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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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dimanche

Bons baisers de Charente

De retour de vacances, nous trouvons une jolie carte dans la boîte aux lettres.
Notez le joli timbre fait maison. 



Après une petite huitaine de jours passés au vert, je retrouve le bruit et la fureur de la ville. C'est dans le tramway que je réalise pleinement que je suis de retour à Marseille, quand j'entends une adolescente répondre tarpin à sa camarade.

Comme l'a dit ma mère à mon mec : "Contente de partir mais toujours contente de revenir". Quand elle rend visite à ses sœurs en Dordogne, qu'elle laisse un temps poules, chatte, oie et potager. Puis qu'elle revient et retrouve ses pénates, la confortable tranquillité des jours qui coulent dans une vaste maison à habiter, d'un immense jardin à entretenir, d'une oie à distraire car elle a perdu son jars, compagnon de dix ans.

Contents de voir du pays et des gens mais toujours contents de regagner notre maison-doux-maison. D'éplucher la montagne de prospectus et dénicher la carte postale ci-haut, produit farfelu de mon imagination que j'avais déjà oublié (suite au billet non moins farfelu qui vous a peut-être échappé : Kimberley, chienne flic).

Courtes mais réjouissantes vacances que je pourrais résumer en une liste non-exhaustive d'activités :
— Siroter une pinte de bière ambrée dans la belle ville rose de Toulouse.
— Déguster un succulent magret de canard accompagné d'une purée de patates douces au citron vert, à Monpazier, magnifique village bastide épargné par le tourisme de masse.
— Boire un bol d'air vivifiant au pied du château de Monbazillac et contempler la vaste vallée de la Dordogne et Bergerac, ma ville natale, lovée dans un méandre de la rivière.
— Arroser de champagne de joyeuses retrouvailles amicales à Prigonrieux.
— Profiter de revigorantes balades en Charente : sous-bois et chemins de terre, champs labourés et petites routes désertes au milieu desquelles ont poussé les herbes folles.
— Partager des repas en famille agrémentés de bavardages et de rires au coin du feu.
— Cohabiter avec les insectes volants ou rampants, hôtes plus ou moins désirés des vieilles maisons de campagne.
— Chercher Cassiopée sur la voûte céleste.
— Caresser la chèvre, l'âne, la jument, l'oie et des rêves de vie rurale.
— Bêcher, jardiner, tailler, bricoler.
— Créer une rocaille en mêlant ciste, fétuques, véroniques arbustives et cyclamens sauvages.
— Partager un cassoulet fait maison.
— Remplir le coffre de la voiture de confitures de figues, de coulis de tomates, de bocaux de prunes mirabelles —le tout offert par un jardin potager prodigue et par une maman nourricière.
— Courir après la chienne qui pourchasse les poussins cherchant refuge auprès de leur mère-poule.
— Jouir du confort d'une chambre d'hôtel pour couper en deux le voyage du retour.
— Remercier pour son accueil la réceptionniste et partir sans ma valise, sous son rire gentiment moqueur.
— Me traiter de cloche à fromage quand au guichet automatique du péage, je laisse échapper la carte bleue sous la voiture, me contorsionne en vain, invite les automobilistes suivants à changer de file pour faire marche arrière et cueillir la fugitive dans une flaque.
— Et penser avec gourmandise aux prochaines vacances.



mardi

1 cadeau écolo

Cueilli le 22 mai 2017 en Charente (merci Sophie)

Un trèfle à quatre feuilles.

Je ne sais pas si ça porte chance.

L'important c'est la poésie des petites choses, l'important c'est le brin d'herbe ou la rose.

Pour le cadeau en question il n'y a eu ni ouvrier ni enfant exploité. Il n'y a pas eu d'emballage plastique, de papier bulle. Pas d'avion pas de cargo ou de transport polluant. La seule particule fine en cause ? L'acrostiche composée par une activité de plein air, ma sœur, le calendrier. Le seul fret en cause, celui de la pensée. Un instant d'égarement dans la tonte de la pelouse, un pincement du pouce et de l'index.

Je ne sais pas si ça porte chance mais ça (trans)porte (de) bonheur.


mercredi

Un voyage en 205 au parfum champêtre de troène et de caca de poules




Voilà. C’est fait. Déménagement épique achevé. Ranger, vider, nettoyer une maison de campagne, ça occupe son homme. Et toute la famille. Puis il y avait l’immense jardin potager et fruitier à passer au peigne fin. Les deux abris de jardin, motoculteur, tondeuse, poulailler en kit, chats, poules et plantes. De nombreuses visites à la déchetterie du village. Et dire au revoir aux voisins, à la vieille acariâtre d’à côté, à la Dordogne qui a vu naître mes parents.

Une fois les déménageurs partis avec les 60 m3 de cargaison, je passais un dernier tour de clés et prenais la route au volant d’une vieille 205 pleine à craquer de végétaux et d’animaux. De feuilles et de plumes claquant au vent passant par la fenêtre pour dissiper l’odeur de caca de poules. Sur le siège passager, une chatte au lieu des deux initialement prévues pour le voyage.

Car il y avait deux chattes. Celle de la maison et celle du jardin. Deux cages à chat attendaient de capturer chacune leur occupante. Il était prévu de les garder à distance pendant la nuit précédant le grand chambardement. Et de les véhiculer séparément. La chatte du jardin apprivoisée par mon père avait encore des restes de vie sauvage, mais on ne désespérait pas de lui présenter son nouveau territoire, en Charente. Elle daignait se frotter à nous mais l’attraper, c’était une autre affaire. Lorsque la veille du grand jour, elle s’est avancée pour percevoir ses croquettes, je l’ai saisi par les flans pour la poser fissa dans la cage. Métamorphosée en furie, elle a planté ses crocs dans ma main gauche. Me répétant intérieurement l’adage de mon amie Karelle « la douleur est une information », j’ai serré la mâchoire et maintenu mon emprise. Je n’aurais pas droit à d’autre essai. Nouvelle morsure féroce main droite puis dans le bras. Les conseils avisés de l’entourage ne tarderaient pas à fuser. Fallait faire ci, pas faire ça, la prendre comme ci, pas comme ça. Bref. Rien n’y ferait. je décidais donc de la relâcher, le bras en sang. Bras qui doublerait de volume dans la nuit.

- Ma mère : Tu ne veux pas qu’on aille aux urgences ?
- Moi : Maman ! On a un déménagement à continuer. Si demain matin, mon bras est tout dur, oui, on ira aux urgences. Mais là, je vais désinfecter, décéder de fatigue… ou dormir. Et la chatte trouvera d’autres humains à apprivoiser…

Le jour J. Après mille péripéties que je vous épargnerai (c’est forcément là que l’imprévu pointe le bout de son nez crochu et déclenche les ennuis), perclus de courbatures, de douleurs, je prends le volant de la vieille 205 rouge.

Parés pour le grand voyage, s’y partagent l’espace une foultitude de plantes, un grand carton pour les 5 poules et le coq, une valise, et la chatte de la maison dans sa cage. M’accompagnant deux heures et demi durant de ses miaulements plaintifs et apeurés. Mes mots doux, mes explications en langue chat, mes soupirs, rien n’y fait. Je prête une oreille sourde à ses miaous éplorés et me concentre sur la route. En guise de climatisation, les fenêtres ouvertes pour dissiper l’odeur de caca de poules. En guise de musique, "radio chat" avec son lamento pour déménageur épuisé. A la faveur d’un changement de vitesse, elle m’assène un coup de griffes bien senti par la grille de la cage, réveillant le bras en charpie. Soudain, à mi-chemin, une odeur agresse mes narines, ma féline passagère au bout du rouleau m’a fait un caca nerveux. Un vrai. Le caca de poules, ça va, je connais, je maîtrise. Mais le caca de chat pour 2 heures de route, non, ça non !

Imaginez l’automobile rouge arrêtée en plein village. Le conducteur éclopé se contorsionnant pour sortir du véhicule. Et pour parachever le tableau, le coq qui signale notre présence aux 4 villageois attablés à une terrasse de café. Le coq ne chante pas, il s’égosille. Le malheureux, enfermé avec ses poules, dans une cage de fortune, manifeste son atavique fierté parce qu’une de ses compagnes avait œuvré pour la perpétuation de l’espèce. Deux œufs encrottés se sont ainsi invités au déménagement. 60 m3 et 142g.