Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

jeudi

Le pot à lait en fer-blanc

 
Je me promenais sur les blogs amis (non non, les blogs ne sont pas encore moribonds), chez Matoo puis chez Doréus, quand le récit de ce dernier, à propos de boissons gazeuses puis de bouteilles de lait livrées autrefois sur le pas de la porte a déclenché la boîte à souvenirs. 

Je me souviens du pot à lait en fer-blanc vide que je déposais à la ferme. Je traversais le vaste champ bordé de pommiers, aujourd'hui disparu, je tournais la grosse clé rouillée dans la serrure et poussais la porte de l'étable côté autorisé. J'échangeais le pot en fer-blanc vide contre un plein, perdu dans la contemplation des poussins dans la couveuse et du cul crotteux des vaches. J'échangeais quelques mots avec la bien nommée Madame Vacher. Le dimanche, je toquais à sa porte vitrée pour régler notre consommation de lait de la semaine. 

C'était au bord de la grande route que mes parents m'interdisaient de franchir, car très passante. Au-delà, une petite route, une pente raide, des peupliers longeant la Dordogne. Les orties qui me fouettaient les mollets. Et dans le fossé, l'herbe généreuse que je ramassais pour Kiki, mon cochon d'Inde.

À propos de patronymes opportuns* (ou pas), M. & Mme Vacher tenaient une ferme. J'avais une cliente, Mme Vilaine** pourtant ravissante, M. Fromage travaillant chez Danone. Et M. Labite.



---
* Séverine, sur Twitter, m'apprend l'existence du mot aptonyme :

Un aptonyme (néologisme formé sur apte « approprié », et du suffixe -onyme « nom ») est un nom de famille ou un prénom possédant un sens lié à la personne qui le porte, le plus souvent en relation avec son métier ou ses occupations (Source : Wikipedia). Exemple d'aptonyme :  Jean-Louis Cheminée, volcanologue. Exemple de contraptonyme** : Véronique Sanson, chanteuse 🤣

Mise à jour : dans les commentaires, RenéPaulHenry signale qu'il s'agit en fait d'un pot en alu. Au temps pour moi. 

19 commentaires:

  1. c'est délicieux comme rappel : comme expliqué dans Facebook j'ai aussi des souvenirs de vache, de lait frais, de traite des vaches et aussi des autres "zanimaux" de la ferme voisine : vache avec des cornes (taureau), chien qui aboie sur les vaches qui lui obeissent sur le chemin de retour leur pique-nique vers la ferme .. et toutes les bêtes a plumes : poules, canard etc.. y'avait des chevals aussi, des cochons qui grouikaient. Je ne me souviens plus du patronyme de ces gens.

    Grace à googleMap et son mode "streetview" je suis allé voir y'a quelques temps le village en question, la maison des parents, la ferme voisine et le fameux chemin où je suis allé cherché les vaches du voisin avec celui-ci et leur toutou à vaches.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai l'impression (réelle ?) que la campagne laisse plus facilement des souvenirs sensoriels agréables. La ferme, les bois, les baignades dans la rivière, les genoux maculés de terre ou de boue. Tiens, je vais voir ce qu'est devenue le quartier de mon enfance sur Maps...

      Supprimer
  2. Euh, si je puis me permettre, c'est un pot à lait en aluminium...

    RépondreSupprimer
  3. Ah... mêmes souvenirs mais en Bourgogne avec en prime le "vrai" fromage blanc de... Madame Blandin... Et pour les "aptonymes" j'ai eu pour cliente une Mme Froidure qui portait bien son nom, et connu quelques "Courtois" bien mal nommés...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne connais pas bien la Bourgogne, j'y suis allé adulte, seulement, vers Saint-Fargeau. Me suis perdu dans les bois, au soir tombant et sans GPS...

      Supprimer
  4. Et à propos des aptonymes, que penser de mademoiselle Cornichon qui a épousé un monsieur Sauce, charcutier de son état.
    Et parfaitement authentique.

    RépondreSupprimer
  5. Je suis né et ai grandi à Bayonne. À l’époque, notre quartier était à l’extrémité de la ville, et on se retrouvait très vite en pleine campagne.
    Notre lait quotidien nous était livré à la maison, et j’ai toujours connu le vieux bonhomme et son lourd bidon (en aluminium ?) plein à ras-bord du lait fraîchement trait du matin. L’engin était coiffé d’un bouchon métallique, retenu par une petite chaînette l’empêchant de tomber par terre.
    Avec une sorte de louche cylindrique faisant office de doseur, il remplissait la casserole que ma mère lui tendait.
    Plus tard son fils a pris la suite de son père à la tête de la ferme et à continué ses livraisons, mais avait dû se plier aux obligations et aux normes d’hygiène plus contraignantes, et vendait désormais son lait cru emballé dans des berlingots en plastique.
    On m’a toujours raconté une anecdote (dont je n’ai, bien sûr, aucun souvenir) et qui date de ma prime enfance : lors d’une livraison de lait matinal, j’aurais plongé sans hésiter la tétine — qui ne quittait quasiment jamais ma bouche — dans le gros bidon de lait pour m’en régaler.
    Il paraît que ma mère était sur le point de mourir de honte, mais on m’a dit que le laitier, quant à lui, avait bien rigolé.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je vois que le pot à lait ravive des souvenirs chez toi aussi ! Bonne journée Jimmy :-)

      Supprimer
  6. Ton billet m'évoque deux choses.
    La première c'est des souvenirs d'enfance en vacances à la montagne où nous allions avec ma sœur en été. On faisait exactement la même chose que ce que tu décris : troquer la boye à lait vide contre une autre remplie chez Martine. (Oui, on disait boye à lait et on le prononçait plutôt "beuille à lait" et il a fallu ton article pour que je trouve l'exacte orthographe). Une fois la mission achevée ,nous faisions souvent un détour dans une maison située en contrebas chez une gentille grand-mère que ma mère et mes grands-parents connaissaient de longue date. Cela lui faisait un peu de compagnie et nous repartions avec un ou deux bonbecs :-).
    Et le lendemain matin, on se levait au son du "tap-tap" de l'anti-monte-lait mis dans la casserole. La crème avait quant à elle été soigneusement mise à part en vue de confection de gâteau appelé "Tante Yvonne": il paraîtrait que c'est en référence à Mme De Gaulle. C'est un gâteau qui ressemble à un gâteau au yaourt mais qui monte + et qui doit faire "souitch-souitch" quand on prend un part et qu'on la presse légèrement de haut en bas (dixit la recette de famille)
    Bref, je m'aperçois que je suis limite en train de faire un billet de blog dans tes commentaires 🤣.

    Deuxième point à propos d'aptonymie : on a fait appel à une Mme Caillou, pour faire une étude de sol. Tellement rigolo...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'aime les recettes qui font souitch-souitch !

      Madame Caillou avait-elle un caillou dans la chaussure ? 🤣

      Supprimer
  7. Alu ou fer-blanc, c'est tout sympa à lire, ce souvenir!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Peu importe la boisson, pourvu qu'on ait l'ivresse ;-)

      Supprimer
  8. Nous l'appelions Madame Deux Litres. En fait, c'étaient dix litres de lait dont était rempli chacun des gros bidons suspendus à une traverse de bois dont la partie centrale était moulée sur sa nuque et ses épaules. Elle venait de loin, du pays herbager de Herve, à pied, et accomplissait chaque matin, quel que fût le temps la tournée de sa clientèle liégeoise dont elle remplissait un ou deux poêlons, très exactement.
    J'ai encore vu livrer des gros morceaux de glace équarris, déposés le matin sur la première marche de l'entrée de certaines maisons, en un temps où le réfrigérateur était loin d'être répandu.
    Il y avaient aussi les rémouleurs, qui se déplaçaient en tricycle et les acheteurs de peau de lapin. Ces deux-là poussaient leur cri afin d'alerter le voisinage.
    Cette époque est derrière nous. Tant pis mais surtout tant mieux.
    Belle journée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cette époque avait des beaux atours comme l'actuelle et des mauvais, comme l'actuelle ;-) Bon dimanche également !

      Supprimer
  9. Heureux de lire ici Jimmy Briton, qui ne commente plus guère les billets de Piel. Celui-ci a pourtant parfois le moral dans les chaussettes. Belle après-midi.

    RépondreSupprimer
  10. Dans mon enfance dans le Val d'Oise il m'est arrivé d'accompagner des ami·e·s qui étaient de corvées de lait dans les fermes qui alentour subsistait. Mes parents trouvaient que ça n'étaient pas hygiénique comme approvisionnement et faisaient partie des "modernes" qui achetaient leur lait en supermarché.
    J'ai connu le lait sous forme de berlingots avant que les briques UHT n'arrivent.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous avons connu l'époque pré-hygiéniste et nous n'en avons pas gardé de séquelles :-)

      Supprimer

Un commentaire, ce peut être un coucou, une amabilité, un point de vue divergent, un trait d'esprit, un signe de votre passage.

Pour celles et ceux qui n'osent pas (je ne mords pas) ou n'y parviennent pas, c'est tout simple :

1) Tapotez votre bonjour dans le formulaire de saisie ci-dessous
2) Sous Choisir une identité, cochez Nom/URL
3) Saisissez votre nom (ou pseudonyme ou si vous êtes timide le nom de votre cousine) après l'intitulé Nom
4) L'URL ne désigne pas l'Uto-Rhino-Laryngologie mais bien le lien d'un blog ou de n'importe quoi d'autre que vous jugerez bon d'accrocher à votre identité, la page Wikipedia de Sheila par exemple ; ou rien.
5) Cliquez sur Publier commentaire

Et le tour est joué. Elle est pas belle, la vie ?