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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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samedi

Les larmes de Gérald Darmanin


Le chien me promène gentiment en quête du parfum de ses congénères lorsque je tombe sur cet autocollant. Je n'ai pas mon téléphone en poche, je ne peux pas l'immortaliser et encore moins le partager sur les réseaux. Je choisis donc de priver les promeneurs de cette supplique pour le moins cocasse et la décolle délicatement du mur décati contre lequel le chien lève la patte. 

J'offre à la postérité ce fragment de poésie urbaine. Par les voies impénétrables d'internet, il atteindra peut-être un jour l'ex-ministre, son destinataire. 


vendredi

Gare au gorille

 


J'ai croisé un gorille à vélo sur une piste cyclable marseillaise !




jeudi

j'ai mangé une mini chocolatine au stade Vélodrome

j'ai mangé une mini chocolatine au stade Vélodrome


Pardon d'avance pour le titre gentiment provocateur. Et puis. Je dis chocolatine si je veux. 


– Et toi tu es d'où ? demande le collègue d'un jour. Collègue de deux jours, en fait. Où je parcours les travées du stade emblématique de Marseille, à pied et en golfette. Un ex-Parisien dans l'antre de l'ennemi juré. Paris vs. Marseille. Je n'arbore évidemment plus le t-shirt à l'effigie de la capitale. Je me suis fondu dans la masse, dans la ville dont j'ai adopté le rythme nonchalant1 il y a 7 ans de cela. Les us et coutumes, pas tous les us, hein, faut pas pousser mémé dans les orties et votre serviteur dans l'hystérie2 du ballon rond. 

Ne me demandez pas de comparer ma vie parisienne à ma vie marseillaise. C'est comme comparer la Bonne-Mère à la Dame de Fer, le pastaga au champagne ou la douceur de vivre et l'effervescence. À choisir, je prends tout. 

Ce que je gagne à Marseille, c'est un mari, le climat méridional, la vue sur le massif Saint-Cyr et la mer à portée de pas. Je pousse un soupir navré devant le paillasson3 des voisins du 5e et passe mon chemin. Pour reprendre les mots d'une amie disparue des radars, ici le merveilleux côtoie aussi la plus insondable merde. Comme presque partout, me direz-vous. Et vous me connaissez, j'ai tendance à lever les yeux sur le merveilleux et me pincer le nez quand je suis confronté au caca de mes contemporains. 

L'objet de ce billet ? Poser un "qui l'eût cru". Dans mes pensées les plus folles, je n'aurais pas imaginé : 
* "monter" à Paris pour y vivre 15 ans
* "descendre" à Marseille4 et me marier à un Marseillais
* faire du théâtre puis de la traduction littéraire puis de l'informatique
* intégrer un des plus gros employeurs de la 2e ville du pays
* rejoindre les coulisses des JO, du stade Vélodrome, de la Marina (la base nautique totalement repimpée pour les JO)

Et vous ? La chose la plus folle qui vous soit arrivée ? 



1 Cliché : doucement le matin, pas trop vite l'après-midi 
2 Chacun ses marottes. Je n'enquiquine personne avec la littérature 
3 Un paillasson classique recouvert d'un t-shirt PSG dégueu sur lequel leurs hôtes peuvent s'essuyer les pieds. Classe !
4 J'ai pas mal d'anecdotes pas piquées des hannetons sur ma vie à Marseille, pour les lire, il faut cliquer ici 👈

Bons baisers des Calanques

Calanque de Sugiton - Parc national des Calanques

Marseille accueillait hier en grande pompe l'arrivée de la flamme olympique. Pas la tasse de thé de la maison. Ni de l'amie Élodie que nous recevons pour la 4e année consécutive. Surtout quand on a vu au hasard de nos déambulations la resucée de la caravane du Tour de France avec les animateurs Coca et marques cousines chauffer la foule à coups de "vous avez soif ? vous voulez un bob Coca ?" Manquait plus que Justin Bridou et ses saucisses sèches miniatures jetées à la foule. 

Bref. 

Au programme de la saison 4, l'absence bienvenue de mistral, le soleil généreux, les doigts de pieds en éventail, les selfies-grimaces sur les réseaux sociaux, les bons petits plats de Lolo les bons tuyaux, le rosé très frais, les rigolades, les discussions à bâtons rompus et la balade dans les Calanques. 

Balade-rando, presque un trek pour nous qui ne sommes pas sportifs (Élodie l'est un peu plus que moi). Baskets ou chaussures de rando qui tiennent bien le pied et/ou la cheville, gourdes, casquettes recommandées. Et énormément de patience pour les potentiels accompagnateurs* car nous nous arrêtons tous les dix mètres pour photographier la fleur dans l'anfractuosité, le pin perché à flanc de falaise, le point de vue à couper le souffle. Nous avions tout le temps de nous extasier devant la beauté et la variété du site. Des que-c'est-beau en veux-tu en voilà !

J'ai procédé à un tri drastique des photos. Il en reste vingt-quatre que j'ai publiées ici 👈

En poche, le plan IGN 1:15 000 (1cm = 150m) mais aussi celui (PDF zoomable) offert par l'application Mes Calanques (app qui fourmille d'infos, fiches et conseils). Je m'étais assuré que l'accès était libre. L'accès aux massifs est réglementé à partir du 1er juin : réservation obligatoire et gratuite. Mais comme le dit l'amie, et je partage son avis, ça ne nous choquerait pas que la réservation soit payante : freiner le tourisme de masse dans un site aussi exceptionnel et préservé est nécessaire et urgent. 

Départ du parking de la faculté de Luminy, une petite heure jusqu'à la Calanque de Sugiton. Facile, le chemin, c'est presque une autoroute. Les panoramas sont exceptionnels, la mer turquoise, l'îlot du Torpilleur sorte de varan de Komodo chevauché par un caniche (d'après l'amie) darde un œil torve sur les baigneurs. Courageux et téméraires, nous choisissons de ne pas rebrousser chemin pour le retour et nous dirigeons bille en tête vers la Calanque de Morgiou, un charmant petit port de pêcheurs où une "cabane" doit valoir autant qu'une villa sur la Côte d'Azur mais sans les commodités, ou plutôt avec commodités mais pas tout le temps (le bar où nous avons fait escale et bu nos Pac** citron avait coupé l'eau courante et fermé l'accès aux toilettes, au grand dam de ma comparse qui ambitionnait une pause pipi). 

L'accès à Morgiou par Sugiton est difficile. C'est au pied d'une échelle arrimée à une paroi à pic que nous avons été alertés par un randonneur : attention, ce qui vous attend un peu plus loin est... compliqué. Surtout en descente, ce qui était notre cas. Nous avons compris après coup la signification des petits triangles rouges. Sur le plan IGN, la légende : passage délicat. Quelques sueurs froides, beaucoup de précautions, l'aide active à une marcheuse solitaire saisie de panique, un échange fort sympathique avec un marcheur plus aguerri, et nous nous félicitons bruyamment de l'épreuve franchie. 

Je vous épargne le récit du retour, les éboulis escaladés, les corps fourbus, votre serviteur essoufflé mais émerveillé devant tant de beauté préservée (j'ose espérer). 

18 000 pas, 12 kilomètres, beaucoup*** de dénivelé, de passages accidentés, de bronzage agricole (le premier de la saison) et des bons baisers des Calanques 😘


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* Ça tombe bien, y avait pas d'accompagnateurs
** la boisson typique et locale : sirop citron sans colorant fabriqué en Provence
*** beaucoup, pour des novices

Encore le lien vers les photos légendées 👉 ici ou
Vous avez cliqué sur les liens dans le billet ? Non ? À quoi ça sert que Ducros se décarcasse ? 

Voici ta mère !

Mosaïque - Basilique Notre-Dame-de-la-Garde, Marseille


Voici ta mère ! La Bonne Mère est un peu devenu la mienne depuis que j'ai définitivement posé mes valises à Marseille il y a sept ans. J'ai eu l'occasion de parcourir les 240km2 de la ville et ses 57km de façade maritime. Après ma vie parisienne, j'ai écrit au fil de ce blog ma vie marseillaise. D'un coup de foudre à Marseille Saint-Charles à I feel Goudes, récemment. 

Si vous lisez le billet qui suit et les liens que j'ai saupoudrés ici et là, vous croirez que je passe ma vie au balcon à observer mes congénères (en un mot). Que nenni. Je les contemple aussi sur le chemin qui me conduit au travail, à la caisse du supermarché, dans le rétroviseur de ma voiture ou à la prochaine fête des voisins. Je remplis mon panier d'instants truculents, de regards en coin, de brèves de comptoir, de bons mots. 

Je m'en vais vous faire une petite liste à ma façon. De moments incongrus ou tout bonnement choquants. Et vous réserve en fin de billet la scène observée hier soir. 

→ Un inconnu veut acheter les cacas de la chienne (paix à son âme)

→ Des clients empégués et hilares jouent à la pétanque en pleine nuit dans la rue

→ Je rentre d'une après-midi shopping lorsqu'un type prend une balle à quelques mètres de moi

→ Une querelle entre automobilistes, c'est le oaï en bas de chez moi 

→ Mon mari croise la voisine acariâtre

J'ai créé un libellé Marseille qui regroupe tous les billets qui fleurent bon (ou pas) la cité phocéenne

Hier soir...

→ Le mistral ne rend pas seulement fadas les gens, il joue avec les poubelles, fait claquer les baies vitrées en un fracas de verre brisé, emporte gabians et pigeons, chapeaux et foulards. Il décroche même le pare-choc arrière d'une voiture à l'arrêt au feu rouge. J'ai vu de mes yeux vu l'engin valser devant les roues d'un bus à l'abribus, des automobilistes stoïques lorsqu'une dame est allé récupérer le pare-choc qui empêchait le bus d'avancer pour le rendre à son propriétaire, par la vitre du chauffeur. Et tout le monde s'est remis tranquillement en mouvement : le bus a repris sa tournée, les autos leur voyage, la dame son chemin. 


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Vous avez cliqué sur les liens ? À quoi ça sert que je m'escagasse ? Vous les avez déjà lus ? Au temps pour moi 😘

lundi

I feel Goudes !


En direct des Goudes. Quartier le plus au sud de Marseille.

Les plus téméraires s'y rendent à vélo. 14 kilomètres du domicile, c'est pas le bout du monde mais pour des sportifs comme nous, c'est un peu le Col du Tourmalet. Et en admettant qu'il nous pousse des mollets de cyclistes et que la route sinueuse soit praticable autrement qu'en jouant à Tetris avec les voitures... les pistes cyclables étant à Marseille ce que le soleil est à Paris : une légende urbaine, que dis-je, une blague Carambar écrite par Martine Vassal (notre Valérie Pécresse à nous). Bref, toutes les excuses sont bonnes pour prendre la voiture !

Ellipse (recherche désespérément place de parking en cette belle fin de matinée un jour férié).

Tractés par le chien qui nous emmène jusqu'au Cap Croisette, nous respirons à pleins poumons l'air du large, nous posons nos sacs à dos chargés de bières et de chips face à la mer, face à l'île Maïre. Au centre de l'île, l'énorme rocher qui culmine à 141 mètres ressemble à une tête de mort qui se serait ratatinée sous le cagnard de millions d'étés. 

Qui sait, c'est peut-être cette figure déformée qui a crié la première l'expression : va te jeter aux Goudes !




mercredi

bonjour. cafi.


Après le café au Belleville-sur-Mer, voici le bonjour. café. d'un mercredi de février. Mais un bonjour. cafi. 

Je m'absente du télétravail une petite heure pour une démarche administrative. Au préposé de la Poste, je bredouille presque : c'est pour mon mari. Ça passe comme une lettre à la poste (elle était facile, je l'ai faite). Je chemine ensuite vers la place Sébastopol où, sur le marché, une dame se fait prendre la taille de poitrine au sens propre comme au sens figuré. Elle veut un soutien-gorge noir. Je passe le seuil du magasin de bricolage où travaillait autrefois Amélia. Amélia qui avait rougi à l'évocation du billet de blog que j'avais écrit à propos d'elle, à qui j'avais ensuite offert le magazine dans lequel il avait paru. Ebdo qui a hélas vite mis la clé sous la porte, victime collatérale du scandale Nicolas Hulot. 

La course faite, je passe devant le Cafi shop. Pas le temps de me poser à une table. Je prends un cliché de la devanture. L'œil averti remarquera que j'ai ajouté une tasse sur une des tables en fer et dessiné trois traits ondulés au-dessus d'une boisson qu'on imagine fumante. bonjour. cafi. 

Cafi en provençal signifie plein, à foison. Le bus marseillais est généralement cafi de monde. Ma pharmacienne m'a dit un jour : mon mari en est cafi (d'aphtes). 

En bas de l'immeuble, je croise un des jardiniers qui s'apprête, avec ses acolytes, à tondre les pelouses de la résidence. Je m'empresse de cueillir des violettes, des pâquerettes, avant que les machines ne les avalent puis les recrachent toutes défigurées. Je retourne à mon devoir : cela ne vous a pas échappé, le cornichon qui nous tient lieu de premier ministre a proféré publiquement cette énormité, cette crétinerie, que dis-je, cette ineptie : le devoir est un travail 😨

Hop au boulot ! mes chères gueuses, mes chers gueux. 




samedi

Un café au Belleville/mer


Un billet de blog à la terrasse d'un café au soleil. Ou plutôt son brouillon. 

Une amie m'interrogeait récemment : c'est quoi l'intérêt des tes "bonjour. café" sur les réseaux ? Je répondais le plus simplement du monde à sa question aussi honnête que candide : aucun. Ni plus ni moins d'intérêt que les publications affichant chatons ou minots, pâquerettes ou blanquettes de veau. 

C'est aujourd'hui un bonjour. café. en direct du Belleville/Mer après ma petite vingtaine de longueurs à la piscine voisine. Je bois le soleil et mon café. J'ai chaussé mes lunettes et un bonnet (malgré les 16° affichés, on est encore en hiver et peu de cheveux me protègent des conditions climatiques). Je déclenche l'obturateur de mon téléphone-appareil-photo-radio-téléviseur-console-de-contrôle-de-l'aspirateur. Sur le selfie, je floute le visage de la dame qui me regarde, j'ajoute un phylactère qui lui fait dire "bonjour. café." Je ne triche pas beaucoup car elle porte à ses lèvres une tasse de café identique à la mienne. Elle lit la presse quotidienne. Sur la devanture rouge, le nom du café, Belleville/Mer. Pas faux non plus car la mer n'est qu'à 4 kilomètres de distance. Ciel bleu et platanes dénudés. 

Mes voisins de tablée commandent des chocolatines pour agrémenter leur boisson chaude. 

Un appel m'arrache à ma prise de notes. Un 06 que ne connaît pas mon appareil. Je décroche malgré tout. Au fond sonore, au timbre de voix blasée, je devine un démarchage. 

— Bonjour, enchanté (pas autant que moi) blablabla. Vous êtes propriétaire d'une maison dans le 24. (non) et nous vous proposons de faire des économies sur votre facture d'électricité (et mon cul c'est du poulet).

— Je vous arrête tout de suite, je suis millionnaire alors vos économies de bouts de chandelle...

Sur le chemin du retour, je marche sur un bonhomme tracé à la craie bleue et j'aperçois un autocollant qui proclame en majuscules jaune bouton d'or : AIOLI 'N' RICARD. Pas de doute, on est bien à Marseille. 


jeudi

Less béton

 


Je marche le nez en l'air, je papillonne, je scrute la poésie parmi le tout-venant, le coquelicot qui surgit au milieu des mégots de cigarettes, la pensée végétale qui appelle la pensée humaine, le tag immonde qui couvre l'œuvre d'art, le tag étonnant ou cocasse. 

Comme j'aime les jeux de mots, celui qui illustre ce billet ne m'a pas échappé. Dès que je l'ai vu, je me suis interrogé :

— Le passant en connaît-il tous les méandres* ? 

— Le tag est-il lié à un mouvement, au tag que j'ai photographié la semaine dernière** :

Moins de béton, plus d'arbres - accompagné d'un arbre dessiné à la va-vite et du même x*** fluo. 

Ce qui m'a amusé plus que la revendication, c'est le commentaire d'une autre tagueur : 

— Oui et moins de tags svp (écrit-il en ajoutant "un tag de plus").


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* Pas pu m'empêcher de les démêler et de les expliquer à mon mec qui m'a répondu "bah ouais, j'ai compris le jeu de mots" : laisse béton (réf. à la chanson de Renaud et à l'expression en verlan) + less, moins en anglais. Moins de béton, laisse tomber le béton, donc. 

** Après vérification, il s'agit de slogans posés par extinction rebellion dans le viseur des guignols qui nous gouvernent : mouvement international de désobéissance civile en lutte contre l'effondrement écologique et le dérèglement climatique.

*** Créé en 2011 par un artiste basé à Londres, un certain Goldfrog ESP, le «symbole de l'extinction» est constitué d'un sablier inséré dans un cercle, ce dernier représentant la Terre. Le message est clair : le temps presse pour empêcher les espèces de disparaître à cause du changement climatique.

vendredi

Pédale, pouce !


Il y a une équipe de cornichons qui a "réfléchi" puis proposé le fonctionnement tout pété du service de vélos partagés à Marseille puis il y a une autre équipe de concombres à la Métropole (coucou Martine) qui a dit oui oui c'est génial, on n'a pas testé mais c'est génial, on s'auto-congratule, on y va, on finance (coucou les contribuables), on construit, on communique, on déploie une appli en carton.

Allez au pif parmi une tripotée de mauvaises idées mises en circulation :

Pas d'autre choix que de sélectionner le premier vélo de la file du centipède. Impossible de vérifier si la batterie est à bloc ou permet à tout le moins de faire un trajet raisonnable. Au bout de quelques mètres pédalés, je m'aperçois sur l'appli (connectée en bluetooth) que je ne dispose que de 4% de batterie. Mauvaise pioche. Le trajet va s'avérer poussif (euphémisme).

Résolu à porter ma petite pierre au service, à la communauté, je choisis de le signaler et le stationne à une borne dédiée. Tiens, encore une idée toute pétée des concepteurs : il faut obligatoirement ajouter une photo, même si elle n'apporte strictement rien au schmilblick. Je suis à deux doigts de joindre un cliché de mon fondement ou une photo d'aubergine. Bon. Pas sûr que ça les aide. 

J'ai beau avoir rendu le vélo, la course reste affichée "en cours". 

J'ai de la chance, il est 8h, la hotline vient d'ouvrir, j'appelle. Après deux ou trois clics, l'opératrice m'annonce que je ne suis pas facturé. Je me mords les gencives pour ne pas rire ou l'envoyer cueillir des pâquerettes dans le désert d'Atacama. Toujours armé de mon indéfectible optimisme, je demande s'il est possible de prendre le vélo d'à côté, disponible, et de reprendre ma course. Que je suis naïf ! Réponse de la dame : ah bah non, il faut attendre trente minutes. Je rétorque qu'elle est bien bonne celle-là, elle me répond qu'elle comprend, qu'elle est désolée, bliblablou. 

Je raccroche et poursuis mon chemin à pied en souhaitant à Martine, ses amis de la Métropole et les prestataires d'enfourcher la monture de vingt-cinq kilos et de pédaler, en tenue de Bozo le clown et sans assistance électrique, les vingt-quatre kilomètres qui séparent l'Estaque des Goudes !


mercredi

Plus belle la vitre

 

boutique bien-nommée Plus Belle la Vitre*

Au BMDP (bureau municipal de proximité), sur la vitre percée de trous de l'un des cinq guichets, un papier scotché sur lequel est écrit au marqueur noir : VITRE, accompagné d'un ⚠️

J'imagine les gens qui s'y sont cognés. Je me demande aussi pourquoi les autres guichets n'ont pas affiché la même alerte. L'employée du guichet B est-elle la seule à se soucier du bien-être des administrés qui lui rendent visite ? C'est un mystère que je m'empresse d'élucider. Car le hasard a bien voulu me faire appeler à la guérite de Marie-France. 

Nous ne nous connaissons pas. J'ai simplement remarqué un post-it scotché** sur un des appareils homologués. Y figurent ses nom, prénom et mot de passe pour un quelconque logiciel. Tandis qu'elle s'affaire à préparer mon dossier pour la future carte d'identité qui portera pour des décennies ma tronche renfrognée, j'observe son plan de travail, les fournitures méticuleusement alignées et perpendiculaires au clavier, ses doigts manucurés, ses ongles vernis de noir, une bague ornée d'un cœur en diamant. J'écoute les conversations des collègues joviales. Je me lance :

— Le panneau VITRE seulement sur votre guichet, c'est parce que vos collègues ne déplorent aucune victime ? 

— Oh non, il est en angle, les gens sont engoncés et, surtout, l'été, avec le soleil, les gens ne la voient pas et s'y cognent.

— Ils sont éblouis par ta beauté, glousse sa collègue de droite. 

On papote deux minutes, on se donne rendez-vous pour la remise du précieux sésame dans un mois environ, on se dit au revoir et bonne journée.



* Photo prise cet été et recyclée pour la gloire 🤭 vous avez compris le jeu de mots de la boutique ? La Bonne-Mère sur l'enseigne donne un indice aux circonspects.

** Je soupçonne les fabricants de petits papiers colorés et autocollants d'être de mèche avec la filière scotch: 

— On va faire en sorte qu'ils ne collent pas trop. Un peu mais pas trop. Ils vont s'équiper de scotch pour fixer nos post-it. C'est bon pour les affaires.


Les yeux en couilles d'hirondelle


Ce que je préfère dans cette photo, c'est la grande fenêtre en bas à droite au travers de laquelle perce la lumière d'une cuisine peut-être. Les yeux en couilles d'hirondelle, la voisine a appuyé sur l'interrupteur quelques minutes avant que je saisisse l'instant avec l'objectif de mon téléphone. Mue par son pilote automatique, elle joue aux auto-tamponneuses avec la porte du frigo qu'elle a oublié de refermer après avoir confondu jus de fruits et gaspacho, elle marmonne un pardon à la gamelle du chat qu'elle manque de renverser, elle s'empare du percolateur, y loge sa dose de café moulu, croit-elle, fait couler la boisson, s'approche de la fenêtre, porte à ses lèvres le mug sur lequel est écrit en gros caractères "bonjour chaton", elle se dit que le café a un goût un peu dégueu mais le boit quand même, elle se demande qui est l'endive en face qui la prend en photo, se retourne et fait savoir à son ami ou conjoint ou colocataire que son café a un drôle de goût. Il rétorque :

— Tu as confondu le café moulu avec le marc de café. 


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À propos du titre de ce billet, Médéric Gasquet-Cyrus, linguiste, spécialiste du marseillais et inventeur du jeu Motchus m'apprend l'expression : les yeux en pachole de fourmi. J'aime et j'adopte.

lundi

La dernière gorgée de vin ou Simone et le chien

deux verres de Saint-Estèphe et le chien qui juge

Contrairement à ce que semble penser* le petit Tokyo, deux ans à Noël, dans l'illustration de ce billet, je n'ai pas sombré dans l'alcoolisme**. Mais il ne faut pas gâcher les bonnes choses. La bouteille de Saint-Estèphe accompagnant le divinement bon bœuf bourguignon et sa purée au cheddar et tomates séchées dégustés avec l'amie et voisine de quartier, Simone, étant à moitié pleine (la bouteille, pas Simone), comme le propos qui suit, il fallait terminer de la boire (la bouteille, pas Simone).

Il y a pire comme pause déjeuner. En télétravail aujourd'hui. Le velours le long du palais que procure le verre de Saint-Estèphe et la chaleur (anormale) du soleil un chouia voilé de ce début novembre. Nous nous disions, samedi soir, que le monde partait en biberine. Pour ma part, je jouais par moment mon rôle de candide, de ravi de la crèche, d'indécrottable optimiste, même si, souvent, je me rangeais au constat défaitiste de ma moitié et de notre invitée. 

Je conclus néanmoins ce billet avec une dernière gorgée de vin et une note plus gaie :

Notre amitié est née d'un élément indépendant de notre volonté comme diraient de concert*** les RATP, RTM, SNCF : la rencontre entre Simone et Tokyo. De tout le quartier, de nos voisins, de nos amis, elle est la seule à provoquer chez lui tant de joie, tant d'effusion, à chaque fois. Ils se sont croisés sur un trottoir il y a plus d'un an et se sont aimés d'un amour platonique et fusionnel. Les humains au bout de la laisse n'ont eu d'autre choix que de faire connaissance. Puis de papoter, de prendre des nouvelles, de s'inviter à l'apéro, à dîner, à échanger sur le monde tel qu'il va.

Et tant qu'il y a des amis, humains, félins ou canins, avouez que le monde ne va pas si mal. 


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* Je lui attribue des pensées humaines. Le chien ne connaît pas les bienfaits et les méfaits du liquide bordeaux qui tapisse nos verres.
** Nous binge-regardons la série Mom qui aborde le sujet avec beaucoup d'humour. Allison Janney y est irrésistible pour ne pas dire géniale. 
*** De concert ou de conserve ? La réponse

vendredi

Un Ricard sinon rien !

cliquez sur la photo pour agrandir l'image (selon votre navigateur)


Rue George, dans le 4e arrondissement de Marseille, sur le mur jaune fatigué de l'immeuble mitoyen qui abrite le bar tabac Le Flash et le fameux Royaume de la Chantilly, une inscription rageuse, à la peinture rouge : UN RICARD SINON RIEN ! Un slogan conclu par un point d'exclamation parce que les majuscules ne suffisaient probablement pas. Un passant impassible. Un pigeon au-dessus du C de Picard et du rideau à fer entrouvert. 

La rime riche ne vous a pas échappé. 

La poésie de l'ivrogne empêché de s'abreuver de la boisson marseillaise ? 


jeudi

Un café, une tulipe et des algues pour rire

Je m'extrais doucement, à pas de loup, de mon environnement, je laisse le café tapisser mes neurones de ses augustes molécules, je reste sourd aux borborygmes de mon collègue qui chougne continuellement. J'ai chaussé le casque-micro qui me relie aux clients qui pourraient appeler à l'aide pendant que j'écris ce billet. Je songe à la tulipe qui ornait ce mur à l'angle des boulevards National et Longchamp. Tulipe de papier collé, streetart éphémère par nature, que j'avais photographiée courant août. Les occupants de l'immeuble que j'imagine, à tort peut-être, réfractaires à la poésie l'ont recouverte de peinture. Il reste le souvenir que la fleur a imprimé chez le passant, il reste les clichés qui illustrent la fin de ce billet.

Je passe du coq à l'âne et de la tulipe aux algues, à la photo que mon amie biarrote vient de publier sur le réseau de Mark. Elle se prélasse sur une plage d'Ibarritz et le fait savoir. Je commente :

– Ton rocher, tes pieds, la vie. 

– Il ne manque que toi pour me faire rire.

– Avec des algues en guise de cheveux devant tous les badauds.

La belle plage basque est alors secouée par le fou rire soudain de mon amie. Elle rit toute seule mais en distanciel avec moi. Elle se souvient du plus bel effet qu'avaient produit les longues algues humides, visqueuses, sur mon crâne chauve. Des regards médusés ou goguenards posés sur nous alors que nous rejoignions le parking, imperturbables (plus moi qu'elle qui pouffait de rire tous les trois mètres).

La légèreté qui fait parfois cruellement défaut tient à pas grand-chose, à une tulipe en papier collée sur un mur, à des faux cheveux pour rire.





mardi

Le banc de la Salette

Le long du chemin de la Salette qui serpente sur les hauteurs du 11e arrondissement de Marseille, des villas avec vue aux dimensions indécentes, des piscines en veux-tu en voilà, des chantiers privés qu'on devine en dehors des clous, une église totalement en ruines, un sentier qui longe d'un côté une pinède et de l'autre un golf 18 trous, des canards goguenards qui lorgnent sur les balles blanches que des sportifs en goguette ont propulsées dans leur mare artificielle, un banc en bois peint qui agonise. Le banc ne doit sa survie qu'aux rochers auxquels on l'a arrimé. 

Sur les planches de bois vermoulu est écrit au marqueur indélébile : 

Pourquoi rester debout lorsque l'on peut s'asseoir ?

Pourquoi rester assis lorsqu'on l'on peut s'allonger ? 

(Dicton des fatigués de naissance)


 


dimanche

Plouf sur la Côte Bleue

 

J'ai pris cette photo à Niolon, à une petite demi-heure de Marseille que l'on distingue au loin. On y accède soit en voiture soit en train grâce au TER de la Côte Bleue depuis la gare Saint-Charles. Il est un peu avant midi, il n'y a pas foule. Quelques minots qui battent des bras et des jambes avant de faire plouf, des habitants mêlés aux estivants, un parasol bariolé sur lequel nous avons lorgné, le front dégoulinant de sueur. J'ai nagé avec bonheur jusqu'aux bouées qui tiennent à distance les bateaux (trop nombreux à mon goût). Puis nous avons cherché un peu d'ombre au coin d'une rue. Nous avons siroté un diabolo grenadine, le petit a bu de généreuses lappées dans le bac à glace plein d'eau fraîche dépêché par le serveur. On a roulé des yeux comme des billes devant la gentillesse, la simplicité du personnel. Ah c'est pas sur la Côte d'Azur qu'on aurait eu les mêmes égards (et les mêmes prix dérisoires) : on nous a accordé une table qui était déjà réservée et dressée, les convives étaient allés se baigner mais nous avions bien le temps de nous désaltérer. Si Marseille et ses alentours rebutent tant de gens peu soucieux de gratter le vernis ou de renoncer aux clichés, nous ne nous lassons pas de ses trésors, sans chichi, modestes et pourtant merveilleux.


samedi

C'est le oaï !


La bêtise des gens m'agace puis m'amuse. Parce qu'une fois le constat d'échec et d'impuissance posé, il faut en rire, à défaut d'en pleurer et/ou de frapper de rage ses congénères. Le sentiment d'impunité qui anime de nombreux·ses automobilistes est effarant. Le respect le plus élémentaire des règles de vie en société est une abstraction totale : l'autre est considéré comme un empêcheur de tourner en rond, un obstacle à leur médiocre petit confort. Ceci dit, je sais où l'on peut trouver les milliards utiles pour reconstruire les services publics : dans le porte-monnaie de ces hurluberlus —puisque la pédagogie et l'éducation ont échoué. 

En bas de l'immeuble, ce matin, c'est le oaï ! Preuve à l'appui, la photo qui illustre ce billet. 

Voici une demi-heure que C et D ne peuvent sortir du parking de l'immeuble. C klaxonne. Derrière C, D klaxonne itou. En vain. Les propriétaires de A et B se tartinent la gaufrette des rendez-vous urgents (ou pas) que peuvent avoir C et D. Entre temps, E, F et H stationnent sauvagement et empêchent d'autres véhicules de vaquer à la suite de leur samedi. Puis la conductrice de G, animée par une envie pressante de mozzarella (qui sait) à la supérette, se gare sur la chaussée. Ça passe crème, se dit-elle. Remercions-la d'actionner ses warnings 🤣 Le chauffeur du car ZOU que vous ne voyez pas sur la photo est parti faire des pâtés de sable, il n'a pas pu faire sa manœuvre pour se faufiler par I (l'entrée du garage des cars ZOU). E, F, G et H lui font obstacle. 

Pour conclure, les badauds honnissent la conductrice B qui finit par surgir d'on ne sait où. Enfin, surgir, non. Elle flânoche. Elle balaie d'un revers de main les reproches de C à bout de nerfs. B fait une marche arrière et reprend la route sous les huées des spectateurs. Un gars passablement aviné court après la voiture et jette le café allongé de son gobelet sur le pare-brise de B qui actionne ses essuie-glaces.

Tiens, ça me fait penser au film Enragé avec Russell Crowe : une querelle entre deux automobilistes qui se poursuit en une course mortelle. 

Et vous, votre journée ?



jeudi

David est tartignole

 

On me chuchote que le David au bout du Prado est tartignole*. C'est pas faux. Mais pour les Marseillais, il est incontournable. Enfin, si, on le contourne puisqu'il se pavane au centre d'un rond-point. On le contourne par la gauche pour atteindre Borély ou la Pointe-Rouge ou encore la Madrague de Montredon où j'ai conduit l'amie Élodie, récemment, entre deux averses. Ou par la droite pour rejoindre le bas de la Corniche côté Roucas-Blanc (chez les riches) où je me rendais ce matin. J'ajoutais ma microscopique pierre à l'édifice des JO, pour la branche informatique, une dérisoire mais palpitante virgule logistique pour les répétitions générales qui se déroulent ce mois de juillet, un an avant le lancement des épreuves locales. 

Pour une quinzaine de jours, j'enfilerai un polo orné de Phryges aux yeux bleus et siroterai mon café avec vue mer Méditerranée. 


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* Tartignole : sot ou un peu ridicule ou laid. Non content d'être tartignole, Afida Turner est gênante

Merci Arbrav pour l'idée du titre de ce billet 😉👍🏻

dimanche

bons baisers de Marseille

Photo de gauche prise le 8/04 2023 au Frioul, Marseille 13007

Le plus dur, c'est l'atterrissage, le retour sur le plancher des vaches, la foule sonore du Vieux-Port. Faire abstraction, traverser le sas bruyant, le long couloir moche de la Canebière un samedi après-midi. Regagner le calme de notre appartement. Conserver le plus longtemps possible les bienfaits du voyage en bateau, les embruns, la petite rando sur l'Archipel du Frioul au large de Marseille, le pique-nique en la Calanque de la Crine, l'eau turquoise ou transparente (sélectionner le cliché exotique de son choix), les gabians* perchés qui veillent sur leur nichée comme l'eau sur le feu, crient "alerte ! alerte!" à chaque humain qui passe, la flore qui ne cesse de m'émerveiller, mes prises de vues bucoliques tous les vingt mètres, clac-clac, clac-clac, mon mec et le chien qui s'impatientent parfois, "bah t'inquiète, dit-il, ça va avec le package (comprendre : je t'aime comme tu es)". On a bien fait de penser au décapsuleur, on bougonne car on a oublié les chips, on entrechoque nos bières face à la mer, les voisins libèrent le gros tronc d'arbre échoué sur le tout petit rivage, on y réinstalle gauchement nos affaires, on renverse l'une des deux bouteilles, on bougonne à nouveau. On pense aux amis qui vont qui viennent, on philosophe un peu aussi, on observe la dame en rouge qui fait coucou de là-haut à ses collègues**, on marmonne encore dans nos barbes car elle empiète sur le périmètre des goélands qui le lui font savoir : ils virevoltent bruyamment autour d'elle. Je retrousse mon jeans pour barboter dans l'eau fraîche, je nettoie à l'eau de mer le cadeau du ciel de nos amis volatiles, le caca de gabian sur mon polo tout propre. Le bonheur ressemble un peu à tout ça, aux fleurs colorées***, éphémères, libres, que j'ai photographiées.

Bons baisers de Marseille 😘



* Les goélands leucophées (gabians en provençal) : visibles dans le ciel ou perchés sur des pics rocheux, ces grands oiseaux blancs avec des ailes grises, des pattes et un bec jaunes, dont les cris ressemblent à des rires s'appellent des goélands leucophées. Ils sont très fréquents sur la côte méditerranéenne et plus particulièrement sur les îles de Marseille. (extrait d'une des nombreuses plaques en céramique disséminées sur l'archipel)

** à Marseille, collègues signifie aussi amis

*** Quelques uns de mes clichés bucoliques 👈