Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.

mercredi

Confiné et caféiné


Confiné et caféiné. 

Journal de bord. Confinement. Jour 3.

Jour 1 → Le vieil homme qui promenait son chien avec des gants Mapa verts
Jour 2 → Cueillir des pâquerettes et fermer boutique

Je poursuis l'écriture quotidienne de ce journal de bord. Le périmètre géographique et physique que j'observe se cantonne à un petit kilomètre carré, "dans le cadre de l'accompagnement des besoins naturels du chien" pour citer le Ministre de l'Intérieur. Une sortie le matin. Ma moitié se charge de la sortie le soir.

Il est huit heures trente. La petite Kimberley a fait ce qu'il fallait, elle me ramène en bas de l'immeuble où les clients stoïques font la file devant la pharmacie. Je croise Shajan, notre voisine du 8e. Nous respectons le mètre de distanciation sociale —au fil de la plume, je m'aperçois de la couleur dystopique qu'adoptent bon an mal an nos vies.

— Comment vous remercier pour les attestations ? me demande Shajan.
— Oh, ce n'est rien. Un sourire suffira.

J'étais à l'hôtel hier pour aider mon directeur à fermer boutique, répondre aux mails, faire chauffer le terminal de paiement - avec mes gants - pour les remboursements de toutes les réservations non-annulables déjà encaissées, faire les sauvegardes nécessaires, voir la collègue qui, gantée elle aussi, se gratte l'oeil, et soupirer. Imprimer les fameuses attestations de déplacement dérogatoire. Pour Joëlle et Julia, nos voisines et amies de palier. Pour ma moitié désormais en télétravail, pour Shajan, qui a un jour eu la bonne idée de toquer à notre porte pour nous offrir des pâtisseries maison, alors que nous ne la connaissions ni d'Ève ni d'Adam.

— Vous aimez les cannelés ? me demande-t-elle. J'opine du chef. Elle me répond, un sourire aux coins des yeux :
— Je vous ferai des cannelés. Je les poserai sur votre palier.


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Jour 4 → Les yeux bleus du gros cochon à la craie

6 commentaires:

  1. Miam d'avance ��
    Je n'ai pas encore utilisé d'attestation... je ne sais pas quand sera ma première fois... ça va me faire une péripétie dans mon confinement ��

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    1. Voir l'attestation comme une péripétie est notre façon pour le moment d'être un peu philosophe. L'humour, aussi, nous sauve un peu de la panique généralisée. Bonne journée Carole

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  2. Ça devient très inquiétant ; je ne sais pas comment (ni dans quel état) nous allons sortir de cette situation...

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    1. Je ne suis pas anxieux de nature et je me suis senti oppressé lorsque je suis entré dans le supermarché hier. Alors je n'imagine même pas tous ceux qui sont fragiles - physiquement, psychologiquement, économiquement, socialement.

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  3. Je viens d'apprendre un nouveau mot, dystopique. Merci Laurent. Quant aux cannelés ? Je suppose que nous aurons droit à une photo. Shajan est extraordinaire. Cordialement.

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    1. Je vous conseille si vous ne l'avez pas déjà vue, la série The Handmaid's Tale (la Servante écarlate), terrifiant exemple de dystopie. Les cannelés auront bien entendu droit à un cliché. Bonne journée Pippo.

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