
jeudi
En dents de scie
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*Je mens comme un arracheur de dents car je remue mes méninges depuis 24 heures.
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mercredi
Un pot de colle à l'amande et des cœurs tricotés

Un mètre cinquante de ruban de tissu rouge froissé et cousu de fil d'or sur les bords, une liasse de faux billets imitant cinq, dix, vingt, cinquante, cent, deux cents, cinq cents euros — il y a pour une vraie fortune pour les rêveurs —, l'étiquette autocollante orange d'une librairie marseillaise sur son papier, des petits ballons vert, jaune, rose, attendant d'être gonflés, un contenant en plastique transparent percé sur son couvercle d'un trou pour en tirer les dix mètres de bolduc fuchsia, un rouleau de ruban blanc brillant — cinq cents mètres bien entamés —, une guirlande de lettres de l'alphabet reliées entre elle par un câble électrique formant en désordre les mots "joyeux" et "anniversaire" en anglais, des étoiles de ruban entrelacé, agrafées sur un petit carré de papier adhésif, du scotch bleu nuit orné de nuages et de soleils tout sourire, des morceaux de papier cadeau recyclé, un lot de figurines — une véritable arche de Noé autocollante, lapin, girafe, hippopotame, koala et son petit dans la poche, tortue, serpents et pandas —, un pot de colle Cléopâtre fleurant bon l'amande, des cœurs de laine tricotée. Voici l'inventaire de ma boîte à fantaisie*.
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mardi
Une petite souris grise

À propos de rongeur. Si j'avais été paresseux, je vous aurais redonné le billet Kiki et les Tic-Tac écrit pendant le confinement. Je joue pourtant le jeu et fais aujourd'hui des phrases avec sujets, verbes et compléments autour du mot "rongeur". C'est bête comme chou, ce que je vais écrire. Ça ne casse pas trois pattes à un canard. Et pourtant, ce sont des petites choses qui sont un monde, pour moi.
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lundi
Le couteau de mon père
Le couteau de mon père. Ou plutôt un des multiples couteaux qu'il avait collectionnés. Je n'ai pas conservé grand chose lui ayant appartenu. Pas grand chose, disons plutôt rien à part ce couteau, des photographies et des souvenirs. Du jardin potager qu'il entretenait avec passion, de son talent pour la cuisine, pour le bricolage. Des promenades en forêt en famille pour cueillir les cèpes, les châtaignes, les girolles. Le parfum du matelas de feuilles mortes que nous foulions tous les dimanches. L'émerveillement devant les champignons tape-à-l'œil mais vénéneux. Les orties, les ronces qui nous arrachaient à ma sœur et à moi-même des pleurs parfois. La consolation des cèpes trouvés au détour d'un chêne vieillissant. Mon père dégainait son couteau pour couper la base du cèpe, comestible, comme il faut — ne jamais arracher le cèpe, à l'instar des sagouins qui débroussaillent, ratissent et abîment. Chacun son panier en osier tapissé de vieux journaux et de fougères. Chacun sa récolte. C'était ensuite à qui avait cueilli le plus beau spécimen. Armé du couteau, il dénudait parfois une belle branche pour en faire un bâton de marche. Quand nous faisions une pause, au soleil, à l'orée d'un de ces innombrables bois entre Bergerac et Lalinde-la-Jolie que lui et ma mère connaissaient comme leur poche, il s'accroupissait, empoignait le pissenlit, coupait d'un geste expert la verdure qui poussait à foison et gratuitement dans la clairière en jachère, pour les agrémenter plus tard de vinaigrette et d'échalotes. À la maison, après une partie de belote enjouée avec oncles et tantes venus nous rendre visite, il tranchait le pain tandis que ma mère versait aux adultes un verre de Pécharmant. Tchin-tchin les souvenirs au bon vin du pays.
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dimanche
Poisson un brin épais
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| Ceci est un mammifère. (Source) |
Poisson un brin épais. Kézako ? Ma participation au jeu proposé par Kozlika et courant sur le mois d'octobre. Je prends le train en cours et vous livre un trois-en-un. Chaque jour d'octobre, un mot proposé. Les participants jouent en écrivant autour de ce mot. 1er, 2 et 3 octobre : poisson - brin - épais.
Je m'apprêtais à cliquer sur le bouton "publier" quand j'ai appelé mon mec à la rescousse. Je lui ai lu le billet que vous ne lirez pas car je l'ai réécrit. Il est plat comme une limande, ton papier, m'a-t-il dit, un masque dubitatif sur la face. Ce qui suit n'est pas beaucoup plus épais mais on va dire que ça va hein.
Mon mec me taquine pour ma mémoire de poisson rouge. Donnez-moi une information, je l'oblitère ou j'en garde une version incomplète voire déformée ou poétique donc saugrenue. Peut-être parce que je suis sempiternellement dans la lune. À l'école maternelle, on me surnommait Laurent la Lune (et pas parce que je montrais mes fesses). Je donnais déjà des formes d'animaux ou de vaisseaux spatiaux aux nuages. Mon mec me taquine et je le lui rends bien. Lui qui laisse parfois ses lunettes dans le congélateur ou se lave le visage au dentifrice, sans le faire exprès bien entendu et c'est plus drôle. Ça n'a rien à voir avec la mémoire, me direz-vous. Bref, on rit comme des baleines*. Quand la fatigue lui fait employer un mot pour un autre ou lui donne l'accent québécois ou quand je joue avec ses réflexes. Je m'amusais hier soir à lui tendre un coude, un genou ou une paume de main, sans aucune raison sauf celle de le mener en bateau. Il répondait mécaniquement à mon invitation, avançait le coude, le genou ou la paume de la main, mais par pur réflexe. Mais pourquoi tu fais ça ? s'agaçait-il. Pour rien. Pour rire. Je recommençais un quart d'heure plus tard et ça marchait. Et on riait bêtement. La vie est trop courte pour se prendre (trop) au sérieux.
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* Pourquoi dit-on "rire comme une baleine" et "pleurer comme une madeleine" ?
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