Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

samedi 18 février 2017

Le chef d'État aux petits oignons

De la routine jaillit l'aventure (allégorie)

Je m'ennuie dans mon boulot. Je m'attache à y remédier. Chaque jour. Différemment. J'ai ma technique : l'observation, la contemplation, la rêverie, l'échange avec mes pairs.

Le quotidien d'un réceptionniste d'hôtel est pourtant riche. Entre la répétition de mêmes tâches, jour après jour, la prise de consignes auprès des collègues, les rapports à imprimer, les réservations à vérifier (qui paie quoi, qui préfère quoi, qui souhaite quoi), l'accueil physique ou téléphonique, les demandes banales, extraordinaires ou ridicules, la consultation des OTA's (Booking, Expedia et tous les tours opérateurs), l'administratif, les procédures, les e-mails, les factures proforma, les visites prévues ou impromptues, les check-in les check-out, les clients à satisfaire ou à déloger, et j'en passe des vertes et des pas piquées des hannetons, se loge mon ennui précité.

La période calme augmente substantiellement la propension à bayer aux corneilles.

Je joue. Je joue à Guess My Age, non pas à la télé mais à la réception. À chaque arrivée de client, les formalités, la photocopie du passeport, je glisse un regard appuyé vers ma collègue pour lui proposer de scruter Monsieur et Madame ou Monsieur et Monsieur pendant que je les accueille. Lorsque ces derniers ont pris possession de leurs appartements, je demande à ma voisine de deviner leur âge. Et généralement elle se trompe, en leur faveur.

Il nous est également demandé de renseigner le cardex (nom, prénom, adresse postale et électronique, téléphone, date de naissance) dans le logiciel maison. Comme, une fois sur deux, l'adresse ressemble plus à des pattes de mouches qu'à l'écriture humaine, je consulte Google pour m'aider au déchiffrage. Je profite de l'occasion pour copier-coller l'adresse dans Google Maps qui me conduit ensuite sur Google Street View où je contemple ébaubi le biotope de mes clients. Aujourd'hui je parcours la tête dans les nuages une vaste avenue bordée d'arbres à Orlando, Floride.

Il m'arrive également de googliser mes clients et d'apprendre qu'un tel a gravi le K2 (deuxième plus haut sommet de la planète), qu'un autre travaille dans la tour voisine de Donald T. sur la 5e Avenue à New York.

Je dois dare-dare remballer mes voyages immobiles car nous recevons une délégation présidentielle. Tout le monde est sur le pont et le petit doigt sur la couture du pantalon. Je serre la pince au chef d'État et bredouille une salutation dans sa langue. Le directeur, la responsable régionale des ventes, les réceptionnistes accompagnent la douzaine d'éminences à leurs chambres. Les bagages viennent ensuite. Les étiquettes ne correspondent visiblement pas aux propriétaires des valises - peut-être est-ce une mesure de sécurité que sais-je. Un accompagnateur nous aide à identifier et répartir les bagages par étage. Dans la précipitation, une valise a échappé à notre vigilance. Elle est entre les mains de l'équipier que nous avons réquisitionné. L'appréhension de la boulette nous saisit soudain. Les ascenseurs étant accaparés, je monte les marches quatre à quatre à la recherche de notre ami équipier que l'occupant de la chambre 627 vient d'éconduire. Trop tard. Elle n'est pas au client, me dit-il en me désignant une valise orpheline. Tu as donc parlé au Président, dis-je, laconique.

Une assistante nous demande de réserver une table Chez Francis, "brasserie de luxe" parisienne à 10 minutes en taxi. Et de lui commander une soupe à l'oignon. Qui n'est pas au menu. Nous insistons auprès de la brasserie, qui n'en a cure. Nous nous obstinons en précisant le caractère présidentiel de la visite et essuyons une deuxième douche glacée d'indifférence. Dans un éclair de lucidité, ma collègue nous apprend que le restaurant d'à-côté peut nous la préparer. Quatre appels téléphoniques plus tard, la soupe à l'oignon est remise à la délégation qui aura à charge de véhiculer le chef d'État... et sa soupe à l'oignon jusqu'à la "brasserie de luxe" (qui a brutalement perdu en prestige) où nos amis finiront la soirée.

Notre responsable régionale des ventes, une lueur facétieuse dans le regard, me chuchote : voilà une journée que tu pourras raconter sur ton blog.



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* Mon précédent billet sur ma vie d'hôtelier


* Post scriptum :
Chères lectrices, chers lecteurs, qui avez déjà souscrit à l'infolettre, avez-vous reçu un e-mail vous alertant de la publication de ce billet ou des précédents (merci de répondre en commentaire ou par e-mail @ desfraisesetdelatendresse@gmail.com) ? Car j'ai l'impression que le zinzin est en panne.

samedi 28 janvier 2017

Où l'ami raconte la genèse d'un premier roman



C'est un auteur que j'espère bientôt publié. J'ai eu le privilège de figurer parmi les 3 personnes qui ont lu le manuscrit avant dernières corrections et envoi aux éditeurs. C'est un roman qui fera parler de lui, pour la liberté de ton, pour l'histoire qu'il raconte, pour sa qualité littéraire surtout.

Avant qu'il ne loge dans votre sac de plage, ne se fraie un chemin dans votre esprit, et n'y distille son mystère, un premier roman est pour son auteur un parcours du combattant, une aventure. C'est cette aventure que je vous invite à lire sur le blog que l'auteur inaugure ici : Chroniques de l'assassin.

vendredi 20 janvier 2017

Le jour où j'ai quitté Facebook


J'ai quitté Facebook, je vais bien, merci.

La vie est trop courte pour liker des statuts Facebook ou pour pour se faire rembourser la différence si l'on trouve moins cher ailleurs. Tout est question de mesure me direz-vous et vous aurez raison de me le dire. En vrai, ça me taraudait depuis belle lurette de supprimer mon compte Facebook. La chose est faite et me laisse une drôle de sensation, comme de m'être libéré d'un poids un peu honteux.

J'ai choisi de ne plus jouer ce double-jeu qui consiste à critiquer la bête et continuer de la bichonner. J'ai lu récemment chez certains de mes amis un message convoquant je ne sais plus quel article de je ne sais plus quelle convention internationale au nom de la sacrosainte protection de leurs données. Quelle naïveté ! L'utilisateur en rejoignant Facebook a signé des conditions générales d'utilisation longues comme un dimanche sans pain et consenti à ce que Facebook utilise à des fins commerciales ses données, celles de ses amis, sa navigation, ses favoris, ses goûts ses couleurs ses envies ses achats, tout.

Croire qu'en 2017 un outil gratuit et extraordinairement puissant n'ait pour but que de divertir, informer ou éveiller les consciences est non seulement vain mais absurde. Bien entendu, libre à chacun de ne donner à l'Ogre que le strict minimum de données réelles, personnelles et intimes, d'en faire un usage raisonné. J'ai préféré pour ma part passer mon tour et opter pour les chemins de traverse : écrire ici ce que j'aurais pu écrire sur Facebook, et développer, illustrer, raconter. Tirer profit du téléphone, de l'e-mail, et même, soyons fous, de la carte postale pour entretenir de loin en loin les amitiés. Remplacer le like ou le commentaire sur Facebook par une tape sur l'épaule, une poignée de mains, un regard, un bavardage autour d'un café, d'un verre de vin, d'un déjeuner.

C'est un peu une gageure. Mais ça vaut le coup d'essayer.

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* Pas folle la guêpe. Je n'ai pas encore jeté le bébé avec l'eau du bain. J'ai conservé Twitter :-)

* Et vous ? Quel usage faites-vous de Facebook ? Êtes-vous prêt à vous en séparer, oui, non, peut-être, pourquoi ?

* Voici un article fouillé, pertinent, que je soumets à votre sagacité.

* À toutes fins utiles : le lien pour supprimer son compte.

samedi 14 janvier 2017

Une chaussette dans la boîte à lettres


La scène se déroule à la laverie automatique de la rue Gassendi, Paris 14e. Attendant le terme d'un lavage ou d'un séchage, j'ai maintes fois contemplé les habitants du quartier, les passants. J'y ai observé Rodica, ou Sabine Azéma hier. J'ai papoté avec un clochard qui y cherchait l'âme sœur. Aujourd'hui je ne suis d'humeur ni causante ni patiente et par ailleurs tête en l'air. Le temps que dure ma lessive, je le consacre à faire un saut à la Poste, trois courses au supermarché, un autre saut à la Poste où j'ai oublié ma carte bancaire. Et je toque chez ma gardienne afin qu'elle me permette de déposer mes emplettes chez moi car j'ai claqué la porte sans m'emparer de mes clés.

Je marmonne dans ma barbe, je me traite d'andouille, de cloche à fromage.

À peine franchi le seuil de la laverie, je trouve mon linge dans une panière. Une jeune femme penaude bredouille :
- Je... les machines étaient toutes pleines... la vôtre était terminée...
- J'imagine que vous alliez m'attendre.
- ...
- Vous n'alliez pas partir en laissant mon linge seul dans la panière...
- Non non non.

Je la remercie et je prends congé, mon linge dans un sac, sous le bras.

De retour chez moi, je constate qu'une chaussette manque à l'appel. Tiraillé entre le à-quoi-bon-aller-récupérer-la-chaussette à deux pâtés d'immeubles et le j'y-retourne-pour-le-principe, et la chaussette, je soupire.

La jeune femme me reconnaît. Nous scrutons la machine n°8 qui tourbillonne déjà avec son linge et ma chaussette.
- Il me manque une chaussette.
- ...
- Que fait-on ?
- ...
- Je vous donne mon adresse, le code de l'immeuble et vous glissez la chaussette dans ma boîte aux lettres.
 

jeudi 29 décembre 2016

La caissière qui toussait sur mes panais, rue Daguerre




Je regarde d'un œil torve la caissière qui tousse sur mes courses. Elle scanne péniblement entre deux quintes de toux. Elle ferraille avec le code-barre du concombre bio qui refuse de biper. Elle s'y reprend à dix fois mais ne lâche pas l'affaire. Elle tousse encore, poumons offerts au chaland. Elle soupire un qu'est-ce que c'est ça quand arrivent les panais.
- Des panais, lui dis-je.
- Des panais, lui souffle sa collègue.
Le tapis roulant a terminé de lui jeter mes achats dans les mains.
- Vous payez en carte ? s'enquit-elle. Mais bon, vous n'êtes pas obligé, hein, ajoute-t-elle, un sourire fatigué mais sincère accroché aux lèvres.
Elle n'a peut-être pas perçu mon regard torve du début mais elle a senti ma contrariété à la voir partager ses miasmes.
- Excusez-moi, je tousse, lâche-t-elle, penaude.
- Vous vous soignez, j'espère.
- Oui, je vais acheter du Sterimer, on m'a dit que c'était bien.
- Prenez Actisoufre, vous voulez que je vous le note ?
- C'est quoi ?
- Vous le pulvérisez dans la gorge et dans le nez.
Les clients roulent des yeux agacés mais nous font gré de ne pas ébruiter leur impatience.
- Vous êtes médecin ?
- Non, dis-je en gloussant. Prenez aussi du thym, des tisanes au thym.
- Ah... soupire-t-elle, des recettes de grand-mère. Avec du citron et du miel ?
- Oui, parfait.
Elle me regarde avec un sourire bienheureux, comme si j'étais le seul humain à lui avoir parlé de la journée. Je lui dis au revoir et lui souhaite bon courage. La prochaine fois, je choisirai sa caisse, si elle travaille, et lui souhaiterai une bonne année, et la santé surtout.

samedi 24 décembre 2016

J'ai testé le chat IDTGV


L'inspiration ça va ça vient ça s'en va et puis ça revient :) J'ai choisi de reprendre les clés de ce blog en l'agrémentant de manière plus régulière de billets d'humeur, d'instantanés, de mignardises au sel de mes allées et venues. Parlant de voyage, j'ai testé le chat idtgv. J'aurais pu signaler au contrôleur l'incivilité de ma voisine et m'épargner ainsi les représailles de celle-ci : descendant un arrêt avant moi, elle me jette un "je vous souhaite un mauvais Noël, et tous les suivants" plein d'aigreur. J'avais eu la mauvaise idée de lui demander aimablement, je précise, d'utiliser son téléphone portable depuis la plateforme. J'aurais été inspiré d'en parler à Thierry, mon "superviseur". J'ai préféré papoter bêtement. Extrait :

 

jeudi 10 novembre 2016

J'ai tiré sur la queue du chat, en bonne uniforme

Je ne m'en lasse pas. Paris.

AVERTISSEMENT. BILLET DÉCOUSU.

Un Président ne devrait pas dire ça... Tout est dans le titre. Et dans les points de suspension. Plus j'avance dans la lecture de ce livre, plus je me dis qu'il l'a gagnée, son image calamiteuse. Haut la main et avec les félicitations du jury. Le roi est nu et les gens se marrent.

Tout est dans le titre, m'a mis en garde une amie. Que ne l'ai-je écoutée. Le temps perdu à lire ce livre - par curiosité, comme celui perdu à lire celui de celle qui l'a remercié pour ce moment - honte sur moi, j'aurais pu le passer à une occupation plus noble : peigner une girafe, dessiner des nez de clown sur les affiches de campagne de François Fillon.

Ou écrire ici mes lubies. Vous dire que je continue de contempler les herbes folles dans la ville, de jouer aux midinettes en racontant autour de moi les vedettes que j'accueille à l'hôtel où je continue d'échanger du temps contre de l'argent, de Paris Hilton à Tilda Swinton - la notoriété crasse d'un côté, l'élégance ultime de l'autre. Vous décrire la mine ahurie de ma collègue quand une cliente, en guise de salutation, lui tire la langue.

Ou dire à Lucie1313 qu'on écrit en bonne et due forme.

Me promenant dans les méandres d'Internet, j'ai ri.

Bref. Je traîne derrière moi des lambeaux de lassitude quand soudain la Tour Eiffel frappe au carreau du métro. Les voyageurs font des oh des ah. Devant moi dans sa poussette, la petite fille se tripote les orteils et joue avec moi à tu me vois tu me vois pas. À sa gauche, une vieille dame au tailleur damassé saumon étudie son itinéraire. Elle croise et décroise ses souliers argentés et ose un petit doigt manucuré dans la narine.

Tout à trac, je songe à la cliente fantasque qui m'appelle en réception et me dit, sans préambule :
- Allô Laurent ? J'ai tiré sur la queue du chat. Je libère la chambre. Vous m'envoyez le bagagiste ?



jeudi 4 août 2016

Une nonnette au miel de ces petites choses

Roses trémières, boulevard Raspail, Paris.

16:58
Harassé par une longue journée de travail occupée à satisfaire la clientèle de l'hôtel où j'échange du temps et des sourires contre de l'argent, l'estomac asticoté par une petite faim, je grignote une nonnette au miel et à l'orange. J'imite les plantes perchées sur mon rebord de fenêtre parisien, j'absorbe le soleil en quantité, ferme les yeux et m'abîme dans mes pensées. Je songe à l'appel de ma mère effondrée, il y a un an jour pour jour, qui m'annonce au téléphone la mort de mon père. Je songe à la vie qui poursuit son cours, aux premières tomates du jardin qui n'auront pas été semées, cultivées, arrosées, bichonnées par mon père mais qui porteront son doux souvenir. Comme les petites choses qu'il m'a appris à saisir et chérir. Je songe à la chance que j'ai d'être vivant, d'aimer et d'être aimé en retour, de cueillir et assembler les mots qui racontent mes histoires sur ce blog, de dire oui, merci, non ou merde. Je songe à l'absurdité de ce monde qui mêle indistinctement tragédie et vanité, politiques et pokémons, barbarie et tendresse. Je songe à ma trottinette qui n'a pas beaucoup voyagé cette année. Je songe à la petite fille qui s'est assise dans le métro tout à l'heure, à la dame, inconnue, qui lui a laissé sa place, à la Tour Eiffel sur laquelle l'une et l'autre ont jeté des yeux écarquillés. Je songe au geste hésitant de la petite fille qui a ouvert la pochette de son sac à main pour extraire un bonbon papillote et l'offrir à la dame pour la remercier. Je songe aux petites choses dont je fais mon miel chaque jour et qui me disent distraitement que la vie vaut d'être vécue.

vendredi 29 juillet 2016

Je te les achète



Je sors la petite. C'est l'heure du chien, pour reprendre Alexandre Vialatte, l'heure où le chien promène l'homme. Il est 20h et des poussières dans les rues de Marseille. Elle grogne après le chat qui trône imperturbable devant son immeuble rue du Berceau. La petite trouve l'inspiration un peu plus loin. Je ramasse et je jette. Sur le perron du bar PMU ça picole et ça papote ça prend l'air devenu respirable. La chienne et moi croisons le chemin d'un passant qui promène sa bière. Il me parle. Je ne vois pas bien où il veut en venir. Il a fait caca ? interroge-t-il en désignant la petite. Euh. Oui. Où ça ? poursuit-il. Dans la rue. Mais je ramasse, je précise comme pour me prémunir d'une critique à l'alcool mauvais. Volubile, il me parle du quartier, des trottoirs sales, de sa mère d'origine italienne. Je te les achète, dit-il. Je réponds qu'elle n'est pas à vendre et que, d'ailleurs, ça n'est pas ma chienne. Il insiste : je t'achète ses cacas. Interloqué, je me dis qu'ils sont nombreux dans sa tête. Je négocie le virage et me débarrasse habilement du passant pas net.

Retournant à l'appartement, je dis à la petite :
- Tu te rends compte, ton caca vaut de l'or !

vendredi 22 juillet 2016

des fraises chez Maître Roger


La classe à Dallas chez Maître Roger 
(touchez l'illustration ci-dessus avec votre index ou si vous n'en avez pas, avec votre nez ou votre genou, bref vous avez l'embarras du choix. Vous pouvez aussi la jouer old school et utiliser une souris.)


Sur les internets, Maître Roger offre l'horoscope à qui veut ou son #MonAnalyse sur l'actualité à qui veut pas (et c'est tant mieux). Je vous invite à vous promener sur son web-journal satirique — il s'est fait doubler sans vergogne par Le Gorafi, il faut le dire, mais concédons qu'il y a de la place pour tous les talents, surtout par les temps qui courent. En tout cas, m'est avis qu'il a le grain de folie qui secoue la pulpe qui est en bas. Bref, je vous le recommande. Et pas parce qu'il vient de publier une interview que je lui ai gentiment accordée. Ça s'appelle Des fraises et de l'interview.




mardi 19 juillet 2016

Abracadabra


Par 36° à l'ombre des immeubles haussmanniens et 44° dans la rame de la ligne 6 du métro en direction de Nation, je me toque d'une barre chocolatée et filme le forfait*. Acheté une barre, récolté 3 barres. Tapoté 42, moissonné 42 et 41.

Il m'est tant et tant arrivé par le passé de me faire couillonner par Selecta que je vais m'épargner la peine de les appeler pour les rembourser du "trop perçu". Mais peut-être souhaiteront-ils que je les rembourse en timbres postes ? Car Selecta rembourse en timbres postes, oui, oui.

Imaginez que vous achetiez une de leurs mini-friandises et que le distributeur vous nargue en vous laissant bredouille et ruiné, vous pouvez accessoirement noter sur papier libre la référence de la machine, la station de métro, l'heure de la mésaventure, le numéro de téléphone à contacter - vous ratez entre temps votre métro -. Tout ça pour recevoir chez vous en guise de remboursement des timbres postes. Des timbres postes !

J'ai demandé à Vanessa Paradis de couvrir les bruits de couloirs de métro en nous chantant "Abracadabra". Elle est sympa, Vanessa. 


*Oui, je sais, je suis zinzin.


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À part ça, canicule ou pas canicule, n'oubliez pas de prendre des nouvelles de mémé, de l'arroser, de la sortir (à l'ombre, au cinéma par exemple), de la faire rire, de l'aimer, quoi. Et si vous n'avez pas de mémé, trouvez-en une, y en a plein qui meurent d'ennui et de solitude, merci. Et à tout hasard...

MàJ. 23/07/2016
Quatre jours plus tard, un heureux concours de circonstances hum hum porte mes pas vers le même distributeur de friandises, toujours en difficulté. Ô joie. Je me munis d'1,50€ et moissonne 1 Côte d'Or à 1,50€ et les Mars à 2€ "gratuits" gling gling gling gling et, jackpot 1€ de crédit perdu par un usager impatient re-gling re-gling re-gling. Regagnant mon logis rue Daguerre, je longe la rue Émile Richard où ont poussé indistinctement roses trémières et abris de fortune. Je tends les 2 Mars et la pièce de monnaie à un homme assis sur le seuil de sa tente. Il m'offre en retour un chaleureux sourire édenté puis un signe amical de la main.

dimanche 26 juin 2016

La Tour Eiffel a été fabriquée en 888




Je n'ai pas encore tout à fait quitté l'enfance. Ce blog en est la preuve. Ce billet itou.

J'ai parcouru quelques pages d'un carnet perdu par une petite fille. C'est pas bien, je sais. Je l'ai lu en cachette, pas loin de la réception, tandis que ma collègue achevait de s'occuper d'une tripotée de clients. Elvira écrit bien l'anglais pour une petite fille russe de 7 ans, je trouve.

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Chapitre 1. Le premier jour à Paris, on a mangé des escargots, c'était pas si bon que ça. En fait j'ai pas aimé. Pour le dessert, on a mangé de la mousse au chocolat, j'ai adoré. C'est bizarre. Y a des gens qui dorment dehors, par terre.

Chapitre 2. Le lendemain, j'ai mangé des saucisses pour le petit-déjeuner. Et on est partis se promener. J'ai vu dans la grande église un endroit où on peut faire un vœu. (Dessin de bénitier). Et on est partis sur les Champs-Élysées. On a appris que la Tour Eiffel a été fabriquée en 888. On s'est pris en photo. On est passés sous la Tour Eiffel.

Chapitre 3. Le lendemain, on a été dans un parc qui était tout petit. Y avait un panneau "Ne pas donner à manger aux oiseaux", et il y avait un homme qui donnait à manger aux oiseaux. C'était des pigeons bizarres, avec un long bec et une grande queue. Ma maman s'est moqué et a dit. C'est pas des pigeons. C'est des canards.

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Plongé dans la contemplation des dessins d'Elvira, 7 ans, dans le récit de ses journées à Paris, je me suis fait pincer par ma collègue. J'ai été pris les doigts dans le pot de confiture.

- Mais ! Laurent ! Ça ne se fait pas de lire le journal intime d'une fillette, voyons !

- Je... J'ai trouvé à qui appartient ce carnet... et ce sac à dos. J'appelle les parents.


dimanche 19 juin 2016

Lucky Luke contre l'arc-en-ciel et la mousse au chocolat

Illustration par @Luaurentt


Le train grande vitesse n°6123 roule en direction du Sud. Côté fenêtre place 84, le monsieur cheveux blancs lunettes cerclées, mine débonnaire, tient calée sur sa bedaine une bande dessinée. L'homme qui tua Lucky Luke. Il caresse chaque page qu'il a lue et tapote ses lèvres d'un air pénétré. Devant moi, la place 95 persiste à vouloir caler son téléphone contre une petite bouteille d'eau minérale. Elle vit sa vie de cylindre couché sur le flanc et roule. Il insiste. Elle roule encore. La dame à droite de Lucky Luke humecte son doigt toutes les trois pages de son hebdomadaire. Le jeune homme la vingtaine place 91 scrute les ingrédients sur le pot en plastique de la mousse au chocolat d'une marque bobobranchouille qu'il a rapportée de la voiture-bar. Gentiment chamailleur, il porte la dernière cuillère aux lèvres de son amie. Ils chuchotent un peu de portugais et rient sous cape. Le lecteur de Fred Vargas, à la place 93, snobe le sublime arc-en-ciel qui traverse le paysage de part en part. Le couple d'amoureux pointe du doigt le commencement et la fin du phénomène qui peinturlure le ciel. L'homme de la 84 jette Lucky Luke et s'empare de son Nikon pour immortaliser l'épisode en technicolor. En vain. Furtif et magnifique arc-en-ciel qui s'évapore sous la soudaine averse. Le train grande vitesse n°6123 fend la pluie à l'approche d'Avignon. J'abandonne un temps l'observation impudique de mes voisins et me plonge dans la lecture du monde en bande dessinée.

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Sur le même sujet :
* Un océan bouton d'or par la fenêtre ou le sms à Clarisse
* Dans le métro

J'ai une affection toute particulière pour :
* La femme au miroir Hello Kitty™

mercredi 15 juin 2016

Le voyage d'Yvonne




Yvonne, la cinquantaine. Cliente anglo-saxonne du bout du monde. Parmi la multitude, aujourd'hui, j'ai choisi de jeter mon dévolu et ma tendresse sur cette dame. J'ai choisi d'échanger un peu plus que les formalités d'usage. À sa demande, je l'accompagne en chambre, traînant dans notre sillage une montagne de valises. Je l'interroge sur les pays qu'elle a traversés. Un voyage de six mois, c'est pas rien. "Oh formidable," dis-je, enthousiaste. Silence. Ne sachant trop par quel bout continuer la conversation, elle finit par me confier la raison de son embarras. "Mon mari et mon fils sont décédés, récemment. J'ai voulu ce grand voyage pour faire le point sur ma vie".

J'ai choisi de m'occuper d'elle un peu plus que de mes autres clients. Je lui montre Montmartre par la fenêtre, je lui dis qu'elle a bien fait d'attendre. Elle s'excuse presque de me tendre un petit billet pour l'avoir aidée, lui avoir donné une si jolie vue. Je la remercie et lui dis : - Ce soir, je boirai à votre santé. À votre voyage.




mercredi 8 juin 2016

Un verre de bonheur ?


un verre de bonheur ? 

Perchées sur une table, les plantes narguent le passant en quête de rafraîchissement. La patronne qui choisit de perdre une table (et des consommations) pour une journée, ensoleillée de surcroît, en terrasse, ça force le respect. Ça ne cherche pas le profit à tout prix. Ça force donc le respect. Le bien-être des plantes vertes ça n'a pas de prix. Ça passe avant le client, ça se requinque, ça fleurit et ensuite ça laisse la place au client.

Le soleil s'étant fait la malle comme on sait pendant deux longues et pénibles semaines, il est temps pour mon amie et moi de lézarder en terrasse, un verre de vin blanc en guise de victoire sur la morosité.

Nous regardons passer les badauds rue Daguerre, Paris 14e.

L'emplacement, Tina la patronne qui arbore une pivoine en collier ras de cou, la clientèle authentique et décontractée, les petits prix (ou pour être précis, les prix honnêtes vs les prix prohibitifs pratiqués partout ailleurs), nous mettent en joie.

 Comment ça va Tina ? s'enquiert une nouvelle cliente quand la patronne lui apporte son jus de tomate, ses aromates. Tina bougonne et trottine jusqu'à son comptoir, son royaume.

Mon voisin de tablée s'extasie :
 La bière c'est associé au beau temps. L'hiver t'as pas envie d'une biere. C'est bon la bière. Ah qu'est-ce que c'est bon la bière !