Le blog d’un animal mâle qui aime : Paris, le bruit des haricots verts que l’on équeute, le Petit Robert, ouvrir une vieille armoire, French & Saunders, le champagne, ses cravates Burberry reprisées, le premier café de la journée, Les Nuls l'Emission, courir dans la neige comme un gamin, les raccourcis clavier, la compagnie des livres, Ella Fitzgerald, son araignée au plafond, l'étreinte d'un homme, l’autodérision, Wall-e, lézarder au soleil, les poncifs :)

jeudi 13 novembre 2014

Je regarde la jambe de sa mère



Sans rapport avec le billet qui suit. « Si vous avez un problème... », démerdez-vous. 


Les fidèles lecteurs de ce blog n'ignorent pas que je travaille dans l'hôtellerie. J'avais, il y a quelques lunes, publié 9 perles. En voici de nouvelles...

* En ce moment, je m’amuse à apprendre phonétiquement un peu de japonais. À ma demande, une cliente nipponne joue à la prof. Pour la remercier, je lui enseigne des bribes de français. Ce matin, elle me tend religieusement un bout de papier sur lequel elle a écrit « je regarde ». Ce « je regarde » qu’elle veut prononcer correctement. Devant d'autres clients perplexes, elle dit et répète une bonne dizaine de fois je regarde je regarde je regarde je regarde je regarde puis elle prend congé, bienheureuse, comme si elle avait obtenu un précieux sésame.

* Hier, des clients américains s’enquièrent de mon prénom, je réponds « Laurent comme Yves Saint-Laurent, le grand couturier ». J’ironise avec la famille : « Le week-end j’habille les stars pour les soirées mondaines et la semaine je travaille dans l’hôtellerie pour arrondir mes fins de mois. » Dans l’ascenseur, j’entends le fils1, qui doit avoir la vingtaine, dire à sa mère, le plus sérieusement du monde : « Oh il est couturier! »

* J’ai fait un tour à trottinette à ma nouvelle directrice, je pense qu’on va bien s’entendre.

* Un mètre dérouleur traîne à la réception. J’interroge mon collègue. Que fait cet outil dans nos tiroirs ? Il répond : C'est une cliente qui voulait mesurer la jambe de sa mère.


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1 À quel âge apprend-on l'ironie ?

samedi 8 novembre 2014

Amandine des fraises et de la tendresse


Avertissement. Ce billet est terriblement intime. Et pourtant, il faut qu'il soit écrit. Pour elle.

Je fais aujourd'hui un pas de côté. Un écart au parti pris de ce blog (s'efforcer de ne dire que le beau, le merveilleux des petites choses ou, à tout le moins, laisser parfois une trace de la souffrance, en filigrane). J'écris ce billet pour vous dire mon chagrin. La perte d'un être précieux. Qui a nourri ce blog et qui m'a souvent dit : «ça, c'est tellement des-fraises-esque», qui m'a inspiré. Mais au diable le chagrin. L'important c'est la perte, c'est l'absence, c'est le gâchis. L'important, c'est de la garder vivante et joyeuse, comme elle l'a si souvent été. Dans la vie. Et dans ce blog.

Amandine m'a dit un jour, dans un moment de détresse, « Tu sais, Lolo, on peut mourir par manque de tendresse ou d’affection. » Dont acte.

Tu m'as pris dans tes bras, me serrant fort fort fort, heureuse de me voir, et c'est moi qui aurait dû te serrer encore plus fort, pour te dire à quel point tu comptais pour moi et tant de gens, tes amis, ta tante Catherine, Tadek qui t'amusait avec son élevage de fourmis, les enfants à qui tu enseignais le théâtre, la famille de Sotigui, ou l'épicier en bas de chez toi. Tu m'as concocté tant de fois ta tarte au maroilles. Tu m'as servi et re-servi du pinard entre deux chansons au ukulélé que tu grattais avec talent pour moi, rien que pour moi. On en a vécu, des vertes et des pas mûres. Pour mes 30 ans, tu m'as appris à rouler des pétards. Pour mes 40 ans, tu as gravé de ton écriture enjouée chaque verre de chaque convive. On a partagé quelques Noël au coin du feu parce que cette date t'était douloureuse. On a trinqué à nos amours, à nos emmerdes, assis sur un coin de nappe posé sur les pavés de l'Île de la Cité, faisant coucou aux bateaux-mouches emplis de touristes émerveillés glissant sur la Seine. Je t'ai emmené voir Catherine Ringer à la Cigale. Tu m'as emmené voir Mariam et Amadou dans une fête à Saint-Ouen, c'était chouette.

Dans la lettre que tu as laissée, tu écris : Lolo, courage, tiens le coup.

Je tiens le coup, ma belle. Aussi longtemps que le hasard me prêtera vie, j'aurai une pensée pour toi qui m'a inspiré, qui m'a aimé, qui m'a envoyé péter quand je déconnais. Tu vas me manquer. Terriblement.

Amandine, je te dédie mon blog.



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Pour vous, cher lecteur qui l'avez connue ou qui souhaitez lire les moments drolatiques, étonnants, poétiques où Amandine figure, cliquez ici.

Mise à jour du 18.11.2014 jour des obsèques d'Amandine au Père Lachaise, le billet de Boutfil qui l'a connue et aimée et qui m'a prêté son épaule ce matin. 

mardi 4 novembre 2014

Les vibrisses ou la tête à l'envers



Un chat retombe toujours sur ses pattes...


Louise, 4 ans, Lucie, 8 ans, en contemplation devant un globe terrestre qu'elles font tourner.

Lucie : Ils se rendent compte les gens, là, qu'ils vivent la tête à l'envers ?
Louise : Elle est où mon école ?(*)

...

Louise : Moi, j'ai réfléchi dans ma tête. Les moustaches du chat, c'est fait pour tenir debout. Si tu lui coupes les moustaches, il tombe. 
Moi : Comment tu sais ça ?
Louise : C'est maman qui me l'a dit. 
Moi : Pourquoi tu dis "j'ai réfléchi dans ma tête" alors ?
Louise : Parce que je BLAGUE. 
Et elle part d'un rire sonore. Le chat, jusque-là dans son giron, en profite pour se faire la malle. 
Et j'ai appris en me promenant sur les internets que les moustaches (les vibrisses pour être précis) sont des organes sensoriels permettant à l'animal de juger des variations de l'air dans un environnement proche. Ainsi, la nuit, le chat peut détecter tout objet en mouvement passant à proximité. Quant à perdre l'équilibre si on les lui coupe, cela s'avère être une fausse croyance. 


(Source : Wikipedia)
(*) il faut que je leur montre Google Earth, c'est magique. 

samedi 25 octobre 2014

Conte de fées défait et de la tendresse

 

Ce matin à 11h45, un garçon m'a envoyé un conte de fées. Il a pris des émoticônes, les a assemblés, me les a envoyés par SMS (illustration).

...

Ce court billet pour vous proposer de vous abonner à ce blog (si vous le n'êtes pas déjà) et/ou d'aimer la page Facebook. Je prépare en nez fée un billet exclusif (par e-mail) à l'attention de mes abonnés.

Tendrement,

Laurent

P.S. Droit de réponse de l'auteur à 20h38 et conte "défait" ci-après :



vendredi 17 octobre 2014

Journée offerte



Il y a des jours comme ça. Qui roulent. Qui commencent bien. Petit-déjeuner tout en tendresse chez un bel inconnu. Y a pas à dire, ça apaise ça donne de l'énergie, la banane quoi. Ou la patate.

Café. Jus de pomme. Jus de grenade pour les antioxydants. Massage pour les enzymes du bonheur. Il me raccompagne jusqu'au métro et m'embrasse dans le cou. Le baiser qui pique dans le cou, juste là, entre clavicule et deltoïde, pour le petit frisson électrique du matin. Que demande le peuple ? De la tendresse!

Métro. Boulot.

Pause déjeuner. Ma cantine. Le Pierrot à La Motte-Picquet Grenelle. Qu'il pleuve ou qu'il vente j'y suis toujours accueilli avec le sourire et force gentillesse. Produits frais. Plats faits maison. Après échange de poignées de mains avec employés et patrons, je m'installe sur la banquette et commande la blanquette. Je fais le vide. J'oublie les tracas du quotidien, la surcharge de travail et j'en passe des vertes et des pas très mûres.

Le serveur à la gueule d'ange me confie :
- Vous êtes un des clients que je vais regretter le plus. (Si je n'étais pas client, s'il n'était pas si beau, je me jetterais dans ses bras).
- Quoi ?! Vous partez ?!

Même absent j'observe ou contemple toujours d'un œil gourmand ce qu'il se passe autour de moi.

Le couple en face de moi paie l'addition et s'en va. Le monsieur tout en rondeur me désigne leur pichet de vin à moitié plein.

- Vous le voulez ? dit-il en lorgnant sur mon verre à moitié vide... d'eau.
- Oh... pourquoi pas...

Le client m'apporte son pichet.

- Ne croyez pas que je suis alcoolique mais une telle invitation ne se refuse pas.
- Oh je ne crois rien. Je suis marseillais, dit-il dans un rire.

Sur son énigmatique répartie et un sourire de sa dame, nous prenons congé. Je commande ma panna cotta à la fraise et songe à retourner au turbin. Puis. Surprise. En guise d'addition, un ticket à la gloire de Toto :

0+0 =



dimanche 12 octobre 2014

Cultive ton jardin





Illustrations : 1. pomme de terre bio mise en scène 2. pied de pomme de terre père de l'actrice mise en scène


Vous connaissez ma propension à m'émerveiller d'un rien. Aujourd'hui je vous raconte l'histoire ordinaire d'une pomme de terre bio. Ma tendresse va tant aux êtres, qu'aux végétaux, aux lombrics qui lentement, méticuleusement, oublieux de leur tâche sur cette planète, participent à son bon fonctionnement, à sa poésie. 

Poésie que je convoque et cueille tant pour aimer que souffrir un monde absurde. 

C'est au printemps. Mes pots de terre en jachère sur mon rebord de fenêtre parisien donnent vie à quelques brins d'herbes sauvages, à un bout de plante que j'identifie vite comme un pied de pomme de terre. Comment a-t-il atterri là ? Un reste de semence du gigantesque jardin potager de mes parents en Charente avait prospéré sur mon petit mètre carré de jardin parisien. Je l'ai laissé dérouler ses méandres verts jusqu'au moment où je ferais ma minuscule récolte. 

Ce dimanche. À la faveur du rempotage d'un avocatier africain, un essai concluant - 65 centimètres passés d'Abidjan à Paris - je mets la main verte dans mes pots, mélange terres et compost. Sous la plus haute feuille de l'avocatier sommeille une coccinelle pois jaunes et noirs. Dans mon cuit-vapeur, la pomme de terre bio de 3cm x 6cm continue sa petite vie d'aliment, que je croque avec bonheur et une pointe de sel. 


mercredi 8 octobre 2014

Ceci est un gland




Paris. Rue Brisemiche, à côté de l'éléphant-fontaine multicolore de Niki de Saint Phalle. Deux dames endimanchées s'arrêtent pour contempler le sol. Un gland sur la rue pavée. D'un même mouvement elles se démanchent le cou et scrutent les arbres au-dessus d'elles. Nul chêne en vue mais des platanes. Les deux dames échangent un regard perplexe. La plus grande se courbe et cueille le gland dans sa main, le glisse dans sa poche de pantalon. Puis elle reprennent leur chemin.


dimanche 31 août 2014

Le clochard, la lavande et le cèpe


Photo : Thomas Claveirole - Flickr Creative Commons

Une laverie automatique près de la rue Daguerre. Des citadins allant au lavoir. Âme en peine jouant sur mon téléphone, j'attends. Autre âme en peine, un clochard à la barbe hirsute mais avec de beaux restes, débarque, pose un sac de courses et me demande à passer un coup de fil. Allez ! Une minute, seulement. Je te paye l'appel, implore-t-il en fouillant ses poches pour me tendre une poignée de pièces. Hochant mécaniquement la tête, je décline sa demande. Il rouspète, se retourne vers la dame pliant son drap de lin, essuie la même indifférence. Se munissant de sa canette de bière comme pour se donner du courage, il sort et aborde un couple de passants, même refus. Un ouvrier en bras de chemise, même refus.

Je jette un oeil furtif à son sac de courses. Un pot de lavande en terre arborant quelques fleurs. Un flacon de miel et un cèpe dans un petit sachet blanc. 

Je sors pour retrouver mon clochard qui accoste tout ce qui bouge au carrefour d'à côté. Bredouille, il revient sur ses pas. Je l'aborde. Donne-moi le numéro et j'appelle, lui dis-je. Son visage s'illumine. Il me sort un bout de papier tout chiffonné et me dicte les dix chiffres en-dessous desquels figure un mot : coeur. 

Allô. J'appelle de la part de Philippe. Il vous attend. 

Pendant ce temps il me confie son ancienne vie. Comment il va cuisiner son cèpe. Comment l'amie que nous avons appelée va devenir sa femme. Etc. 

Elle le rejoint. Elle me remercie en me secouant énergiquement la pince. Il lui tend le pot de fleurs. Elle se moque tendrement : "Toi, tu ne sens pas que la lavande." 


mardi 12 août 2014

Le jour où j'ai fait l'étoile dans l'Océan Indien



Plage de l'Hermitage, St. Gilles. Île de la Réunion (*)


J'ai :

- fait pleurer de rire mon amie Karelle en tombant à la renverse du paddle ou me cassant la binette cul dans l'eau et palmes en l'air
- rivé mon regard sur l'horizon où deux baleines bondissaient hors de l'eau par-delà le récif (émerveillement collectif, des locaux comme des touristes)
- bu 5 fois la tasse avant de comprendre le principe du masque et du tuba
- poursuivi de jolis poissons colorés jouant à cache-cache dans le jardin de corail
- bu des dodos en contemplant le coucher de soleil
- fait l'étoile, nu, dans l'Océan Indien
- fait pipi dans le lagon bouche bée devant le ciel étoilé
- répondu à la question "c'est quoi ton rêve ?" posée par Délia
- eu peur du chikungunya après m'être fait piquer par un moustique dans la chambre d'hôtel à 3h du mat
- presque souhaité attraper le chikungunya pour ne pas reprendre le travail le surlendemain
- bu trop de champagne dans l'avion
- visionné un film en suédois en classe Affaires (pas davantage compris le film que le livre)
- admiré les ombres que dessinaient les nuages sur l'océan étale
- pédalé, couru, nagé, fourré le nez dans les bougainvilliers
- ri avec Géraldine, Valérie, Morgane, Aurélie, Sandrine, Guillaume et les garçons, Arnaud, Sébastien, Stéphane. Qu'est-ce que j'ai ri !
- dit merci au capitaine qui m'a convié dans le cockpit pour voir les Pyramides du Caire
- petit-déjeuné à 34 000 pieds au-dessus de Tananarive
- passé 48 heures sur l'Île de la Réunion
- éprouvé la gratitude d'être vivant.


(*) D'autres clichés sur mon compte Instagram


jeudi 17 juillet 2014

Fleur jaune écrasée sur le bitume


(l'illustration - photos prises dans ma rue - n'a aucun rapport avec le billet qui suit)

Chers et honorables Line & Bruno,

Permettez-moi d'à-peu-près copier-coller ici le mail que je vous ai envoyé récemment. À peu près parce que je vais élargir le champ de gentillesses que nous nous sommes adressées. 
J'espère que vous avez fait un bon voyage jusque dans votre belle ville de Montréal. Votre proposition sincère de jouer aux guides chez vous m'a beaucoup touché et je la garde dans un coin de ma tête et de mes projets. 
C'était un réel plaisir de vous rencontrer et de vous livrer mes quelques connaissances de Paris. 
Et pour poursuivre brièvement sur la discussion que j'ai eue avec Line, entre deux clients pressés, ça n'est pas systématiquement que les gens sont réceptifs à mon accueil. Un sourire de ma part ne reçoit pas forcément un sourire en retour, mais qu'importe. D'ailleurs, qu'ils passent un bon séjour dans "mon" hôtel est mon seul réconfort et mon job. Si en plus, comme vous, ils me le rendent en gentillesse, en chaleur humaine, c'est un beau, un appréciable bonus. 
J'espère que vous ne m'en voudrez pas d'avoir rendu public ce message. Si vous avez eu le temps de parcourir ce blog, vous comprendrez pourquoi notre échange y a sa place. 

Je ne vous ai pas raconté...

Vous vous doutez bien que la vie est loin d'être rose malgré le sourire et la bonne humeur que je m'efforce de toujours afficher et partager. Nous avons en ce moment un monsieur qui attend des nouvelles de son épouse. Elle, lui et leurs enfants étaient venus à Paris pour bien autre chose que ce qui les a violemment secoués. Victime d'un AVC, l'épouse est dans le coma depuis maintenant deux semaines et pour un moment encore. À l'hôtel, nous tâchons d'alléger la peine du père en papotant, en le forçant à pratiquer son français - il est australien. Aujourd'hui, il a répondu en français dans le texte Couci-couça au Comment allez-vous Monsieur M. ? que lui a lancé, affable, ma directrice. 

Dimanche, nous avons eu un mini-drame à l'hôtel. Fin de journée, nous n'avions ni femme de chambre, ni équipier, juste ma directrice passant par là. Alors qu'elle appelait les secours pour un accident domestique - un client s'était ouvert le crâne en se relevant sous la fenêtre ouverte de sa chambre. Plus de peur que de mal, les premiers secours rapidement sur les lieux l'ont soigné dans leur ambulance. Et votre serviteur, armé de gants en latex, d'un seau rempli d'eau chaude, d'une éponge et d'un produit nettoyant, s'est amusé à effacer les projections de sang qu'avait laissé la victime sur les murs, sur les portes d'autres chambres d'autres clients, d'un bout à l'autre du couloir. Ni vu ni connu, pendant que ma directrice prenait les commandes de la réception.

Une rencontre comme la nôtre, Line, Bruno, sont pour moi de jolis petits cadeaux et compensent la relative dureté de mes journées. Deux clientes, doux-dingue mélange entre Les Craquantes et AbFab, à la fois insupportables et attendrissantes ont promis de m'inviter au restaurant à leur retour de croisière je ne sais où. Quel restaurant ? Elles veulent garder le mystère et me l'offrir pour l'accueil que je leur ai réservé. Veronica, une cliente prenant des cours de pâtisseries dans le quartier, nous gratifie tous les jours de gâteaux et tartes faits maison à l'école. Non, non, c'est pour vous, dit-elle à chaque fois. Si je goûte à tout ce que je fais, je vais devenir grosse.

Ces exemples de générosité compensent par exemple l'éprouvant épisode de lundi où je me suis fait copieusement insulter par un client hystérique. 

Bref.

Pour achever ce billet - et ce message que vous n'avez pas reçu tant il s'est dilaté sur la page blanche de ce blog - ... pour terminer sur une note joyeuse, lundi, un couple âgé m'invite à admirer les feux d'artifice tirés de la Tour Eiffel depuis le balcon de leur chambre d'hôtel, au 7e étage. Je décline poliment l'invitation et pars me mêler à la foule. Nous étions quelques uns, émus aux larmes par un spectacle extraordinaire. Line, Bruno, imaginez 500 000 personnes chantant Imagine de John Lennon sur mille feux colorés jaillissant de la Tour Eiffel...

C'était magique. 

Et ce garçon de 8 ou 10 ans qui dit à son père : Papa ! c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie !

Cette nuit-là, je n'avais pas à mes côtés une manche amie sur laquelle tirer pour m'exclamer à mon tour, du haut de mes 41 ans : c'est le plus beau feu d'artifice que j'ai vu de toute ma vie. 

En attendant de vous lire, je vous envoie des becs de Paris,
Laurent

samedi 14 juin 2014

Je suis pour.



Je suis pour. 

Ma kiné avec qui je réapprends jour après jour à me servir de mon poignet droit opéré il y a deux mois est de cette humeur qui confère à la joie tant elle est contagieuse. Comptant jusqu'à vingt les mouvements simples comme chou qu'elle m'aide à exécuter trois fois par semaine, nous nous racontons des anecdotes, nous rions, nous jouons à la balle, qu'elle esquive souvent car je vise comme une autruche à qui l'on aurait appris à jouer au tennis. 

Voilà notamment pourquoi je suis "pour". 

On m'interroge souvent sur la signification du badge que je porte parfois épinglé à ma veste. Une inscription noire sur fond blanc : POUR. La vie est assez compliquée pour se la compliquer davantage en étant CONTRE, non ? Je ne nie pas la souffrance ni la misère, je ne nie pas totalement qu'il faille être contre, qu'il faille lutter, exprimer sa colère, honnir l'injustice. Je suis simplement pour, par principe, et d'abord.

Épuisé d'une longue journée et de conditions de travail éprouvantes, je lève le regard et capte ce coucher de soleil à la station La Motte-Piquet Grenelle. Deux jeunes amoureux m'observent, hésitent puis m'imitent et, armés de leur appareil photo, prennent la pause. Un court instant passe et c'est une dizaine de personnes qui contemplent le coucher de soleil. 

Je suis pour. 
Pour renseigner la dame à son volant qui cherche désespérément la rue du Cherche-Midi. Comme j'ai pu la guider, elle s'exclame : "Faudrait pas que je loupe l'apéro !" Son sourire, sa bonne humeur, sa confidence, sont pour moi une invitation, une demi-minute dans sa vie.

Je suis pour. 

jeudi 3 avril 2014

Hélène ou nos poignets droits



Bureau des admissions à la clinique ce jeudi. 
- Personne suivante !
La dame à la robe tunique revival vert amande m'invite à m'asseoir. Je décline mon identité. 
- Quel est votre chirurgien ? Je lui réponds. Elle émet un oh mi-admiratif mi-empathique. 
- Elle est bien. Elle est très bien. Elle est très très bien. 
La secrétaire est avenante, douce et me parle de sa voix fluette.
Quand je lui signale que je me fais opérer du poignet droit, elle lève le nez de son clavier d'ordinateur, darde sur moi ses yeux cerclés de grosses lunettes et me tend son poignet droit. Elle aussi s'est fait opérer. Fracture croisée du radius. Les deux broches dont on l'a affublée ont laissé une cicatrice visible cinq ans après. 
- Je suis tombée du premier étage. Je faisais mon ménage. 
Et nous terminons l'admission administrative, elle m'explique deux ou trois choses sur ma chambre, mon dossier et mes quatre jours d'hospitalisation, me reconduit vers la salle d'attente. Souhaitant mettre un nom sur un visage ami dans cet espace inconnu, je lui demande son prénom. Son visage s'éclaire soudain. 
- Hélène, je m'appelle Hélène, dit-elle, un sourire bienveillant accroché aux lèvres. 

Depuis mon fauteuil en salle d'attente, je la distingue qui s'occupant d'autres patients jette des coups d'œil discrets vers le gars qui lui a demandé son prénom, l'a tirée de sa torpeur, a tenté de la séduire, peut-être. Qui sait ce qu'elle pense. 

mercredi 2 avril 2014

Poissons d'avril



Poissons d'avril chez ma boulangère, rue Daguerre

Je n'aime pas beaucoup les poissons d'avril. Peut-être parce qu'ils sont devenus aussi peu passionnants qu'un remaniement ministériel. Parce que pour une raison qui m'échappe, personne, il me semble, ne croit aux canulars fabriqués pour ce premier jour d'avril.

Je n'aime pas beaucoup les poissons d'avril. Sauf celui que m'a raconté ma chère et tendre sœur. Sophie est professeur des écoles dans un village de Charente. Aujourd'hui elle a fait croire à ses CE1 qu'elle les laissait à 10h30 car elle avait des courses à faire. Son cartable à la main et sur le départ, elle a chargé une élève de jouer pour de vrai la maîtresse à sa place en l'équipant d'un crayon rouge et lui demandant de bien vouloir corriger les copies de ses camarades.

Elle les a laissés ainsi cinq bonnes minutes, le temps qu'un joli bazar s'installe dans la classe. Avant de reprendre sa place d'enseignante et de lancer un malicieux "poisson d'avril !", l'air de dire "je vous ai bien eus."

dimanche 30 mars 2014

Allez viens...



Allez viens...

C'est un jour où la cliente demande à son amie sur le perron du bar-tabac de la rue Daguerre "Nadiaaaa tu es de quel signe ?" C'est un jour où il fait doux déjeuner en fin d'après-midi. Un croque-madame arrosé d'un verre de Tariquet. Une passante dit au vieux-monsieur-au-pigeon "C'est un samedi où il fait bon être en retard pour tout, n'est-ce pas ?" Le vieux-monsieur-au-pigeon raconte à ses voisins de tablée l'histoire du pigeon qu'il promène au bout d'une cage. Le couple à ses côtés le prend en photo lorsqu'il arrime la cage au guidon de son vélo. C'est un jour où il fait doux prendre un café au coin de chez soi. Respirer la nonchalance du quartier un samedi après-midi de mars. Où je croise Rodica von Buta qui dit de son accent chantant un peu de Roumanie "Allez viens !" dans une carte de vœux-vidéo (ci-haut), où je manque lui parler alors qu'elle grimpe dans un taxi après avoir pris congé de son voisin à trottinette (un autre, pas moi). Où l'apprentie conductrice réussit son créneau du premier coup, fière comme Artaban. Où la vendeuse de "Madame de" campée sur le seuil de sa boutique fume la cigarette de 16:47. La bouquinerie d'à côté pare sa vitrine de tulipes en papier, de coccinelles en chocolat. Les caisses en bois peint sur le trottoir offre au chaland Enid Blyton et son Oui-oui et la girafe rose. Un petit vent agite les fleurs de pissenlits éclos rue Daguerre. Allez viens ! Ouiiii, viens, on est bien !


dimanche 23 mars 2014

Mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa



Femme non-rééducable - mémorandum théâtral sur Anna Politkovskaïa, de Stefano Massini. Mise en scène d'Arnaud Meunier. 


« Prendre parti, c’est faire preuve d’intelligence, » ressasse Anna Politkovskaïa journaliste russe devenue personnage de théâtre campé sur le plateau du Théâtre de l'Atelier. Prendre parti, est-ce faire preuve d’intelligence ? Interrogée, elle hésite. Faut-il qu'elle choisisse le camp de l'armée russe ou le camp des Tchétchènes ? Des exactions, des massacres insoutenables de part et d'autre.

Anne Alvaro, magnifique, incarne la journaliste, la femme, la combattante, la mère qui peine à expliquer à ses enfants pourquoi parfois elle passe la nuit en taule, pourquoi on la menace de mort, pourquoi on la traite de menteuse, de traîtresse.

Régis Royer, multiple et parfait contrepoint, joue les hommes, un terroriste tchétchène, un vieil homme, un colonel de l'armée russe, ou le fils d'Anna.

Enveloppés ou bousculés par l'univers sonore et musical de Régis Huby, Anne Alvaro et Régis Royer énoncent, habitent l'ironie, l'âpreté, les flamboyances du texte de Stefano Massini, partition composée de paroles et d'écrits de la journaliste assassinée en 2006.

Si l'émotion se fait jour, c'est grâce à l'étonnante alchimie d'une mise en scène élégante, ingénieuse, sur le fil du rasoir, brillante.

Anna Politkovskaïa est morte. Vive Anna Politkovskaïa.
Au Théâtre de l'Atelier, 1 Place Charles Dullin dans le 18e à Paris. À 19h du mardi au samedi. À 17h le dimanche. Jusqu'au 28 mai 2014.