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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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dimanche

💉 Cas con tact



Il paraît qu'on est toujours le con de quelqu'un. Illustration tôt ce matin, alors que mon mec sort la petite. Il traverse un passage qui perce l'immeuble pour accéder côté jardin, passage pour lequel il faut avoir un bip. Il entend taper à la porte vitrée, il ne se retourne pas, il est déjà trop loin pour aller ouvrir à l'inconnue qui tape énergiquement. La petite fait son affaire dans le caniveau d'une rue voisine. Puis une dame interpelle mon mec : 

— Merci pour la porte, aboie-t-elle.
— Pardon ?
— Vous auriez pu m'ouvrir.
— Pas de bip, pas d'accès.
— Allez encore un con de vacciné !
— Je n'ai reçu que la première dose. Alors imaginez quand j'aurai la 2e. Je vous souhaite une bonne journée.


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2 billets que je vous recommande :
- Mutatis Mutandis chez l'ami Matoo
- Un billet sur les variants pour les nuls par Jean Ruaud 


***autopromo***

Pour les nouveaux qui passent par là et si ce que vous lisez vous plaît :
- 🎁 Offrez-vous une heure de douceur : une nonnette au miel des petites choses - un florilège de 36 billets.
- Le journal de bord où j'ai croqué mes voisins de confinement.

mercredi

bonjour. café. liberté.

 

Vous l'aurez compris, ça n'est pas "masque ?" que Dr. Louise Banks a inscrit sur son panneau. Le film Arrival (Premier Contact) réalisé par le Québécois Denis Villeneuve est gé-nial ! Si vous ne l'avez pas vu, regardez-le sur Netflix (ou sur toutes les autres plateformes, en location) et dites-m'en des nouvelles.

Mandieu, je n'ai pas blogué depuis deux mois, jour pour jour. Et ça n'est pas ce billet de feignasse qui va me rattraper. Qu'est-ce qui motive mon retour, me demanderez-vous, curieux ? Ça n'est pas par jalousie de voir les amies Élodie ou Claire reprendre la plume, non. 

C'est un post remarqué sur Twitter qui m'a fait dire publiquement : "Génie ! Vite une traduction !" Et puis mon cerveau ramolli par la chaleur et un an et demi de pandémie et de cafouillages s'est souvenu que j'avais été traducteur littéraire il y a quelques lunes. Voici ma modeste version de cette publication virale, la source, en fin de billet. 

Avertissement à l'équipe premier degré : armez-vous d'ironie avant de lire ou commenter ce billet ! Et je réponds à qui je veux* car je fais ce que je veux avec mes cheveux

Liberté de ne pas porter de masque 

Bienvenue au Café Liberté ! 
C’est votre choix de ne pas porter le masque. Et sur le même principe des libertés individuelles, nous permettons à notre personnel de faire ses propres choix sur les procédures sanitaires lorsqu’il s’agit de vous préparer puis servir vos plats. 
Nous incitons nos employés à se laver les mains après avoir été aux toilettes, mais sachez qu’il y a des gens allergiques à certains savons ou qui préfèrent simplement ne pas se laver les mains. Ça n’est pas notre rôle de leur dire ce qu’il faut faire. 
Nous comprenons que vous puissiez être habitués au poulet cuit à 165° Nous devons respecter que certains de nos chefs aient pu voir un mème ou une vidéo sur YouTube prétendant que 100° c’est aussi bien ; nous refusons d’empiéter sur leurs croyances. 
Il se peut que certains serveurs souhaitent toucher votre nourriture telle qu’ils la servent. Il n’y a pas de raison pour qu’une personne en bonne santé et aux mains propres ne puisse pas toucher à votre nourriture. Vous les croirez sur parole s’ils vous disent qu’ils sont en bonne santé et propres. 
La température de l’eau et le détergent sont des choix très personnels et nous laissons notre personnel à la plonge décider de comment ils préfèrent laver les couverts que vous porterez à votre bouche. 
Il se peut que certains tombent malades mais presque tous survivront à une intoxication alimentaire. Vous serez d’accord pour dire c’est un modeste prix à payer pour jouir de la liberté de faire comme bon vous semble – et encore moins une raison (idiote) pour préserver la santé d’inconnus.


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Sources : 
Tweet de @summer_said 
Fil Twitter originel de @libbyjones715
* Astérisque utile pour mes futures réponses en commentaires ;-)


samedi

Fidélité à la carte


Comme mon anecdote dépassait les 280 caractères par tweet, j'ai choisi de la raconter ici. 

Mon mec et la petite m'attendent sur le seuil de la grande surface où je fais quatre emplettes pour l'apéro chez l'amie et voisine de palier. Il jette un regard perplexe sur une boutique fermée (chaussures non essentielles, paraît-il) ou sur une autre, ouverte, où une dame contemple dans le miroir la silhouette que lui fait la robe qu'elle va peut-être acheter... chez sa coiffeuse. Car la coiffeuse vend aussi du prêt-à-porter (non essentiel, paraît-il) en vente libre grâce à ses petits arrangements avec la loi.   

Avant de régler mes achats, je tends ma carte de fidélité et pose la question qui m'accorde toujours des euros chez les enseignes concurrentes. La caissière que je choisis toujours pour son côté fantasque et humain me répond, penaude :

 Ah, je suis désolée, vous n'avez rien cagnotté. 

 Je ne vous en veux pas, lui dis-je.

 Depuis l'épidémie, la carte du magasin fonctionne plutôt pour les promotions mais pas pour cagnotter.

 C'est sûr, dis-je, ironique, Monoprix ne fait plus de marges arrières. 

La dame se penche et m'accorde une confidence accompagnée d'un clin d'œil :

 Vous savez, je réponds bêtement ce qu'on me dit de dire aux clients. 



lundi

Ceci n'est pas une critique littéraire


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 46. Je reprends le chemin du travail ce vendredi, pour trois jours seulement. Novembre a été chômé. Je chausserai mes souliers de réceptionniste pour une portion congrue du mois de décembre. Une petite partie de l'équipe aura assuré à ma place la permanence de l'hôtel rouvert depuis le 30/11. Semaine de Noël, nous refermons les volets car les réservations ne suffisent pas, ne motivent pas économiquement l'ouverture. Il faudra que je songe sérieusement à une porte de sortie, une reconversion, quand l'hôtellerie prend déjà des airs sinistrés. Soupir. Que faire pendant le deuxième confinement qui n'en a que le nom ? J'ai pour ma part choisi de m'évader en littérature. Et je n'ai jamais autant lu. 7 romans m'ont diverti, interrogé, agacé ou passionné. 

Je viens de terminer la lecture de l'Anomalie de Hervé Le Tellier, Goncourt 2020, et reste coi devant le tour de force. Il faut énormément de talent pour rendre plausible l'histoire qu'il nous tend. Elle est incroyable et l'auteur en maîtrise tous les aspects, évoque toutes les questions que le lecteur incrédule pourrait se poser. Je n'en dirai pas davantage car je finirais par déflorer l'intrigue. Ce matin, j'entretiens le plaisir de l'après-lecture, je tire sur le chewing-gum pour en prolonger la durée et le goût, je lis un entretien puis une critique qui, fatalement, racontent et gâchent la surprise. Vous me direz que je suis un peu particulier chiant et vous aurez raison. Je n'aime pas qu'on me mâche le travail, qu'on sabote mon étonnement. Je ne lis donc jamais aucun quatrième de couverture, aucune critique littéraire. Pas plus que je ne regarde la bande-annonce promouvant le film ou la série que j'ai l'intention de regarder. Je fonctionne au bouche à oreille, à la curiosité. 

J'ai lu : 

* Hervé Le Tellier, L'Anomalie ⭐⭐⭐⭐⭐
* Serge Joncour, Nature humaine ⭐⭐⭐⭐⭐
* Tiffany McDaniel, Betty ⭐⭐⭐⭐
* Faïza Guène, La Discrétion ⭐⭐⭐
* Faïza Guène, Kiffe kiffe demain ⭐⭐⭐
* Philippe Djian, 2030 ⭐⭐
* Amélie Nothomb, La Soif ⭐

Mes ⭐ sont totalement subjectives.

vendredi

La vieille dame et son masque Da Vinci


Pseudo-confinement Saison 2 — jour 36. Une fois n'est pas coutume, le ciel est gris foncé à Marseille. J'occupe aujourd'hui mon temps chômé pour aller faire quelques courses et traîne dans mon sillage un caddie rouge orné de fruits hilares qui crient « Vous êtes pressés ou quoi ? Ne poussez pas ! » En chemin, je salue mes chers épiciers (illustration) qui ferment boutique après quarante ans de bons et loyaux services. À l'intérieur, Joseph inscrit les mentions utiles pour les habitués, clients, voisins, amis, anonymes qui venaient pour une course ou pour chercher un colis. À l'extérieur, sa sœur Joëlle lui fait des signes quand les lettres qu'il trace partent dans le mauvais sens —il écrit à l'envers pour que ce soit lu à l'endroit. Je sors mon téléphone pour faire une photo et la leur envoyer. Nous passerons mon mec et moi demain pour leur offrir un petit cadeau d'au revoir, des fleurs, une boîte de chocolats. 

Sur le chemin du retour, la montée de la rue de la clinique est pénibl
e pour tout riverain, qu'il soit encombré ou pas. Marseille, c'est pas San Francisco mais pas loin. Une vieille dame tire sur son caddie plein d'emplettes. Main gauche, le chariot noir, main droite un sac de courses. Je lui offre mon aide, qu'elle refuse. J'insiste, elle refuse encore, poliment. À la troisième tentative, elle accepte que je lui porte son sac d'où dépassent une forêt vierge d'orchidées et de plantes. On papote le temps de la montée jusque tout en haut. Elle rouspète quand les voitures nous obligent à nous rabattre sur ce qui tient lieu de maigre trottoir : 

— Oh mais c'est comme sur la Canebière ! Oh la la, en plus, ils avancent comme des chiques !

Je plaisante en lui disant que ça lui fait son sport quotidien. Elle sourit derrière son masque à l'effigie de la Joconde.

— J'ai l'habitude, j'habite ici depuis 1956.

Avant de nous quitter, elle me déconseille de vieillir.

— C'est pas possible, lui dis-je. 

Au-dessus de ses yeux rieurs, un serre-tête en forme d'oreilles de chat serti de strass lui donne un air espiègle.

— Si nous ne vieillissions pas, il y aurait trop de monde, lui dis-je. 
— Nous sommes combien sur Terre ? 7 milliards ? Vous vous rendez compte ! Allez, bon bout d'an, comme on dit en Provence.
— À vous aussi, madame. 

À l'angle de la rue, tout en haut, je souffle comme un âne, récompensé par l'arc-en-ciel qui fend l'horizon gris souris et le sentiment d'avoir gagné cinq minutes de chaleur humaine. 

mardi

Les envahisseurs




Confinement Saison 2 — jour 33. PastaChiche a dessiné les contours d'un nuage* que j'ai photographié ce matin (illustration retouchée par ses soins). Elle m'a ouvert les yeux. Ils sont là. 😂 (j'ai ajouté un emoji qui rit aux larmes pour signifier à l'équipe premier degré qui passerait par là que je suis ironique). Lorsqu'au mois de juin, je lui ai envoyé un sachet de bulbilles** provenant des kalanchoés qui prospèrent sur nos balcons ensoleillés, je ne pensais pas à autre chose qu'à partager nos aliens, les implanter dans son biotope. Ma modeste participation à La guerre des Mondes de H.G. Wells.


* Quand je donne des formes connues (objets, animaux ou visages) aux nuages, je "souffre" de paréidolie. Un phénomène psychologique (que pour ma part, j'approcherais de la poésie, hein) dont souffre également l'ami Matoo (symptômes lisibles sur son blog)

** Les bulbilles ou propagules (image) se forment au niveau des feuilles du kalanchoé daigremontiana. Un coup de vent les projette facilement sur un coin de terrasse où ils peuvent devenir plantule sur un amas de poussières et de poils de la petite Kimberley. 

dimanche

Viens, on va voir la mer


 

Confinement Saison 2 — jour 31. J'ignore encore si mon mois de décembre va être chômé ou travaillé. En attendant, je suis oisif, lent, improductif et ça ne me pose aucun problème. Je choisis d'occuper mon temps de la façon la plus agréable qui soit et demande à ma moitié : Viens, on va voir la mer !

Le morceau de littoral le plus chouette se trouvant à 4 kilomètres du domicile, je peux désormais me prélasser légalement 2 heures et trente minutes* aux Catalans ou mieux, un peu plus loin sur la Corniche, dans un coin de Marseille que j'apprécie particulièrement, Malmousque, un livre en poche et mon regard tour à tour perdu dans le roman en cours de lecture et dans la beauté de l'eau s'étirant sur l'immensité. 

Aujourd'hui, nous avons enfourché nos vélos pour longer la côte jusqu'à l'Anse de la Vieille Chapelle où la courte vidéo ci-dessus a été prise. Je vous laisse imaginer les badauds trinquant à un bout de liberté retrouvée, d'autres jouant à la pétanque sur un bout de plage gravillonnée. Siroter un p'tit jaune et taquiner le cochonnet avec une vue sur la Méditerranée, avouez qu'il y a pire destin dans la vie.


* Les trente minutes légales restantes sont dédiées au trajet aller et retour à bicyclette

mardi

Timbrée

Des timbres-poste à l'effigie de Kimberley

Ce soir, le PDG de la start-up nation France annonce des mesures qui ont été diluées, comme d'hébétude, dans la presse. Un allègement des contraintes. Et dans les supermarchés, le soulèvement des bâches qui empêchaient la vente des jouets et des vêtements. Hors de question de déconfiner, va-t-il dire. Fin de la blague. Hormis mon séjour prolongé à domicile, je n'ai pas vu de différence entre le déconfinement et le reconfinement : même circulation humaine dans les rues incluses dans mon kilomètre carré. L'État va continuer de verser des aides aux entreprises pour que les gens continuent de se promener le masque sous le nez. 

Pendant ce temps, je lis, je joue, je prépare des timbres à l'effigie de la petite Kimberley

lundi

La dinde illuminée

Illumination de Noël dessinée par des enfants de Newburgh en Écosse © Poppy McKenzie Smith sur Twitter 


Confinement Saison 2 — jour 25. Les pies jacassent dans les pins parasols qui dressent leur lointain souvenir de nature sur le gazon du parking de la résidence. Des planches s'entrechoquent dans un coin de chantier hors de vue, une souffleuse thermique a remplacé l'huile de coude et achève son vacarme dans une cour d'immeuble, l'amie voisine fouette une préparation, le soleil me caresse le visage, je tapote des lettres qui deviennent des mots épars, des phrases conjuguées, des idées décousues. J'alimente ce journal de pensées caféinées. Je traîne mon oisiveté sur le petit oiseau bleu qui vocifère plus qu'il ne chante, je mets à distance l'agacement et me concentre sur la poésie plutôt que sur le lisier, l'innocence plutôt que le sarcasme, une dinde illuminée* dessinée par des enfants de primaire à Newburg en Écosse. J'ouvre le MMS envoyé par ma sœur et observe avec tendresse le hérisson qui gloutonne les croquettes de la chatte de ma mère. Le lilas dans son pot bourgeonne déjà ; there's no more seasons my poor Lucette. 


* L'histoire de ces illuminations dessinées par des enfants est racontée dans Ouest France (article)

Billet extrait de Confinement — saison 2

jeudi

Après-midi en absurdie



Confinement Saison 2 — jour 21. Armé d'une autorisation de déplacement dérogatoire, j'ai pris mon vélo pour aller acheter une salade à 760 mètres du domicile. La frisée lavée et consommée avec les restes de pizzas maison, mon homme est passé dans la pièce à côté pour travailler*, j'ai rejoint mon amie Claire place Sébastopol pour inaugurer notre book club hebdomadaire sur un coin de banc public. Mobilier rare et prisé que reluquaient avec envie les p'tits vieux du quartier venant y poser leur âme confinée, le banc a accueilli une conversation à bâtons rompus entre deux ex-Parisiens venus chercher le soleil dans la cité phocéenne. Je tends à mon amie un café à emporter et lui dis en substance : est-ce que dans tes rêves les plus fous, tu aurais imaginé ça ? Masqués, à chercher un point de rendez-vous à l'extérieur, un banc public pour y occuper une heure de temps autorisée par décret ? Confinement, déconfinement raté, vrai-faux re-confinement, pas un jour ne passe sans que je sois frappé par l'énormité de ce que nous vivons. Nous entrechoquons nos gobelets de café et nous autoproclamons, non sans ironie, elle présidente et moi trésorier de ce mini-club de lecture qui nous réunit aujourd'hui. Calés au soleil, face à une terrasse de café où chaises et tables ont été empilées, cadenassées, flanqués d'une camionnette Pizzas Charly bardé du slogan "elles me fendent le cœur", nous échangeons Tiffany McDaniel chez Gallmeister contre Aki Shimazaki chez Actes Sud (Babel en poche), nous commentons l'actualité, nous rions quand je signale la vente autorisée par décret des sapins de Noël, nous évoquons les articles prétendument essentiels. Faute de pouvoir acheter en magasin des boules de Noël pour orner le sapin acheté en click and collect à partir de demain, nous pouvons en revanche miser sur les boules du Loto ; les points de vente de la FDJ resteront ouverts "quoi qu'il en coûte". Claire et moi revenons à nos moutons, moins polémiques, moins désespérants et plus prompts à offrir des voyages immobiles à foison, les livres, et nous donnons rendez-vous sur un banc public la semaine prochaine. 


* Rappelez-moi de vous raconter les deux perles savoureuses qu'il m'a confiées ce midi autour de la frisée.

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Billet extrait du Confinement Saison 2. Page (onglet) → Journal tendre d'un confiné

dimanche

Le coup de langue du pangolin

Une vue depuis mon balcon côté jardin très tôt le matin, Marseille

Confinement Saison 2 — jour 10. J'ai posté cette photo il y a un an sur les réseaux sociaux. D'un coup de stylet, j'ajoutais un commentaire, un cri du cœur : je ne veux pas aller travailler. Et dans un soupir ensommeillé, trois petits points. Il y a un an peu ou prou, presque simultanément*, un malheureux pangolin léchait des fourmis sur le cadavre d'une chauve-souris infectée dans une grotte. Et de fil en aiguille, de braconnage en exploitation en cuisine ou en pharmacopée, le mammifère pholidote chinois et son coup de langue innocent, tel le battement d'ailes du papillon, m'accordait sans le savoir un an plus tard les vacances que j'appelais de mes vœux. Avec les dommages collatéraux** que l'on sait.  


* estimé à la louche ou au doigt mouillé dans le café
** euphémisme

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Billet extrait du Confinement Saison 2. Page (onglet) → Journal tendre d'un confiné

jeudi

Bon pour 1 jour de légèreté bis

J'ai commandé trois exemplaires de l'ouvrage de Clémentine Mélois, chez ma libraire !


Confinement Saison 2 — jour 7. 12h12. Je songe à mes dernières heures de boulot avant le déluge. J'absorbe stoïque mon deuxième café et le soleil sur le balcon côté jardin. Peu soucieux de la marche du monde, l'âne du Parc Lonchamp brait. Côté rue, qu'il pleuve ou qu'il vente, l'âne du 7e étage de l'immeuble en face continue de jeter son mégot par la fenêtre. Côté réseaux sociaux, Kim Glow met sa bêtise au profit de marques célèbres et Donald Trump se roule par terre parce qu'on a cassé son jouet. Dans la jardinière où survivent quelques pauvres pousses de menthe, le petit chien en céramique cassé darde sur moi ses gros yeux fixes qui réfléchissent la lumière. Sur mon téléphone, je balaye les notifications du petit oiseau bleu me signalant les réactions à mon tweet provocateur et affiche le plateau virtuel d'une version alternative du Scrabble. Je joue ewe pour la énième fois sans en connaître le sens. Ou plutôt, je l'ai su et j'ai oublié. Pendant que je m'efforce vainement de comprendre l'absurdité du monde dans la conjugaison des mots ou des nuages flottant au-dessus du massif des Calanques ou dans le marc de mon café, mon homme descend à la mine et traite à lui seul un des 400 mails quotidiens qui lui incombent. Rien de folichon à signaler aujourd'hui si ce n'est le monde qui s'entre-déchire et ma commande à ma libraire de quartier (La Touriale, Cinq Avenues, Marseille) de l'ouvrage délicieusement décalé de Clémentine Mélois, Bon pour un jour de légèreté chez Grasset. 


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Billet extrait du Confinement Saison 2. Page (onglet) → Journal tendre d'un confiné
Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable → Ici :-) 

dimanche

Navets, cannelés et polenta !

L'ombre du R qui illustre le billet précédent

Dimanche. 14h et des poussières de pollen. C'est presque un jour comme un autre. Accoudé au balcon côté jardin, je poursuis l'observation paresseuse de mes voisins. Assise sur un coin de murette, une mère a posé une ribambelle de sacs, des bouteilles, un gros camion jaune en plastique et un tube de bulles de savon dans lequel elle puise de quoi émerveiller le plus petit de ses enfants. Sur l'immense terrasse en béton de l'immeuble d'à côté, une table de ping-pong résonne du silence des balles qui n'ont pas heurté sa surface depuis belle lurette.
En attendant la fin du confinement pour jouer avec ses invités éparpillés, la jeune locataire se dore la pilule sur une serviette de plage rose ornée de flamants jaunes.

41 jours de confinement, 4 romans dont 2 coups de poing (La Vraie Vie d'Adeline Dieudonné, Né d'aucune femme de Franck Bouysse), une multitude de films et de séries (Unorthodox, À Couteaux tirés, This is us, Deux moi, Tales from the Loop) et beaucoup de navets (Mon inconnue, Mon chien stupide, The Dead Don't Die duquel je sauve les apparitions de Iggy Pop « Café ! » ou de Carol Kane « Chardonnay ! »). 41 jours que j'ai regardés passer comme la vache regarde défiler les trains, stoïque. Je n'ai vu du pays que dans mes lectures et les films que j'ai vus. Je me suis souvent frappé le front d'effarement devant la pandémie de bêtise, qu'elle soit le fait de puissants ou de badauds. J'ai préféré me noyer dans l'admiration béate de mon homme qui agrémente ou invente des recettes, muffins salés de polenta aux olives et au thon ou cannelés à la feta. Qui replante les barbes de poireaux pour en faire de nouveaux. Qui bouture à foison. Qui dépanne en douze minutes et à distance une collègue quand une équipe de techniciens met deux heures pour échouer.

De mon côté, je fais les courses, je sors les poubelles, j'écris « entrez bonne compagnie » aux craies de couleur sur une ardoise, je jette Vavache à Kimberley et je baye aux corneilles.


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Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné

mercredi

Un peu d'R


Un temps de Parisien enveloppe Marseille d'une ouate épaisse et grise. Ça change des 300 jours d'ensoleillement par an dont on se vante par ici. Il faut arroser le peu d'espaces verts que compte la ville, tremper le massif des Calanques qui respire un peu, sans humains, doucher l'empressement des promeneurs, remiser temporairement shorts et sandales. Mes deux voisines de l'immeuble d'à côté, au troisième, côté rue, côté soleil habituellement, n'exposent plus leurs rondeurs constellées de tatouages. Devant la supérette en bas de chez nous, on fait crisser sur le bitume détrempé ses claquettes-chaussettes, on ne s'embarrasse pas d'élégance, on s'emmitoufle dans sa couverture ornée de Mickeys, on tire sur sa laisse, on attend sa maîtresse, on picore des miettes de pain, on esquive les coups de pieds, on bat des ailes. La petite m'emmène dans l'impasse, elle aboie après le chat qui nous observe, imperturbable. Pendant qu'elle cherche l'inspiration, j'aperçois un bout de câble enroulé autour d'une ligne électrique, j'y vois un R majuscule auquel je peux accrocher les restes des mots ribambelle, ravigotant, remue-méninges, retrouvailles, rigolo, roudoudou. Ou rêver.


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dimanche

La vie (confinée) en rose


Je le porterai à l'hôtel avec une cravate verte

La gentille voisine, Shajan, qui nous avait offert des cannelés et des madeleines maison, a cousu pour ses enfants, des amis, ses voisins, des masques en tissus mais aux normes Afnor, suivant scrupuleusement les patrons proposés par quelque site expert en la matière. Nous n'attendrons pas que les autorités nous fournissent en "masque grand public" pour répandre nos probables miasmes et braver le risque dans les transports en commun ou au supermarché. Ma moitié télétravaille du lundi au vendredi, je chôme partiellement du lundi au lundi, je lis, j'écris, je tourne en rond, je sors la petite, les poubelles et de moi-même. Je continue d'observer mes pairs, le voisin du quatrième qui déambule le matin de 8h à 9h, parcourt le labyrinthe que dessinent les plates-bandes, va et vient, imperturbable tel le hamster dans sa roue, bute contre la murette en fin de course, croise la voisine du troisième qui agite ses bâtons de marche, clic-clic clic-clic sur le bitume, clic-clic clic-clic en écho dans le virage, clic-clic clic-clic rien ne l'arrête. Elle songe aux livres qu'elle a sortis des cartons pour les mettre à disposition du voisinage sur les boîtes aux lettres dans l'entrée. Je sais que c'est elle, la dame du sixième me l'a dit. L'affiche qu'elle a placardée propose de tuer le temps long en prenant un roman sentimental pour chez soi. Quelqu'un y a posé son commentaire "super idée" assorti d'un cœur. Quelqu'un d'autre s'est piqué de dessiner un cercle à la craie rose autour des déjections canines au pied de l'immeuble. Un coup de craie vengeur mais rose, accompagné d'un point d'interrogation, inquisiteur mais rose.


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mardi

Pour le meilleur et le sou(pire)


Je m'étais déjà penché sur la gymnastique mentale qui m'oblige à ne pas m'attarder sur les raisons, minuscules ou pas, qui font que le monde ne tourne pas rond, ou plutôt à remplacer chaque bouffée négative, chaque nom d'oiseau ravalé, par une pensée positive, poétique, bienveillante. La triste période que nous traversons ne donne pas à voir le meilleur en l'humain et c'est un doux euphémisme. Me courent sur le haricot, les éditocrates confits d'arrogance qui disent ce qu'il faut penser, ce qu'il faut faire sans s'être mis deux minutes dans la peau des gens qu'ils jugent ou conseillent. Me hérissent le poil, les ministres, les apôtres du capitalisme, les conseillers, autant de poulets sans tête qui continuent de galoper dans la basse-cour, de radoter des éléments de langage, des doctrines absurdes. Pauvre quidam obéissant, je renseigne scrupuleusement mes attestations de sortie dérogatoire pour satisfaire les besoins naturels de la petite, matin et soir ; je respecte scrupuleusement le confinement, je ferme les yeux sur la vingtaine de promeneurs que je croise en cinq minutes un lundi après-midi de Pâques, sur leurs raisons probablement fondées, qu'en sais-je ; sur les rues environnantes jonchées de déchets, de déjections canines, de canapé défoncé, de frigo disloqué. Je me dis que non je n'ai pas entendu ce gars qui se vantait au téléphone d'un apéro clandestin chez ses potes, je ne dis rien à l'ami qui a bravé l'interdit pour faire du tourisme, je soupire, je ne veux pas entendre ses arguments en carton. Les raisons de s'agacer, de désespérer, sont multiples. Celles d'être optimistes ne se sont pourtant pas évaporées. À ce tableau peu ragoûtant et incomplet, il manque, c'est certain, toutes les bonnes actions, les solidarités qui ne font pas de bruit, les actes civiques qui ne se voient pas, l'altruisme sans fanfare.

À ma philosophie positive bricolée à la petite semaine, il manque les coquelicots que j'ai pris tout à l'heure en photo, alerté par l'incongruité des fleurs parmi les détritus, et que la petite Kimberley a reniflés, attirée par l'odeur laissée par un de ses collègues à quatre pattes.


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Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné

samedi

Ce sont les petits riens qui font toujours du bien



Quand je me pique d'écrire à mes abonnés, je sors ma boîte à outils (sendinblue) et j'improvise une infolettre. Elle n'est ni automatique, ni régulière. Je l'adresse aux quelques 200 confinés qui ont renseigné leur adresse électronique dans le formulaire "s'abonner" puis validé la procédure en bonne et due forme (en bonnet difforme, comme je l'ai lu un jour sur un forum). Au fil du temps aujourd'hui élastique, des messages, des échanges, des questions, des remerciements. Pas encore de troll, dieu merci, mais je saurai leur dire d'aller voir ailleurs si j'y suis et d'y rester. J'ai récemment interrogé ces 200 lecteurs. En ces temps inquiets, quel est votre petit bonheur ou réconfort quotidien ?

Voici six réponses que j'ai choisi de publier :

Je suis confinée seule chez moi à Bordeaux centre, près de la place de la Victoire. Une des choses que j'aime en ce temps particulier est : réfléchir au menu du jour en fonction de ce dont je dispose, de mes envies, préparer le repas et, pour finir, me régaler.  — Chantal

Mes petits bonheurs du jour : Lire ton billet ;) Dîner avec mes garçons (19 et 22 ans) + leurs deux amis (18 et 22 ans) et je leur demande de me raconter leur journée. On parle lecture, jeux videos, bêtises vues sur les réseaux sociaux, et j’essaie de les motiver à faire du sport dans le jardin ! — Marie-Hélène

J'habite au centre ville un appart avec une petite terrasse qui donne sur des jardins. Chaque matin au lever, j'ouvre la porte-fenêtre et j'écoute le chant des oiseaux dans les haies et les arbres. Il y a des moineaux, des merles, des mésanges, des pinsons, des rouge-gorges.
— Ben

Ce qui me fait plaisir chaque soir, c'est ce moment de vie à 20h sur les balcons pour applaudir, taper sur des casseroles, crier bravo à tous ceux, soignants et travailleurs en première ligne. Je vis ce moment également comme une façon entre voisins de se dire « on est là, toujours vivant ». Il y a aussi l'écriture, le yoga, les Skypéros ;)
— Laure

J'aime quand la chienne chahute dans sa cabane parce qu'elle est contente.
— Laurent

Avoir mon appart tout propre, un peu comme si je prenais ma revanche sur le virus que je ne peux contrôler. Je contrôle la propreté de ma maison. C'est un peu idiot comme réconfort, mais c'est la réalité. Ce qui me fait du bien, ce sont les concerts de M en live sur Instagram tous les jeudis. J'oublie pendant 1h ce qui me tracasse et je chante à pleins poumons !
— Fanny

Et comme le chantait Pauline Ester,
« Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Qui font toujours du bien 
Ce sont les petits petits petits petits petits riens 
Sans lesquels on est rien ». 

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* Les petits riens (paroles : Pauline Ester - musique : Frédéric Loizeau), extrait de l'album Le monde est fou (1990). À moins de détenir physiquement l'album, vous ne pourrez écouter en ligne la chanson mentionnée dans le billet. Je vous propose néanmoins d'écouter Il fait chaud, chanson pour laquelle j'ai une tendresse.

* Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné

jeudi

Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable

Je paraphrase Martin Winckler : tout ce que fait Clémentine Mélois me met en joie. 

Aujourd'hui, j'emprunte le Bon pour 1 jour complet de légèreté non remboursable de la plasticienne Clémentine Mélois dont je suis le travail décalé et délicieusement érudit (ses couvertures d'œuvres littéraires à sa façon sont une source inépuisable d'émerveillement et de sourires). Je vous propose donc ce bon pour réflexion et pour illustrer le billet superficiel et léger qui suit.

Comme presque 7 millions de salariés, je perçois 85% de mon salaire pour rester à la maison, indéfiniment. Tant que l'argent magique (qui n'existait pas) continuera de couler à flots. Pourvu que ça dure (ou pas). Je suis payé pour :

- Contempler chaque jour ce bout de mer Méditerranée qu'il m'est donné d'apercevoir au loin
- Écrire à la craie des messages sur mon ardoise d'écolier
- Participer aux brèves de bistro entre copains sur Twitter
- Arroser le camélia
- Me couper les ongles en épiant une procession de fourmis
- Pousser les portes de la Comédie-Française depuis mon canapé
- Prendre des nouvelles des 4 rangs de petits pois semés par ma mère
- Lire Le 1 en long, en large et en travers
- Jeter Vavache pour distraire Kimberley
- Construire des châteaux en Espagne
- Rester informé mais pas dupe
- Scruter la cime des pins parasols
- Observer mes voisins en cage
- Nettoyer les plinthes de l'appartement en compagnie d'Alain Souchon
- Ne pas faire de jogging même si j'en ai la brusque lubie
- Lire, apprendre, réfléchir, me cultiver ou me tourner les pouces
- Écouter la minute confinée quotidienne de Pascale Clark
- Jouer à Pictionary avec mes nièces et rire de mes dessins aussi tartes que loupés
- Penser aux soignants, aux aidants, aux précaires, à ceux qui font tourner le pays bon an mal an, aux sans-logis, aux mal-accompagnés, aux anciens, confinés dans leurs chambres comme punis sans dessert d'avoir trop longtemps vécu

Et toujours la main gauche malicieuse de Clémentine Mélois. 

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* Ses images sont des gestes barrières contre l’angoisse (article du Nouvel Obs)
* Suivre Clémentine Mélois sur Instagram, Facebook, Twitter
* Mon immodeste journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné


dimanche

Masque Singer


Un coup c'est blanc, un coup c'est noir, un coup c'est oui, non, faites pas ci, faites pas ça, faites ce que je dis mais pas ce que je fais, oui mais non, et en même temps, la marmotte, elle met le chocolat dans le papier alu.

En bon citoyen, j'accorde parfois un poil de grenouille* de crédit à nos gouvernants sauf Castaner, Blanquer, Darmanin, Le Maire et quelques dizaines d'autres, je me dis qu'en effet les masques faits maison ne sont pas utiles, je me moque gentiment de toutes les petites mains qui s'affairent à coudre à la maison, pour la collectivité. Elles fournissent gratuitement les bonnes âmes en patrons, en tutoriels. Elles ne passent pas leurs journées derrière leurs écrans à chouiner, elles agissent. Alors je me renseigne, je revois ma copie, j'entends d'autres sons de cloches dignes d'être entendus. Urgentistes, soignants, médecins, des gens sérieux expliquent pourquoi ces masques en tissus (avec filtre amovible) ne sont pas inutiles.

Toutes les injonctions contradictoires, les revirements, les "je réévalue notre doctrine" du Ministre de la santé aujourd'hui, les discussions prématurées et irresponsables autour de la fin du confinement, créent défiance et hésitations. Et génèrent à la maison, hier soir, une situation assez lunaire. Où trouver ces masques en rupture partout ? Comment s'équiper lorsqu'il va falloir retourner au travail ? Combien en faut-il ? Et pourquoi pas les coudre nous-mêmes ?

Telles deux poules devant un timbre poste, nous admirons la dextérité d'une couturière face caméra, nous envisageons de reproduire les étapes, les gestes précis. Nous nous égarons dans les tutoriels, nous commentons : « j'aime bien celle-ci, elle a une voix douce », « je peux les coudre à la main, non ? », « elle a l'air bien sa machine » et j'en passe des vertes et des « mais ça va pas bien la tête ? » Comme réveillés d'un mauvais rêve, nous nous ressaisissons, fermons toutes les fenêtres qui nous vantaient des machines à coudre performantes et pas chères et retournons à nos moutons, à notre confinement, à la petite Kimberley qui se voyait déjà dans son joli manteau mi-saison cousu avec mérite par ses deux papas.


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* un peu, point trop n'en faut !

Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné

samedi

L'autruche est en RTT

Confiné. Je fais l'autruche. 

Le gouvernement nous prépare pour lundi une attestation à télécharger, une procédure qui générera un QR code contenant on ne sait quoi encore comme données personnelles. Et une liberté individuelle rabotée de plus, une. Moi qui ne voulais pas parler politique ici, c'est raté. Tout est politique, et plus encore en ce moment. Tandis que nombre d'andouilles se lavent les mains (métaphoriquement) des consignes essentielles, j'horodate et je signe le papier qui m'autorise à faire le tour du pâté d'immeubles à la petite Kimberley, bientôt 13 ans.

À mesure que j'avance, elle renifle les traces de ses congénères et je hume l'air frais du matin.

J'absorbe le soleil au coin de la rue. Des gens ont accroché des calicots de couleurs où ils ont écrit au marqueur « merci à nos soignants ». D'autres ont fixé à leur balcon une pancarte : « Nous ne reviendrons pas à la normalité car la normalité, c'est le problème ». Une dame que je ne connais pas me fait coucou de la main. La petite me promène jusqu'au bout de l'impasse, une entrée du parc réservée aux personnels des espaces verts.

Je franchis en pensée les grilles qui en empêchent l'accès jusqu'à nouvel ordre. La nature domestiquée ne croise aucun humain depuis presque trois semaines. Les oiseaux pépient et se répondent. Personne pour les déranger, personne pour faire tourner le manège qui trône sans joie à l'entrée. À la buvette à côté, les chaises sont vides, la cahute a baissé son rideau de fer. C'est une extension du Parc Longchamp qui a longtemps abrité un zoo. Des répliques en fibre de verre aux couleurs tape-à-l'œil ont remplacé les animaux sauvages. Derrière les barreaux d'une des ménageries, on a depuis longtemps volé la fausse autruche qui s'y trouvait. Au-dessus, un message sibyllin en majuscules sombres barre le mur de la cage abandonnée : « L'autruche est en RTT, revenez plus tard !»

C'est entendu, je reviens plus tard.