Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

dimanche

On the radio

La jeune femme au vélo s'est embourbée dans le sable


Dans ma chambre d'ado, des posters sur les quatre murs. Madonna, les Rita, Niagara, Bananarama, A-ha, beaucoup d'artistes finissant en A. Et d'autres, Téléphone, Dire Straits, Wham, Kim Wilde. Assis en tailleur sur le carrelage froid de la salle à manger, le casque sur les oreilles, je tourne le bouton du tuner et choisis une station musicale. J'insère une cassette, la bande calée sur les dernières notes du dernier morceau enregistré. J'attends que l'animateur ait terminé de parler, j'appuie sur REC, j'enregistre ma chanson. Je peste souvent contre l'animateur qui parle sur ma chanson. Alors je rembobine et j'attends qu'une autre radio programme le titre. Le jour-même ou le lendemain. Sur les jaquettes cartonnées blanches constellées de points de suspension, je note le contenu de mes compilations fait maison. La cassette achevée, je casse le petit carré de plastique qui m'empêche d'enregistrer par dessus par erreur. Et quand je veux la ré-enregistrer, je colle deux bouts de scotch et le tour est joué : l'appareil croit lire une cassette vierge. 

Quand je n'enregistre pas mes cassettes, j'attends l'heure du jeu-concours, je compose le numéro de téléphone de la radio locale et souvent je gagne. Mon adolescence est palpitante. 

Sur ma Peugeot 104 SP bleue, je grimpe la côte qui traverse les bois sur les hauteurs de Prigonrieux à sept kilomètres à l'ouest de Bergerac. Au bout du chemin de terre, une petite maison abrite l'antenne locale de la radio qui diffuse la bande-son de mon adolescence. Je toque à la porte et m'enquiert du 33 tours gagné au jeu-concours. Sur la pochette du vinyl Polystar 8, la jeune femme au vélo s'est embourbée dans le sable. Elle est bien embêtée. Elle ne sait lequel des "16 super hits enchaînés" choisir pour chasser son humeur chagrine. 


---

Participation au jeu #IWAK proposé par Kozlika

9 commentaires:

  1. ah les posters dans les chambres d'ado ! Ma fille aujourd'hui c'est un groupe de K-POP, BTS ! Y'en a partout !!

    RépondreSupprimer
  2. Les posters (Kim wilde, Kajagogo, FGTH, Boy George) les K7 qu'on rembobinait avec un Bic..... Que de souvenirs

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @ Luce Je m'en vais demander à Google qui est BTS :-)
      @ Fabrice Je n'ai pas mentionné le Bic dans la cassette, c'est vrai que c'est tout de suite évocateur. J'aurais dû garder toutes ces K7 que j'ai enregistrées.

      Supprimer
  3. Je parlais justement hier avec une copine de ces heures passées à attendre que NOTRE chanson passe à la radio, sauter sur la chaîne stéréo pour appuyer sur REC/PLAY et ne jamais avoir le début et la fin des chansons. Merci pour la madeleine <3

    RépondreSupprimer
  4. Héhé. Mêmes souvenirs d'enregistrements, d'animateurs trop bavards...

    RépondreSupprimer
  5. Moi aussi j'enregistrais comme cela... Sacrés souvenirs :)
    Bonne journée

    RépondreSupprimer
  6. @ Véronique @ Sacrip'Anne @ Marie-Hélène
    Je nous imagine avec les réseaux sociaux, à l'époque, à nous énerver après les animateurs bavards comme aujourd'hui on râle après les agressions de la publicité. Cette idée que nous étions si nombreux à partager les mêmes marottes m'est réjouissante. Bonne journée à vous aussi :)

    RépondreSupprimer
  7. Finalement, les blogs c'est pour entretenir la nostalgie !

    Je vais de billets en billets, et c'est ce qui se passe pour moi, des bouffées de nostalgie à n'en plus finir !!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @ Otir : le billet de demain parle d'enfance brièvement mais évoque une anecdote récente.

      Supprimer

Un commentaire, ce peut être un coucou, une amabilité, un point de vue divergent, un trait d'esprit, un signe de votre passage.

Pour celles et ceux qui n'osent pas (je ne mords pas) ou n'y parviennent pas, c'est tout simple :

1) Tapotez votre bonjour dans le formulaire de saisie ci-dessous
2) Sous Choisir une identité, cochez Nom/URL
3) Saisissez votre nom (ou pseudonyme ou si vous êtes timide le nom de votre cousine) après l'intitulé Nom
4) L'URL ne désigne pas l'Uto-Rhino-Laryngologie mais bien le lien d'un blog ou de n'importe quoi d'autre que vous jugerez bon d'accrocher à votre identité, la page Wikipedia de Sheila par exemple ; ou rien.
5) Cliquez sur Publier commentaire

Et le tour est joué. Elle est pas belle, la vie ?