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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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dimanche

Graff !


Comme je n'aime pas garder pour moi seul les belles choses, je vous livre quelques clichés de graffs que j'ai récemment capturés. Il y en a pour tous les goûts. D'abord un tout frais d'aujourd'hui en trois photos, Marseille 4e arrondissement. 



Puis une magnifique méduse qui déploie ses tentacules sur une façade dans la rue des Trois Rois, à deux pas du Cours Julien. 
 

Enfin un renard et un paon qui offraient leurs couleurs chatoyantes avant qu'on les recouvre d'autres animaux ou motifs. Art éphémère ! Il ne reste du renard et du paon que le souvenir, la photo qui suit. Les passants gourmands de street art les ont certainement immortalisés.


Et vous, comment allez-vous ? Quelles sont les couleurs de votre dimanche ?

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Si les artistes (ou collectifs) ayant commis les graffs cités dans ce billet voient ici leurs œuvres, qu'ils se dénoncent 😉 dans les commentaires, je les mentionnerai, bien entendu. 

L'album photos est 👉ici !

mardi

Timbrée

Des timbres-poste à l'effigie de Kimberley

Ce soir, le PDG de la start-up nation France annonce des mesures qui ont été diluées, comme d'hébétude, dans la presse. Un allègement des contraintes. Et dans les supermarchés, le soulèvement des bâches qui empêchaient la vente des jouets et des vêtements. Hors de question de déconfiner, va-t-il dire. Fin de la blague. Hormis mon séjour prolongé à domicile, je n'ai pas vu de différence entre le déconfinement et le reconfinement : même circulation humaine dans les rues incluses dans mon kilomètre carré. L'État va continuer de verser des aides aux entreprises pour que les gens continuent de se promener le masque sous le nez. 

Pendant ce temps, je lis, je joue, je prépare des timbres à l'effigie de la petite Kimberley

lundi

La dinde illuminée

Illumination de Noël dessinée par des enfants de Newburgh en Écosse © Poppy McKenzie Smith sur Twitter 


Confinement Saison 2 — jour 25. Les pies jacassent dans les pins parasols qui dressent leur lointain souvenir de nature sur le gazon du parking de la résidence. Des planches s'entrechoquent dans un coin de chantier hors de vue, une souffleuse thermique a remplacé l'huile de coude et achève son vacarme dans une cour d'immeuble, l'amie voisine fouette une préparation, le soleil me caresse le visage, je tapote des lettres qui deviennent des mots épars, des phrases conjuguées, des idées décousues. J'alimente ce journal de pensées caféinées. Je traîne mon oisiveté sur le petit oiseau bleu qui vocifère plus qu'il ne chante, je mets à distance l'agacement et me concentre sur la poésie plutôt que sur le lisier, l'innocence plutôt que le sarcasme, une dinde illuminée* dessinée par des enfants de primaire à Newburg en Écosse. J'ouvre le MMS envoyé par ma sœur et observe avec tendresse le hérisson qui gloutonne les croquettes de la chatte de ma mère. Le lilas dans son pot bourgeonne déjà ; there's no more seasons my poor Lucette. 


* L'histoire de ces illuminations dessinées par des enfants est racontée dans Ouest France (article)

Billet extrait de Confinement — saison 2

vendredi

Une fraise et un bout de banane enrobés de gentillesse




11h55 au Palais Longchamp, mamans ou grand-mamans, bambins et poussettes quittent le jardin d'enfants derrière le kiosque à musique où s'ébroue un couple de danseurs, au soleil. Au pied d'un tilleul sans feuille, les gourmands qui ont échappé aux jardiniers des espaces verts de la ville caressent l'arrière-train du matou qui s'approche de mon banc. À la recherche d'un brin de compagnie, il s'étend de tout son long sur le banc de pierre que j'occupe depuis une petite heure. Les quatre fers en l'air, il accepte la caresse furtive de l'humain passant par là.

Perdu dans les méandres du roman de Jonathan Coe dont je termine la lecture, j'écoute le pépiement des oiseaux, j'absorbe l'immensité du bleu sans nuage au-dessus de ma tête. Je songe à l'absurdité de ce monde et des gens qui l'habitent, l'abîment, le contemplent et le façonnent. L'imaginent, le réinventent, le réparent.

Je songe à la dame qui a sonné chez nous pour nous offrir deux parts généreuses d'un gâteau aux pommes. C'est la troisième fois qu'elle nous gratifie de ses talents de pâtissière. Mon homme l'a dépannée il y a quelque temps déjà. Il a d'ailleurs dépanné informatiquement, gracieusement, la moitié des gens gentils du quartier et je bénéficie de leur reconnaissance par ricochet. Ce matin, notre épicier Jo, a donné à la petite Kimberley deux fraises dont elle s'est pourléché les babines. En d'autres occasions, un kilo de chocolats, un panier garni de fruits, un panettone, des tiramisus maison au Kinder Bueno et d'autres gourmandises pour le remercier d'un téléphone réparé, d'une connexion retrouvée, de l'installation d'une caisse enregistreuse, de l'ordinateur de Jackie, la sœur de la sœur de Jo, qui nous a invités chez elle et cuisiné un couscous maison à se taper le cul par terre.

La gentillesse, le savoir-vivre, ne sont pas pas encore tout à fait carapatés avec l'époque qu'on afflige à tort de tous les maux. L'époque a bon dos, on se trompe de cible.

Il est temps de regagner mes pénates, mettre en forme ce billet de blog foutraque, profiter de ma journée de repos dans ma position préférée (horizontale), tour à tour marmotte, paresseux ou ours. Et comme le hasard fait bien les choses, c'est avec Joëlle notre voisine et amie de palier que je rejoins nos appartements. Elle aussi avait eu la bonne idée de passer par le parc. Nous papotons, nous projetons une virée en Ardèche pour son anniversaire. Nous prenons congé l'un de l'autre et je retrouve la petite Kimberley jamais avare d'allégresse.

Qu'on la sorte pour satisfaire ses besoins ou pour la promener, qu'on lui donne sa part de croquettes ou un bout de banane, qu'on prenne quelques minutes de notre temps si précieux pour jouer avec elle, elle exprime une joie pure et sans pareille. Je me dis souvent que le monde gagnerait à exprimer son contentement, comme notre chienne, pour les choses les plus simples du quotidien.


lundi

Le colis sur un tabouret en moumoute orange

Notre Colis voit du pays :
1. Chez notre épicier
2. Censé arriver près de chez notre amie
3. Là il sera finalement livré
4. Là où nous prendrons un chocolat chaud (ou une bière, ou un pastaga)

Zut. Je m'aperçois que l'illustration et la légende ont divulgaché* le billet qui suit. Tant pis. Qui m'aime me lise.

J'ai l'habitude de confier mes colis à mon cher épicier. C'est la voie que je destine à mes cadeaux de Noël et d'anniversaire (quand j'y pense). C'est économique, c'est pratique. Quand ça fonctionne.

J'étale sur le parquet de la chambre d'amis le papier cadeau orné de homards, les rubans colorés, le scotch fantaisie, la carte et les feutres de couleurs. Au son de Eurythmics sur ma platine disque, je prépare un paquet pour l'amie Mireille dont c'est l'anniversaire le 16 novembre. Nous sommes le 9 et dans les temps. La petite Kimberley m'apporte son poulpe en peluche — elle n'apprécie pas que je joue sans elle.

Comme notre imprimante a consciencieusement assimilé l'obsolescence programmée voulue par Epson pour ne pas les citer (l'association HOP fait un travail remarquable sur le sujet : lien), nous optons pour le QR code qui nous exempte de l'impression d'une étiquette et remettons le paquet à Joseph qui tient la boutique en bas de chez nous ce samedi soir. Nous avons bon espoir qu'il parvienne à destination le samedi d'après. On a de la marge. On suit sur la toile le voyage du paquet dans les méandres de Marseille, dans les tuyaux de Relais Colis, ses intermédiaires (transporteurs) et ses sous-traitants et ses sous-traitants de sous-traitants.

Vendredi, soit une semaine plus tard.
Le 15 novembre à 15h18 : votre colis est arrivé à l'agence de distribution Relais Colis.

Samedi. Jour de l'anniversaire de l'amie.
Le 16 novembre à 11h44 : votre colis a mal été dirigé. Le délai de livraison pourra être rallongé. Arg. Nous ne saurons pas si le livreur n'a pas su déchiffrer l'adresse ou s' il n'a pas pu s'acquitter d'une charge de livraisons irréalisable ou s'il a préféré le laisser où ça l'arrangeait. 15h02 : votre colis a été re-dirigé vers un autre Relais Colis. Nous nous faisons une raison. Le temps du week-end, le cadeau dormira dans la pénombre d'un entrepôt ou d'une camionnette de location.

Lundi.
Le 18 novembre à 15h15 : votre colis est en cours de livraison dans votre Relais Colis. Notre ? Euh. Pas celui qu'on avait choisi, le point d'accueil marchandise à côté de chez Mireille. Mais une autre échoppe, à quelques pâtés d'immeubles du point de départ. Soupir.

"Prend-on la vie autrement que par les épines ?" écrivait René Char.

Comme je me fais ici souvent le chantre du verre à moitié plein, je cherche une issue sans aigreur, sans lamentation. Je propose à mon homme d'appeler notre amie pour l'inviter à venir jusqu'à nous. Nous irons la chercher au métro Cinq Avenues, nous cheminerons bras dessus bras dessous jusqu'à la boutique que nous n'avons pas choisie, nous l'emmènerons ensuite au Monsieur Madame Café siroter un chocolat chaud ou une bière ou un pastaga selon l'heure, les coudes sur une table en formica, les fesses sur des tabourets en moumoute orange, le regard attiré par l'affiche Myriam qui promet d'enlever le bas ou par les bibelots à l'effigie d'E.T., l'extra-terrestre. Et nous trinquerons à l'incurie de Relais Colis qui a permis que nous nous retrouvions physiquement.


* mot valise québécois mêlant divulguer et gâcher pour remplacer spoiler
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Pour aller plus loin (et dans le désordre) :
⇨ Zette and the City qui revient à pas de velours dans la blogosphère : Pour Noël, on veut du vieux, mais avec du neuf !
HOP : halte à l'obsolescence programmée.
⇨ Le billet Quand mon primeur joue au facteur racontait avec bonheur et naïveté le rapport privilégié que nous entretenons avec Joëlle et Joseph.
⇨ Ce qui se passe quand vous vous faites livrer un colis en point relais : l'article de Slate.
⇨ Mireille, c'est la "gentille dame" en fin du billet Voisin, voisine, pas tranquilles.



À la postérité

Fiou ! Ça fait un bail que je n'ai pas commis de billet de blog. Certains d'entre vous savent que je m'éparpille sur les réseaux sociaux. J'y sème des bouts d'histoires, d'anecdotes de mon quotidien d'hôtelier, j'y pose mes pensées impérissables et beaucoup d'âneries. Parce que la vie n'est ni un lit de roses ni un infâme bourbier. Parce que le monde est assez pollué au sens "propre" et au sens figuré du terme, pour ajouter du noir au noir, du malheur au malheur, de l'immonde à l'immonde. Chers et fidèles lecteurs, vous connaissez la "politique éditoriale" de ce blog : je milite régulièrement pour le verre à moitié plein (lire La très vieille dame à l'arrêt Paulette).

À travers 24 modestes tweets (je m'suis trompé dans le décompte), je livre un tableau chamarré et personnel des petites choses qui m'enthousiasment, un instantané façon puzzle que j'ai composé pour la postérité1.

Enfin (et avant de vous égarer dans la matrice Twitter), j'invite ceux qui ne maîtrisent pas le jargon RS* à assouvir leur curiosité en lisant mon petit lexique fait maison à la toute fin de ce billet.

Amicalement,
Laurent.

CLIQUEZ sur le mot "polystyrène" ci-dessous pour afficher le thread des 24 tweets (pelote à dérouler). Ça marche aussi avec le mot "bonheur" :)


Petit lexique fait maison :
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RS : Réseaux sociaux. Qui n'ont de social que le nom. Enfin, tout dépend de l'usage que l'on en fait. La télé, internet, Netflix, etc. flattent tant votre intelligence que vos bas instincts, il suffit de faire les bons choix. Brigitte, si tu me lis, merci pour les fraises qui germent en ce moment !

Trolls : Plusieurs acceptions du terme. Pour moi, un troll est un internaute qui juge les faits et gestes de ses contemporains sans jamais bouger le petit doigt pour améliorer le monde. Synonymes : pisse-vinaigre, inquisiteur, fouille-merde.

Social justice warrior : Variante du troll prétendument justicier, redresseur de torts en carton.

Fav. : Favori, like, petite étoile devenue cœur sur Twitter.

Gif : \ʒif\ ou \ɡif\ masculin invariable. Acronyme de Graphics Interchange Format, format populaire sur la Toile mondiale, souvent extrait de vidéos tendant à ridiculiser ou synthétiser une idée, un slogan. L'invitée de l'émission culturelle et éducative de Evelyne Thomas, Meryem, 24 ans, est désormais moins célèbre que le gif qui la représente dans son inoubliable réplique "j'suis pas venue ici pour souffrir, okay ?"
Homonyme : Gif-sur-Yvette, commune située dans le département de l'Essonne.

Shitstorm : Littéralement, tempête de caca. Déferlement de commentaires haineux des mêmes trolls ou redresseurs de tort en carton mentionnés plus haut. Si ces âmes confites dans leur bêtise pouvaient manger leurs déjections au lieu d'en badigeonner leurs victimes, le monde se porterait un peu mieux.


Bonus :
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1 Ce soir,
Si j’écrivais un poème
pour la postérité ?
fichtre
la belle idée

je me sens sûr de moi
j’y vas
et à la postérité
j’y dis merde et remerde
et reremerde
drôlement feintée
la postérité
qui attendait son poème

ah mais

Raymond Queneau (1903-1976), L’Instant fatal, 1948


vendredi

Le vieil homme et le canari sur un banc public à Cinq Avenues



Sur un banc public à la sortie du métro Cinq Avenues, un homme, la soixante-dizaine dégingandée tire nonchalamment sur sa cigarette. À ses côtés, une cage à l'intérieur de laquelle siffle un canari, imperturbable malgré le tohu-bohu de la circulation, des bus et des ados braillards que crache la bouche de métro. Il est 16h56, les passants se croisent avec talent. Jambes croisées sur un jean gris délavé, l'homme rythme ses pensées en agitant un pied chaussé d'une basket bleu marine. Une main calleuse d'ouvrier à la retraite, j'imagine, tapote l'accoudoir. Des effluves de pétards allumés sans pudeur par des gamins voués à eux-mêmes et attifés de sinistre façon polluent l'air. On promène son chien, son petit-fils, son ennui ou son humeur bucolique au Parc Longchamp d'à côté. Mon vieil homme de 16h56 a emmené quant à lui son canari voir du pays et pousser la chansonnette sur un banc public à Marseille.

samedi

Tu tires ou tu pointes ?

Philippe Geluck - Pétanque. Vitre brisée. 

Ce blog fête ses 670 000 visites. Incessamment sous peu : nous avons affaire à un pléonasme, comme au jour d'aujourd'hui est une tautologie au même titre que l'expression monter en haut ou descendre en bas, quoiqu'il est possible de monter en bas de laine ou de viscose et de descendre en haut rayé ou en négligé de soie.

C'était la minute Maître Capello. Que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Comme ils ne peuvent pas connaître le temps où les blogueurs communiquaient entre eux, se rencontraient, se roulaient par terre de rire ou d'ivresse. Se défiaient aussi. Se traitaient de noms d'oiseaux et se rabibochaient.

Chouyo est à l'initiative de ce billet. Vedette* de la blogosphère qu'un concours de circonstances a mise un jour sur ma route, rue Marie-et-Louise à Paris. Quand j'étais parisien.

Aujourd'hui marseillais depuis presque cinq ans, je vous narre des bouts d'anecdotes :

Anecdote.

Marseille. Métro Cinq Avenues, je me faufile et me glisse dans la file d'usagers achevant leur trajet en métro. Chacun sur sa marche d'escalator. À droite, généralement. Les plus pressés dépassent à gauche. Parfois ça bouchonne. J'approche du bouchon en tête duquel une dame, la soixante-dizaine à l'allure pétulante marmonne. Les gens devant moi lui demandent courtoisement de se décaler sur la droite pour laisser la voie. Elle refuse et continue de bougonner. Bouche bée et néanmoins stoïques, mes co-voyageurs et moi-même atteignons le parvis à l'extérieur. Je ne peux m'empêcher de commenter à voix haute : "Moi je, moi je, moi je... Les autres n'existent pas pour cette dame."

Elle se retourne et me jette un argument en béton armé : "S'ils sont pressés, qu'ils prennent l'escalier central.
- Oui oui, les soixante et quelques marches. Vous pourriez simplement vous décaler, non ?
- Non.
- Mouais, vous vous en fichez des autres.
Et elle me balance un "je m'en bats les couilles" dans les gencives.
- Comme c'est élégant, dis-je.
Elle éructe et nous offre de nouveau son "je m'en bats les couilles", sa marque de fabrique qui laisse les gens alentour sans voix ou hilares.

Anecdote.

Au Monoprix boulevard de la Blancarde, le vigile fatigué pose sa tête sur l'épaule amie de la chef de caisse. Il surprend mon regard et se ressaisit, non sans m'adresser un clin d'oeil complice.

Anecdote.

Mon homme et moi-même dormons fenêtres ouvertes car il fait chaud. Il arrive qu'en bas, dans la rue, on s'invective, on klaxonne, on** partage sa musique au gré de son voyage en voiture, on croit que la ville est un décor de cinéma en carton pâte, sans habitants. Mais rien de bien méchant. Sauf que cette nuit-là à une heure du matin, un bruit étrange me réveille, un bruit métallique assortis de borborygmes. Je me lève, ensommeillé et néanmoins irritable - le réveil est attendu quatre heures plus tard. Je m'accoude au balcon et constate. Au bar PMU habituellement calme, ça joue à la pétanque, ça dit je suis l'arbitre, si ça bute tu paies ta tournée, ça pointe et ça tire sur les barres en fer qui empêchent de se garer, ça joue aux boules sur la voie publique. Et le sommeil gâché, j'échafaude des scénarios vengeurs où les voitures passant par là leur rouleraient dessus et qu'en plus de la police municipale dépêchée sur les lieux, une ambulance attendrait de prodiguer les premiers secours à nos boulistes noctambules.

La police les a calmés. Le bar PMU a baissé le rideau de fer. Et votre serviteur s'est rendormi.

Fin des anecdotes.


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* et auteure de 240 pages publiées chez Stock : Prof jusqu'au bout des ongles.
** les gens balek comme la dame à l'allure pétulante, mais l'habit ne fait pas toujours le moine ni la dame bien élevée.
*** illustration : Philippe Geluck ©

mercredi

La dame avec une chiffonnade de plastique sur la tête

Une pensée dans ma rue, Paris

Mon humeur paresseuse butine les bribes d'un tableau démesuré, sombre et chatoyant à la fois, la poésie de minuscules instants volés. Au détour d'une impasse, un plant de persil partage l'asphalte avec un mégot qui a poussé là par l'opération du Saint-Esprit. Vagabonde, une boule plumeuse de pissenlit vole au vent, se poserait presque sur l'épaule de la dame couronnée d'une extravagante chiffonnade de plastique, rue Bréa. Au lieu d'attendre au salon de coiffure que la chimie n'opère, la dame sirote un verre de cidre à la terrasse de la crêperie attenante. Je parcours deux petits kilomètres à vélo jusqu'à la rue Mouffetard, je me laisse porter jusqu'à la boutique de vrais-faux souvenirs parisiens fabriqués en Chine, la bien-nommée Obj'ai trouvé. Je trace encore ma route et chine un je t'aime sur un mur défraîchi de la rue de Sévigné. Je glane un C'est l'été, j'en d'août écrit à la craie bleue sur un trottoir de la rue Lamarck. J'attends des amis et j'observe mes voisins de tablée. Il lit Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, elle lit France-Dimanche. En couverture Johnny Hallyday refuse de s'alimenter. Je me serais peut-être abîmé dans l'empathie si mes amis n'avaient brusquement paru. Nous buvons la bouteille de vin blanc de l'amitié. Elle porte en bandoulière le soleil pour sourire et un sac brodé de fleurs et d'une maxime naïve comme je les aime : La vie est belle. En rose, évidemment.

La vie est belle, par Danielle

mardi

1 cadeau écolo

Cueilli le 22 mai 2017 en Charente (merci Sophie)

Un trèfle à quatre feuilles.

Je ne sais pas si ça porte chance.

L'important c'est la poésie des petites choses, l'important c'est le brin d'herbe ou la rose.

Pour le cadeau en question il n'y a eu ni ouvrier ni enfant exploité. Il n'y a pas eu d'emballage plastique, de papier bulle. Pas d'avion pas de cargo ou de transport polluant. La seule particule fine en cause ? L'acrostiche composée par une activité de plein air, ma sœur, le calendrier. Le seul fret en cause, celui de la pensée. Un instant d'égarement dans la tonte de la pelouse, un pincement du pouce et de l'index.

Je ne sais pas si ça porte chance mais ça (trans)porte (de) bonheur.


mercredi

Elle croque des portraits dans le métro



Dans le métro, elle croque des portraits.
Je la vois.
Un jeune homme s'assied. Elle le dessine.
Je les vois.
Elle lève le regard, le baisse, le lève au gré des coups de crayon.
Elle le regarde.
Ils ne me voient pas.
Il descend du train. Elle descend et le suit.
Je descends et la suis. Je les suis.
Je ne suis pas dans ses croquis.
Ils sont dans les miens, dans mon esprit. Je les possède, ils ne le savent pas.
Après quoi court-il? Elle lui court après.
Elle le perd de vue. Je l'ai perdu.
Elle s'arrête, s'assied, ouvre son cahier, le regarde qui est parti.
Elle dessine les gens qu'on ne voit qu'une fois dans sa vie.
Ces gens, je les regarde qui lisent par-dessus l'épaule, qui pensent, se taisent.
Je regarde ce silence.
Elle écoute les traits de ses esquisses.
Ils sont à elle.
Ils m'échappent encore.


(Réédition du 25/03/07)