animaux sauvages. Derrière les barreaux d'une des ménageries, on a depuis longtemps volé la fausse autruche qui s'y trouvait. Au-dessus, un message sibyllin en majuscules sombres barre le mur de la cage abandonnée : « L'autruche est en RTT, revenez plus tard !»















