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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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jeudi

Les réseaux sociaux saynul

 

à l'angle des rues Lepic et Robert Planquette - Paris 18e

Tandis que je réponds au mail de Placide Bertrand (ça plane pour moi hou hou hou hou*) qui a un souci de VPN, je papote avec mon mec qui, en télétravail, ouvre le colis qui m'est adressé.

– Oooooh, dit-il moqueur, un mug. C'est vrai qu'on n'en avait pas assez.

On ne critchique** pas mes cadeaux. Surtout quand ils viennent des réseaux.

Les réseaux, les blogs, c'est nul, disent, écrivent, chouinent beaucoup d'éditocrates. Bah non. Pas que. Chouettes, souvent. Sources de rencontres, de bavardages, d'échanges, d'émerveillement parfois. Si si. Il faut juste ouvrir sa comprenette, ses mirettes et tourner sept fois sa souris sur son tapis avant de cliquer-envoyer son avis scientifique ou géopolitique. 

Mais je m'égare, Edgar.

Station Simone, la web radio m'a offert un joli mug à son effigie. Anne m'a envoyé le roman d'un auteur britannique et contributeur à Charlie Hebdo qu'elle a la chance de connaître. tilly me tend ses chroniques à propos du jazzman Marcel Zanini. Fanny a dessiné le joli sac qui illustre ma Nonnette au miel des petites choses. Élodie un plateau happy, un mug bonjour chaton et une belle amitié. Ervé dont j'ai fait la connaissance lors de mon périple parisien me confiait avoir rencontré 112 humains grâce à internet. Je ne suis pas loin du compte, même si, nous sommes d'accord, c'est la qualité qui importe. Et les cadeaux sont aussi immatériels : un verre de jaja, un dîner, une toile, un concert, des moments de partage, des idées qui fusent, des réflexions qui chamboulent, des rires à gorge déployée. Et des étreintes en veux-tu en voilà lors de mon récent séjour parisien.


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* Vous avez la réf ? L'utilisateur que je dépanne porte presque le même nom que l'interprète de la chanson variétés punk. Roger Marie François Jouret dit Plastic Bertrand a confié ne pas être l'interprète du titre avant de revenir sur ses propos. 

** Les Marseillais mettent des tch à presque tous les t.

dimanche

je titille tilly

 


— Tu vois, dit tilly, c'est bien les lunettes, ça cache les cernes.

— C'est aussi pour ça que je les porte, dis-je.

— Bon, moi, il me faudrait une barbe.

— Si tu veux, je nous pixellise... 

Voilà la petite histoire de l'illustration du billet. En clignant* des yeux, vous reconnaitrez ma barbe poivre et sel (que jalouse l'amie blogueuse), le joli pull rose qu'a mis tilly pour donner un peu de couleur à la grisaille de ce dimanche, nos lunettes et les deux tasses de café fumant.

Nous avons pris des nouvelles l'un de l'autre, parlé théâtre, Paris, voyages, littérature et avons surtout rempli nos cabas respectifs de conseils et d'idées. tilly a promis qu'elle nous raconterait sa brève rencontre avec le romancier Douglas Kennedy sur l'île grecque de Kastellórizo.

 

* Ne me dites pas que vous avez cligné des yeux ! c'était une blague !

tilly donne envie de lire 👉 son blog


mardi

Bye bye Régine

Encore un peu de légèreté. Les billets légers, je sais faire. Légers sans être creux, j'espère. 

J'ai déjà raconté ici et là mes rencontres furtives avec des vedettes, des artistes, des stars parfois. Habiter Paris facilite les choses. Travailler dans l'hôtellerie aussi. Allez, un peu de name-dropping. J'ai papoté avec Petula Clark, Tilda Swinton, Jessica Lange, Paris Hilton, Robert Hossein, Elsa Zylberstein, Audrey Tautou, Pierre Etaix. J'ai tenu la jambe à une ex-gloire du théâtre français. J'ai joué la doublure main de Jean Alesi mais sans le croiser. J'ai taté des œufs dans Amélie Poulain, rue Lepic.

C'est en 2014. Un lundi de mai. Le tout-Paris est convié au Balajo, dancing mythique de la rue de Lappe, à Bastille, pour une soirée guingette sous la houlette de la reine des nuits parisiennes, Régine. Un verre de vin blanc à la main pour me donner une contenance, car je n'ai jamais été à l'aise dans les soirées people, j'approche de l'interprète de La grande Zoa, je veux lui dire merci pour l'invitation et bravo pour sa carrière :

– Bonsoir, je...

Armée de sa gouaille légendaire, elle m'interrompt et dit :

– Je vais faire pipi. 


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Régine est morte le 1er mai 2022 à l'âge de 92 ans. (Télérama)

Et en tête de gondole : une nonnette au miel des petites choses

 

 


Une fraise à Paris

La carte postale que je n'ai pas osé envoyer 😂
 

⚠️ Avertissement : ce billet contient une multitude de liens, autant de digressions que je soumets à votre sagacité.

La tête dans les nuages, tant littéralement que métaphoriquement, je me poste à un coin de rue pour photographier le chien assis sur une chaise cannée en terrasse du Maximilien, Paris 12e. Emmitouflé dans son pull en mohair, il darde sur moi son œil interrogateur tandis que je m'efforce d'échapper à la curiosité de sa maîtresse. Le toutou a bien failli illustrer ce billet de blog mais je lui ai préféré la fraise sur le Champ-de-Mars. Ah Paaaaaaris, comme dit mon mec avec la gouaille d'un Parigot des faubourgs, pour se moquer tendrement de mon addiction à cette ville.

Au Voltigeur, le poney n'a pas l'air de follement aimer les carottes.

N'en déplaise aux promoteurs (j'emploie le terme à dessein) du hashtag #saccageparis sur les réseaux, je n'ai pas vu la ville qu'ils fustigent. Tout n'est pas rose ni magique. Je vois la misère, l'incurie, la saleté, l'incivilité mais ni plus ni moins que dans n'importe quelle autre métropole. En un mot comme en mille, Paris provoque toujours chez moi le même émerveillement. Et beaucoup de choses ont changé, en bien ! Une nouvelle sortie de métro a jailli ici, une rue piétonnisée là, des enclos végétalisés, une Samaritaine à qui on a enfin rendu sa superbe, et j'en passe des gerbes d'orties qui ravissent la faune et le côté bucolique de votre serviteur et horripilent les pisse-vinaigres qui n'ont souvent (j'ai vérifié) qu'un os à ronger sur les réseaux.


Et au milieu coule un fleuve

Je n'ai hélas pas pu serrer dans mes bras toutes les personnes que je souhaitais enlacer. J'étais tiraillé entre l'envie de revoir amies, collègues, "potesses" et potes des réseaux, et le besoin d'explorer seul ma ville de cœur, d'assumer ma part d'ours mal embouché, d'ermite à Paris. L'amie Élodie avec un accent aigu sur la majuscule a bien compris la bête quand elle m'a proposé une fenêtre de rencontre entre 15h et 1h du matin, ce vendredi. Rep à ça Chronopost ! Dans le marathon Téléthon Gaming qu'elle "surveillait" comme l'huile sur le feu, elle n'avait qu'une pause clope à m'offrir et je l'ai volontiers saisie. Longue étreinte, joie de se retrouver, rires, chaleur humaine. À propos de clope, je souligne ici la gentillesse d'une Parisienne qui me demande si elle peut fumer sans me déranger. Avec le sourire. Et les notes au stabilo fluo rose que j'aperçois sur son agenda. Pfiou, j'envisage déjà la longueur de ce billet, comme un dimanche sans pain et je vous alerte. It's a never-ending story. Assis sur une chaise cannée rouge vif, je sirote le bonheur d'un moment au soleil, rue des Martyrs. Alors que je fourrage dans mes affaires en quête de sous pour payer mon café, je réalise que je n'ai pas de monnaie. Le serveur me désigne un distributeur en bas de la rue. Il me laisse partir avec armes et bagages, à la recherche d'espèces, sans exiger de moi en garantie un poumon ou un effet personnel moins essentiel. Il a confiance, le bougre. 

Vous me direz que je m'extasie d'un rien. Essayez, vous verrez le bien que cela procure. 

Au 27, Madame, le détail exquis est dans un coin de la salle, dans le creux de l'assiette, dans la douceur de l'accueil de ses hôtes.

— On m'a dit de vous accueillir avec une coupe de champagne, annonce avec un air de malice la dame du 27, Madame, où je déjeune avec mon amie clodoaldienne. Nous ne l'avons pas contredite, malheureux ! Des poireaux vinaigrette framboise, un dos de julienne beurre citron, une mousse au chocolat et une deuxième coupette plus tard, nous nous sommes pris dans les bras comme si mille ans nous avaient séparés. Ce n'est pas tant le temps que la distance qui fait obstacle. Je fais désormais mienne (et la comprends) la réplique de Galabru dans les Chtis : le noooooooorrrrrd. Paris, vue de Marseille, c'est un peu le Groenland. 

Ton sur ton.
 

Le monde est tout petit. Paris est tout petit. Mathieu, le patron de la boutique Dis bonjour à la dame, gentiment coupable d'un croquis sur fond jaune avec le chat de ma môman et de la petite Kimberley qui fait pipi comme un garçon, connaît Charles Nouveau l'humoriste que j'ai applaudi jeudi rue Volta. Lui et l'ami marseillais lui rendant visite n'ont pas vu le spectacle et je leur en parle. Assis au premier rang dans ce café-théâtre à Arts-et-Métiers, je ris derrière mon masque, j'applaudis l'artiste qui échange avec les deux enfants (de 11 et 13 ans) dans l'auditoire et dit aux parents : vous verrez, quand ils sortiront de la salle, ils n'auront plus le même âge. Avec des sujets comme la dépression, la mort, la petite mort, le suicide, sa "grand-mère la p*te", évoqués avec une drôlerie aussi piquante que jubilatoire, c'est évident. Charles Nouveau a un air de Blanche Gardin mais sans la robe bleu pétrole mais avec la barbe. 

Quelques rues plus haut. 

Mylène Farmer vue par Oja

À la recherche du collage Mylène Farmer de l'artiste Oja (j'ai photographié son Catherine Deneuve jeudi rue des Francs-Bourgeois, trônant fièrement à côté d'Ellen Ripley ou Maria du mythique Metropolis à Abbesses), mon oreille indiscrète intercepte la saillie d'un passant impudent : 

— Y a pas besoin d'avoir 300 000 euros pour avoir une maison. 

— Hmmm, marmonne sa compagne. 

Devant une palette surmontée d'un matelas lui-même surmonté d'une tente où loge la femme ou l'homme qui n'aura pas le loisir de balancer dans la tronche du cynique un des bibelots qui ornent son abri de fortune, les bras m'en tombent. 

Je préfère écouter mon voisin de tablée annoncer doctement à ses amis : j'ai arrêté de me ronger la peau des doigts. À la terrasse du Sancerre, je bois un verre de Chablis, je songe à mes jeunes années, si si, où je refaisais le monde, ici-même, avec mes camarades du Cours Périmony, il y a vingt ans, où je tirais le diable par la queue, vivant à la va-comme-je-te-pousse mon rêve de théâtre. 

Sur le trottoir d'en face, ça photographie la brasserie d'à côté, le Vrai Paris, qui n'a rien de vrai. Je lutte contre mon aversion pour la foule, criarde, oppressante ; je ferme les yeux sur les Monop', les boutiques franchisées, les agences immobilières tous les vingt mètres qui défigurent depuis belle lurette les Abbesses, la rue Lepic. Je ne jette ni le bébé avec l'eau du bain ni Paris avec les touristes qui la font vivre, je m'attendris plutôt sur la tablée d'Italiens qui célèbrent leur séjour à Paris autour d'une bouteille de Saint-Émilion alors qu'il n'est que 16 heures. 

Pas un passage à Paris sans une promenade à Montmartre, même nocturne.

Rue Tholozé, je franchis le seuil de ce cinéma art et essai, le Studio 28 qui s'enorgueillit de luminaires dessinés par Jean Cocteau, je me perds dans la contemplation du livre d'or confiés à l'inspiration en dents de scie de ses spectateurs. Derrière moi, une cabine photomaton Harcourt joue la nostalgie contre monnaie sonnante et trébuchante, une voix empresse la jeune femme assise sur son tabouret d'en finir avec son autoportrait : — Attention, il vous reste peu de temps. Si vous n'êtes pas satisfait, vous pouvez appuyer sur la touche... 

Déjà 17 000 pas au compteur de ma montre pour la seule journée de samedi. 

Pièce vue et chaudement recommandée !

Au théâtre Tristan-Bernard, la file s'allonge pour le spectacle de 21 heures. Les acteurs de 19 heures ont joué Adieu Monsieur Haffmann, la troublante et magnifique histoire écrite et mise en scène par Jean-Philippe Daguerre. Je n'ose pas les féliciter, j'ai participé aux applaudissements nourris, cela suffira. Campé sur le trottoir d'en face, j'admire ces animaux étranges qui ont réussi l'exploit de me transporter en 1942, d'oublier ma voisine jouant au Scrabble sur ton téléphone avant la représentation. Je reconnais Anne Plantey qui, avant que le rideau ne se referme, a lancé : "merci d'être là ! c'est important pour nous", j'aimerais lui dire que le théâtre est important pour moi et pour tant de gens. Les comédiens se dirigent vers la brasserie d'à côté, Anne ne les a pas rejoints, elle a enfourché son vélo, Salomé la salue d'un "au revoir poulette !" que je ne peux m'empêcher de garder au chaud pour conclure ce billet. 

Non sans vous laisser avec un petit bonus.Un détail de l'expo immersive (le mot est à la mode) à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain. Puis une dernière anecdote.

Détail d'une des 29 immenses toiles de Damien Hirst exposées à la Fondation Cartier pour l'Art contemporain.

Lundi. Amélie P. me donne rendez-vous dans un restaurant libanais qu'elle connaît, fermé le lundi. Comme il en faut davantage pour nous décourager, et que Paris offre un choix pléthorique d'adresses, même un lundi, nous troquons le méditerranéen contre un asiatique rue Tiquetonne. Tandis que nous étudions le menu, je déroule une théorie qui s'avérera aussi saugrenue qu'incorrecte : le restaurateur proposant une cuisine pimentée s'adapte au client occidental moins enclin à bousculer ses papilles, il édulcore son menu. Le "très épicé" est épicé et le "moyennement" ne l'est que légèrement. Que nenni. J'aurais dû écouter le serveur quand il m'a alerté : "très pimenté", vous êtes sûr ?" Mouais. Toujours est-il qu'Amélie et moi avons continué de papoter avec l'étrange impression d'avoir des lèvres qui avaient doublé de volume. C'est parfait pour faire connaissance, ça crée des liens. 

 

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Vous êtes encore là ? Merci. J'ajoute aux liens disséminés plus haut celui du florilège de mes meilleurs billets, mes préférés, quoi ➡️ Une nonnette au miel des petites choses

Et le lien pour vos dons au ➡️ Téléthon 2021


samedi

Bêêêêêêê !

 

La dame de fer parisienne photographiée par mes soins en 2017

6h25 jour pour jour il y a quatre ans. Vue depuis les fenêtres de la rame de métro, côté droit, enjambant la Seine sur le pont de Bir-Hakeim. J'entamais ma dernière semaine de boulot avant de tracer ma route vers le Sud, au volant d'un utilitaire rempli de mes affaires. Les bulots défraîchis fans de thèses complotistes et farfelues (pléonasme) verront dans l'illustration trois belles traînées laissées par des avions, preuves d'épandage de mystérieuses substances chimiques pour aliéner le quidam. Si si, je vous assure, cette légende des chemtrails existe bel et bien et plaît à beaucoup de cornichons (15% de Français adhéreraient à cette théorie complotiste). Joël Giraud actuel Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargé de la Ruralité avait déposé en novembre 2013 une question écrite au gouvernement sur les chemtrails en expliquant qu’il pourrait s’agir "d’épandage de produits chimiques provoquant des maladies respiratoires". Alors si même un ministre se fait l'écho de pareilles inepties, comment voulez-vous que le citoyen lambda ne répande pas les discours de nigauds comme Lalanne, Bigard, Kim Glow, Florian Philippot, Tartine Wonner et j'en passe des bas de plafond et des "on n'est pas des moutons" et des Mickaël Vendetta qui vante les mérites de la pompe à venin pour aspirer le vaccin 🤦‍♀️ Bêêêêêêê. 



mercredi

La Ballade des Gens heureux

Le promeneur sur le Pont des Arts - Sempé
Confiné et chômeur, je navigue entre banalité confondante et voyages intérieurs, en silence ou avec FIP ou France Musique. J'ouvre Sempé, 100 dessins pour la liberté de la presse paru en juin 2019, j'admire ses dessins de foules ou de solitudes, ses personnages à bicyclette ou cet homme qui promène son chien sur le Pont des Arts. J'aime l'élégance, la mélancolie, l'innocence dans les dessins de Sempé.

Jetant un regard rêveur sur ce promeneur solitaire, mains dans les poches, je me suis souvenu de ce texte écrit un jour de marché, rue Daguerre, à Paris — la ville doit être bien singulière ces temps-ci.

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Les ravioles à trottinette sur un air d’orgue de Barbarie À la Maison de la Pâte rue Daguerre, les ravioles enfarinées contemplent la file de clients. La baguette droite comme un i s’est vue grignoter le quignon par un couple endimanché. Dépassant du sac à dos du badaud, la botte de poireaux prend l’air de midi trente. La trottinette verte emporte la fillette aux collants mauves ornés de papillons. Une jeune femme se dandine une banane à la main. Tirant sur sa laisse bleue, le bouledogue français promène son maître. Et les dames à l’orgue de Barbarie chantent La Ballade des Gens heureux*.

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* La Ballade des Gens heureux, chanson composée et interprétée par Gérard Lenorman, sur des paroles de Pierre Delanoë (1975)

Le journal de bord dans sa continuité → Journal tendre d'un confiné

lundi

Les gens-moutons et le fond de teint de la demoiselle dans ta face



Paris.
Quand j'habitais la capitale.

Pourquoi les gens-moutons ne bougent-ils pas du train qu’on a annoncé avec une avarie ? Avarie causant l’arrêt pur et simple de la circulation sur la ligne 13 du métro dans la direction de chez moi1. Pendant une bonne vingtaine de minutes. N’ont pas pour habitude de patienter tant de temps sans provoquer une émeute, les gens. Étrange. Je change d’itinéraire comme me le propose la suave voix de la RATP. Certes pressé de rentrer pénétrer mes charentaises, je voyage dans mes pensées et me dis que je suis heureux d’être vivant. D’avoir solutionné le problème de baignoire des clients de la chambre 103 en subtilisant la bonde de la baignoire de la chambre 205 où les clients n’auront qu’à prendre une douche, c’est comme ça et pas autrement. La direction de l’hôtel quatre étoiles à deux pas des Champs-Élysées où je passe mes journées par pur masochisme n’a qu’à songer à s’équiper de bouchons de baignoire. Je poursuis. Heureux d’être vivant et d’avoir pu inviter hier soir une amie dans un célèbre cabaret parisien, boire Bordeaux, Champagne, eau de source, manger foie gras de canard et sa gelée au Pineau des Charentes, chateaubriant et sa timbale de gratin dauphinois et caetera tout en applaudissant des seins de femmes et des fesses d’hommes et nous émerveillant des airs parisiens dégoulinants de clichés. Nous étions aux premières loges. Et gratuitement (je m'étais honteusement fait inviter). Je riais (intérieurement) en voyant le serveur qu’on avait forcé à gesticuler et à chanter en playback, mais très mal, forcément, c’est pas son métier. On tentait de le dissimuler en le posant tout en haut à droite sur la dernière marche du podium, le plus loin possible de l’œil critique. Mais évidemment, je ne voyais que lui. Qui dansait et chantait mécaniquement, le regard hébété. Dans son costume de vrai serveur qu’il exerçait pour de vrai, en dehors des numéros de cabaret où on l'avait cordialement invité à faire de la figuration, il rêvait. Peut-être. Et ce soir, sur mon nouvel itinéraire, sur la ligne 4 du métro, une voix féminine m'arrache à ma rêverie : « Je vais lui offrir des cheveux à celui-là. » J’ignorais qu’elle parlait de moi à son amie. Et, machinalement, je réponds : « Avec la fortune que coûte le fond de teint que vous mettez à la pelle, je pourrais m’acheter des implants. Mais non merci. »

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1quand j'habitais la capitale. (Billet rhabillé pour l'hiver 2018 par votre dévoué serviteur)

mercredi

La dame avec une chiffonnade de plastique sur la tête

Une pensée dans ma rue, Paris

Mon humeur paresseuse butine les bribes d'un tableau démesuré, sombre et chatoyant à la fois, la poésie de minuscules instants volés. Au détour d'une impasse, un plant de persil partage l'asphalte avec un mégot qui a poussé là par l'opération du Saint-Esprit. Vagabonde, une boule plumeuse de pissenlit vole au vent, se poserait presque sur l'épaule de la dame couronnée d'une extravagante chiffonnade de plastique, rue Bréa. Au lieu d'attendre au salon de coiffure que la chimie n'opère, la dame sirote un verre de cidre à la terrasse de la crêperie attenante. Je parcours deux petits kilomètres à vélo jusqu'à la rue Mouffetard, je me laisse porter jusqu'à la boutique de vrais-faux souvenirs parisiens fabriqués en Chine, la bien-nommée Obj'ai trouvé. Je trace encore ma route et chine un je t'aime sur un mur défraîchi de la rue de Sévigné. Je glane un C'est l'été, j'en d'août écrit à la craie bleue sur un trottoir de la rue Lamarck. J'attends des amis et j'observe mes voisins de tablée. Il lit Mémoires d'Hadrien de Marguerite Yourcenar, elle lit France-Dimanche. En couverture Johnny Hallyday refuse de s'alimenter. Je me serais peut-être abîmé dans l'empathie si mes amis n'avaient brusquement paru. Nous buvons la bouteille de vin blanc de l'amitié. Elle porte en bandoulière le soleil pour sourire et un sac brodé de fleurs et d'une maxime naïve comme je les aime : La vie est belle. En rose, évidemment.

La vie est belle, par Danielle

Elle croque des portraits dans le métro



Dans le métro, elle croque des portraits.
Je la vois.
Un jeune homme s'assied. Elle le dessine.
Je les vois.
Elle lève le regard, le baisse, le lève au gré des coups de crayon.
Elle le regarde.
Ils ne me voient pas.
Il descend du train. Elle descend et le suit.
Je descends et la suis. Je les suis.
Je ne suis pas dans ses croquis.
Ils sont dans les miens, dans mon esprit. Je les possède, ils ne le savent pas.
Après quoi court-il? Elle lui court après.
Elle le perd de vue. Je l'ai perdu.
Elle s'arrête, s'assied, ouvre son cahier, le regarde qui est parti.
Elle dessine les gens qu'on ne voit qu'une fois dans sa vie.
Ces gens, je les regarde qui lisent par-dessus l'épaule, qui pensent, se taisent.
Je regarde ce silence.
Elle écoute les traits de ses esquisses.
Ils sont à elle.
Ils m'échappent encore.


(Réédition du 25/03/07)

La mine déconfite de Princesse Shoufflette


Ceci n'est pas un waquete et n'a aucun rapport avec la choucroute. 
Ladite choucroute, c'est le billet qui suit. 
Quand j'étais homme-à-tout-faire dans un petit hôtel 4 étoiles à deux pas des Champs-Élysées.

La mine déconfite de Princesse Shoufflette lorsqu'elle m'entend lui dire : « I'm just the bellboy » (je ne suis que le chasseur-bagagiste-carpette). Je n'étais pas en mesure de répondre à ses récriminations, il fallait qu'elle voie cela avec la réceptionniste. Car j'avais d'autres chats à fouetter. Et notamment une voiture à aller chercher au garage. Je me débarrassais ainsi à bon compte d'un boulet. Et quel boulet !

Oh mais quel dommage que je ne puisse pas vous montrer sa carte de visite. LoLissime. Côté recto un cadre doré entourant un rectangle blanc sur lequel brillent de mille feux la mention "Princesse Shoufflette". En relief bien entendu. Côté verso le même cadre doré, une photo représentant une jeune femme roulant des yeux de biche, la main ornée de diamants, un boa de plumes blanches sur ses frêles épaules. Et ses coordonnées. 

Shoufflette International Ltd.
Ses coordonnées à Londres.
Puis en Inde, où Sa Grâce signale à toutes fins utiles qu'elle possède 30 lignes téléphoniques. Et pourquoi pas un fax ?

Non mais quel dommage que je ne puisse pas non plus vous donner le site Internet dédié à sa gloire ! En vrai, elle portait au compteur 24 printemps de plus que ceux affichés sur la carte de visite.

Bref. Dans cet univers chic et toc du 8e arrondissement de Paris où j'échangeais du temps contre de l'argent, je m'efforçais de ne pas pouffer de rire lorsque je croisais les barbapapas et mérous du quartier.

Je me moque je me moque, mais j'accorde volontiers aux gens de se moquer de moi. Exemple.

Un matin, je marche d'un pas pressé vers notre charmant parking parisien (exigu et difficile d'accès), j'atteins le quatrième sous-sol, je grimpe dans la berline de luxe, je remonte un à un les sous-sols, prenant garde de ne pas commettre d'éraflure, j'ouvre le portail, descends un bout des Champs-Elysées, tourne à droite puis encore à droite. Sur le perron de l'hôtel, on attend impatiemment la livraison de la voiture. D'un tournemain, je coupe le contact, descends, et tends aux clients le trousseau de clés. Perplexes, ils déclarent : « Ça n'est pas notre voiture ! »



samedi

Amandine des fraises et de la tendresse


Avertissement. Ce billet est terriblement intime. Et pourtant, il faut qu'il soit écrit. Pour elle.

Je fais aujourd'hui un pas de côté. Un écart au parti pris de ce blog (s'efforcer de ne dire que le beau, le merveilleux des petites choses ou, à tout le moins, laisser parfois une trace de la souffrance, en filigrane). J'écris ce billet pour vous dire mon chagrin. La perte d'un être précieux. Qui a nourri ce blog et qui m'a souvent dit : «ça, c'est tellement des-fraises-esque», qui m'a inspiré. Mais au diable le chagrin. L'important c'est la perte, c'est l'absence, c'est le gâchis. L'important, c'est de la garder vivante et joyeuse, comme elle l'a si souvent été. Dans la vie. Et dans ce blog.

Amandine m'a dit un jour, dans un moment de détresse, « Tu sais, Lolo, on peut mourir par manque de tendresse ou d’affection. » Dont acte.

Tu m'as pris dans tes bras, me serrant fort fort fort, heureuse de me voir, et c'est moi qui aurait dû te serrer encore plus fort, pour te dire à quel point tu comptais pour moi et tant de gens, tes amis, ta tante Catherine, Tadek qui t'amusait avec son élevage de fourmis, les enfants à qui tu enseignais le théâtre, la famille de Sotigui, ou l'épicier en bas de chez toi. Tu m'as concocté tant de fois ta tarte au maroilles. Tu m'as servi et re-servi du pinard entre deux chansons au ukulélé que tu grattais avec talent pour moi, rien que pour moi. On en a vécu, des vertes et des pas mûres. Pour mes 30 ans, tu m'as appris à rouler des pétards. Pour mes 40 ans, tu as gravé de ton écriture enjouée chaque verre de chaque convive. On a partagé quelques Noël au coin du feu parce que cette date t'était douloureuse. On a trinqué à nos amours, à nos emmerdes, assis sur un coin de nappe posé sur les pavés de l'Île de la Cité, faisant coucou aux bateaux-mouches emplis de touristes émerveillés glissant sur la Seine. Je t'ai emmené voir Catherine Ringer à la Cigale. Tu m'as emmené voir Mariam et Amadou dans une fête à Saint-Ouen, c'était chouette.

Dans la lettre que tu as laissée, tu écris : Lolo, courage, tiens le coup.

Je tiens le coup, ma belle. Aussi longtemps que le hasard me prêtera vie, j'aurai une pensée pour toi qui m'a inspiré, qui m'a aimé, qui m'a envoyé péter quand je déconnais. Tu vas me manquer. Terriblement.

Amandine, je te dédie mon blog.



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Pour vous, cher lecteur qui l'avez connue ou qui souhaitez lire les moments drolatiques, étonnants, poétiques où Amandine figure, cliquez ici.

Mise à jour du 18.11.2014 jour des obsèques d'Amandine au Père Lachaise, le billet de Boutfil qui l'a connue et aimée et qui m'a prêté son épaule ce matin. 

dimanche

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa



Femme non-rééducable - mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa, de Stefano Massini. Mise en scène d'Arnaud Meunier. 


« Prendre parti, c’est faire preuve d’intelligence, » ressasse Anna Politkovskaïa journaliste russe devenue personnage de théâtre campé sur le plateau du Théâtre de l'Atelier. Prendre parti, est-ce faire preuve d’intelligence ? Interrogée, elle hésite. Faut-il qu'elle choisisse le camp de l'armée russe ou le camp des Tchétchènes ? Des exactions, des massacres insoutenables de part et d'autre.

Anne Alvaro, magnifique, incarne la journaliste, la femme, la combattante, la mère qui peine à expliquer à ses enfants pourquoi parfois elle passe la nuit en taule, pourquoi on la menace de mort, pourquoi on la traite de menteuse, de traîtresse.

Régis Royer, multiple et parfait contrepoint, joue les hommes, un terroriste tchétchène, un vieil homme, un colonel de l'armée russe, ou le fils d'Anna.

Enveloppés ou bousculés par l'univers sonore et musical de Régis Huby, Anne Alvaro et Régis Royer énoncent, habitent l'ironie, l'âpreté, les flamboyances du texte de Stefano Massini, partition composée de paroles et d'écrits de la journaliste assassinée en 2006.

Si l'émotion se fait jour, c'est grâce à l'étonnante alchimie d'une mise en scène élégante, ingénieuse, sur le fil du rasoir, brillante.

Anna Politkovskaïa est morte. Vive Anna Politkovskaïa.
Au Théâtre de l'Atelier, 1 Place Charles Dullin dans le 18e à Paris. À 19h du mardi au samedi. À 17h le dimanche. Jusqu'au 28 mai 2014.

jeudi

3 minutes de ukulélé à Belleville - Paris


Que vous dire si ce n'est que l'inspiration se fait presque autant prier que la Vierge les soirs d'Ascension.

C'est la raison pour laquelle je puise dans quelque récent souvenir. Et partage avec vous ces 3 minutes et cinq secondes captées à la terrasse ensoleillée d'un bistrot en haut du Parc de Belleville, surplombant un Paris vibrant sous une douzaine de nuages endimanchés. Voilà des semaines que je taquine mon amie Amandine1. Comédienne, conteuse, auteur, pétulante Audonienne, écuyère des temps modernes chevauchant son Solex électrique, elle se met enfin au ukulélé. Et pratique l'instrument au nez et à la barbe ravie de voisins de tablée.

Pardonnez le son improvisé. Entendez-y la fraîcheur d'un moment tendre au sommet de Paris. La générosité d'une Amandine qui nous explique à sa façon le texte yiddish qu'elle me chantonnait. Et vous chantonne aujourd'hui.
(Cliquez sur le petit bouton vert du lecteur ci-dessous).



Tum balalaika - chanson traditionnelle yiddish notamment entendue a capella dans Swing de Tony Gatlif.


Et le "premier fan" évoqué par Amandine, c'est un fringant jeune homme, ouvrant grand ses mirettes, et affichant neuf mois au compteur. Un nourrisson, quoi.

Dernière version comme à la maison comme j'aime sur SoundCloud :


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1 A plusieurs reprises, Amandine Brylinski, de son petit nom, a semé à la volée quelques cailloux sur ce blog. Cliquez ici pour les cueillir (et les lire).

* Amandine des fraises et de la tendresse : mon dernier billet hommage à une de mes plus belles sources d'inspiration.

lundi

Catherine Ringer, moi et mille autres personnes avons guinché à la Cigale, Paris


J'aurais bien emprunté une photo de vrai photographe mais ça ne se fait pas, hein ? Alors, je vous propose une idée de photo avec du grain et des silhouettes.

J'ai suivi la carrière des Rita Mitsouko avec un appétit non dissimulé. Depuis la chanson devenue phénomène Marcia Baila au siècle dernier, en 1985. Catherine Ringer, Fred Chichin et leurs ritournelles souvent déglinguées ont rythmé mes heures les plus joyeuses. Quand j'allumais M6 qui n'était encore qu'un robinet à clips, je dévorais les vidéos que Mondino et consorts leur avaient fabriquées. Il n'y avait pas une soirée, une sauterie, un enterrement de vie de jeune garçon sans Andy ou Les histoires d'A. En tout, une douzaine d'albums (studio et live) qui ont offert une pléiade de chansons de joie, de pépites telles Le petit train, Le triton, La sorcière et l'inquisiteur, ou le méconnu et merveilleux Un soir un chien, prises au hasard de ma mémoire. Et tant d'autres.

Quand j'ai vu les affiches annonçant deux dates à la Cigale, j'ai hurlé (intérieurement) « Si je n'ai pas de places, je meurs ! »

Je suis en vie pour griffonner un petit compte-rendu exalté.

L'amie que j'ai traînée avec moi, émue aux larmes quand est venu le moment dédié à Fred Chichin en une chanson racontant l'absence sur une musique de Malher, me dit un peu plus tard, à propos de la douce dinguerie de la dame : « C'est notre Nina Hagen à nous ! » Son côté punk-rock, Catherine Ringer l'a gardé, et c'est heureux. Entre des grimaces illustrant Tongue Dance, quelques rugissements, et des rires, la Ringer donne un concert tout en aspérités. Et en grâce. La classe, l'humour et un public amoureux. Dans une tunique blanche aux motifs slaves sur un pantalon blanc, c'est une femme qui chante une ode à la vie, qui sue, danse et se donne à un public électrisé (et curieux de voir son fils l'accompagner à la guitare. La même silhouette dégingandée que son père, le fils).

Mon amie et moi avons chanté, dansé, vibré aux chansons du dernier et flambant album. Vous imaginez la folie qui s'est emparé de nous et des mille autres spectateurs quand, pour clore le concert, Catherine Ringer et ses musiciens nous ont donné C'est comme ça !


Et nous sommes restés longtemps sur notre nuage ringerien.

 


(MAJ. 7/6/2011)
Quelques dates de la tournée de Ring n' Roll :
14 juillet - Théâtres Romains, Lyon
16 juillet - Ile du Gaou, Presqu'île du Brusc 83140 Six Fours les Plages
20 juillet - Halle d'Iraty, Biarritz
21 juillet - Théâtre Jean Deschamps - Carcassonne
22 juillet - Théâtre Antique, Arles
30 juillet - Espace Maurice Melois 56140 Malestroit
5 août - Prairie de Landaoudec, Presqu'île de Crozon, 29160 Crozon
22 novembre - L'Aéronef - Lille