Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi

Ses cliques et ses claques à la Saint-Glinglin

une petite mise en abyme

C'est drôle comment la caissière qui toussait sur mes panais atterrit aujourd'hui sur cette table de bistrot en terrasse, face au supermarché où elle et moi taillions en décembre dernier une petite bavette, au comptoir de son tapis roulant.

J'observe la foule des passants de seize heures et des poussières, je glane des bouts de conversations et de visages. Le serveur raconte aux clients venus de Compiègne se distraire à Paris qu'il aura tôt fait de prendre ses cliques et ses claques (ses jambes et ses sandales pour la traduction). Quand sonnerait l'heure de la retraire à la Saint-Glinglin.

J'annote, je biffe, je corrige une première version papier du recueil de chroniques que j'ambitionne de publier, je paie l'addition et pars promener mon caddie de mémé dans les travées du Monoprix. Au détour d'un rayon, je tombe nez à nez avec Rodica, pétulante habitante du quartier que j'ai croquée dans trois ou quatre de mes billets. Dans son accent chantant un peu la Roumanie, elle s'excuse de ne pas m'avoir reconnu. D'un geste elle me dit qu'elle était ailleurs mais qu'elle fera attention la prochaine fois. Je pense en serrant gentiment sa main gantée que je lui offrirai de bon cœur un exemplaire de mon recueil.

Faisant rouler mes achats sur les pavés de la rue Daguerre et slalomant entre la mendiante et la gamine au visage barbouillé de chocolat, je me dis que j'aurais mieux fait de le lui dire plutôt que de seulement le penser. Et je songe qu'elle le saura tôt ou tard car il lui arrive de s'échouer sur les pages de ce blog.


Je m'en tamponne le fondement avec un bras de grimpoteuthis femelle


Bébé grimpoteuthis* (abusiment appelé poulpe dumbo) nageant gaiement vers sa maman


Si j’avais de l’argent à jeter par les fenêtres, j’achèterais un brouilleur de téléphones portables et l’ajouterais à la parfaite panoplie du Parisien qui veut emmerder les emmerdeurs.

L’achat de cette bête est autorisé, son usage, en revanche, est règlementé voire interdit.

Avant, je fixais ces malappris qui, au mépris des règles de bien-vivre les plus élémentaires, racontaient leur trépidante vie en bus, en métro, au resto. Évoquant qui la nouvelle couleur de cheveux, qui le rendez-vous galant ayant mal tourné, qui le débrief d’une conf call aussi ennuyeuse qu’elle ne nous regarde pas, et j’en passe des vertes et des je m'en tamponne le fondement avec un bras de grimpoteuthis* femelle. À force de les fixer benoîtement, je ne parvenais à récolter qu’un vague sourcil interrogateur : mais qu’est-ce qu’il a c'ui-là, il veut ma photo ?

Désormais, le brouilleur en poche, je darderais un œil narquois sur mes futures victimes et actionnerais l’engin, créant les interférences utiles pour lire mon livre en paix. Je me nourrirais de l’expression interdite du quidam, de ses multiples et vaines tentatives pour renouer avec le patron chéri qu’il avait au bout du fil, puis de l’ennui mortel qui soudain le saisirait parce qu’il ne saurait plus quoi faire de son trajet, de ses dix doigts, de son temps, de sa vie. L’abîme.

Le prof malicieux ne soupçonnera plus ses élèves de SMS ou d'échanges via Snapchat.
Le voyageur fera une sieste peinarde sans sonneries ou conversations intempestives.
Le rêveur ne sera plus dérangé dans son rêve ouaté de silence. 

Et cœtera.


D’aucuns rêvent du don d’ubiquité, de se voir téléporté, de lire dans les pensées, de regarder sous les jupes des filles ou les kilts des garçons, moi je rêve par exemple d’un monde où les ordures jetées par la fenêtre de la voiture reviendraient dans la face du conducteur indélicat ou dans le lit douillet de son domicile, je rêve aussi d’un espace public où la promiscuité interdirait les conversations téléphoniques.

Et l’on s’entendrait enfin penser.


samedi

Ça schtroumpfe ?



Je l'avoue, je suis joueur. Et taquin. Je vous explique. Voilà deux semaines que je reçois des SMS intrigants. Auxquels j'ai répondu, non sans me gratter la comprenette.

Extraits :

L'inconnu(e) – Tiens, tu as le mien =)
Moi – Qui est-ce ?
L'inconnu(e) – À ton avis, à qui as-tu donné ton numéro, y a pas longtemps ?
Moi – À quelqu'un dont le numéro pourrait correspondre au tien :)
L'inconnu(e) – MDR ... Bon tu sais qui c'est au moins ?
Moi – Oui.
L'inconnu(e) – Ah ça va alors. Alors je vais bientôt la voir en vrai ? =)
Moi – Ma pomme ?
L'inconnu(e) – Hein quoi ? j'ai pas tout compris, là.
Moi – Moi non plus.

Silence radio pendant une semaine. Puis l'inconnu(e) lance un « ok » un tantinet blasé. Un « ok » auquel je ne réponds pas. Je joue le bel indifférent. Silence de plusieurs jours. 

L'inconnu(e) revient à l'attaque :
L'inconnu(e) – Schtroumpfette ♥
Moi – Ça schtroumpfe ?
L'inconnu(e) – Moi pas comprendre ton message, là ^^
Là, je décide d'en avoir le cœur net. Je compose le numéro.
Moi – Bonsoir, c'est Laurent.
L'inconnu – C'est pas Jessica ?
Moi(de ma voix la plus masculine) Non, c'est Laurent.
Il est 22 heures. L'inconnu (u) raccroche et s'en va peut-être faire une nouvelle tournée des bars, en quête d'une nouvelle Jessica. 


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Et vous, comment ça schtroumpfe ?

vendredi

Arrête de râler, c’est contagieux !

Je travaillais dans un château en Dordogne (). Je vous donne l'adresse, y a prescription, va.

Petit retour en arrière. 

J’ai parfois honni le riche ou l’imbécile, le bourgeois ou le sous-chef graveleux. J’étais probablement sous l’influence de ce collègue soupe au lait pour qui le Château ne trouvait jamais grâce à ces yeux. Rien n’allait. Tout partait à vau-l'eau. Ils verraient ce qu’ils verraient lorsqu’il les quitterait. Jamais il n’avait vu ça. La photocopieuse méritait bien un coup de pied, et il ne se privait pas pour le lui asséner. Je finissais par lui dire, me surprenant à rouspéter à mon tour contre les toiles d’araignée ornant tentures, appliques, et recoins du Château : « Arrête de râler, c’est contagieux. » J’avais vite compris ce qui l’eût contenté: un hôtel sans clients pour l’emmerder.

Une semaine plus tôt, un client VIP souhaitait utiliser une de nos salles fitness. Il avait d’ailleurs choisi le Château pour ses salles fitness. Un énervé des machines à faire souffler comme un bœuf et gonfler les biscotos. Mais après tout, chacun sa marotte. Il fallait lui en donner pour son argent. Je m’enquérais donc du passe général et lui ouvrais sa caverne d’Ali-Baba.

Donnant ensuite les consignes à l’ami soupe au lait – laisser à ce client l’accès libre à son dada – je le vois bouillir. « Non mais oh ! on leur donne de mauvaises habitudes… » Les bras m’en sont tombés. Je vous épargne la suite du dialogue où je lui explique grosso-modo que sans client, il pourrait jouer aux boules tout son soûl. Et sans salaire.

- Oh là là, y a du monde demain. Peuvent pas rester chez eux ? Fait chier.

Mais ce qui le met véritablement hors-de-lui, c’est le client anglophone qui ne parle pas français. Dans un élan de mauvaise foi assez truculent, il vitupère : « Ils ne font aucun effort. Jamais vu ça. Tu vas dans un pays, tu parles la langue, c’est la moindre des choses. » J’aimerais bien l’y voir, avec son pull mal ajusté, sa cravate peinant à atteindre sa ceinture. Partirait-il à Java qu’il parlerait le javanais ?

Un soir de juillet, un orage surprit le Château et ses résidents. La collègue réceptionniste courait avec ses seaux pour contenir bon an mal an les fuites ici et là ; elle répondait à la panique des clients par le sourire et une épatante efficacité. Elle avait terminé son service depuis une heure déjà, mais au diable l’avarice. Plus de wi-fi, plus d’Internet, plus de téléphone, plus de standard. Deux clients britanniques se présentent à la réception s’alarmant de ne pouvoir appeler leur famille au pays.

Joignant le geste à la parole, l’ami soupe au lait rétorque : « standard. téléphone. BOOM. » et tourne les talons, dévoilant des chaussettes blanches sous un pantalon de costume aux ourlets partis en grève illimitée.

Standard. téléphone. BOOM.




Illustration: William-Adolphe Bouguereau – La Soupe (1865)

mercredi

Elle croque des portraits dans le métro



Dans le métro, elle croque des portraits.
Je la vois.
Un jeune homme s'assied. Elle le dessine.
Je les vois.
Elle lève le regard, le baisse, le lève au gré des coups de crayon.
Elle le regarde.
Ils ne me voient pas.
Il descend du train. Elle descend et le suit.
Je descends et la suis. Je les suis.
Je ne suis pas dans ses croquis.
Ils sont dans les miens, dans mon esprit. Je les possède, ils ne le savent pas.
Après quoi court-il? Elle lui court après.
Elle le perd de vue. Je l'ai perdu.
Elle s'arrête, s'assied, ouvre son cahier, le regarde qui est parti.
Elle dessine les gens qu'on ne voit qu'une fois dans sa vie.
Ces gens, je les regarde qui lisent par-dessus l'épaule, qui pensent, se taisent.
Je regarde ce silence.
Elle écoute les traits de ses esquisses.
Ils sont à elle.
Ils m'échappent encore.


(Réédition du 25/03/07)

mardi

L'inconnue à la parka framboise


C'est un temps à ne pas mettre un orteil hors de la couette, il pleut il vente il giboule je descends la rue Émile Richard qui perce le cimetière du Montparnasse pour atteindre le métro Raspail, la ligne 6 subit une nouvelle avarie, j'appelle pour signaler mon retard à mes collègues, je me plonge dans un roman pour fuir ce tableau peu ragoûtant.

Renfrogné dans mon costume trois pièces, je sens un timide tapotement sur mon épaule droite. Ma voisine s'enquiert de ma lecture. Je ne sais pas rabrouer la curiosité d'une inconnue, je réponds aux questions de la dame.

- Combien ça coûte ? dit-elle en désignant ma liseuse.
- 100€ environ.
- Ça fait 1000 dirhams.
- Vous voulez vous acheter une tablette ou une liseuse ? Ça c'est plutôt pour lire des romans, par exemple.
- Ma fille travaille bien, je veux lui offrir quelque chose de bien, quelque chose d'utile.
- Quel âge a votre fille ?
- 19 ans.

Tandis que le métro nous véhicule sous un Paris morne et tranquille, la conversation impromptue nous emmène au Maroc dont la dame emmitouflée dans sa parka framboise évoque les saveurs, les couleurs.

- Les gens y sont gentils. Bon... c'est comme partout, à Paris ou à Maroc, y a des voleurs partout.

Je sens dans ses propos qu'elle compose avec les clichés dont sont victimes ses compatriotes. Elle s'excuse d'ailleurs des portes ouvertes qu'elle enfonce. Que j'enfonce avec elle.

Comme elle a trouvé un compagnon de voyage plutôt disposé à parler, le temps des quatre arrêts qu'il nous reste à combler, elle me dit qu'elle a voyagé, commencé par changer les draps dans les hôtels, puis s'occuper des petits-déjeuners, a commencé tout en bas avant d'acheter son petit hôtel puis d'aller rejoindre son fils à Boston en Amérique. Puis elle est revenue à ses premiers amours, Paris.

Il est temps de nous dire au revoir. Elle me remercie d'avoir papoté avec elle, les gens ne se parlent plus, dit-elle, mais si mais si, je réponds. Au revoir madame. Au revoir monsieur, dit-elle en refermant sa main sur mon bras comme pour me garder encore un peu avec elle.

Sur le chemin me conduisant au boulot, sous le déluge des giboulées de mars, je garde au chaud le sourire ardent de l'inconnue.


samedi

Où l'ami raconte la genèse d'un premier roman



C'est un auteur que j'espère bientôt publié. J'ai eu le privilège de figurer parmi les 3 personnes qui ont lu le manuscrit avant dernières corrections et envoi aux éditeurs. C'est un roman qui fera parler de lui, pour la liberté de ton, pour l'histoire qu'il raconte, pour sa qualité littéraire surtout.

Avant qu'il ne loge dans votre sac de plage, ne se fraie un chemin dans votre esprit, et n'y distille son mystère, un premier roman est pour son auteur un parcours du combattant, une aventure. C'est cette aventure que je vous invite à lire sur le blog que l'auteur inaugure ici : Chroniques de l'assassin.

vendredi

Le jour où j'ai quitté Facebook


J'ai quitté Facebook, je vais bien, merci.

La vie est trop courte pour liker des statuts Facebook ou pour pour se faire rembourser la différence si l'on trouve moins cher ailleurs. Tout est question de mesure me direz-vous et vous aurez raison de me le dire. En vrai, ça me taraudait depuis belle lurette de supprimer mon compte Facebook. La chose est faite et me laisse une drôle de sensation, comme de m'être libéré d'un poids un peu honteux.

J'ai choisi de ne plus jouer ce double-jeu qui consiste à critiquer la bête et continuer de la bichonner. J'ai lu récemment chez certains de mes amis un message convoquant je ne sais plus quel article de je ne sais plus quelle convention internationale au nom de la sacrosainte protection de leurs données. Quelle naïveté ! L'utilisateur en rejoignant Facebook a signé des conditions générales d'utilisation longues comme un dimanche sans pain et consenti à ce que Facebook utilise à des fins commerciales ses données, celles de ses amis, sa navigation, ses favoris, ses goûts ses couleurs ses envies ses achats, tout.

Croire qu'en 2017 un outil gratuit et extraordinairement puissant n'ait pour but que de divertir, informer ou éveiller les consciences est non seulement vain mais absurde. Bien entendu, libre à chacun de ne donner à l'Ogre que le strict minimum de données réelles, personnelles et intimes, d'en faire un usage raisonné. J'ai préféré pour ma part passer mon tour et opter pour les chemins de traverse : écrire ici ce que j'aurais pu écrire sur Facebook, et développer, illustrer, raconter. Tirer profit du téléphone, de l'e-mail, et même, soyons fous, de la carte postale pour entretenir de loin en loin les amitiés. Remplacer le like ou le commentaire sur Facebook par une tape sur l'épaule, une poignée de mains, un regard, un bavardage autour d'un café, d'un verre de vin, d'un déjeuner.

C'est un peu une gageure. Mais ça vaut le coup d'essayer.

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* Pas folle la guêpe. Je n'ai pas encore jeté le bébé avec l'eau du bain. J'ai conservé Twitter :-)

* Et vous ? Quel usage faites-vous de Facebook ? Êtes-vous prêt à vous en séparer, oui, non, peut-être, pourquoi ?

* Voici un article fouillé, pertinent, que je soumets à votre sagacité.

* À toutes fins utiles : le lien pour supprimer son compte.

samedi

Une chaussette dans la boîte à lettres


La scène se déroule à la laverie automatique de la rue Gassendi, Paris 14e. Attendant le terme d'un lavage ou d'un séchage, j'ai maintes fois contemplé les habitants du quartier, les passants. J'y ai observé Rodica, ou Sabine Azéma hier. J'ai papoté avec un clochard qui y cherchait l'âme sœur. Aujourd'hui je ne suis d'humeur ni causante ni patiente et par ailleurs tête en l'air. Le temps que dure ma lessive, je le consacre à faire un saut à la Poste, trois courses au supermarché, un autre saut à la Poste où j'ai oublié ma carte bancaire. Et je toque chez ma gardienne afin qu'elle me permette de déposer mes emplettes chez moi car j'ai claqué la porte sans m'emparer de mes clés.

Je marmonne dans ma barbe, je me traite d'andouille, de cloche à fromage.

À peine franchi le seuil de la laverie, je trouve mon linge dans une panière. Une jeune femme penaude bredouille :
- Je... les machines étaient toutes pleines... la vôtre était terminée...
- J'imagine que vous alliez m'attendre.
- ...
- Vous n'alliez pas partir en laissant mon linge seul dans la panière...
- Non non non.

Je la remercie et je prends congé, mon linge dans un sac, sous le bras.

De retour chez moi, je constate qu'une chaussette manque à l'appel. Tiraillé entre le à-quoi-bon-aller-récupérer-la-chaussette à deux pâtés d'immeubles et le j'y-retourne-pour-le-principe, et la chaussette, je soupire.

La jeune femme me reconnaît. Nous scrutons la machine n°8 qui tourbillonne déjà avec son linge et ma chaussette.
- Il me manque une chaussette.
- ...
- Que fait-on ?
- ...
- Je vous donne mon adresse, le code de l'immeuble et vous glissez la chaussette dans ma boîte aux lettres.
 

jeudi

La caissière qui toussait sur mes panais, rue Daguerre




Je regarde d'un œil torve la caissière qui tousse sur mes courses. Elle scanne péniblement entre deux quintes de toux. Elle ferraille avec le code-barre du concombre bio qui refuse de biper. Elle s'y reprend à dix fois mais ne lâche pas l'affaire. Elle tousse encore, poumons offerts au chaland. Elle soupire un qu'est-ce que c'est ça quand arrivent les panais.
- Des panais, lui dis-je.
- Des panais, lui souffle sa collègue.
Le tapis roulant a terminé de lui jeter mes achats dans les mains.
- Vous payez en carte ? s'enquit-elle. Mais bon, vous n'êtes pas obligé, hein, ajoute-t-elle, un sourire fatigué mais sincère accroché aux lèvres.
Elle n'a peut-être pas perçu mon regard torve du début mais elle a senti ma contrariété à la voir partager ses miasmes.
- Excusez-moi, je tousse, lâche-t-elle, penaude.
- Vous vous soignez, j'espère.
- Oui, je vais acheter du Sterimer, on m'a dit que c'était bien.
- Prenez Actisoufre, vous voulez que je vous le note ?
- C'est quoi ?
- Vous le pulvérisez dans la gorge et dans le nez.
Les clients roulent des yeux agacés mais nous font gré de ne pas ébruiter leur impatience.
- Vous êtes médecin ?
- Non, dis-je en gloussant. Prenez aussi du thym, des tisanes au thym.
- Ah... soupire-t-elle, des recettes de grand-mère. Avec du citron et du miel ?
- Oui, parfait.
Elle me regarde avec un sourire bienheureux, comme si j'étais le seul humain à lui avoir parlé de la journée. Je lui dis au revoir et lui souhaite bon courage. La prochaine fois, je choisirai sa caisse, si elle travaille, et lui souhaiterai une bonne année, et la santé surtout.

samedi

J'ai testé le chat IDTGV


L'inspiration ça va ça vient ça s'en va et puis ça revient :) J'ai choisi de reprendre les clés de ce blog en l'agrémentant de manière plus régulière de billets d'humeur, d'instantanés, de mignardises au sel de mes allées et venues. Parlant de voyage, j'ai testé le chat idtgv. J'aurais pu signaler au contrôleur l'incivilité de ma voisine et m'épargner ainsi les représailles de celle-ci : descendant un arrêt avant moi, elle me jette un "je vous souhaite un mauvais Noël, et tous les suivants" plein d'aigreur. J'avais eu la mauvaise idée de lui demander aimablement, je précise, d'utiliser son téléphone portable depuis la plateforme. J'aurais été inspiré d'en parler à Thierry, mon "superviseur". J'ai préféré papoter bêtement. Extrait :

 

jeudi

J'ai tiré sur la queue du chat, en bonne uniforme

Je ne m'en lasse pas. Paris.

AVERTISSEMENT. BILLET DÉCOUSU.

Un Président ne devrait pas dire ça... Tout est dans le titre. Et dans les points de suspension. Plus j'avance dans la lecture de ce livre, plus je me dis qu'il l'a gagnée, son image calamiteuse. Haut la main et avec les félicitations du jury. Le roi est nu et les gens se marrent.

Tout est dans le titre, m'a mis en garde une amie. Que ne l'ai-je écoutée. Le temps perdu à lire ce livre - par curiosité, comme celui perdu à lire celui de celle qui l'a remercié pour ce moment - honte sur moi, j'aurais pu le passer à une occupation plus noble : peigner une girafe, dessiner des nez de clown sur les affiches de campagne de François Fillon.

Ou écrire ici mes lubies. Vous dire que je continue de contempler les herbes folles dans la ville, de jouer aux midinettes en racontant autour de moi les vedettes que j'accueille à l'hôtel où je continue d'échanger du temps contre de l'argent, de Paris Hilton à Tilda Swinton - la notoriété crasse d'un côté, l'élégance ultime de l'autre. Vous décrire la mine ahurie de ma collègue quand une cliente, en guise de salutation, lui tire la langue.

Ou dire à Lucie1313 qu'on écrit en bonne et due forme.

Me promenant dans les méandres d'Internet, j'ai ri.

Bref. Je traîne derrière moi des lambeaux de lassitude quand soudain la Tour Eiffel frappe au carreau du métro. Les voyageurs font des oh des ah. Devant moi dans sa poussette, la petite fille se tripote les orteils et joue avec moi à tu me vois tu me vois pas. À sa gauche, une vieille dame au tailleur damassé saumon étudie son itinéraire. Elle croise et décroise ses souliers argentés et ose un petit doigt manucuré dans la narine.

Tout à trac, je songe à la cliente fantasque qui m'appelle en réception et me dit, sans préambule :
- Allô Laurent ? J'ai tiré sur la queue du chat. Je libère la chambre. Vous m'envoyez le bagagiste ?



Une nonnette au miel de ces petites choses

Roses trémières, boulevard Raspail, Paris.

16:58
Harassé par une longue journée de travail occupée à satisfaire la clientèle de l'hôtel où j'échange du temps et des sourires contre de l'argent, l'estomac asticoté par une petite faim, je grignote une nonnette au miel et à l'orange. J'imite les plantes perchées sur mon rebord de fenêtre parisien, j'absorbe le soleil en quantité, ferme les yeux et m'abîme dans mes pensées. Je songe à l'appel de ma mère effondrée, il y a un an jour pour jour, qui m'annonce au téléphone la mort de mon père. Je songe à la vie qui poursuit son cours, aux premières tomates du jardin qui n'auront pas été semées, cultivées, arrosées, bichonnées par mon père mais qui porteront son doux souvenir. Comme les petites choses qu'il m'a appris à saisir et chérir. Je songe à la chance que j'ai d'être vivant, d'aimer et d'être aimé en retour, de cueillir et assembler les mots qui racontent mes histoires sur ce blog, de dire oui, merci, non ou merde. Je songe à l'absurdité de ce monde qui mêle indistinctement tragédie et vanité, politiques et pokémons, barbarie et tendresse. Je songe à ma trottinette qui n'a pas beaucoup voyagé cette année. Je songe à la petite fille qui s'est assise dans le métro tout à l'heure, à la dame, inconnue, qui lui a laissé sa place, à la Tour Eiffel sur laquelle l'une et l'autre ont jeté des yeux écarquillés. Je songe au geste hésitant de la petite fille qui a ouvert la pochette de son sac à main pour extraire un bonbon papillote et l'offrir à la dame pour la remercier. Je songe aux petites choses dont je fais mon miel chaque jour et qui me disent distraitement que la vie vaut d'être vécue.

vendredi

des fraises chez Maître Roger


La classe à Dallas chez Maître Roger 
(touchez l'illustration ci-dessus avec votre index ou si vous n'en avez pas, avec votre nez ou votre genou, bref vous avez l'embarras du choix. Vous pouvez aussi la jouer old school et utiliser une souris.)


Sur les internets, Maître Roger offre l'horoscope à qui veut ou son #MonAnalyse sur l'actualité à qui veut pas (et c'est tant mieux). Je vous invite à vous promener sur son web-journal satirique — il s'est fait doubler sans vergogne par Le Gorafi, il faut le dire, mais concédons qu'il y a de la place pour tous les talents, surtout par les temps qui courent. En tout cas, m'est avis qu'il a le grain de folie qui secoue la pulpe qui est en bas. Bref, je vous le recommande. Et pas parce qu'il vient de publier une interview que je lui ai gentiment accordée. Ça s'appelle Des fraises et de l'interview.




mardi

Abracadabra


Par 36° à l'ombre des immeubles haussmanniens et 44° dans la rame de la ligne 6 du métro en direction de Nation, je me toque d'une barre chocolatée et filme le forfait*. Acheté une barre, récolté 3 barres. Tapoté 42, moissonné 42 et 41.

Il m'est tant et tant arrivé par le passé de me faire couillonner par Selecta que je vais m'épargner la peine de les appeler pour les rembourser du "trop perçu". Mais peut-être souhaiteront-ils que je les rembourse en timbres postes ? Car Selecta rembourse en timbres postes, oui, oui.

Imaginez que vous achetiez une de leurs mini-friandises et que le distributeur vous nargue en vous laissant bredouille et ruiné, vous pouvez accessoirement noter sur papier libre la référence de la machine, la station de métro, l'heure de la mésaventure, le numéro de téléphone à contacter - vous ratez entre temps votre métro -. Tout ça pour recevoir chez vous en guise de remboursement des timbres postes. Des timbres postes !

J'ai demandé à Vanessa Paradis de couvrir les bruits de couloirs de métro en nous chantant "Abracadabra". Elle est sympa, Vanessa. 


*Oui, je sais, je suis zinzin.


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À part ça, canicule ou pas canicule, n'oubliez pas de prendre des nouvelles de mémé, de l'arroser, de la sortir (à l'ombre, au cinéma par exemple), de la faire rire, de l'aimer, quoi. Et si vous n'avez pas de mémé, trouvez-en une, y en a plein qui meurent d'ennui et de solitude, merci. Et à tout hasard...

MàJ. 23/07/2016
Quatre jours plus tard, un heureux concours de circonstances hum hum porte mes pas vers le même distributeur de friandises, toujours en difficulté. Ô joie. Je me munis d'1,50€ et moissonne 1 Côte d'Or à 1,50€ et les Mars à 2€ "gratuits" gling gling gling gling et, jackpot 1€ de crédit perdu par un usager impatient re-gling re-gling re-gling. Regagnant mon logis rue Daguerre, je longe la rue Émile Richard où ont poussé indistinctement roses trémières et abris de fortune. Je tends les 2 Mars et la pièce de monnaie à un homme assis sur le seuil de sa tente. Il m'offre en retour un chaleureux sourire édenté puis un signe amical de la main.