Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

jeudi

Vol au-dessus d'un nid de couscous

Farine de pois chiche bio que ma moitié a transformée en frites de panisse —avec une mayo ou un aïoli maison, c'est à se taper le cul par terre.

Je suis vernis. J'ai un chef* à la maison. 

L'interrogation "Qu'est-ce qu'on mange ?" aujourd'hui, demain, ou cette semaine, ouvre un champ de possibles, une course au marché ou chez la bouchère qui le taquine "Mais vous avez une boutique, vous revendez nos produits, ma parole !" Nous n'y allons pas souvent mais nous amortissons notre congélateur. Pour préparer selon l'envie du moment un couscous maison, un pad thaï, des pommes de terre sarladaises accompagnées d'un enchaud offert par un ami, des mezzes et des veloutés en veux-tu en voilà. L'immense palette des épices, des condiments, à la maison, me laisse tel une poule devant un timbre-poste. J'émettais il y a quelques jours l'envie d'une huile pimentée, et pof, je rentre du boulot, je trouve sur le plan de travail un flacon plein d'une huile d'olive agrémentée de pili-pili, de basilic citronné et d'autres merveilles qu'il a su dégoter et mélanger en deux temps trois mouvements.

Quand je mets les pieds sous la table, le chef attend le verdict. 

Je me fais l'effet d'un membre du jury d'une de ces émissions culinaires** où le candidat vit l'attente comme un calvaire, les gouttelettes de sueur perlant sur le front. Dans la peau de Mercotte, je laisse le temps aux saveurs de taquiner mes papilles, je fronce un sourcil, esquisse une moue dubitative pour le torturer et, pareil à Jean-Marc Généreux dans Danse avec les Stars** je décerne un magnifique 10/10. 

Souvent nous plaisantons : "On devrait ouvrir un concept-truck (plat du jour, dépannage informatique une autre de ses marottes)". Ou un gîte pour ajouter à la recette mon expérience dans l'hôtellerie. Puis nous revenons à la dure réalité : il faudrait à mon mec dix bras pour conjuguer tous ses talents, il me faudrait sacrifier mon talent pour la lenteur, la paresse, le dilettantisme. 

— On commande des pizzas, ce soir ?


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* Participation à #IWAK (Inktober With A Keyboard), jeu proposé par Kozlika

** J'avoue, j'ai mélangé les émissions, les jurés, à dessein. 

Titre emprunté à Diglee, illustratrice et autrice - Vol au-dessus d'un nid de couscous, tome 3 du journal intime de Cléopâtre Wellington chez Albin Michel.


7 commentaires:

  1. Quelle chance en effet!
    Celui que j'envie surtout c'est ton homme! Avoir le temps, des idées, aimer cuisiner. Ce fut mon pendant longtemps. Une fois les enfants nés, j'ai eu bizarrement moins de temps. Et faire à manger pour 4 avec des goûts très différents, je tourne en rond, c'est déprimant!
    En lisant ton texte, ça m'a redonné envie... pour dans quelques années!

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    1. Il me dit souvent : t'as de la chance, tu aurais pu tomber sur quelqu'un qui n'aime pas cuisiner et achète produits transformés Sodebo etc. C'est vrai que ça prend du temps mais le plaisir de faire soi-même, c'est incomparable.

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  2. Oui, quelle chance en effet! Pour ma part j'aime bien préparer un bon repas de temps en temps, mais les repas de chaque jour, rien que pour nous 2 me lassent souvent...et mon homme se repose entièrement sur moi pour cela limitant son action au barbecue ... "épisodique"!
    Je ne connaissais pas l'expression "tel une poule devant un timbre poste " qui m'a bien fait rire !

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    1. Tu connais sûrement l'expression "comme une poule devant un couteau", c'est le même effet :) La poule est fort dépourvue !

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  3. Pour avoir moult fois goûté la cuisine du chef, je plussoie, on s'y casse le ventre ou, comme disait ma grand-mère, on s'en lèche les cinq doigts et le pouce ^_^
    PS. Ton adoption de l'horrible vocable autrice m'a un poil gâché la saveur de ce billet :p

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    1. Je savais que tu relèverais :-) le Petit Robert l'a pourtant adopté. Et je le trouve aussi dans le TILF "L'ex. suiv. est une résurgence isolée de l'anc. lang. qui employait le fém. autrice (cf. aussi auteuresse, authoresse) : ,,Exemple de vocable de la liste précédente employé par une autrice : contemporaine (...).`` (Fr. mod., t. 3, 1935, p. 71).

      J'aime beaucoup l'expression de ta grand-mère !

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    2. Oui, je connais cette justification de l’ancienneté supposée du vocable en question. Qui ne justifie rien en soi : ce n’est pas parce que ça a existé il y a des siècles que c’est valide. Si on suivait ce raisonnement (jusqu’à l’absurde, qui n’est par ailleurs jamais loin en ce qui concerne les néo-féministes) on pourrait remettre la question au goût du jour, puisqu’elle fut si longtemps et assidûment utilisée pour torturer les gens... Quitte à féminiser, je préfère nettement auteure.

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