Pages

Quand la vie est trop courte pour râler ou s'acheter des fleurs demain, j'invite le lecteur à s'émerveiller des petites choses. Dans les sillons creusés par l'inattendu ou le hasard, je sème les graines d'un regard humain, parfois mordant, et compose régulièrement un bouquet de rencontres ou d'échanges piquants, insolites, simples.
Affichage des articles dont le libellé est jeu littéraire. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est jeu littéraire. Afficher tous les articles

vendredi

Never trust a stranger

L'appareil lit les "22 hits enchaînés" mais pas en mode autoreverse

Attention. Billet foutraque en cours. Mais pas autoreverse[1]. Neurones en surchauffe pour écrire chaque jour ou presque que compte le mois d'octobre autour de mots[2]. Si je suis parfois hors-sujet, le jeu a le mérite de mettre de l'huile dans les rouages de ma fibre autrice. Merci Kozlika. La bande-son de ce billet est en décalage mais un peu raccord quand même. Une cassette "longue durée" datant de 1989. La jaquette arbore un sticker "PUB TV" et des photos miniatures de Jean-Jacques Goldman, Début de Soirée, Kim Wilde et France Gall. Raccord avec mon billet nostalgique On the radio qui racontait un de mes passe-temps dans ma chambre d'adolescent : fabriquer des compilations de titres de variété ou pop française ou internationale passant dans le poste. Imbibé de café, je déchire[3] l'enveloppe renfermant des tickets de caisse et les notes prises à l'hôtel hier. Kim Wilde chante Never trust a stranger : ne fais jamais confiance à un inconnu. L'inconnu c'est le réceptionniste, votre serviteur, à qui une client s'est confiée : 

— Je suis en France pour une affaire compliquée. 

J'ouvre grand mes écoutilles et laisse mon interlocutrice m'expliquer la raison de son séjour en France.

— Cet homme que je poursuis a tué mon mari. 

Le reste est confidentiel. 

Je reprends la lecture de la cassette. Pasadenas chantent Riding on a train : Choo choo train is riding : le train est parti, tchou tchou. Tchou-tchou[4].


--- 

[1] autoreverse : Un magnétophone autoreverse permet la lecture continue par inversion automatique du sens de rotation. En d'autres termes, l'appareil permet de lire les deux faces d'une même cassette sans la manipuler. C'est dingue quand on y pense. 

[2] Participation à #IWAK (Inktober With A Keyboard), jeu proposé par Kozlika

[3] J'aurais pu parler de déchirure musculaire ou du film de Roland Joffé ou encore d'une grande douleur affective, j'ai préféré déchirer une enveloppe. 

[4] Clin d'œil appuyé à l'embryon de projet qui ferait suite à l'Auberge des Blogueurs.

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


jeudi

Vol au-dessus d'un nid de couscous

Farine de pois chiche bio que ma moitié a transformée en frites de panisse —avec une mayo ou un aïoli maison, c'est à se taper le cul par terre.

Je suis vernis. J'ai un chef* à la maison. 

L'interrogation "Qu'est-ce qu'on mange ?" aujourd'hui, demain, ou cette semaine, ouvre un champ de possibles, une course au marché ou chez la bouchère qui le taquine "Mais vous avez une boutique, vous revendez nos produits, ma parole !" Nous n'y allons pas souvent mais nous amortissons notre congélateur. Pour préparer selon l'envie du moment un couscous maison, un pad thaï, des pommes de terre sarladaises accompagnées d'un enchaud, des mezzes et des veloutés en veux-tu en voilà. L'immense palette des épices, des condiments, à la maison, me laisse tel une poule devant un timbre-poste. J'émettais il y a quelques jours l'envie d'une huile pimentée, et pof, je rentre du boulot, je trouve sur le plan de travail un flacon plein d'une huile d'olive agrémentée de pili-pili, de basilic citronné et d'autres merveilles qu'il a su dégoter et mélanger en deux temps trois mouvements.

Quand je mets les pieds sous la table, le chef attend le verdict. 

Je me fais l'effet d'un membre du jury d'une de ces émissions culinaires** où le candidat vit l'attente comme un calvaire, les gouttelettes de sueur perlant sur le front. Dans la peau de Mercotte, je laisse le temps aux saveurs de taquiner mes papilles, je fronce un sourcil, esquisse une moue dubitative pour le torturer et, pareil à Jean-Marc Généreux dans Danse avec les Stars** je décerne un magnifique 10/10. 

Souvent nous plaisantons : "On devrait ouvrir un concept-truck (plat du jour, dépannage informatique une autre de ses marottes)". Ou un gîte pour ajouter à la recette mon expérience dans l'hôtellerie. Puis nous revenons à la dure réalité : il faudrait à mon mec dix bras pour conjuguer tous ses talents, il me faudrait sacrifier mon talent pour la lenteur, la paresse, le dilettantisme. 

— On commande des pizzas, ce soir ?


---

* Participation à #IWAK (Inktober With A Keyboard), jeu proposé par Kozlika

** J'avoue, j'ai mélangé les émissions, les jurés, à dessein. 

Titre emprunté à Diglee, illustratrice et autrice - Vol au-dessus d'un nid de couscous, tome 3 du journal intime de Cléopâtre Wellington chez Albin Michel.

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


mercredi

Un Corail la semaine des 4 jeudis


Pour me rendre à Bordeaux depuis Marseille, j'ai aujourd'hui le choix entre vendre un rein pour acheter un billet de train ou voyager en avion à bas prix et exploser mon bilan carbone. OUISncf, le voyagiste qui annule et remplace le service public, me propose un premier TGV qui me conduit à Paris-Gare de Lyon, à moi de trimballer ensuite mes bagages dans le dédale du métro entre Gare de Lyon et Gare Montparnasse pour attraper un deuxième TGV qui m'emmènera à Bordeaux. Quiconque a des notions de géographie notera l'absurdité du tracé du voyage le plus communément proposé (illustration, A > B > C > D). Je préfère, pour ma part, le trajet le plus court, en Corail (Intercités) qui joint A à D sans passer par la capitale. 

Pour qui s'arme de patience et sait déjouer les propositions idiotes de OUIScnf, il reste l'Intercités, anciennement Corail[1], qui circule la semaine des quatre jeudis. Entre Marseille, Arles, Nîmes, Montpellier, Sète, Béziers, Narbonne, Carcassonne, Toulouse, Montauban, Agen, Marmande et Bordeaux, j'ai le temps de :

* Regarder paître les vaches

* Lire un journal, un roman, l'avenir dans le marc de mon café

* Bayer aux corneilles

* Faire des grimaces à la petite fille qui fixe sur moi ses yeux songeurs 

* Tweeter des âneries

* Taper sur l'épaule des voisins indélicats narrant leur vie plate à la cantonade 

* Observer le spectacle fascinant de mes co-voituriers

Mais le plus clair de mon temps, bercé par le ronron de mes pensées, je me laisse emporter par le sommeil.


---

Au final, quel tracé propose le trajet le plus court ? 

A > B > C > D : entre 6h10 et 7h34

A > D : 5h58 (et sans les complications parisiennes)

[1] Participation à #IWAK (Inktober With A Keyboard), jeu proposé par Kozlika

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


lundi

Au théâtre masqué ohé ohé

Saison 2021-2021 à La Tempête - illustration © Nejib 

Tête en l'air que je suis, j'ai oublié de commettre les billets autour des mots suggérés* pour samedi et dimanche, ça tombe bien car lundi c'est étourdi (et ça rime). Je commets encore un 3-en-1 avec tempête + piège + étourdi. 

C'est en 1999. Je suis parisien depuis une petite année et fort des rencontres faites au Cours Périmony, je m'entiche définitivement de théâtre et crée une compagnie qui me permet de vivre mon rêve. Sans en vivre mais ça c'est une autre histoire. Pendant près de 7 ans, je tire la diable par la queue, je fais mon modeste bonhomme de chemin, je joue, je mets en scène, j'anime quelques ateliers. En compagnie d'amies animées de la même passion. Je fais de magnifiques rencontres, anonymes ou figures emblématiques. Je traîne mes guêtres dans à peu près tous les théâtres que comptent Paris et la petite couronne, je voyage depuis mon fauteuil de spectateur, j'admire ou je déteste, je me nourris. 

Aujourd'hui, je songe à mes amis, de loin en loin, artistes, techniciens, intermittents, précaires, pris au piège* de la crise sanitaire. Ne pas vivre de leur art pendant trois, six mois ou bien plus est dramatique et scandaleux quand on les sait abandonnés par les pouvoirs publics (ou des autorités de tutelle exsangues). Ah ça pour les belles paroles, c'est fort, c'est beau, c'est clinquant (coucou Madame Bachelot). S'agissant des actes, on attend toujours. Alors les théâtres, pour ne citer qu'un maillon de la chaîne de la création, sont sur le pont, s'organisent, chamboulent leur façon de fabriquer et diffuser du spectacle, annulent ou changent les horaires, accueillent les spectateurs entre 16h et 18h et tirent le rideau à l'approche du couvre-feu, à Paris, en Île-de-France et dans 8 métropoles. À la Tempête* à Vincennes, à la Criée à Marseille, ou au Théâtre de la Cité à Toulouse pour ne citer que 3 lieux emblématiques parmi les milliers qui continuent d'offrir bon an mal an matière à réflexion, distraction, résistance, émerveillement.


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


vendredi

Mike et Roger sont dans une fusée...


Un client qui se pose à la réception et me donne son avis sur le pourquoi du couvre-feu annoncé en Île-de-France et huit métropoles :

— En fait, tout ça, c'est pour nous vendre les vaccins...

— Je n'entrerai pas dans votre discussion. 

— ... 

Comme il ne trouvait pas l'écho attendu à son analyse de la situation, il est retourné dans sa chambre. 

Réflexion faite, j'aurais plutôt dû lui dire : 

— Le bar-Pmu*, c'est la rue d'à côté. Roger attend votre avis sur la crise sanitaire qui secoue la planète.

Puis j'ai nourri l'espoir qu'il monte à bord d'une fusée[1] aussi brinquebalante que son raisonnement et se crashe sur sa bêtise, à l'instar de Mike qui a récemment défrayé la chronique en essayant de prouver que la Terre était plate. Il en est mort. Paix à son âme conspi.


---

* Ou CNews et son pilier de bar, Pascal Prout  

Illustration : S01 Ep 27 des Shadoks, création de Jacques Rouxel (source : INA). Poésie de l'absurde, imparfait du subjonctif parfois, et la voix inimitable de Claude Piéplu.

[1] Participation à #IWAK (Inktober With A Keyboard), jeu proposé par Kozlika

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


lundi

2 pigeons qui dansent le pas chassé et 1 mouton à vélo



De retour d'une balade à vélo où je m'escrime, en danseuse, contre le mistral, je souffle comme un bœuf dans mon masque en tissu. Je ne suis pas le seul d'ailleurs à lutter pour ne pas tomber. Deux pigeons, sous l'impulsion d'une forte rafale, marchent en pas chassé. Une danse improvisée sur un bout de trottoir marseillais. Le volatile mal aimé m'apparaît soudain poétique. La dame croisée à un pâté d'immeubles plus loin, beaucoup moins. Tandis que je marmonne dans ma barbe un "Pfff, encore une qui n'a pas de masque", la dame me jette à la figure un "on n'est pas des moutons". Je me retiens de lui répondre "Pauvre conne !" Je préfère effacer l'instant désagréable de mon disque dur pour me concentrer sur la route. Puis le chemin menant à l'appartement où je manque glisser* sur un tas de feuilles mortes. "Oh de l'argent ! Beaucoup d'argent !", s'exclame l'enfant qui écrit ce billet aussi léger et inutile que la dame au masque autour du coude et les 10 500 monos[1] tombés du ciel. 

— Han ! mais c'est dégoûtant*, me direz-vous.
— Revenu à l'appart, j'ai imprégné de gel hydroalcoolique un chiffon en microfibre pour ôter de mon téléphone qui a pris la photo du faux argent le faux virus[2] qui enquiquine la dame croisée ce matin. 
— Bon, ça va. 


---

[1] 1 mono (monnaie fictive utilisée dans la plupart des éditions actuelles du Monopoly et dans le Monopoly monde) vaut 1€, 1$ et 1£ (source)

[2] Ironie, hein. On ne sait jamais. Si l'équipe premier degré devait s'aventurer dans les méandres de ce blog, je préfère prévenir. 

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


samedi

Espoir


Mais que signifiait la photo qui illustrait le billet publié hier ? C'est un clin d'œil capillotracté. J'écrivais autour du mot jeter et cinq courgettes attendaient dans l'évier. Dans courgette, il y a cour et il y a gette. Jeter, jette, cour-gette. 

Ok, je sors, comme on dit sur les réseaux sociaux desquels on ne sort jamais d'ailleurs. 

C'est ensuite un jeu entre mon homme et moi-même. Un jeu totalement idiot mais j'aime les blagues potaches et les jeux totalement idiots. Parce que je n'ai pas beaucoup grandi. Le chef de la maison préparait hier un velouté de courgettes à l'aneth. 80% de courgettes 20% de fenouil. Le jus d'un citron, un gros oignon, 4 gousses d'ail, une cuillère de curry, une grosse cuillère d'aneth, sel et poivre (et l'eau de cuisson, un grand verre d'eau). Absolument succulent. Bref. Je m'amuse parfois à subtiliser un fruit d'une recette en cours et le remplace par sa copie en plastique (nous avons une coupe pleine de faux fruits). Et j'attends. Quand j'entends un "Oooooh" bougon et agacé, je sais que ma blague a fonctionné. Il a saisi le citron en plastique, l'a trouvé un peu bizarre, mais bon, peut-être était-il plus sec que d'habitude, m'a-t-il dit. Il l'a posé sur la planche à découper, s'est armé d'un couteau et a commencé à couper. En vain. J'entends le Oooooh ! exaspéré. Parce qu'il s'en veut d'avoir encore marché. Que dis-je, couru, galopé. Voilà donc l'explication bête comme chou de la photo des courgettes et du citron en plastique. 

Quel rapport avec le mot du jour que je suis censé évoquer ? Aucun. Ou si. Un peu. 

La petite Kimberley toujours présente en cuisine quand mon mec prépare, disons, le velouté aux courgettes sus-mentionné. Ou l'apéro, à l'instant, quand il découpe le "meilleur saucisson de France" d'après notre charcutière, rien que ça. Elle attend qu'un morceau tombe du plan de travail. On ne lui donne pas systématiquement. Pas envie qu'elle ressemble à une table basse. Mais parfois oui. Alors ce parfois lui laisse l'espoir* que quelque chose finisse dans son gosier. Bref, on la surnomme Espoir. 


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


vendredi

Cinq courgettes bio et un citron en plastique

Aujourd'hui j'improvise "pour de bon" comme ils disent souvent à Marseille. Ils disent "pièce" pour serpillère et "cafoutche" pour débarras. Je me lance* et j'écris un mot après l'autre, au fil de l'eau et des pensées. Vautré Confortablement installé dans le canapé "de jardin" posé sur la terrasse côté calme, exposition sud-est (merci l'application tenant lieu de boussole, ah voilà un outil qui m'a toujours fasciné et accompagné dans mes visites d'appartements ; je constatais un plein nord quand l'agent immobilier vantait une exposition est-ouest, et mon cul c'est du poulet de batterie ?), le soleil jett* ses derniers rayons sur le figuier abritant votre serviteur. Le "serveur tête en l'air", rigole-je ce matin auprès de mes clients quand ma langue fourche et que j'appelle Madame Monsieur ou lorsque je sers un thé au lieu d'un café ou quand je leur fais répéter trois fois leur commande parce que je suis contrarié (un client m'a pourri ma matinée mais je vous épargne le récit du litige). 

Au détour d'une omelette fondante, je papote et vante les mérites de ma ville d'adoption.

— C'est moche un peu quand même, Marseille, s'aventure à me dire une dame (on a sympathisé, je lui ai avoué mes origines ou plutôt mon passif parisien ; on a ri de la petite guéguerre que se livrent les habitants de deux métropoles).

— Ça n'est pas Florence ni Venise, mais il y a des coins très très sympas. 

Je cite le Mucem, les quartiers du Panier, le Cours Julien, la Corniche, Malmousque, le Frioul à une demie-heure en bateau, un plouf, un pique-nique dans une crique avec pour seule compagnie, les gabians, ça en jette*.

— Ici, continue-je, après le boulot, vous savez, je peux aller voir la mer.

— Votre mère habite Marseille ? 

Fichu masque qui nous empêche de nous entendre. Mais ça nous fait rire. 

— Non, pas ma mère. La mer. Méditerranée. Remarquez, y a aussi la Bonne-Mère. La Belle-Mère comme m'ont dit un jour des clients. Vous y avez été ? La vue est spectaculaire. 

— ... (elle se délecte du pain perdu à la fleur d'oranger que je lui ai préparé).

Hélas, nous avons dû écourter la conversation. Parce qu'elle avait à faire. Et j'avais une vingtaine d'autres clients à accueillir. Elle prend congé en me lançant* :

— C'est vous aux petits déjeuners demain matin ? Chouette. Ça va me motiver pour me lever tôt.

Comme c'est gentil. 

Sans transition, vous allez me dire :

— Mais c'est quoi cette illustration de billet de blog ?

— Je vous raconte ça demain. 


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


jeudi

En dents de scie



Pour ce mois d'octobre, c'est un billet par jour — ou presque —, sur une idée de Kozlika, meneuse de revue de l'Auberge des Blogueurs. Moi qui ne suis pas prolixe, ça va être coton. J'improvise* aujourd'hui un petit exercice de style autour du mot "dent". 

T'as la dent dure,
Tu me fends le cœur !
J'ai le nez creux,
Les oreilles qui sifflent
Et l'œil qui frise.
Je m'arrache les cheveux o_O

Te fais pas de bile !

T'as les dents longues,
Bon pied bon œil,
Et dent pour dent.
Cœur d'artichaut ?
Le moral en dents de scie,
Ou dans les chaussettes ?

La barbe !

Tu me casses les pieds
Ça m'fait une belle jambe,
J'en ai plein le dos et
Par-dessus la tête.
T'as pas les deux pieds 
dans le même sabot ?

Tu es tout ouïe ?

T'montes pas la rate 
Au court-bouillon,
Serre les dents,
Et tire la langue.
Ouvre grand les yeux,
Et croque la vie
À pleines dents.

Cul sec !

Donne-t'en à cœur joie.
Mon petit doigt m'a dit
C'est aujourd'hui
Et pas demain 
Ni quand les poules 
auront des dents.


---

*Je mens comme un arracheur de dents car je remue mes méninges depuis 24 heures. 

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


mercredi

Un pot de colle à l'amande et des cœurs tricotés


Un mètre cinquante de ruban de tissu rouge froissé et cousu de fil d'or sur les bords, une liasse de faux billets imitant cinq, dix, vingt, cinquante, cent, deux cents, cinq cents euros — il y a pour une vraie fortune pour les rêveurs —, l'étiquette autocollante orange d'une librairie marseillaise sur son papier, des petits ballons vert, jaune, rose, attendant d'être gonflés, un contenant en plastique transparent percé sur son couvercle d'un trou pour en tirer les dix mètres de bolduc fuchsia, un rouleau de ruban blanc brillant — cinq cents mètres bien entamés —, une guirlande de lettres de l'alphabet reliées entre elle par un câble électrique formant en désordre les mots "joyeux" et "anniversaire" en anglais, des étoiles de ruban entrelacé, agrafées sur un petit carré de papier adhésif, du scotch bleu nuit orné de nuages et de soleils tout sourire, des morceaux de papier cadeau recyclé, un lot de figurines — une véritable arche de Noé autocollante, lapin, girafe, hippopotame, koala et son petit dans la poche, tortue, serpents et pandas —, un pot de colle Cléopâtre fleurant bon l'amande, des cœurs de laine tricotée. Voici l'inventaire de ma boîte à fantaisie*. 


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


mardi

Une petite souris grise


À propos de rongeur. Si j'avais été paresseux, je vous aurais redonné le billet Kiki et les Tic-Tac écrit pendant le confinement. Je joue pourtant le jeu et fais aujourd'hui des phrases avec sujets, verbes et compléments autour du mot "rongeur". C'est bête comme chou, ce que je vais écrire. Ça ne casse pas trois pattes à un canard. Et pourtant, ce sont des petites choses qui sont un monde, pour moi. 

Quand j'étais enfant, le jeu qui consistait à arracher les ailes des mouches ou écrabouiller les insectes m'horrifiait. Je nourrissais secrètement le rêve qu'on inflige à mes camarades le même traitement — qu'on les écartèle, qu'on les ébouillante vivants. Attention, je ne suis pas dénué de contradictions. Soyons honnêtes, je m'alimente de produits issus d'abattoirs et j'ai presque honte de l'écrire. Ou plutôt j'y pense puis j'oublie. Je me dédouane à bon compte (c'est mieux que rien) en donnant de l'argent à L214. Bref. Je sauve modestement ce que je peux sauver (hormis les apparences). Un grillon égaré que je rends à sa verdure. Une araignée à qui j'épargne le passage de l'aspirateur. Un pas de côté pour ne pas écraser un coléoptère. C'est dérisoire, me direz-vous. Mais une heure voire une journée de vie supplémentaire, c'est énorme en temps d'araignée, de papillon, de fourmi. Saviez-vous qu'une coccinelle à sept points peut déployer ses élytres et semer l'émerveillement pendant deux ans ?

Revenons au rongeur*. 

Je suis au boulot. À ma gauche surgit une souris grise qui écarquille ses petits yeux effrayés, se fige sur le capot de l'imprimante. À ma droite, ma collègue qui n'a rien vu. Elle pourrait hurler ou s'insurger contre ma tentative de sauvetage. Je détourne son attention et l'envoie chercher un dossier aussi loin que possible, à l'opposé du rongeur qui n'a pas bougé un orteil. Nous nous regardons droit dans les yeux. A-t-elle compris que je lui laissais la vie sauve ?

— ... (couinement perplexe)
— File donc, petite souris !
— ... (couinement reconnaissant)

Pfffiiiiouuuu elle se carapate sans demander son reste. Ma collègue revient bredouille :

— Y a pas de dossier Truc sur l'étagère Machin !


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


lundi

Le couteau de mon père


Le couteau de mon père. Ou plutôt un des multiples couteaux qu'il avait collectionnés. Je n'ai pas conservé grand chose lui ayant appartenu. Pas grand chose, disons plutôt rien à part ce couteau, des photographies et des souvenirs. Du jardin potager qu'il entretenait avec passion, de son talent pour la cuisine, pour le bricolage. Des promenades en forêt en famille pour cueillir les cèpes, les châtaignes, les girolles. Le parfum du matelas de feuilles mortes que nous foulions tous les dimanches. L'émerveillement devant les champignons tape-à-l'œil mais vénéneux. Les orties, les ronces qui nous arrachaient à ma sœur et à moi-même des pleurs parfois. La consolation des cèpes trouvés au détour d'un chêne vieillissant. Mon père dégainait son couteau pour couper la base du cèpe, comestible, comme il faut — ne jamais arracher le cèpe, à l'instar des sagouins qui débroussaillent, ratissent et abîment. Chacun son panier en osier tapissé de vieux journaux et de fougères. Chacun sa récolte. C'était ensuite à qui avait cueilli le plus beau spécimen. Armé du couteau, il dénudait parfois une belle branche pour en faire un bâton de marche. Quand nous faisions une pause, au soleil, à l'orée d'un de ces innombrables bois entre Bergerac et Lalinde-la-Jolie que lui et ma mère connaissaient comme leur poche, il s'accroupissait, empoignait le pissenlit, coupait d'un geste expert la verdure qui poussait à foison et gratuitement dans la clairière en jachère, pour les agrémenter plus tard de vinaigrette et d'échalotes. À la maison, après une partie de belote enjouée avec oncles et tantes venus nous rendre visite, il tranchait le pain tandis que ma mère versait aux adultes un verre de Pécharmant. Tchin-tchin les souvenirs au bon vin du pays. 

Quand je saisis ce couteau qui loge au fond de mon sac à dos, je pense à mon père qui n'est plus, à tous ces moments partagés devenus réminiscences. Je polis aujourd'hui la lame du souvenir de mon père. 


---

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈


dimanche

Poisson un brin épais


Ceci est un mammifère. (Source)

Poisson un brin épais. Kézako ? Ma participation au jeu proposé par Kozlika et courant sur le mois d'octobre. Je prends le train en cours et vous livre un trois-en-un. Chaque jour d'octobre, un mot proposé. Les participants jouent en écrivant autour de ce mot. 1er, 2 et 3 octobre : poisson - brin - épais.  

Je m'apprêtais à cliquer sur le bouton "publier" quand j'ai appelé mon mec à la rescousse. Je lui ai lu le billet que vous ne lirez pas car je l'ai réécrit. Il est plat comme une limande, ton papier, m'a-t-il dit, un masque dubitatif sur la face. Ce qui suit n'est pas beaucoup plus épais mais on va dire que ça va hein. 

Mon mec me taquine pour ma mémoire de poisson rouge. Donnez-moi une information, je l'oblitère ou j'en garde une version incomplète voire déformée ou poétique donc saugrenue. Peut-être parce que je suis sempiternellement dans la lune. À l'école maternelle, on me surnommait Laurent la Lune (et pas parce que je montrais mes fesses). Je donnais déjà des formes d'animaux ou de vaisseaux spatiaux aux nuages. Mon mec me taquine et je le lui rends bien. Lui qui laisse parfois ses lunettes dans le congélateur ou se lave le visage au dentifrice, sans le faire exprès bien entendu et c'est plus drôle. Ça n'a rien à voir avec la mémoire, me direz-vous. Bref, on rit comme des baleines*. Quand la fatigue lui fait employer un mot pour un autre ou lui donne l'accent québécois ou quand je joue avec ses réflexes. Je m'amusais hier soir à lui tendre un coude, un genou ou une paume de main, sans aucune raison sauf celle de le mener en bateau. Il répondait mécaniquement à mon invitation, avançait le coude, le genou ou la paume de la main, mais par pur réflexe. Mais pourquoi tu fais ça ? s'agaçait-il. Pour rien. Pour rire. Je recommençais un quart d'heure plus tard et ça marchait. Et on riait bêtement. La vie est trop courte pour se prendre (trop) au sérieux.  

---

* Pourquoi dit-on "rire comme une baleine" et "pleurer comme une madeleine" ? 

✍️ Mes billets Inktober 2020 👈

mercredi

Je suis Paul Dindon

Une illustration à laquelle a échappé l'Auberge des Blogueurs 
 

Voilà, c'est fini. J'ai passé l'été en Fiction en plein Haut-Jura, hors réalité-Covid19, sans masque ou plutôt si mais pas ceux qu'on croit. Et c'était chouette. De mi-juin à mi-septembre, l'Auberge des Blogueurs[1] tenue par Kozlika et ses fins limiers a hébergé 65 personnages, personnel et clients hauts en couleurs. J'y ai pris part et j'ai trouvé l'expérience exaltante. 

Mais cékoidon ? 

Un jeu de rôles littéraire où 58 auteurs ont agité les fils de leur(s) marionnette(s) dans une des 20 chambres et studios répartis sur 4 étages, au restaurant, dans les forêts environnantes, au village voisin ou au bord du lac où quelques beaux morceaux ont été pêchés. Ce sont à peu de choses près 869 billets qui ont raconté leur quotidien, leurs interactions. Vous pouvez lire l'œuvre chorale de façon chronologique ou par personnage. Vous pouvez aussi visiter le forum[2] et vous faire une idée des coulisses, du remue-méninges qui l'a agité jour et nuit (471 discussions, 12 974 messages, à l'heure où j'écris ce billet). On y a préparé les interactions, les contraintes littéraires hebdomadaires, on y a beaucoup discuté, beaucoup ri aussi. On s'y est écharpé parfois (pas longtemps, les modérateurs veillaient au grain et tranchaient dans le troll quand il le fallait). À cela, ajoutez l'anonymat (personne ne savait qui était qui, ou presque), ça vous donne une petite idée de la complexité de la chose. 

Qui étais-je, Nadège ? 

J'ai imaginé Paul Dindon. Grand gars de 55 ans débarqué de Paris pour profiter des joies jurassiennes, barman au Fer à Cheval, troquet d'habitués à Bonne Nouvelle, affublé d'un don de voyance plutôt encombrant, il se mêle à la clientèle de l'auberge, s'acoquine avec une jeune femme nature-peinture comme on dit à Marseille, conduit au village une actrice incognito au volant de la vieille BM clinquante que lui a prêtée Sylviane, sa patronne. Les méandres de l'histoire que je lui ai tricotée en 17 billets l'emmènent à quelques kilomètres de Saint-Amour (Jura), sur des airs de chansons françaises des années 80. 

Vraie-fausse carte de visite de Paul Dindon

-----

[1] L'Auberge des Blogueurs

[2] Le forum (pour y accéder et vous perdre dans les dédales des discussions, il vous faut créer un identifiant) ; vous pouvez (devez !) participer et laisser vos questions, vos impressions. 

Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii à KozlikaFranck Paul, Pep, PhilippeJonathan, et l'homme de ma vie aka Laurent (pour la plupart des illustrations fantasques et l'inspiration) et tous mes partenaires de jeu. 

* Pour lire les 17 billets de Paul Dindon : c'est ici :-)

jeudi

Bienvenue à l'Auberge des Blogueurs


Nichée au bord d’un joli lac offrant de nombreux loisirs (pêche, baignade, patins sur le lac gelé en hiver…), l’auberge est une oasis de tranquillité et d’harmonie avec la nature environnante. De nombreuses promenades s’offrent à vous autour de l’auberge, à pied, à vélo ou en voiture. Toutes les routes carrossables et tous les chemins piétons sont doublés de pistes cyclables. N’oubliez pas que l’auberge dispose de vélos avec ou sans assistance électrique, en prêt pour ses clients et en location pour leurs invités. Des cartes vous attendent à la réception si vous avez perdu celle que nous avons déposée dans votre chambre.

C'est ainsi que nous est présenté cet établissement un peu particulier dans le livret qui est remis aux résidents de cette auberge, ou devrais-je dire, aux participants de ce... jeu littéraire collectif. Depuis une petite semaine, les auteurs tricotent une fiction truculente qui donne corps à l'Auberge des Blogueurs.

Quelques chiffres :

Ce sont pour le moment 57 personnages (mais pas plus de 27 simultanés) mêlant clients et membres du personnel. 3 personnes pour le montage du projet (technique, conception, graphisme, règles du jeu, foire aux questions, etc.) C'est un blog + un bac à sable pour faire des tests + un forum où fourmillent les idées, les propositions d'interactions entre personnages, le souci de cohérence, les contraintes littéraires facultatives, les tutos etc. 5 modérateurs, Kozlika, Franck Paul, Pep, Philippe, Jonathan, des contributeurs ponctuels pour la relecture des règles du jeu, la création des menus (le fameux Pôchouse (morceaux de poissons des lacs et rivières du Jura (selon arrivage du jour), accompagnés de pommes de terre, croûtons et sauce au vin blanc), la jolie carte des environs, les revues de code, etc. Pas de statistiques, ni sur la fréquentation du blog ni sur celle du forum et c'est volontaire, me dit sagement la fée Kozlika, pas de course à l'échalote.

À l'heure où j'écris ces lignes, 50 billets publiés (en lecture publique), 1228 messages ont été postés sur 127 fils de discussions entre tous, sur le forum (privé). La plupart avancent masqués et ça donne pas mal de piquant au jeu.

Vous êtes chaudement invités à lire cette fiction collective en cours d'écriture et à y laisser vos commentaires : ça se passe ici !

Mise à jour du 22.06 :

-----
Le jeu - présentation
* Des félicitations nourries aux aubergistes Kozlika, Franck Paul, Pep
* La précédente édition (été 2005), les archives du jeu l'Hôtel des Blogueurs + le papier dans Libé.
* Si vous avez deviné de quel personnage je tire les ficelles, je vous propose de garder le secret pour vous jusqu'à mi-septembre. La fabrique (le forum) sera alors rendue publique. Et nous serons autorisés à publier sur nos sites respectifs les billets que nous aurons commis durant l'été.

* Pour lire les 17 billets de Paul Dindon : c'est ici :-)