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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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dimanche

bons baisers de Marseille

Photo de gauche prise le 8/04 2023 au Frioul, Marseille 13007

Le plus dur, c'est l'atterrissage, le retour sur le plancher des vaches, la foule sonore du Vieux-Port. Faire abstraction, traverser le sas bruyant, le long couloir moche de la Canebière un samedi après-midi. Regagner le calme de notre appartement. Conserver le plus longtemps possible les bienfaits du voyage en bateau, les embruns, la petite rando sur l'Archipel du Frioul au large de Marseille, le pique-nique en la Calanque de la Crine, l'eau turquoise ou transparente (sélectionner le cliché exotique de son choix), les gabians* perchés qui veillent sur leur nichée comme l'eau sur le feu, crient "alerte ! alerte!" à chaque humain qui passe, la flore qui ne cesse de m'émerveiller, mes prises de vues bucoliques tous les vingt mètres, clac-clac, clac-clac, mon mec et le chien qui s'impatientent parfois, "bah t'inquiète, dit-il, ça va avec le package (comprendre : je t'aime comme tu es)". On a bien fait de penser au décapsuleur, on bougonne car on a oublié les chips, on entrechoque nos bières face à la mer, les voisins libèrent le gros tronc d'arbre échoué sur le tout petit rivage, on y réinstalle gauchement nos affaires, on renverse l'une des deux bouteilles, on bougonne à nouveau. On pense aux amis qui vont qui viennent, on philosophe un peu aussi, on observe la dame en rouge qui fait coucou de là-haut à ses collègues**, on marmonne encore dans nos barbes car elle empiète sur le périmètre des goélands qui le lui font savoir : ils virevoltent bruyamment autour d'elle. Je retrousse mon jeans pour barboter dans l'eau fraîche, je nettoie à l'eau de mer le cadeau du ciel de nos amis volatiles, le caca de gabian sur mon polo tout propre. Le bonheur ressemble un peu à tout ça, aux fleurs colorées***, éphémères, libres, que j'ai photographiées.

Bons baisers de Marseille 😘



* Les goélands leucophées (gabians en provençal) : visibles dans le ciel ou perchés sur des pics rocheux, ces grands oiseaux blancs avec des ailes grises, des pattes et un bec jaunes, dont les cris ressemblent à des rires s'appellent des goélands leucophées. Ils sont très fréquents sur la côte méditerranéenne et plus particulièrement sur les îles de Marseille. (extrait d'une des nombreuses plaques en céramique disséminées sur l'archipel)

** à Marseille, collègues signifie aussi amis

*** Quelques uns de mes clichés bucoliques 👈

 

lundi

Un lundi sans chemise, sans pantalon



L'illustration : le petit, le cul dans la mer, au Frioul, c'est un peu moi dans le nouveau chapitre de ma vie. 

Comme un lundi pas désagréable à la maison, alternant tâches ménagères et mails urgents ou pas pour le boulot. Je comprends le triste Elon Musk qui souhaite éradiquer partie ou totalité des télétravailleurs, ou plutôt les renvoyer au bureau (source) parce que c'est bien connu, chez soi, on enfile des perles, on confectionne des colliers de nouilles avec l'argent de l'employeur. Bouh le méchant employé ! 

Aaaaah ! le plaisir à travailler chez soi, avec des pauses choisies par soi, chaque fois que la charge de travail est accomplie, par vaguelettes, comme celle qui masse les bijoux de famille du petit en illustration. Pas de réveil deux ou trois heures avant d'enfourcher un vélo, prendre un tram, un métro, conduire une voiture. Finies les odeurs d'aisselle ou conversations téléphoniques importunes. Elon voudrait rationnaliser, supprimer ces plages accordées à la vie perso pendant les horaires de boulot. Il faudrait que chaque minute soit utilisée pour le boulot et rien que pour le boulot. Revenez au bureau ou démissionnez !

Bah non, Elon 😉

Saviez-vous qu'il a baptisé son fils X Æ A-12 ? Imaginez la maîtresse (si toutefois son milliardaire de père l'envoie à l'école) : "X Æ A-12, au tableau !" Pour être précis, la loi interdisant de donner à son enfant un nombre, il l'a appelé X Æ A-XII, X-Deux-Barres 🤣 frère de Exa Dark Sideræl 😱

Je réponds présentement aux mails des usagers en écoutant FIP. En bermuda et en tongues. La ritournelle de Blur et Françoise Hardy To the end que j'ai tant écoutée berce mon humeur oisive. Une trentaine de mails et quelques centaines de clics plus tard, je m'en vais découper le pain cuit dans la nuit, suivi du petit qui me mordille le mollet.

Je me suis amusé à compter le nombre hallucinant de clics que requérait telle ou telle tâche rébarbative (pléonasme), des allers-retours par mail, interminables, absurdes, je (mon employeur) participe à la surchauffe des serveurs. Pour être honnête, ce billet, mes tweets épaississent eux aussi mon empreinte carbone. Soit je dérègle le climat en actionnant la clim au bureau ou je l'abîme moins en actionnant la clim maison : volets baissés et courants d'air, et en télétravaillant.

Parce qu'il faut bien conclure ce billet échevelé, je déclare ma flamme à la personne qui a inventé le copier-coller. Des milliers de Ctrl+C Ctrl+V qui me font gagner un temps fou, temps gagné pour bailler aux corneilles, donner formes aux nuages, voir un épisode de HPI, faire des bisous au chien, cueillir les graines de belles de nuit sur la terrasse, me servir un café, écouter le chant des cigales, appuyer sur le bouton publier et attendre que ça morde, que la lectrice, le lecteur, s'échouent alanguis sur la plage de ce billet. 

Je vous souhaite une douce semaine, qu'elle soit chômée, télétravaillée ou RTTée.


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Titre inspiré par Rika Zarai (lien).