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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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samedi

La dolce vita

La dolce vita, plage des Catalans, Marseille 

Mon mec et moi rions beaucoup. Tous les jours. Quand la langue de mon mec fourche, me voyant bailler à m'en décrocher la mâchoire, à 20h, il soupire : c'est pas ce soir qu'on va regarder la version longue du Seigneur des Anus. Fou rire. Ou qu'on éreinte en direct les publicités qui polluent notre plateau télé, ou la présentatrice qui fait mine d'être à l'aise (sur ses échasses) en talons aiguilles. Quand je lui confie les sobriquets que j'ai donnés à deux de mes collègues, JM Ouin-ouin et JP de la Gueule, il me dit : bientôt on sera comme les deux vieux du Muppet Show qui passent leur temps à critiquer la piètre qualité du spectacle du monde (bon, il n'a pas dit ça texto mais c'est l'idée). Je réponds : on est DÉJÀ ces deux vieilles marionnettes acariâtres. Depuis notre loge d'avant-scène, on observe le passant, on lui trouve une démarche de canard, on remarque la vieille dame qui promène son géranium et qui nous rattrape déjà. On se moque de la bourgeoise attifée comme l'as de pique. On rit sous cape lorsqu'on croise un kéké portant la casquette à l'envers. Sur la lanière de la casquette est écrit bite en anglais, sur son front.

À côté de nous, face à la mer, un couple gentiment aviné se penche sur les pigeons jouant des coudes pour picorer les miettes de leurs sandwichs. La dame s'exclame : ils sont gentils, ces pigeons, ils veulent des câlins !



dimanche

Le chien au camélia

 

Dans le hall d'entrée de l'immeuble, sous les boîtes aux lettres s'amoncellent les tracts de supermarchés, les prospectus de cahutes à pizzas, les bouts de papier promettant la lune aux crédules, la chance aux jeux d'argent, le retour de l'être aimé, l'allongement de l'espérance de vie et du zizi. Tout ce papier fabriqué pour la poubelle se dispute une place avec les offrandes de la voisine Mystère. Quand ce ne sont pas des mini cocottes de couleur, des nougats dans une coupelle, ce sont des romans à l'eau de rose, des cahiers d'écolier ou, ce matin, le Camélia de ma mère, douce évocation horticole d'Alain Baraton. 

Que j'ai donc chipé et lu ce matin, sous le soleil généreux d'un début mars, café à portée de main, à l'horizontale dans le canapé, en compagnie du chien qui taquine du museau une fleur du camélia à quelques mètres de là. 

Une autre offrande, celle-là. D'une amitié aussi furtive que le passage de la comète Haley. Allez !

La dame au camélia ou la dame aux assiettes. Ma moitié l'a dépannée informatiquement. Elle lui a offert un carton d'assiettes Ikea. Il n'a pas dit non, ça dépanne. Puis un camélia chétif qu'elle destinait à la poubelle.

— J'en veux pas, il va crever, tu le prends. 

Trois ans plus tard, l'amitié a fait pschitt. Le camélia, en revanche, se porte comme un charme.

Je n'ai pas de chute à ce billet. Je vous laisse alors avec la formule détournée que m'a apprise Josette, l'utilisatrice qui, pendant que je prends la main sur son poste, fredonne :

Un, deux, trois*

Ma politique à moi 

C'est d'être aimée de toi 

Et chanter la, la, la, la, la, la, la 

Au terme d'un long et savoureux bavardage, elle lance, goguenarde :

— Bon, il n'est de bonne compagnie qui ne se cuite !


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* Chanson interprétée par Catherine Ferry pour l'Eurovision en 1976. Amusez-vous à reconnaître l'un des choristes dans la vidéo !

samedi

Bye bye 2022 !


Les gens qui appuient sans discontinuer sur le bouton de l'ascenseur, que pensent-ils faire du temps gagné ? Je dis bien pensent-ils car en vrai on est d'accord qu'appuyer une fois, deux fois ou dix fois sur un bouton ne fait pas accélérer l'ascenseur ? Ces mêmes personnes qui écrivent bjr, slt ou, en fin de mail crdlt* économisent-ils les voyelles par crainte de pénurie de o, i, a, e ?

À peu près sur le même sujet, j'affectionne les raccourcis. Les raccourcis à travers les champs ou sur le clavier. Les copier-coller. Toutes ces actions qui font censément gagner du temps. J'ai opté pour les raccourcis texte sur le clavier de mon téléphone. Ainsi, quand je tape les lettres dfedlt, ça me propose desfraisesetdelatendresse[AT]gmail[POINT]com ; ttt : télétravail ; ms : Marseille ; bc : bonjour café, etc.

Qu'est-ce que je fais du temps gagné, me direz-vous ? J'écris, je baye** aux corneilles, je m'abîme dans la contemplation des gens qui s'ennuient sur TikTok, j'écris un peu plus de billets de blog, je joue un peu plus avec le chien, je lis davantage, j'écris bye bye 2022 sur un cliché de crépuscule saisi en Charente. Mais pour revenir au bouton d'ascenseur, je suggère un système de récupération d'énergie, dispositif qu'on installerait sous le bouton d'appel d'ascenseur, à chaque étage. Les milliers d'appuis agacés, impatients, inutiles, fourniraient assez d'électricité pour alimenter le micro-ondes ou la machine à café. 

En conclusion, restons dans la thématique du moment, j'ai sur le clavier de mon téléphone un raccourci texte : ba. 

ba : Ça donne : 

🍾🍹🎁 je te souhaite une heureuse nouvelle année 🍾🍹🎁 santé + joie + tendresse +++ bises +++ Laurent 🌷🍀

 

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* Cordialement qui se rapporte au cœur. Bon, avec le temps, usé par l'Administration, l'adverbe s'est vidé de son étymologique moelle.

** Bayer aux corneilles provient du sens propre, rester bouche bée devant des objets sans intérêts. En effet, au Moyen-Âge, corneille signifiait "objet sans intérêt". (Wiktionary)