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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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vendredi

L'authentification à deux facteurs

L'authentification à deux facteurs 😂 J'ai vu ça sur les internets, ça m'a fait rire

 

Échange avec une utilisatrice, ce matin. Un accent à couper au couteau. Chantal jure comme une charretière. On papote. Elle me fait rire. 

— TOUS les mois, je suis obligée de vous appeler. Mes collègues, ça leur fait pas. Y a qu'à moi que ça le fait. POURQUOI ? 

Comme je la connais et qu'on a déjà échangé et ri à propos des mêmes pannes. Je me permets :

— Vous voulez que je vous dise honnêtement pourquoi ? 

— Non mais franchement, ça me fait chi-er. Allez-y dites-moi !

— (nom de l'application) c'est de la merde.

Chantal renchérit :

—  De la triple merde, oui. TOUS les mois, l'ordinateur me fait ça. Comme s'il avait ses règles. Mes collègues... (elle répète encore et encore la même chose).

— J'ai la chance de vous avoir au téléphone, pas vos collègues.

— Oh vous êtes un amour !

Je prends la main sur son poste, la dépanne en deux temps trois mouvements. "Je vous rends la main, faites-en bon usage." On se souhaite une bonne année. Une conversation sans filtre et avec autant de gouaille, de bonne humeur, ça me change de l'appel de Mélody qui a duré trente-huit longues minutes et s'est conclu par des larmes. Ça n'était pas l'affaire d'une authentification à deux facteurs (ç'aurait été trop simple). C'était un dépannage à l'aveugle comme je déteste : essayez de faire comprendre à des gens pas armés, pas formés, livrés à eux-mêmes, la différence entre une barre de navigation et la fenêtre de recherche Google. Ou la suppression des caches, toujours à l'aveugle. Bref, l'accès à son espace personnel récupéré, Mélody pleurait de soulagement, peucherette ! 


lundi

J'ai encore rêvé d'elles

Barbara, une des clientes avec qui j'ai bavardé pendant que son ordinateur patinait dans la semoule, demande à mon mec :

— C'est vous qui vous occupez de recruter vos collègues ? Parce que le nouveau... Qu'est-ce qu'il est calme, apaisant ! Quand il me parle, ça me relaxe.

Le "nouveau" en question, c'est moi 😉Je ne chante pas de berceuse mais j'endors les gens.

À propos de sommeil, vous avez peut-être remarqué que j'articule parfois mes billets autour de bribes farfelues que me réservent mes rêves ou ceux de mon mec. Nous avons eu, souvenez-vous, une visite surprise de Mylène Farmer. J'ai raconté la mystérieuse évaporation de Kimberley. C'est aujourd'hui le tour de Dua Lipa et Catherine Deneuve de peupler mes rêves. 

Si elles savaient... 

Je finalise des achats, je ne sais lesquels, je ne sais où. Et patatras, ma CB est refusée. J'insiste auprès de Dua Lipa, rien à faire. Je lui explique que ça n'est pas possible, voyons, qu'on est loin du plafond autorisé par ma banque. Dua Lipa est inflexible. Ses ventes de disques ont-elles plongé si bas qu'elle en vienne à faire des extras dans ce magasin, je ne pense pas.

Catherine Deneuve, une amie et moi-même, sommes à bord d'un yacht qui vogue à vive allure sur la Seine, de nuit. Je suis assis à califourchon sur Catherine Deneuve, tout naturellement. Personne n'y voit le moindre problème.

Sans rapport avec Catherine, je retourne à ma lecture du roman de Guy Birenbaum, Toutes les histoires sont vraies et vous le recommande chaudement 👉aux éditions Braquage.


samedi

Chou comme un chinchilla


Comme je suis très bavard sur la plateforme à l'oiseau bleu, je recycle et développe ici mes pensées. Je les assemble au gré de mon inspiration, les bouscule puis les recrache en chapitres sans queue ni tête. 

C'est parti, mon kiki. "ON NE DIT PAS C'EST QUI QUI !" s'insurge Bérénice Béjo dans le génial Coupez ! de Michel Hazanavicius. Elle dit aussi d'autres horreurs (irrésistibles) que je vous épargne.

Au boulot, mon mec a échangé avec un dénommé Chinchilla. Ça m'a fait la journée. Je lui ai demandé s'il avait une voix de... chinchilla. En vrai, ce monsieur était chou. Comme un chinchilla. Monsieur Roger Chinchilla. 

Les propriétaires ne sont pas tous de méchants bourgeois capitalistes (caricature 😉). Les nôtres nous prêtent leur voiture pendant qu'ils sillonnent le pays dans leur van familial. Deux semaines que nous faisons des sauts de puce dans le Luberon (sans accent !), à La Ciotat ou chez Auch*n pour les courses volumineuses. Eux aussi sont chou (sans x ; l'adjectif est invariable ; le légume et la pâtisserie, en revanche s'accordent au pluriel).

Sans transition. 

"Caroline, productrice d'œufs Label Rouge nous parle de ses poules pondeuses élevées en plein air dont les œufs servent à fabriquer nos Egg McMuffins." Fin de la pub McD*nald's. Moue dubitative. J'y crois moyen. La propension qu'a la publicité de nous prendre pour des jambons (avec nitrites) depuis des décennies, sans jamais dévier, m'épate, que dis-je, m'époustoufle. 

Sans rapport avec le jambon, j'observe la jeune femme joliment apprêtée, sur le chemin vers le tram. Lorsque je la vois jeter d'un geste désinvolte, son mégot sur la voie publique, je la trouve soudain moche. (billet : qu'est-ce que t'es laide !)

I love you coiffure new creation bonjour. 

Je me suis promis d'accueillir une utilisatrice avec cette annonce farfelue (extraite du fameux sketch de Muriel Robin). Je l'ai fait. Triché un peu, car je savais qui j'avais au bout du fil. Elle a ri. Elle est bon public, elle rit à toutes mes blagues. Puis, lorsqu'elle a appelé le lendemain, je me suis amusé à prendre la voix d'un robot coincé dans les années 70, quand il n'y avait ni Simone Hérault pour annoncer les trains, ni Alexa, ni Siri, ni Ok Google. Un message saucissonné à l'excès. 

— Ser-vice in-for-ma-tchique1 So-cié-té Bi-dule bon-jour. 

J'entends des gloussements au bout du fil. 

— Ta-pez sur 1. 

— Je tape sur 1 ? 

— Ta-pez sur 1. 

J'entends un bip. Elle a visiblement tapé sur 1. 

— Rien ne se passe. 

— Ba-na-ne ! C'est nor-mal. Je ne suis pas un ro-bot. 


C'est tout.  


1 j'ai donné un accent marseillais à ma voix de robot

mercredi

Irène

J'évoquais succintement mon nouveau boulot dans mon dernier billet tartiné d'huile solaire. Aux antipodes du métier que j'ai exercé pendant une quinzaine d'années, avec plus ou moins de bonheur et une foultitude d'anecdotes que j'ai glissées parmi les 344 billets que compte ce blog. Ma nouvelle occupation contre salaire me plonge dans l'univers informatique ground zero. Au contact des utilisateurs. Par téléphone et par mail. Je traduis en termes techniques les problématiques quotidiennes rencontrées par le quidam pour un employeur que je nommerai la Firme. Et c'est souvent savoureux. Jamais je ne me moque. Je dis à la personne qui m'appelle pour la secourir et qui s'excuse de ne pas trouver les mots ou les références : 

– Chacun ses talents, madame. Donnez-moi l'adresse IP de votre poste. Passez votre souris sur l'icône bleu en bas à droite, à gauche de la date et l'heure.

– Vous parlez de l'émoticone Teamviewer ? 

L'émoticone. C'est tellement mignon que je me le note pour plus tard, sans relever l'erreur auprès de mon interlocutrice. C'est sa façon à elle de désigner des outils qu'elle ne maîtrise pas et ça me va. Nouvel appel :

– J'ai besoin de vous, me dit une dame que je devine très très souriante.

Nous échangeons à propos de son urgence. Je prends la main sur son poste. Je lui demande de se déconnecter de sa session puis de se reconnecter à nouveau. Du temps (comme on dit ici), on papote. 

– De quoi voulez-vous qu'on discute ? 

– Eh bien, par exemple, je peux vous dire que je connais désormais une Irène sympa. 

Je l'entends rougir :

– Oh, merci ! Mais pourquoi ? Qu'a donc la Irène pas sympa que vous connaissez ? 

– C'est le genre aigri. À ne sourire que si elle se coince les doigts dans la porte. 

On rit. Je parviens à la dépanner. Elle se confond en remerciements, on se dit que la vie n'est pas si moche après tout.