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Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
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mardi

La poule à facettes

 


Ne cherchez pas d'où je tiens ce goût des choses simples (illustration). De ma mère. De mon père aussi (billet). 

Et comme d'habitude, je tricote un billet de blog de traviole. Je ne vous parlerai pas de politique, ça s'écharpe assez sur les réseaux, les plateaux et dans la vraie vie. Ou si, juste la réponse pépite de Jérôme Kerviel à Valérie Pécresse qui est dans le rouge : "Je suis endetté à hauteur de 5 milliards, ça va bien se passer, tu vas voir !" A part ça, quelles nouvelles ? Ma maman chouchoute ses fraisiers et couve d'un œil protecteur ses petits pois et ses poules pondeuses, je galope, à 6 heures du mat, dans la cour de l'immeuble pour atteindre l'impasse où le petit peut faire sa crotte tranquille, mon mec fait encore des rêves bizarres où il me voit chanter sur la scène du Silo, en lieu et place et voix de Juliette Armanet, boule à facettes disco humaine, la foule est en folie. Pour ma part, je compte modestement le nombre d'appels, 16 pour le moment, pris aujourd'hui et note les deux détails qui m'ont fait sourire :

– Je ferme les ongles, me dit une dame en évoquant les onglets qu'elle diminue ou fait disparaître de son écran d'ordinateur.

– Pouvez-vous m'installer Tinderbird ? me demande une autre dame.

– Thunderbird, plutôt, non ? Tinder, c'est un autre outil de messagerie 😉


dimanche

L'important, c'est de bien s'entendre


Nous avons choisi d'être en avance pour éviter la cohue ou être empêchés de nous asseoir où bon nous semblait. 18h45 pour une séance à 19h15, nous étions larges. Devant l'entrée ou dans le hall, personne, en fait. Bon... Un coup de paume sur le poussoir du distributeur de gel hydroalcoolique à disposition, le masque ajusté, on présente nos passes sanitaires puis les places achetées sur l'application du cinéma. L'hôtesse nous scrute avec curiosité. J'en profite pour signaler les traces sur le grand écran ou le projecteur, on ne sait pas, que nous avions remarquées la veille pour Dune de Denis Villeneuve qui nous a laissés sur notre faim. Pas grand chose, des pattes de mouches, une broutille. Mais qui gâche un peu le plaisir d'un film visuellement aussi abouti. Ah ? Oui ? s'étonne l'hôtesse d'accueil (peut-être la gérante) qui semble prendre à cœur la question. Puis elle nous indique avec force gestes le chemin vers la salle 3. 

Personne pour la séance de 19h15 de l'Origine du monde de Laurent Lafitte. L'embarras du choix des places. Mon mec comble la demi-heure d'attente en me questionnant sur le qui paie quoi qui gagne quoi avec un film qui fait chou blanc. J'ai une petite idée, j'évoque la complexité de la toile d'araignée sur laquelle est posée l'objet film, toute petite chose fragile dépendant de tant de facteurs. En fait, mon mec se demande surtout comment un film qui a eu droit à tant de promos se retrouve avec deux spectateurs le lendemain de sa sortie. 

Nous ne sommes finalement pas seuls car un couple prend place tout au bout du même rang. Un cinquième et dernier spectateur opte pour un fauteuil central. 

Viennent les pubs que je comble en papotant, forçant la voix à franchir la barrière du masque mais surtout à me rendre plus audible de mon mec. Comme j'augmente le volume de ma voix, je l'agace, je me justifie "sinon, tu ne m’entends pas", il rétorque "je ne suis pas sourd !", nous nous chamaillons. Ça nous occupe le temps des pubs.

Viennent ensuite les bandes annonces puis le générique. Le film commence par Cadeau, chanson de Marie Laforêt. En sous-titres, les paroles. 

Pour neuf mois de patience et douze heures de souffrance 

CADEAU 

Pour tant de nuits de veille, surveillant ton sommeil 

CADEAU

Puis on reconnaît les voix de Laurent Lafite et Karin Viard. Dialogues sur fond noir. Les personnages apparaissent. Encore des sous-titres, comme des sur-titres pour un opéra avant-garde en croate dans le texte. "Il se lève et joue un morceau de Gabriel Fauré au piano". Mais.... LE FILM EST EN AUDIODESCRIPTION. Tout est décrit. Pour les sourds et malentendants. Mon mec et moi chuchotons. On ne peut pas, on fait plus une fixette sur les sous-titres que sur l'action à l'écran. Je réalise ma méprise. J'ai réservé la séance en audiodescription. Et tout s'éclaire. Tout s'explique. Le peu de monde, l'air intrigué de l'hôtesse qui nous voyait lui parler normalement, qui articulait exagérément BON-NE SOIIIIIREEEUH, les gestes prévenants à l'entrée. Nous marmonnons dans nos barbes, peut-être un peu trop fort car le couple au bout du rang nous fait CHUUUUUUUUT. Ils nous entendent ?!

Nous quittons la salle en catimini. 

 

 

vendredi

Le gâteau à l'ananas

Le gâteau que n'a pas préparé mon mec cette nuit


Quand mes horaires de boulot me tiennent debout jusqu'à pas d'heure, je veille tandis que mon homme dort déjà à poings fermés. Je traîne sur Twitter, je relis, ému, Quand la distance nous rapproche, compte-rendu de l'amie Élodie, récemment déconfinée à Marseille, j'appaire casque et tablette pour ne pas réveiller ma moitié avec des éclats de voix surgissant d'extraits vidéo, de stories sur Instagram, d'âneries glanés ici et là. Quand soudain j'entends une voix à l'autre bout de l'appartement :

— Lolo ? Lolo ! Tu peux mettre le gâteau à l'ananas au frais ?

Il est 1 heure du matin. Je cherche dans la cuisine le gâteau qu'il aurait fait dans la soirée et qui aurait échappé à ma vigilance. Je scrute le four, rien. Le plan de travail, rien. J'ouvre même le frigo, pas de gâteau à l'ananas et fruits confits en vue. 

Mon mec cuisine dans son sommeil.


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Il a rêvé de :

Kimberley partie au Commissariat central de Noailles, Marseille (billet)

Mylène Farmer venue faire le ménage à la maison (billet)

samedi

Mi-laine, microfibre


Quand mon mec ne rêve pas de la chienne[1] qui laisse un mot à l'entrée et claque la porte, il peuple sa nuit d'une rencontre avec Mylène Farmer.

Aucun média ne s'en est fait l'écho. Mylène était hier à Marseille.

La sonnerie de l'interphone retentit.  
— 7e étage, répond ma moitié.
Vêtue d'un jogging blanc immaculé, pas maquillée, les cheveux tenus par une pince noire bon marché, la chanteuse qui a rempli deux fois le Stade de France s'enquiert d'un chiffon. Elle tient absolument à nettoyer les portes des placards de la cuisine. 
— Vous allez pas faire ça, c'est pas possible ! s'insurge mon mec.
— Si si ! Donne-moi une microfibre, je te[2] fais les placards et après on discute.

De quoi ont-ils bavardé ? On ne le saura pas. Ce que je sais, en revanche, c'est que la première chose qu'a faite mon mec en se levant ce matin, c'est d'aller en cuisine vérifier les placards. Mylène était repartie sans faire le ménage qu'elle avait promis. Etrange. 


[2] Vous aurez noté qu'il la vouvoie et qu'elle le tutoie. 
Bref, on a regardé hier soir les trois épisodes du documentaire l'Ultime création diffusé sur Prime.  



vendredi

Une fraise et un bout de banane enrobés de gentillesse




11h55 au Palais Longchamp, mamans ou grand-mamans, bambins et poussettes quittent le jardin d'enfants derrière le kiosque à musique où s'ébroue un couple de danseurs, au soleil. Au pied d'un tilleul sans feuille, les gourmands qui ont échappé aux jardiniers des espaces verts de la ville caressent l'arrière-train du matou qui s'approche de mon banc. À la recherche d'un brin de compagnie, il s'étend de tout son long sur le banc de pierre que j'occupe depuis une petite heure. Les quatre fers en l'air, il accepte la caresse furtive de l'humain passant par là.

Perdu dans les méandres du roman de Jonathan Coe dont je termine la lecture, j'écoute le pépiement des oiseaux, j'absorbe l'immensité du bleu sans nuage au-dessus de ma tête. Je songe à l'absurdité de ce monde et des gens qui l'habitent, l'abîment, le contemplent et le façonnent. L'imaginent, le réinventent, le réparent.

Je songe à la dame qui a sonné chez nous pour nous offrir deux parts généreuses d'un gâteau aux pommes. C'est la troisième fois qu'elle nous gratifie de ses talents de pâtissière. Mon homme l'a dépannée il y a quelque temps déjà. Il a d'ailleurs dépanné informatiquement, gracieusement, la moitié des gens gentils du quartier et je bénéficie de leur reconnaissance par ricochet. Ce matin, notre épicier Jo, a donné à la petite Kimberley deux fraises dont elle s'est pourléché les babines. En d'autres occasions, un kilo de chocolats, un panier garni de fruits, un panettone, des tiramisus maison au Kinder Bueno et d'autres gourmandises pour le remercier d'un téléphone réparé, d'une connexion retrouvée, de l'installation d'une caisse enregistreuse, de l'ordinateur de Jackie, la sœur de la sœur de Jo, qui nous a invités chez elle et cuisiné un couscous maison à se taper le cul par terre.

La gentillesse, le savoir-vivre, ne sont pas pas encore tout à fait carapatés avec l'époque qu'on afflige à tort de tous les maux. L'époque a bon dos, on se trompe de cible.

Il est temps de regagner mes pénates, mettre en forme ce billet de blog foutraque, profiter de ma journée de repos dans ma position préférée (horizontale), tour à tour marmotte, paresseux ou ours. Et comme le hasard fait bien les choses, c'est avec Joëlle notre voisine et amie de palier que je rejoins nos appartements. Elle aussi avait eu la bonne idée de passer par le parc. Nous papotons, nous projetons une virée en Ardèche pour son anniversaire. Nous prenons congé l'un de l'autre et je retrouve la petite Kimberley jamais avare d'allégresse.

Qu'on la sorte pour satisfaire ses besoins ou pour la promener, qu'on lui donne sa part de croquettes ou un bout de banane, qu'on prenne quelques minutes de notre temps si précieux pour jouer avec elle, elle exprime une joie pure et sans pareille. Je me dis souvent que le monde gagnerait à exprimer son contentement, comme notre chienne, pour les choses les plus simples du quotidien.